La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

VIIe CONGRÈS DE LA LCR

Pour un congrès centré sur la préparation de 1986 : battre l'austérité et la droite

· Critique communiste, n° 44, septembre 1985 · p. 30-31 · 1 702 mots

Notre principale critique au projet de thèses qui a été majoritaire au comité central est de ne pas être centré sur 1986:

Le projet est dominé par l'idée de la défaite de la gauche. Dès le premier paragraphe, il est affirmé que « l'issue des législatives constituera, à n'en pas douter, un reflet de la dynamique des rapports de force entre les classes». Quand on voit l'appréciation des rapports de forces contenue dans le projet, il ne fait pas de doute sur les conclusions tirées par les rédacteurs. D'autant qu'il est précisé dans le même paragraphe : «Elle sera surtout l'occasion d'un débat de masse parmi les travailleurs et les militants ouvriers sur le bilan de l'expérience gouvernementale de la gauche qui s'achève. »

Dès lors, il n'est pas surprenant que le projet s'attache plus à tirer un bilan critique des années passées et à explorer les pistes possibles de recomposition du mouvement ouvrier au lendemain des législatives qu'à définir une orientation qui permette à la LCR de peser d'ici à 1986. C'est la principale divergence : le projet majoritaire est axé sur la préparation de l'après 1986, le projet que nous soumettons à la disucssion est axé sur la préparation de 1986.

En effet, notre appréciation est que tout n'est pas jouer pour 1986, qu'il est possible de peser et qu'il n'y a pas d'autre voie pour affirmer et construire la LCR dans la situation actuelle. De ce point de vue nous pensons que le débat engagé au sein de la majorité du comité central sur la caractérisation de la période (y-a-t-il eu un changement de période ou un tournant au sein de la période dans les années soixante-dix ?) est déplacé aujourd'hui. Nous ne disposons que de quelques mois d'ici à 1986 ; utilisons les de la façon la plus efficace : en préparant la meilleure campagne possible pour la Ligue.

Qu'on ne s'y trompe pas, notre idée n'est pas que la situation est excellente et que la victoire est assurée. Nous savons, comme tous les travailleurs, que « c'est mal parti » : la politique anti-ouvrière du gouvernement conduit tout droit à la défaite électorale, sans parler des manœuvres politiciennes du PS autour du projet de front républicain, peu aptes à mobiliser les travailleurs, de la politique de division du PCF. Néanmoins, nous pensons qu'il est possible de renverser la vapeur, qu'il est réaliste de chercher à le faire. Nous connaissons les ravages causés par la politique du gouvernement, la trahison des espoirs de 1981. Nous ne sommes pas disposés à lui apporter une once de soutien, mais nous voulons tout faire pour empêcher le retour de la droite qui représenterait une régression considérable. Ce sentiment nous le partageons avec des millions de travailleurs, électeurs du PS, du PC ou encore beaucoup de ceux qui s'abstiennent parce qu'ils sont écœurés de la politique de la gauche mais qui, pour autant, ne sont pas prêts à changer de bord. Ce sentiment est simple mais il est puissant. Le mouvement ouvrier peut y puiser les forces pour infliger une défaite aux revanchards de droite et d'extrême droite, malgré et contre les politiques du PS et du PC. C'est dans ce sens que nous considérons que la lutte contre la droite est indissolublement liée à la lutte contre l'austérité, car un tel mouvement ne saurait se dessiner qu'en toute indépendance vis-à-vis du gouvernement dont la politique est la cause première du recul de la gauche.

Le projet de thèses majoritaires relativise largement le danger de retour de la droite : « Après 1986, ... les travailleurs se trouveraient confrontés à une offensive capitaliste redoublée, quel que soit le gouvernement qui verra le jour après les élections. » Une telle affirmation, qui peut sembler pertinente si l'on se place à un degré d'abstraction et de généralité suffisant, fait l'impasse sur l'essentiel : il n'est pas du tout indif-

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férent pour les travailleurs, pour leurs conditions de vie et de lutte, que la majorité issue des élections soit de droite ou de gauche ; nous savons de quoi est capable la gauche et nous devons tout faire dès aujourd'hui pour redoubler la lutte contre la politique d'austérité, mais nous savons aussi de quoi serait capable la droite. Une victoire de ses partis serait le feu vert à une attaque sans précédent récent en France contre l'emploi, les salaires, les travailleurs immigrés, les femmes, les jeunes. Mettre avec légèreté un trait d'égalité entre ces deux variantes, c'est fermer les yeux sur la réalité et se couper des préoccupations de notre classe.

De la même façon, le projet de thèses majoritaire aborde mal la question du PS et du PC. Les rédacteurs se perdent en conjectures sur la crise de ces partis ... après 1986 : « ... il n'est pas sûr que le PCF, même dans le cas de figure envisagé, soit en mesure de se refaire sur la base d'une défaite du PS. » ; « Après une défaite majeure du Parti socialiste en 1986 pourrait se dérouler ( ... ) une recomposition à froid du type de celle qu'a connue la social-démocratie après 19 58 » ; « Après 1986, dans le cadre d'une représentation parlementaire inévitablement diminuée, le Parti socialiste ( ... ) n 'apparaîtra pas comme « le>> parti ouvrier ... >>. Toutes ces citations ont comme point commun de se placer dans le cadre de l'après 1986 et de tenir pour pratiquement acquise la perpective de la défaite. Or ce qui est important à nos yeux c'est le débat qui traverse ces partis d'ici 1986. Le gros des militants du PS et du PC redoute une victoire de la droite, or les directions de ces partis, chacune à sa manière, y contribue. La direction du PS en cautionnant l'austérité gouvernementale qui frappe son propre électorat, la direction du PC en développant une offensive de division acharnée, après avoir participé à la gestion de l'austérité. De ce point de vue un mouvement contre la droite et l'austérité peut trouver l'oreille de nombreux militants de ces partis, qui constatent en pratique l'impasse dans laquelle les conduit la politique de ces directions. Il est possible de militer ensemble avec des camarades socialistes et communistes contre le retour de la droite et contre les mesures d'austérité. Créer une telle dynamique unitaire est possible, comme le montre la fantastique leçon de choses de SOS-racisme.

Le 15 juin à la Concorde montre qu'il est possible de mobiliser à gauche la vraie majorité sociale de ce pays, quoiqu'en pensent Jospin et Marchais. Du coup ce mouvement est partie prenante de l'espoir de battre la droite et d'imposer une autre politique en 1986.

Choisir cet angle d'attaque nous paraît mille fois plus crédible que la recherche d'une troisième voie, d'une « alternative » « à la gauche de la gauche». Cette orientation de l'« alternative », défendue par la majorité du comité central, est à nos yeux confuse, impuissante et gravement erronée.

Confuse dans la mesure où même les rédacteurs du projet sont incapables de préciser un tant soit peut le cadre d'une telle alternative, sinon qu'il s'agit d'une « perspective générale», que « les formes de ce regroupement ne peuvent être que diverses et en relation avec les itinéraires individuels et collectifs qui y confluent». Qu'il s'agit d'« établir un cadre commun pour la réflexion et l'action de tous les militants et courants qui ont le but de travailler ensemble à l'émergence d'une alternative anticapitaliste». Très vague! ... et en même temps très restrictif: doit-on chercher uniquement à regrouper ceux qui ont le « but de travailler à l'émergence d'une alternative anticapitaliste » ? Ne vaut-il pas mieux chercher à se lier avec les millions de militants syndicalistes, du PS, du PC, avec les milliers de travailleurs qui sont prêts à lutter aujourd'hui contre les mesures d'austérité qui les frappent et contre le retour de la droite, sans pour autant avoir un point de vue « global » sur l'alternative?

Impuissante, car en deux ans cette démarche n'a pas connu le moindre début significatif de concrétisation. Les rédacteurs du projet majoritaire en conviennent puisqu'ils estiment que leur persepctive de « coalition électorale » à peu de chance de voir le jour d'ici 1986 qu'il s'agit en fait d'une démarche à long terme, et proposent pour 1986 une campagne ... avec Lutte Ouvrière.

Gravement erronée quant aux bases politiques proposées pour constituer cette alternative et mener la campagne électorale : ces bases sont largement « attrape tout » puisqu'on y trouve tout depuis le « rejet de la politique du gouvernement>> jusqu'à 1'« Europe dénucléarisée du Portugal à la Pologne »; tout...sauf la nécessité de battre la droite.

Nous proposons une campagne moins ambitieuse, moins sélective, sur un point : battre l'austérité et la droite. Sur cette orientation nous pouvons rechercher des accords et un cadre de travail commun plus large non seulement avec des organisations d'extrême gauche (en particulier Lü et PCI), mais aussi avec des militants du PS et PC, des travailleurs qui sont prêts à agir avec nous pour 1986 pour empêcher le retour de la droite et imposer une nouvelle majorité ouvrière contre l'austérité. Dans ce cadre il est inutile de rajouter des mots d'ordre, mais il faut clarifier l'essentiel: nous présentons des candidats qui s'opposeront à la politique d'austérité, qui combattent contre le retour de la droite, et bien évidemment, là où nous n'aurons pas les moyens de nous présenter, nous appelons à voter pour les partis ouvriers. Voilà les bases de la campagne que nous proposons à la LCR. Nous pensons que c'est la meilleure voie pour construire notre organisation, pour que la Ligue soit un outil efficace pour les travailleurs.

Le congrès se tient malheureusement très tard (nous avions proposé juin), notre campagne devrait déjà être engagée. Raison de plus pour la centrer sur 1986. C'est pourquoi nous avons rédigé un projet de thèses volontairement très court, condensé, qui évite les débats annexes et traite exclusivement de la campagne de la ligue pour 1986. C'est sur cette question que nous demandons aux militants de se prononcer en votant pour notre projet.

B. Aurore, le 12 août 1985

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