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DOSSIER

A trois mois de son 42e Congrès : une ère de turbulences s'ouvre dans la CGT

· Critique communiste, n° 44, septembre 1985 · p. 11-17 · 6 597 mots

Be 42• Congrès confédéral de la CGT se tiendra du 24 au 29 novembre 1985 à Montreuil. Congrès des 20 000 syndicats confédérés, il intervient à un moment critique de la vie de l'organisation syndicale, dont le signe le plus évident apparaît dans ses problèmes financiers.

Le comité confédéral national (CCN) du 27 mars 19 8 5, réuni extraordinairement décidait, pour la première fois dans l'histoire de la centrale, une souscription exceptionnelle appelée « Urgence CGT, les moyens de la vie». Présentée comme devant lui donner les moyens à la hauteur de la lutte des classes, cette mesure d'urgence n'était pourtant pas chiffrée. Il est question d'une somme de 15 milliards d'anciens francs, nécessaire à l'équilibre financier de la CGT. Le recours à cet expédient révélait un état de déficit non avoué, à l'évidence aggravé par la chute du nombre de cotisants et par les frais occasionnés par la construction du local confédéral de Montreuil. Pour motiver les syndicats, le CCN leur promettait une ristourne de 60 % sur les sommes qu'ils auraient collectées. Pourtant, au 25 juin 1985 -lors du dernier CCN avant le 42• Congrès- le bilan officiel présentait un résultat modeste: 20% des 20 000 syndicats et 42 000 bases CGT avaient répondu à l'appel, réunissant une somme de 1 ,4 milliard de centimes. Encore ces 4 000 syndicats concernés ont-ils réuni ces fonds plus par prélèvement sur les militants que par un appel fructueux à la solidarité ouvrière.

L'opération « Urgence CGT » s'explique ainsi par l'échec de la tentative précédente: à l'heure des bilans précédant le congrès, le trésorier national, Ernest Deiss, indiquait le modeste résultat du prélèvement automatique sur compte (PAC), créé au 41• Congrès en juin 1982. Il avait pour objet une collecte mensuelle assurant une stabilité et une régularité des recettes. Les « PAC » devaient toucher 500 000 adhérents en novembre prochain. Ils n'étaient en juin 1985 que 125 000.

Symptomatique est la répartition des 19 397 000 francs collectés par le Fonds national interprofessionnel (FNI), créé également en juin 1982 pour améliorer la centralisation des sommes représentant les cotisations confédérales. Le FNl a distribué près de deux milliards de centimes en trois ans de la manière suivante: 64,4% aux salaires des permanents ; 9,9 % aux salaires du secrétariat administratif ; 7,9 % au fonctionnement de la direction ; 10,4 % à un poste « divers » (donc peu bavard) ; 2,6 % à l'équipement de l'appareil (non compté le fonds immobilier pour Montreuil, sur un tout autre poste comptable). Et, enfm, 4,8 % de la somme initiale a été allouée à la propagande.

Le FNl sert essentiellement à l'appareil de permanents, et pourtant la CGT doit réduire les postes de travail à la Vie ouvrière. Selon les termes de l'administrateur de l'hebdomadaire confédéral, demandant au ministère un contrat de solidarité, les ventes ont chuté de moitié depuis 1979. D'où la demande de licenciement de 22 salariés de plus de cinquante-six ans, ce qui porterait à 158 l'effectif global, soit une réduction de 35 %depuis 1979.

Les adhérents, eux, seraient 1 362 942 actifs et 259 133 retraités, selon le bilan officiel. Soit une perte avouée de 300 000 depuis 19 81. Quant au bilan électoral, la référence aux élections professionnelles des comités d'entreprises en 1983 et 1984 semble une bonne base : tous collèges confondus, elles représentent près de cinq millions de salariés. Consécutivement, pour ces deux années, la CGT passe en dessous la barre des 30 % : 28,5 % des suffrages exprimés en 1983, 29,3% en 1984, soit une perte de trois points par rapport aux années antérieures respectives.

Ce bilan rapide donne une idée précise de l'état de la CGT, et des répercussions de son déclin à l'intérieur de ses rangs. Comment la direction confédérale en est-elle arrivée là, elle qui a pourtant érigé le mot « gestion » en arme suprême contre la crise ? Trois ans de soutien au gouvernement

Dans son projet de document d'orientation, la direction confédérale dit d'elle-même: «La CGT a su assumer ses responsabilités sans se laisser détourner de la ligne f rxée, sans renoncer (. . .) à sa mission de défense des intérêts des salariéH (1-2/II, page 14, le Peuple, 1192-93). Pourtant, elle avoue aussitôt: rrA toutes les accusations anticégétistes traditionnelles sont venues s'ajouter les campagnes visant à présenter la CGT tantôt comme le syndicat du gouvernement, avalisant sans condition la politique suivie, tantôt comme coupable de surenchère >> (1-2/28). Plus précisément, le projet d'orientation se plaint: rr Un comportement électoral d 'abstentions massives à l'égard des partis politiques partie prenante du gouvernement >> (1-2/28) est apparu rr à l'égard des syndicats perçus comme ceux ayant soutenu le changement politique. La CGT n'a pas échappé aux conséquences de cette attitude. Bien qu'injuste, la tendance à lui faire porter une part de responsabilités s'est retrouvée pendant tout une période dans de nombreuses entreprises, branches ou

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secteurs, y compris au plan national, en particulier lors des élections prud'hommales ou à la Sécurité sociale>>. ( 1-2/29, page 15).

Est-ce si injuste que cela d'avoir considérer la CGT comme une centrale soutenant la politique gouvernementale ? Il convient de confronter son attitude aux grandes dates sociales, luttes ou attaques patronales ... et gouvernementales.

L'ère du New Deal (nouveau marché) entre la direction confèdèrale et le Parti socialiste s'est nouée autour de la tempête polonaise. Le refus des sommets confédéraux de soutenir la classe ouvrière polonaise contre le coup d'Etat de Jaruzelski provoquait une réaction de masse dans la CGT, au point que de nombreux syndicats et sections syndicales se groupèrent pour constituer une « coordination CGT pour Solidarnosc », qui tint meeting à la Bourse du travail, le 12 janvier 1982. Ce mouvement dans la CGT reçut le soutien de membres éminents du Parti socialiste. Un certain Pierre Joxe, à l'époque président du groupe parlementaire socialiste, syndiqué CGT, vint en personne à une réunion de la coordination CGT pour Solidarnosc.

C'en était trop pour une direction confédérale, divisée politiquement, mais aussi clivée entre le groupe Séguy et le groupe Krasucki, ce dernier en pleine ascension à travers la structure dite « secteur luttes ». Voir le PS ainsi utiliser une forte pression unitaire et démocratique contre la direction fidèle à Jaruzelski, cela forçait à une riposte publique et de poids. C'est Henri Krasucki qui prit l'affaire en main. Le 29 décembre 198 1, six mois après le 1 0 mai et six mois avant le 41 • Congrès, le futur secrétaire général faisait paraître dans l'Humanité un article : (( CGT-PS, savoir ce que l'on veut».

Les termes du nouveau marché étaient les suivants : il y a des réformes fondamentales à faire. Le patronat s'y opposera. La situation sociale peut évoluer. Or, le nouveau pouvoir a besoin d'un syndicat fort et seule la CGT dispose d'une influence correspondant à la hauteur des enjeux. Alors, dit Krasucki au PS, ce serait un calcul à court terme et à courte vue que d'affaiblir (( le partenaire syndical, coopératif, indépendant, critique et responsable d'un pouvoir, d'une majorité parlementaire et de partis la composant à ce niveau-là» (l'Humanité du 29 décembre 1981 ). Ainsi Henri Krasucki s'adressait auPS, partenaire du PCF au sein de l'union de la gauche, l'éclairant sur l'enjeu de la question polonaise dans cette union, mais surtout sur l'esprit «coopératif» de sa centrale. En somme, laissez-nous tranquilles dans la CGT avec la Pologne, et donnant donnant, le gouvernement que vous dominez ne le regrettera pas le moment (social) venu.

Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Les éléments socialistes de la CGT cessèrent toute activité publique - ou trop compromettante - contre la direction. En témoigne le mutisme socialiste au 41 • Congrès. Et la CGT, soutien syndical de l'union de la gauche, principalement pour aider le PCF dans son entreprise, et également pour prendre la place de l'interlocuteur syndical privilégié, pratiqua une solidarité sans faille jusqu'en juillet 1984.

Libéré à l'intérieur de la CGT des pressions du PS, Henri Krasucki fut l'agent actif de recomposition d'une direction autour de sa ligne, celle du 41 • Congrès de juin 1982. Eliminer Georges Séguy, le leader qui endigua la grève générale de Mai 68, mais aussi l'homme de l'union de la gauche et de l'unité avec la CFDT, ce fut fait prestement.

L'orientation confédérale, largement approuvée à Lille, fut tout entière tournée vers le contrôle des actions revendicatives, afin qu'elles aident et non accélèrent le rythme des réformes gouvernementales espérées. Le maître-mot du congrès, outre le slogan (( Tout dépend de vous », fut : ((L 'exigence de la situation est moins de cristalliser les mécontentements que de rassembler la masse des travailleurs dans l'action ... » Rassembler sur quels objectifs et pour quelle action ? Henri Krasucki définit la démarche syndicale dite du syndicalisme « banal ». Elle est fondée sur le rejet du maximalisme, entendez le rejet du programme de la CGT elle-même. Ce programme revendicatif, la CGT ne l'a ((jamais conçu comme un programme de gouvernement, à réaliser globalement dans un délai, selon un calendrier et des modalités définis». Exit les 35 heures et des slogans du genre (( Pas un licenciement sans reclassement préalable »; exit l'échelle mobile des salaires. En juin 1982, un an après le 10 mai, est adoptée à Lille une tactique syndicale des petits pas : (( La référence et la fidélité à notre programme s 'entendent ainsi, pour construire et mesurer les pas en avant ... » Ceux du gouvernement, serait-on tenté d'ajouter.

Ni perspective de mouvement d'ensemble, ni objectifs revendicatifs mis en avant : (( dans ce contexte », celui où (( le bloc patronat-gouvernement est rompu », (( la CGT considère que cette voie d'avancées successives pour les revendications comme au plan des réformes plus vastes est bien la meilleure, la mieux adaptée, la plus sûre pour transformer vraiment les structures de notre pays ».

Alors qu'à Lille, Pierre Mauroy, Premier ministre, venait lui-même faire part aux congressistes de la teneur du premier plan d'austérité, la CGT adoptait officiellement le cap qu'elle a maintenu, celui d'un syndicalisme banal, au quotidien, ravalant les objectifs revendicatifs de son programme au rang d'instrument de mesure indiquant si le vent des réformes gouvernementales allait dans le bon ou le mauvais sens. La passivité que la CGT met en 1985 sur le dos des travailleurs (ils auraient attendu « tout d'en haut»), c'est bien elle qui l'a entretenue, érigée même en principe de comportement.

En effet, la direction confédérale issue du 41 • Congrès a respecté son mandat : la stratégie des conquêtes syndicales partielles se solde par une liste impressionnante de combats non livrés, de revendications oubliées. II faut rappeler qu'après l'entrée de quatre communistes dans leurs ministères, peu de différence était décelable entre les circulaires ministérielles, les bulletins des fédérations correspondantes, et les tracts des syndicats CGT. L'exemple le plus éclatant fut celui de la santé.

En juin 1982 intervient le premier blocage des

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salaires. A part quelques pétitions, la CGT reste modérée. Louis Viannet, nouveau numéro deux de la centrale et maintenant membre du BP du PCF, explique que l'on ne saurait considérer que <<la fusée austérité ait été mise à feu >>. Il est vrai que le printemps des OS de Citroën et Peugeot, profitant largement à la CGT, lui fournit un drapeau derrière lequel elle dissimule son repli élastique devant les premières mesures de rigueur du gouvernement Mauroy.

Fin mars 1983, après l'échec électoral aux municipales, le même gouvernement Mauroy applique un plan d'austérité complet, touchant à la plupart des acquis ouvriers. Le gouvernement passe outre aux quelques protestations mesurées de la CGT. Cette dernière, dont l'identité revendicative depuis la Libération s'était incarnée dans la défense de la Sécurité sociale, n'organise pas de campagne contre le forfait hospitalier. Quand s'accroissent les prélèvements salariaux destinés à la Sécurité sociale, l'heure est <<à réfléchir aux méthodes d'action >> qui permettent que s'exprime le mécontentement sans que ces actions prennent << l'allure d'un acte d 'hostilité >> à 1 'égard du gouvernement ou fasse le jeu de la droite. Le CCN des 27 et 28 avril 1983 défmit, après le premier plan d'austérité, une attitude cégétiste qui doit <<faire avancer concrètement les intérêts des travailleurs et les réformes pour lesquelles nous luttons sans permettre l'amalgame avec les opérations de droite, sans non plus donner à nos actions une tournure d'hostilité envers un gouvernement que majoritairement, et à juste titre, avec nous, les travailleurs ne considèrent pas comme leur adversaire >> (conclusions d'Henri Krasucki, le Peuple 1154, page 44 ). La réponse est claire. << On entend parfois des camarades dire qu'il ne faut pas ménager un gouvernement de gauche. Le problème n'est pas de ménager ou pas ... >>, explique Krasucki. Et d'indiquer à quel point la grève est une chose à manier avec des pincettes, après le 10 mai : << Il est certainement quelquefois nécessaire d'avoir recours à des arrêts de travail pour diverses raisons qui tiennent à la revendication en cause, à l'état d'esprit des travailleurs. Mais il est légitime de se poser la question aujourd'hui (...) est-ce que c 'est toujours la chose à faire, et est-ce que c'est justifié dans tel ou tel cas ? (. . .) on ne peut pas esquiver cette question. Sans pour autant s'interdire de choisir un arrêt de travail avec les travailleurs. >> (le Peuple 1154 p 43-44 ).

La première grande lutte contre les restructurations, celle de Talbot, invervient fin 1983-début 1984, au moment où est annoncé un vaste plan de suppressions d'emplois dans la sidérurgie (- 25 000 jusqu'en 1987), le charbon (- 6 000 jusqu'en 1988) et la navale (- 5 000 jusqu'en 1986). Alors que la grève de Talbot était l'abcès de fixation de la situation sociale et révélait au grand jour le partage des tâches entre le patronat et un gouvernement qui envoya ses CRS vider les grévistes, la CGT prit soin de tourner le dos à la généralisation, à la globalisation. A Poissy, elle admit le sacrifice de 1 905 emplois pour « sauver la marque». Dans les trois autres secteurs frappés, elle organisa des marches sur Paris, séparées les unes des autres, au nom de plans industriels sans horizon.

En ce même début d'année 1984, Pierre Mauroy, dans une lettre aux P-DG des entreprises nationalisées, recommande le cassage des mécanismes d'indexation des salaires sur les prix. Quelques jours plus tard un accord est signé, sans la CGT, qui supprime l'allocation pour licenciement économique. Mais la direction de la CGT ne réagit pas avec la célérité exigée par la situation. La présence du PCF au gouvernement et l'absence de tout programme de mobilisation d'ensemble la range du côté de ces députés communistes qui, quelques jours après la montée des sidérurgistes à Paris en avril 1984, votaient comme un seul homme la confiance au gouvernement Mauroy.

Il faut plus que 1 'échec cégétiste à Talbot, l'inefficacité des montées sur Paris et les offensives antisociales du gouvernement pour que la direction Krasucki change de cap. Au CCN des 15 et 16 mai 1984, après que nombre de dirigeants fédéraux aient réclamé un « tous ensemble », le secrétaire général conclut sur un tout autre registre : <<Nous sommes toujours dans l'opinion que la situation créée il y a trois ans, et les réformes intéressantes engagées (. . .) contiennent la possibilité (. . .) de faire des pas substanciels dans les voies nouvelles pour la d~fense des intérêts des travailleurs et pour sortir le pays de la crise. >> Et d'ajouter, pour bien se faire comprendre : <<Si nous devions modifier notre appréciation, nous devrions en délibérer. > >

Alors comment lutter ? Le credo apparaît, toujours en vigueur : «Il faut savoir combiner les diverses méthodes de lutte et passer d'actions très diversifiées à des mouvements forts, très coordonnés, puis revenir à d'autres actions de nouveau diversifiées puisqu'ils 'agit en réalité de créer une situation qui prendra sa tournure avec le temps et l'action accumulée. >>

Il faudra attendre septembre 1984 pour que le secrétaire général de la CGT consente à parler de mouvement d'ensemble, lors de son meeting de rentrée à Bordeaux. Entre temps, un événement s'était produit dont la CGT n'a pas eu, officiellement à délibérer, le départ des ministres communistes. Celui-ci infléchit, à lui seul, une orientation que les dirigeants s'acharnent à présenter comme élaborée en toute indépendance et démocratiquement par la confédération. A la recherche du crédit perdu

Qu'a rapporté aux travailleurs la tactique syndicale de la CGT? Et qu'a-t-elle rapporté à la CGT elle-même? Si le bilan de l'union de la gauche est lourd, celui de la confédération de Montreuil n'a rien à lui envier.

De rudes coups ont été portés aux travailleurs sans que la CGT ait organisé la résistance ouvrière. Le forfait hospitalier fait partie de la panoplie qui diminue chaque jour la couverture sociale : restriction des allocations chômage, diminution des remboursements de la Sécurité sociale, augmentation des cotisations salariales. Le salaire direct est également frappé, à la fois par la désindexation et par la baisse des rémunérations. Quant à l'emploi, il figure au frontispice des batailles perdues: le travail précaire se développe, pendant que suppressions d 'emploi et licenciements (secs ou doux) s'accumulent à un rythme élevé dans tous les secteurs.

A 1 'évidence, ces coups viennent du patronat et du gouvernement. Les vrais responsables sont bien eux. Mais la CGT, face à ces attaques multiformes, en quoi a-t-elle rempli sa mission syndicale? En rien. Chaque travailleur peut mesurer au rétrécissement du marché du travail, à la réduction de son pouvoir d'achat, à la baisse de sa couverture sociale, l'ampleur des dégâts. Quel crédit apporter à une confédération qui, quand les mesures d'austérité étaient prises par un gouvernement

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composé de socialistes et de communistes, a failli à sa fonction fondamentale?

Les gains de productivité obtenus par le chômage et la baisse des salaires ont été accaparés, dans le revenu national, par le capital au détriment du travail. Ainsi, la définition éiémentaire, le postulat syndical de base, se battre contre les empiétements de capital, ont été bafoués. La désaffection syndicale, qui ne touche pas seulement la CGT, mais en particulier la CGT, n'a pas d'autre cause fondamentale que la vacuité de ses réponses face à la crise, subordonnées aux intérêts partisans du PCF, parti de gouvernement.

Cette situation précaire est d'autant plus vivement ressentie que la CGT a échoué dans sa tentative de compenser par des positions institutionnelles l'influence perdue par le syndicalisme de mobilisation et d'action qu'elle voulait représenter à elle seule. Qu'ont apporté aux travailleurs ces postes dans les conseils d'administration, dans les conseils économiques et sociaux ? Grippés par la crise économique, les mécanismes de la concertation permanente ne lui octroient aucune miette à redistribuer aux travailleurs. Ainsi la route est longue pour regagner la confiance des travailleurs ... si toutefois existe une route accessible à la CGT.

A trois ans de soutien actif aux trois gouvernements Mauroy succédait tout à coup un nouveau langage. Après le départ des ministres communistes du gouvernement, Henri Krasucki, en septembre 1984, parle de ... grève générale. Voilà une ambition à la hauteur d'un syndicalisme pas banal du tout. Après les premières conférences de presse tonitruantes de la rentrée bordelaise de 1984, la belle perspective faisait long feu. Oui, oui, il fallait bien ce mouvement d'ensemble, mettre «deux millions de travailleurs dans la rue, pourquoi pas ... )) Mais quel début de concrétisation fut apporté à ces belles paroles ? Le lot commun des syndicats était plutôt la confection de plans de gestion. La recherche des possibilités d'échanges franco-français entre entreprises pour lutter contre la concurrence étrangère.

Pour la CGT, depuis peu, la situation sociale était catastrophique. Mais curieusement, nul objectif revendicatif ne venait sanctionner ce constat élémentaire. La grève générale, maniée par le secrétaire général, apparaissait pour ce qu'elle était en réalité : une couverture syndicale de la rupture entre le PS et le PCF. Elle relevait du numéro de funambule. Parlant de ce mouvement d'ensemble pour ne pas le faire, pour mettre en évidence à quel point les travailleurs, desquels tout dépendait, étaient à mille lieues en dessous ces préoccupations, la direction confédérale avait un autre souci : il lui fallait, pour préserver l'unité de la CGT en ces temps de division, éviter la question gouvernementale, tout en la traitant de facto.

Henri Krasucki s'engageait personnellement dans ce combat. Au CCN des 21 et 22 novembre 1984, il intervint sur ce thème, qu'il reprit, se citant lui-même, au XXV" Congrès du PCF en février 19 8 5 : (( Il n 'est de l'intérêt de personne que se développe une situation conflictuelle entre la CGT et quelque parti de gauche que ce soit. Je dis bien de personne )), martelait le secrétaire général, soudainement à la recherche de la stature du garant de l'unité interne de la CGT.

Et, de fait, le cap du XXV" Congrès du PCF fut passé avec les honneurs. Liquidant vingt-cinq ans de politique d'union, la direction communiste avait elle-même trop à faire pour effacer trois ans de présence au gouvernement, gagner le parti à sa nouvelle ligne, isoler les contestataires. Pour la CGT, ce n'était qu'un répit.

La direction confédérale a pris grand soin de ne pas caractériser le gouvernement, de ne pas modifier dans les textes son attitude à l'égard du locataire de Matignon. La question fut tout bonnement éludée, elle qui faisait l'objet de chapitres entiers dans les documents précédents. La tonalité confédérale, c'était de constater froidement la dégradation sociale, tout en essayant de refaire une partie du retard sur Force ouvrière.

Se donnant pour indépendante pendant que CGT et CFDT s'escrimaient à être le meilleur vassal du gouvernement, FO progresse régulièrement aux élections professionnelles. Son succès aux élections à la Sécurité sociale, qui lui valut tant de reconnaissance du CNPF, l'a rendue euphorique. Aussi la situation de la direction cégétiste devint-elle inconfortable. Au fil des congrès d'unions départementales et fédéraux, elle voyait des directions intermédiaires peu nourries par l'orientation pratiquée, paralysées par le manque de perspectives.

Le comité central du PCF de mai 1985, et surtout l'opération SKF fm mai-début juin mirent fin à cet équilibrisme, forçant la main à Krasucki. Au comité central du PCF lui fut reproché le manque de hargne cégétiste à l'égard des vrais responsables, jamais nommés dans la propagande syndicale, les socialistes. Vertement tancés par le bureau politique, Henri Krasucki et Thérèse Hirszberg furent sommés d'accomplir leur devoir dans la guerre sainte antisocialiste.

Pour faire bonne mesure, fut montée l'opération SKF. Profitant d'un nouveau recours aux CRS par le gouvernement, une partie de l'appareil cégétiste organisa les affrontements avec le souci patent de montrer combien les militants envoyés sur le toit de l'un des bâtiments étaient les martyrs. Un poing socialiste enserrant désormais une matraque à la place de la rose. Cette effigie fut tirée complaisamment, bien que non signée, et répandue dans les syndicats CGT.

Enfm, un épisode de la lutte des classes forçait à la clarification. La violence des forces de l'ordre socialiste était à condamner. Donc, le PS devenait normalement la cible. Sinon, on devenait traître à la cause des travailleurs.

Enfin, par SKF, on sortait du dilemme : parler de la grève générale et ne rien faire. Multiplier les opérations de type SKF, ce qui fut fait pendant l'été 1985, cela revenait sinon à mobiliser les masses -loin s'en fautmais à donner corps à une tactique syndicale conforme au XXV" Congrès du PCF. Lier les propositions de gestion, à ce type d'opérations - empêcher les machines de par:tir, par exemple- c'était redonner une perspective

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immédiate à un noyau de militants pour qui le débouché naturel de ces actes était bien entendu la condamnation des nouveaux Jules Moch au pouvoir.

Le CCN des 25 et 26 juin 1985, dernière réunion de la plus haute instance de la CGT entre deux congrès, revêtait une importance particulière. Ce CCN allait-il adopter une orientation conforme à la pratique à SKF ? Les dirigeants confédéraux allaient-ils, tous unis, se ranger sous la bannière de la croisade antisocialiste ? Ce qui s'est passé à ce CCN, dont rend compte le Peuple n°l 200 du 11 juillet 1985, relève plutôt de l'émergence de contradictions de taille.

Au rapport de Lydia Brovelli, tout entier centré sur la situation sociale et les attaques patronales, contournant une nouvelle fois la question de l'attitude à l'égard du gouvernement, répondaient nombre d'interventions de dirigeants d 'UD et de fédérations, furieuses charges antisocialistes. Le CCN de novembre 1984, qui préservait la CGT de toute reproduction des clivages PS-PC F, devenait un lointain souvenir. Entre autres interventions, celle du nouveau secrétaire général de I'UD des Hauts-de-Seine, Alain Brugnago, se distinguait sinon par la fm esse du moins par la clarté : ((Nous disions au 4 l' Congrès que le rapport des forces avait évolué et que nous n'étions plus en face d'un bloc homogène patronat-gouvernement. Avec l'évolution de la situation, est-ce qu 'aujourd'hui nous pouvons dire la même chose ? Non ! )) Et de situer les enjeux du 42• Congrès lui-même : ((Je crois, dit le dirigeant du 92, qu'il y a nécessité de pousser plus loin l'analyse sur la cohérence de la politique gouvernementale. La préparation du 42• Congrès doit y aider. ))

Toujours dans la franchise, Joël Biard, secrétaire de I'UD de Seine-Saint-Denis, indique la voie à emprunter pour que la CGT regagne en crédibilité : (( ... dans et avec la clarté sur les responsabilités du gouvernement. .. Ouvrir les perspectives des issues et de la lutte.. . Ainsi nous regagnerons une crédibilité auprès de l'ensemble des salariés, ferons la différence avec le syndicalisme de collaboration de classes. )) Si la tâche est de regagner une crédibilité, c'est qu'elle a été perdue, quelque part.

Poursuivant l'ascension, François Duteil, secrétaire général de la fédération de l'énergie, entonne le chant : ((Alors, faire la clarté, c'est situer les responsabilités, y compris celles du gouvernement. Il ne saurait être question de nous réfugier dans des notions porteuses de confusion telle que celle du clivage gauche-droite. )) La ligne, toute la ligne du dernier congrès du PCF est donc présente à la tribune du CCN.

Toujours plus haut, Jean-Pierre Page, premier secrétaire et, depuis SKF, héros du Val-de-Marne, précise, s'il le fallait, son indignation : (( Il faudrait que la CGT taise des convergences qui se situent sur le terrain de classe, taise surtout des divergences, parce qu'elles s 'appliquent auPS ? Mais dans ces conditions, de quelle indépendance s'agirait-il ? J)

Pour clore ce florilège, Gérard Alezard, secrétaire confédéral : ((Sous prétexte d'apprécier fait par fait, on ne pourrait apprécier les faits dans leur ensemble ? Impossible. Faudrait-il ne plus être CGT sous prétexte de débats politiques qui nous sont extérieurs ? Et, au nom d 'une fausse indépendance, il faudrait. .. asexuer notre action ? Evidemment non 1 ))

Le débat n'eut pas seulement lieu entre tenants de la ligne du CC du PCF et l'équipe de Henri Krasucki. Pour la première fois depuis le coup d'Etat de Jaruzelski - mais ils y étaient bien forcés à moins de disparaître -les socialistes du bureau confédéral descendirent dans l'arène. André Deluchat, issu lui aussi du Val-de-Marne, répond à Alain Brugnago : (( Y a-t-il cohérence entre la politique patronale et la politique gouvernementale ?. .. Sur le fond, les incompatibilités et les incohérences demeurent et sont importantes .. )) Plus précisément, il va expliquer : (( Qu 'on le veuille ou pas la majorité des travailleurs n 'assimile pas la gauche à la droite. )) Et puis, ajoute-t-il, trouvant par là un terrain d'entente certain avec la majorité confédérale, (( la lutte n'est pas obligatoirement synonyme de changement d'équipe au niveau politique )).

Gérard Gaumé, secrétaire confédéral, intervint également : (( On ne crééra pas le meilleur rapport des forces en portant d'urgence notre action dans une dénonciation totale du gouvernement et en soulignant sa couleur. Pourquoi cette précipitation et ce cap ? ... Pas d'antisocialisme : ce n 'est pas un bon moyen pour mobiliser et rassembler au maximum dans la CGT. )) Et de conclure : ((Justement ce n 'est pas la même chose avec la gauche ou avec la droite. On sait ce qu'elle est et annonce : c'est le Thatchérisme. Tout faire pour empêcher aussi cela. ))

Les thèmes socialistes dans la CGT sont donc annoncés. Restent des dirigeants cégétistes tentant de jouer un rôle tampon entre les différents courants. Thérèse Hirszberg eut beau rappeler qu' (( il faut exclure, car ce serait suicidaire, toute attitude de compromis sur ce qui pourrait être des tendances non avouées )), des voix s'élevèrent pour l'unité de la CGT, comme si déjà des tendances prenaient corps.

Ainsi Jean-Claude Laroze, secrétaire confédéral : (( Si aujourd'hui nous prenions une quelconque distance avec cette mission fondamentale, alors nous prendrions le risque d'affrontements entre camarades de sensibilités différentes, et de nous éloigner des aspirations, de l'attente des salariés. ))

Jean-Claude Marmorat, secrétaire de I'UD du Haut-Rhin, reconnaissant la responsabilité du gouvernement dans la politique d'austérité, et faisant état de la déception ouvrière à son égard, met des bornes : ((Je me demande si nous conforterons l'unité de la CGT dans sa diversité à vouloir absolument colorer la composition du gouvernement... qu'est-ce que ça donne de plus pour mobiliser les travailleurs... que de parler en tant qu 'organisation syndicale du gouvernement "socialiste" ? Pour notre part, il m'apparaÎt crucial pour l'unité de la CGT de s 'en tenir au projet de document d'orientation du 42• Congrès )), qui lui, précisons-le, évite soigneusement la question gouvernementale.

Seul pas en arrière du groupe antisocialiste au CCN, par la voie de Jean-Pierre Page, intervenant à nouveau, mais cette fois en tant que membre de la commission exécutive. Ce fut pour minimiser une bavure, celle de l'utilisation de ces badges non signés, présentant le point socialiste tenant une matraque en lieu et place de la rose, matériel qui se répandit parallèlement à l'opération SKF : (( C'est pourquoi nous ne saurions revendiquer l'édition et la diffusion de badges sur lesquels ne figure pas le sigle de la CGT. )) Ces badges, qui furent arborés par nombre de manifestants protestant contre les violences policières à SKF, dont fut victime en particulier Jean-Pierre Page, étaient l'étendard post-SKF. Une bavure ... dont l'autocritique est manifestement faite par un autre que par son auteur.

Le secrétaire général conclut les travaux du CCN. Sans pour autant clore les débats. C'est en douceur qu'il montra la responsabilité du gouvernement. Manière de laisser ouverte la discussion pour le 42• Congrès, et de se montrer quel en était l'enjeu véritable.

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Le projet de document d'orientation préparatoire au 42e Congrès ne reflète pas ses véritables enjeux. De l'extérieur de la CGT, par la session de mai 1985 du CC du PCF et par SKF, une offensive a été menée pour que l'ensemble de la confédération épouse la ligne de dénonciation anti-PS. Cette poussée visait à combler le vide du document d'orientation, bâti pour contourner la question de l'attitude à l'égard du gouvernement. Les enjeux

Congrès Le projet ne voulait régler qu'un débat, celui de l'axe déterminant de l'action syndicale. L'idée maîtresse est que << la question décisive pour la lutte immédiate, comme pour l'issue à la crise, se situe sur le terrain, au niveau de la gestion des entreprises publiques ou privées ... là où se déterminent et s'appliquent les grandes orientations dont nous subissons aujourd'hui les conséquences ''· En guise de perspective syndicale et politique, comme bilan de l'expérience politique ouverte par le 10 mai, n'est offerte que cette option gestionnaire qui parcourt tout le texte, et qui veut dire : pas de mouvement d'ensefi!.ble sur les revendications, pas d'action générale posant la question centrale de l'intervention des travailleurs pour qu'ils en finissent avec l'austérité.

Cette position intermédiaire est intenable et n'a pas passé l'été. A SKF succèdent des actions minoritaires, fondées sur des propositions gestionnaires, mais qui ajoutent, en guise de débouché politique, la dénonciation du PS. En d'autres tem1es, la pression semble bien entraîner la confédération vers une attitude ressemblant à celle qu'elle adopta avant le 10 mai: prendre fait et cause pour un parti, celui qui avant la victoire électorale de 1981, affirmait ne pas vouloir gérer l'austérité de gauche, qui l'a néanmoins fait pendant trois ans, et qui s'érige en juge de cette austérité une fois quitté le navire gouvernemental.

Les tenants de cette orientation se sont exprimés au CCN de juin 1985. Les porte-parole socialistes de la direction confédérale ont également pris position. Reste celle de Henri Krasucki, qui semble jouer personnellement gros dans cette histoire. Peut-être tentera-t-il de minimiser la dénonciation du PS, sachant le prix à payer pour une option aussi fractionnelle de la CGT.

Mais le débat entre eux est biseauté. Les socialistes défendent la politique gouvernementale. Les antisocialistes veulent prendre pour cible le PS afin de servir les intérêts exclusifs des candidats PC en 1986, pour faire passer dans la CGT l'idée que n'existe plus de débouché politique, que droite et gauche c'est pareil, qu'il faut attendre des jours meilleurs. Henri Krasucki et ses fidèles voudraient accentuer les critiques à l'égard du gouvernement, sans le caractériser, et se cantonner à un tournant systématisé vers la gestion.

Entre ceux qui veulent battre la droite au nom de cette gauche là, au pouvoir, et ceux qui refusent désormais le clivage droite-gauche au nom de la seule vraie gauche, le PCF, le choix ne se pose pas.

S'ouvre ainsi une ère de turbulences dans la CGT. Pratiquant la surenchère dans l'action minoritaire, le PCF et la CGT se retrouvent en concurrence sur le même et exclusif terrain revendicatif, comme après la rupture du Programme commun en 1977-78. L'amalgame, comme on l'a vu à SKF, sera d'autant plus facile à faire qu'est revendiquée la fusion des forces des mairies communistes avec l'appareil CGT local en cas d'intervention policière.

Liant le discours sur la gestion avec ces actions minoritaires, les syndicats, UL ou UD CGT tranchent dans les faits le débat apparu au CCN de juin 1985. Pour différents secteurs, à la fois frustes politiquement et combatifs, cette ligne épouse le désespoir montant, la colère sans horizon. Mais pour maints autres secteurs de la CGT, la tendance au refus de cette ligne passera par un repli sur J'entreprise ou J'activité locale. Voilà qui rendra encore plus difficile les liens entre l'appareil central, ses demandes de cotisations, son matériel. Quant aux instances intermédiaires, elles se montreront plus exigeantes dans la défense de leurs prérogatives.

Plus généralement, la pression fractionnelle antisocialiste a créé une confusion importante. Beaucoup, dans la CGT, condamnent à juste titre l'austérité gouvernementale, concrétisation des trahisons des espoirs du 1 0 mai 1981. Cette condamnation, pour eux, n'est pas formulée avec clarté depuis la rupture de la coalition gouvernementale PS-PC, mais depuis l'application des premières mesures de rigueur, en juin 1982. A ceux-là, la direction confédérale ne propose que d'ajouter l'adjectif socialiste au mot gouvernement, dans les tracts syndicaux. Et, en guise d'explication anticrise, elle propose de décrire combien le PS est seul responsable du gâchis. La prolongation naturelle de cette attitude consiste à relativiser l'échéance de 1986. Elle s'accompagne d'une activité gauchiste, prenant le raccourci de l'action minoritaire et de division pour pallier au manque de mobilisation de masse.

Les syndicalistes unitaires auront à prendre un autre point de vue, celui de l'unité des travailleurs contre l'austérité. Si cette austérité est à condamner vigoureusement et à combattre, encore faut-il choisir les armes. Pour les syndicalistes unitaires, l'orientation ne saurait être de multiplier les SKF, mais au contraire de bâtir une mobilisation de l'ensemble des travailleurs, fondée sur leurs revendications, donc assurant leur unité et celle de leurs organisations syndicales. Il s'agit de redonner confiance aux travailleurs dans leur force, dans l'action collective, terrain déserté depuis longtemps. Confrontés aux propositions d'actions minoritaires, les syndicalistes unitaires répondront par la nécessité de l'efficacité de l'action de masse, de la construction d'un rapport de forces favorable aux travailleurs contre le patronat et le

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gouvernement. Et non faire briller artificiellement le sigle CGT, le temps d'un passage dans les médias, pour paraître plus combatif que les autres.

Rien n'est plus urgent que de refuser la compétition intersyndicale, à laquelle la direction confédérale voudrait acculer tous les syndicalistes, rejettant les autres centrales dans le grand sac contenant le patron, la fausse gauche et le réformisme social-démocrate. La logique de la forteresse assiégée par une armée de collaboration de classes n'est pas une vision de syndicaliste unitaire. C'est une option de chapelle. A la bande des quatre centrales (CFTC, CFDT, CGC, FO) qui signent des accords honteux avec le patronat, les syndicalistes unitaires n'opposent pas SKF, mais une démarche visant à faire appel au personnel pour qu'il défende ses intérêts, dans l'unité. La lutte des classes n'est pas distribution de mauvais et bons points entre syndicats, mais affaire de résistance contre les attaques gouvernementales et patronales. Il s'agit d'organiser la riposte au chômage, à la baisse des salaires, à la réduction de la protection sociale. Pas la coupe de France des confédérations !

Définir les besoins revendicatifs avec les travailleurs, c'est énoncer la base de l'action. Cela tourne le dos aux spécialistes des contre-plans gestionnaires en tout genre, qui n'ont jamais sauvé un emploi !

Il y a un lien absolu entre le dévoiement des luttes vers des actions minoritaires pour une meilleure gestion et la minimisation de 1986, échéance réduite à faire poids derrière les candidats du PCF. C'est, dans les deux cas, réduire la CGT à n'être que la chose syndicale du PCF et non l'outil de défense des travailleurs.

C'est pourquoi, s'agissant de 1986, les syndicalistes unitaires, comme ils l'ont fait dans le passé, doivent refuser que leur CGT soit l'exclusivité d'une fraction politique la manipulant. Comme ils doivent refuser de considérer que droite et gauche, c'est pareil au nom des trahisons de la gauche. Il convient d'établir que le retour de la droite serait l'occasion d'un saut qualitatif d'une toute autre violence dans les attaques anti-ouvrières. Il convient de combattre l'idée selon laquelle, avec la droite, ce serait plus facile de lutter. La CGT n'a-t-elle pas dit le contraire pendant des années, c'est-à-dire que tout dépendait du débouché politique ? Et, une fois le gâchis réalisé, l'inverse de cette vérité de base serait la nouvelle vérité de base? Non, le rôle de la CGT n'est pas de faire apparaître des convergences avec un parti, le PCF, ni de filer le train à la division entre partis politiques. Il s'agira d'exprimer, en 1986, ce que les syndicalistes CGT et les travailleurs auront unitairement dit avant, à savoir qu'il faut à la fois condamner la politique d'austérité, s'y opposer par tous les moyens, et s'opposer à celle qu'une droite victorieuse ne manquera pas d'infliger aux travailleurs.

Pour cela, forts des actions menées auparavant contre l'austérité gouvernementale et l'offensive patronale, les syndicalistes unitaires se prononceront contre le retour d'une droite amenant dans ses bagages l'extrême droite; ils se prononceront pour un vote ouvrier, et pour bâtir une mobilisation d'ensemble des travailleurs qui garantisse la satisfaction des revendications. Les syndicalistes unitaires se prononcent pour un gouvernement qui, tournant le dos à l'austérité pratiquée par celui en place depuis juin 1982, s'oriente vers une politique de rupture avec la logique des profits capitalistes.

L'antidote à la guérilla anti-PS qui menace de s'emparer de toute la CGT dépend de l'effort des syndicalistes unitaires, pour que la CGT, somme toute, remplisse sa fonction syndicale de classe et de masse.

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