La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Pour comprendre le moment présent, mémoire garder : aspects de la réorganisation du mouvement ouvrier en France de 1953 à 1968

· Critique communiste, n° 44, septembre 1985 · p. 5-9 · 5 451 mots

Nous avons trop tendance, quand il s'agit des luttes de classes en France, à ignorer la période d'avant 1968. Ou de la connaître a u travers d' appproximations. Il s'agit pourtant d'une phase de l'histoire de notre pays propre à nous donner un recul nécessaire par rapport à nos problèmes d'aujourd'hui.

Pour réagir contre cette carence, l'article qui suit vise à mettre en lumière les phénomènes de recomposition politique au sein du mouvement ouvrier, qui ont accompagné la « trahison » de 1956, elle même suivie de la défaite de la

Volontairement, il laisse de côté le bilan de notre propre organisation, le

PCI, à l'époque : cela relève de la discussion, nécessaire mais distincte, autour

N classe ouvrière en 1958. des problèmes de l'« entrisme».

Notre histoire nationale semble bégayer : jamais il n'y a eu articulation entre mobilisation ouvrière de masse et victoire électorale de la gauche. Depuis 1946 au moins. Après l'espoir déçu d'une Libération qui soit aussi sociale, on se retrouve vite en 1951, avec le rétablisement d'un gouvernement de centre-droit. A distance, la situation est paradoxale : la SFI0 1 préfère se compter « dans l'opposition » plutôt que d'accepter une alliance éventuelle avec un PCF qui représente à lui seul 26 % des voix, dont 47% des suffrages ouvriers exprimés 2• Antoine Pinay retrouve sa place « aux affaires », fait lourdement chargé de symboles : les gaullistes acceptent une majorité en alliance avec des anciens de Vichi.

Cela mène bien sûr à une politique réactionnaire : les attaques anti-ouvrières préparées par le gouvernement Laniel Uuillet 1953) comportent le prix à payer pour la guerre d'Indochine.

Résultat, en août 19 53 : une grève générale de deux puis de trois à quatre millions de fonctionnaires et de travailleurs du privé. Des « décrets » étaient en préparation contre les fonctionnaires, les retraités, la Sécurité sociale, menaçant le pouvoir d'achat de tous 4 • Animée et unie par des assemblées générales à la base chez les fonctionnaires, la grève générale prend rapidement une dimension politique : une pétition circule, que les grévistes font signer aux députés, pour exiger la convocation

Pierre REME d'une session extraordinaire du Parlement afin d'inverser les choix gouvernementaux.

Les directions confédérales FO et CFTC passent alors un accord au sommet, bradant le rapport de forces . Elles font cela contre les grévistes, contre la CGT, contre la minorité CFTC et contre la grande masse de la base de FO. La convocation du Parlement, qui avait rassemblé un nombre suffisant de signatures de députés, n'a finalement pas lieu. Tout tourne en jus de boudin.

Mais cela explique comment, après la victoire des Vietnamiens à Dien Bien Phu, quelques mois plus tard, les mêmes parlementaires font appel à Mendès-France, député radical de gauche, pour faire la paix en Indochine. Cela explique aussi, une fois cette paix faite, le retour aux jeux d'assemblée. Puis la dissolution du Parlement et des élections anticipées, fixées au 2 janvier 1956. Des espoirs déçus 1956 à la défaite de 1958

Syndicalistes et travailleurs se mobilisent vraiment 5 : les leçons d'août 1953 se reportent sur le terrain électoral. D'où un succès en nombre de voix et d'élus. Cela joue pour le PCF. Et aussi pour le « Front républicain », animé par Mendès-France mais dominé par la

1. SFIO (Section française de l'internationale ouvrière): nom du PS jusqu'à sa "rénovation» au début des années soixante-dix. 2. Si on additionne simplement les suffrages des partis de la gauche du type " Programme com· mun», la majorité en question s'inverse ... Mais, à l'époque, on discute sans aucune pudeur des vertus des différents modes de scrutin en les jugeant selon leur faculté d'empêcher 26 % du corps électoral (les voix du PCF) d'influencer la politique du pays. 3. Antoine Pinay, né en 1891, militant du" parti de l'Ordre », l'Alliance démocratique, avant la guerre; conseiller national de Pétain. Echappe de peu à l'épuration en 1944, condamné à /'" inélégibilité », amnistié peu après. Son élection en juin 1946 sonne le retour de la droite. Il est investi Président du conseil, en 1952, grilce au concours de 27 des députés gaullistes ... "La page de 1944 est tournée» commente un historien, J-P. Rioux, in La France de la IV' République, tome 1 p. 234, coll. Point histoire au Seuil. 4. Le niveau de vie des salariés, en 1953, n'a pas encore rattrappé celui de 1938. Alors que la production, stimulée par les investissements de reconstruction d'après guerre, a retrouvé son niveau de fin 1938. 5. On a pu calculer, par exemple, que l'appel à voter de la minorité CFTC a, dans le seul département de Loire-Atlantique, fait se déplacer vers la gauche 20 000 voix.

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6. Rapport au congrès de la CFTC.mètaux, dont Eugène Descamps est alors secrétaire général, en no1•embre 1958. 7. Rapport rédigé pour beaucoup par Jacques Delors, qui avait quitté ses activités syndicales depuis environ deux ans. 8. Seulement comparable, depuis, à l'année 1984. 9. En 1956·1957, cette affirmation sur la combath'Îté ouvrière ne repose pas sur rien : à la suite des dures grèves de Nantes et Saint-Nazaire, en 1955, une véritable vague de luttes a lieu dans le bàtiment et la métallurgie pour obtenir des accords d'entreprises. L'V/MM et le patronat du bàtiment abandonnent le refus de négocier et essaient une tactique nouvelle, qu 'ils voudront faire cesser dès 1957: les succès ouvriers dans une entreprise encourageaient à la lutte ailleurs. Ce cycle de grèves, lié aux débuts de la phase d'expansion, est le résultat d'une tactique d'unité d'action entre les jëdèrations animées par les minoritaires CFTC et les syndicats CGT. JO. Après les listes " neutralistes " animées en 1951 avec France observateur (ancêtre, très à gauche à l'époque, du Nouvel observateur), Claude Bourdet et Gilles Martinet tâchent de stabiliser les forces qui se sont regroupées pour cerre campagne électorale. Sy joignent alors l'Union progressiste (crypto-communiste) animée par Pierre Cot, ancien ministre du Front populaire, et Jeune République d'inspiration chrétienne; puis s'en rapprochent l'Union démocratique du travail (V DT, gaullistes de gauche animés par Louis Vallon, Réné Capitant et Manuel Bridier).

SFIO de Guy Mollet. Le programme : la paix en Algérie et une politique de « progrès social ». Le PCF vote « les pleins pouvoirs ,, demandés par le gouvernement Guy Mollet. Mais ce dernier. pour ne pas devoir affronter les << ultras ,, d'Algérie, intensifie la guerre. rappelle le contingent et fait payer le tout par une politique d'austérité. Le contraire de ce pour quoi ont voté les travail leurs. Bref. la « trahison ».

A la mobilisation sans débouché politique de 1953 succède une victoire électorale sans mobilisation sur le terrain social. suivie d'un abandon des promesses électorales. La désillusion est terrible. L'inquiétude devant la guerre coloniale aussi. Ces événements préparent la fin de la IV République. Porté par les combats du 13 mai et les émeutes d'Alger. de Gaulle revient de Colombey.

Dans leur grande masse. les travailleurs se mobilisent peu. les appels à défendre les institutions démocratiques se heurtent à un sentiment d'écœurement. " Beaucoup de camarades 1101/S ont accuse. de fuller pour les hommes que nous arions si soul'l:'llt denoncés 11 explique par exemple Eugène Descamps'.

Après 1956. la désillusion comme la division. en effet. sont profondes. Guy Mollet a réalisé l'expédition de Suez. pour intimider le leader nationaliste Nasser. Il « couvre » la torture en Algérie. Et le PCF a pu saluer l'écrasement de la révolution des conseils ouvriers hongrois par un titre de l' H111nanité qui en dit long, lors de l'arrivée des chars russes : 11 Budapest retrouve le sourire 11.

L'initiative appartient aux forces de droite. Devant la menace d'un coup de force militaire lié à la bourgeoisie la plus archaïquement colonialiste, les forces bourgeoises « modernes », pro-européennes et « néo-colonialistes », font le choix de De Gaulle. Celui-ci pouvait se faire écouter par l'armée. Il défendait depuis 1946 un projet de réforme des institutions politiques propre à réaliser 1 'Etat fort nécessaire à la grande bourgeoisie d'affaires.

Face au coup d'Etat d'Alger, le mouvement ouvrier n'a pas d'alternative. Au point que, à la différence du PCF qui appelle à se battre 11 contre le pouvoir personnel 11, la SFIO accepte de fournir trois ministres aù Général. Aux élections de novembre, le raz-de-marée gaulliste s'effectue au détriment des deux partis de gauche : la SFIO perd quarante députés, le PC dix (et 1 ,6 million de voix).

Ce recul est d'autant plus durable que, en définitive, de Gaulle « fait la paix en Algérie » dans une situation économique qui ne dessert point ses options. L'expansion s'affirme après une récession qui a marqué les derniers mois du régime précédent : venue des USA. celle-ci a touché la France à partir de juillet 19 57. Après la victoire de De Gaulle, elle donne lieu à une politique d'austérité sous la responsabilité d'Antoine Pinay : transfert des moyens de consommation des ménages à 1 'investissement. hausses des tarifs des services publics, restrictions sur la sécurité sociale (30 francs de franchise), indexation des salaires sur les prix déclarée illégale à l'exception du SMIG . Freinant la production dans certaines branches, cette politique entraîne une diminution des heures supplémentaires au moment où le pouvoir d'achat lui-même baisse.

Sous le coup de la défaite politique, la crainte d'une aventure fasciste pesant lourdement, la classe ouvrière n'oppose pas de résistance sous forme de grèves.

Une forte reprise suit la récession. En France, profitant d'une dévaluation de 18 %, le redémarrage est spectaculaire. Il confère une apparence de« succès » à la politique de Pinay. Alors que la production totale de l'année 1959 est à peine supérieure de 5 '){, à celle de 1957, un progrès de 26% est accompli durant les quatre années suivantes. En 1963, la masse des biens disponibles est supérieure d'un tiers à la production de 1957. C'est dire que la soif de confort et de consommation peut de nouveau être satisfaite ...

Se répand alors le thème d'une « intégration de la classe ouvrière par la consommation », qui priverait le mouvement ouvrier de perspectives autonomes.

Le cycle des luttes ouvrières semble donner une certaine validité à cette thèse. Il faut attendre 1963 pour qu'une lutte importante ébranle le régime gaulliste : les mineurs, parmi lesquels bon nombre votent à droite ou au centre, font deux mois de grève au printemps malgré la « réquisition » gouvernementale. Le conflit se termine sans qu'ils gagnent grand chose, sur la base d'un rapport de la « Commission des sages », amorce d'une procédure d'« arbitrage,/ . Puis, en juillet, des mesures antigrêve à l'encontre des fonctionnaires sont décidées (préavis de cinq jours) sans susciter de réactions de masse.

La grève des mineurs n'empêche pas certains de théoriser sur la disparition historique de la conscience de classe et sur celle de la classe ouvrière elle-même. Les mineurs seraient une exception. L'essor de la << politique contractuelle » donnerait naissance à une nouvelle configuration des rapports sociaux. La comparaison entre le niveau des grèves entre deux périodes « prouverait » ce phénomène : de 1949 à

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19 57, on compte en moyenne 5,25 millions de «journées perdues pour fait de grève » chaque année ;, de 1958 à 1965, une moyenne de 2,25 millions par an seulement. Des luttes marquantes, cependant, ont bien lieu. L'année 1964, par exemple, voit des actions significatives : « Marche sur Paris de l'Ouest», grèves et manifestations de la Thomson dans la région parisienne. Mais le niveau global des luttes et mobilisations reste fort bas. L'année 1965 verra seulement 900 000 «journées perdues pour fait de grèves » 8, le taux le plus bas depuis la Libération. Mais elle sera aussi marquée par l'élection présidentielle (Mitterrand met de Gaulle en ballotage), puis par le choix de l'unité d'action interconfédérale de la CFDT et de la CGT. Deux événements qui ouvrent une toute autre phase. Une recomposition des forces politiques

Pendant les neuf années précédentes, depuis 1956 à peu prés, diverses forces ont accéléré leur regroupement : ainsi se créé en janvier 1 9 57, trois ans avant le PSU, l'Union de la gauche socialiste (UGS). Elle organise plus de sept mille militants. Ils viennent, pour quatre mille d'entre eux, d'une organisation chrétienne, le Mouvement de libération du peuple (MLP), de la Nouvelle gauche (2 000), de la Jeune république (800) et de deux groupes de dissidents de la SFIO (Action socialiste et Union socialiste).

Ses objectifs les plus marquants sont <</afin de la guerre d'Algérie par la reconnaissance du droit du peuple algérien à d~finir lui-même son statut politique )) ; mais aussi, plus largement, la défense d'un programme « socialiste et révolutionnaire, démocratique, laïque, internationaliste, unitaire)). Fondamentalement, il s'agit de tirer le bilan des dix ans qui ont suivi la Libération. Un extrait du « texte de base » adopté au congrès d'unification le résume avec force:

« Ce n'est pas, y est-il affirmé, "un parti de plus·; mais la formation neuve qu 'appelle une situation d'ensemble marquée depuis nerif ans par la division syndicale, par la division des masses, par les obstacles à l'unité d 'action des travailleurs, par la sclérose et la crise permanente des formations politiques traditionnelles de la classe ouvrière, par l'inquiétude et la passivité d'une masse sans cesse croissante de militants déçus.

« Parce que cette désaffection, ce pourrissement préparent le terrain à des aventures de type fasciste. Parce qu'il faut redonner à la politique son vrai sens pour qu'elle soit l'affaire de tous. Face à cette situation, les partis traditionnels des travailleurs, divisés, bannissant la démocratie de leurs rangs, ne traduisent pas la volonté de combat des masses. 9 ))

L'UGS énonce fortement une série de refus : «Refus de la politique de la SFIO c'est-à-dire l'opportunisme baptisé socialiste, qui conduit à d~fendre une politique bourgeoise. ( ... ) Refus de la politique du PCF qui reste dominée par les impérat(fs de la politique du gouvernement soviétique. ( ... ) Refus de se laisser en trainer par la politique toute d'illusion des milieux de la bourgeoisie "technocrate" et libérale ( ... ) Refus d 'une autre sorte : refus de demeurer ou de devenir une secte, c'est-à-dire un groupe isolé proclamant un évangile. ))

L'organisation se veut un parti de synthèse entre l'humanisme des chrétiens radicalisés et les idées d'une frange de militants marxistes, parmi lesquels des trotskystes (qui avaient eu la responsabilité du travail syndical de la Nouvelle gauche) notamment ou d'autres militants qui avaient rompu avec la Quatrième Internationale (comme Craipeau par exemple). Sa volonté de s'implanter dans les entreprises est réelle, portée surtout par ses composantes MLP et, pour partie, de la Nouvelle gauche.

De cette dernière en effet, Gilles Martinet - membre à l'époque de sa direction - souligne bien les objectifs sans cacher ce que fut un temps le caractère hétérogène du regroupement : « Les nouvelles gauches... L'une est inconstestablement axée sur les possibilités d'un capitalisme rénové, alors que l'autre se tourne vers les perspectives socialistes; l'une est d'inspiration nettement bourgeoise; l'autre, tout en accordant une grande place au monde paysan comme aux classes moyennes, donne au mouvement ouvrier le rôle décis([ dans l'évolution économique et politique du pays.)) (Temps Modernes, mai 1955). Se présentant seul aux élections de janvier 1956, ce regroupement de diverses petites organisations 10 subit un échec.

Du côté du MLP, principale composante de I'UGS en nombre de militants, l'ouvriérisme de la base est parfois très fort. Les textes de référence, très fermes, portent la marque d'un ample débat de clarification consécutif à l'échec de la « Libération » sociale après les mobilisations de la Résistance : le Mouvement populaire des familles (MPF), son ancêtre, organisation chrétienne d'entraide ouvrière, regroupait cent mille adhérents à l'issue de la guerre en 1945. Actifs pendant l'occupation, ses militants s'éloignent progressivement du cadre de l'action catholique. Se politisant, le mouvement se détache du contrôle ecclésiastique même minimal ; ce qui amènera par ailleurs la création en 1950 de l'ACO (Action catholique ouvrière).

Créé en 1950, le MLP connaît une scission en 1951, une partie des adhérents veut poursuivre, sans lien stable avec l'Eglise mais sans engagement politique direct, une action d'éducation populaire. Ils créent le MLO (Mouvement de libération ouvrière). Le MLP est bien près alors, pris dans la logique des deux blocs, de finir satellisé par le PCF ; en 1953, une partie de ses militants y adhère d'ailleurs directement.

En 1956, le MLP adopte un document d'orientation, «Pour le renouveau du socialisme)), qui se délimite précisément par rapport au PC. Il se prononce à la fois pour la dictature du prolétariat et pour la démocratie ouvrière. e Dictature du prolétariat : « Nous sommes amenés à conserver des analyses marxistes cette idée que les menées contre-révolutionnaires imposeront aux détenteurs du pouvoir révolutionnaire l'obligation d 'appeler les travailleurs organisés à la vigilance. Le MLP serait illogique et mentirait au peuple s'il n 'affirmait pas cette nécessité, à titre transitoire, d 'une dictature du prolétariat, c'est-à-dire une forme de gouvernement qui donne des responsabilités et des pouvoirs étendus aux représentants de la grande majorité du peuple contre une minorité d'exploiteurs impénitents. )) e Démocratie ouvrière : « La construction du socialisme en France doit et devra être dirigée par plusieurs partis, en accord avec les grandes lignes d'un programme de p/an(flcation et de démocratie réelle et en libre compétition quant Glo: moyens à employer. La démocratie socialiste devra comporter plusieurs partis. Elle sera pluraliste ou elle ne sera pas. ))

En 1 9 57, quelques mois avant le congrès de fondation de I'UGS, le MLP adopte un rapport d'orientation résumant ses conceptions sur l' «action politique dans l'entreprise et le renouveau syndical)). Il y est défendu la perspective d 'une centrale unique reconnaissant démocratiquement le droit de tendance et en même temps le MLP se fixe pour «abject([ numéro un la création de sections politiques d'entreprises. )) De l'UGS au PSU

Pour les militants de I'UGS, comme pour la plupart des trotskystes et des anciens du PCF, une chose est bien nette quand ils se regroupent en 1956- 1957 : un parti, c'est un programme et une implantation dans les

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LEP.S.A .

Il. Des articles contradictoires y sont consacrés dans le mensuel de l'UGS Perspectives socialistes de novembre 1959. 11. Un courant de l'UGS refuse alors l'entrée dans le PSU, à cause de la présence de PMF. 13. Voir J. Kergoat: Le Parti socialiste, le Sycomore, ch.5. 14. FGDS: Fédération de la gauche démocrate socialiste, créée par F. Mitterrand aprés l'élection présidentielle de 1965. 15. La fédération Hacuitex et la fédération chimie notamment. 16. L'union départementale de Loire-Atlantique, lors de son congrès de 1963, par exemple. Ou, encore, une large partie du rapport d'Eugène Descamps au congrès confédéral de 1964. 17. Revue liée à la minorité CfTC. Diffusée à 2 500 exemplaires, lue par les cadres syndicaux. 18. Rapport d'activité au congrés Hacuitex de 1968, p. 57.

Le P.S.U. et l'union de le geuthe L't' li~. r'"'' 1• r«mo«< r,,,,..,,.., l'uroo< <~"" 1.-m• '"''<• <ll<••hr<l<<n• II••ITormc n>ulut""'· :::.:•: dr......,ro<lqU<.Io>q,... i~<kpo1111anl. ;.,,.,,..,;,,, •. ::::~s:~~~~!~~.~~~-~~~.:=~~~~~~~~:i.~ .'<pr~· 1~· "'"'"""' ~. "'"""' 1'1'-t. le I'T•""""' E!lt•u•rJO.pr<u<. •l"''f''"""'"'~"''""l'<f"'l<mcn '"''"'"'''"'"'"lol"''"'mlol<< •nom<•<J""'I'< "'"Jt< tfiorr,polhrl>o""J-"6tlol ~loi-O.......,ra<lr l"hohp. ~u• ~'"''""' r,.,.,.,,.,~,n. • oeloo ... fi•l<, "''"'' wnhvr<• LA-i•ll•nMir..,l-.<•<n.:luJup•rl• ~~~ . J •n• """''"' SF 10 Il< l.oll<ouoll<<· l'~'"' [)•nod ""'"' .!<man~• qu< "'' ,.,,..,,~,,..,, ... ,,, "'"'""' •'" 1< F l. S La m"""''~ r<fu..: ~n m~• l'l'"· \lcrul<• ~~~e~~J~~~:~:~~~t·::;;~:?-~,:;E~:;:·~:~ laS F 1 0 n<•<•<nl<nlplu•• l••...,J•n• lcurr.oru ~n J<l'a• oun tr•n•p.>r!~no B<n 8~11• 1 "mon'"''"'"' Je r••"'"'nSa••r<<~u•r•""'"""'""'"""''"n"""'""' Fnn><<qu..,<l<l"'""'""m<nl '''"'""'" '""'""'"'' nt<l Ma> cr. 'nJ« Ptuhr R••m"...! B...J~"' \nt.~nc l<e<"u·l<·f<u Plu"'"''"'n<•l•"'"-'u•Ju.;.,mf!< dor<elnr Conlf< l"•"•Jc.:<lu•···•l<•m•"''"'"""'f"nt \l;uo••"""",."'"'T"ul"'""'"'"'n. oi•JcM.InJrno paf10ilr<un<<<>U<·Tri_<I,.Soo<ialh""' - La rupour< '""'.le l'a><Mm<n< Jo '• \o Rcpu~h lroqu••<c<pO<d"aod«I<J<n<<aiJr Gaulle ll• ••<•m<nl q<>< l.umon'-"''a"" '"PI><"<"'a'<"f"""•Gu• "'-" tr .. lo!juollcl lq<ft~••'lanco<n<mcm~«•JuP( f alon d"I'OII'~rl<fl.&H.:Tr ib-r d!lt"D"'"'"";."'' dontS<<Ie \l allct,Frar.ç.,.,("J\lo~t lctl<anP,>ptrcn ()!,.,., Rt• ouh ~· ~lk>nn~• ct"'" r l nion d., fot<"' «<»btei9<S.I>elfcrT<<1\IOIICI<<>f\'"'"nt l•m•J<>fll< M"""'roliq<><• 1t: F D 1 ~«~< p~r D~no<l ""'" Fr~r.çon \lou.rran<l p<llnoqu<m~ntanrctqumca•«"•<'•m••l•'-'11< 1.< Edouard Depreu• ln alo"""" <l<d••••~·n h'"""' ,, 1. "" <Ofll<hSFlO <11~\) · 1<•· \t,>uhnuu•<n"'r •• m<me•oorl<P.,ti-'"lnl•oul- <lftluloonc!Dano<l~a)<<f«<>f\lp•n•<J<Ia(· .,mm" EdouOJd0.p«u• «><n101ev<r<tl><<l<n<.-..l.ctR>"t>c" Vrnh<r Cl Ala>n Sau<} comm~ ~-"""'' ("h.rlc. ~n < t'l««•><< " onodmonl\trau•epro>-..Oif< entreprises. Ils veulent l'unité ouvrière mais sont méfiants, et parfois franchement hostiles, vis-à-vis des divers bourgeois de gauche à la recherche d'une réorganisation des forces politiques. Cette réalité militante apparaît nettement lors de l'épisode de l'Union des forces démocratiques (UFD), puis au travers de certains débats qui accompagnent la création du PSU.

En juillet 1958, I'UFD est lancée, à l'appel du Président de la Ligue des Droits de l'Homme, pour organiser une lutte défensive contre le nouveau régime. Aux côtés de membres de I'UGS, de minoritaires de la SFIO, prennent place aussi des personnalités comme

Mendès-France et Mitterrand. Pour la défense des libertés démocratiques, cela va à peu près sans problème aux yeux des militants de I'UGS. Mais ils mettent vite le hola : certains parlaient de transformer I'UFD en parti. Et il était impossible de chercher à construire un parti ouvrier socialiste et révolutionnaire avec ces politiciens qui avaient trempé dans les combinaisons gouvernementales de la wme République, et dont certains avaient eu directement des responsabilités dans la guerre coloniale.

En septembre 1958, les minoritaires de la SFIO, opposés à la politique algérienne de Guy Mollet et à son ralliement à de Gaulle, quittent leur parti et créent le Parti socialiste autonome (PSA). Soucieux de rassembler les forces pour un parti socialiste authentique, UGS et PSA entreprennent des pourparlers en vue de leur fusion. Les deux formations s'ouvrent aussi à un petit groupe, Tribune du communisme, quelques dizaines de militants issus du PCF (dont Jean Poperen et Serge Mallet). De ces discussions sortira le PSU.

1 ... ~-~.~~~·~:.:·.~:q· :c..:~:;:.~-;.. :~~~~~:.':~;:; l'len• \ltt>Ck>Fn""c . CI\lorlc.Hernu . P•ul "n"o" nat,llobtnCharn) t11.c<>nHo•n•n••• LrC A 0 " ••mb<e. '' dcm~nde d-""""' auPS A f1'pproche de. am"d' Edouord O.prcultll< !1 '><'P" ( "<hll·<• "'"""' lo m<mc anfl<'e le con••cre ~""' '""""''"""" <1 ~ wn elarl""ment lors de l"<l<.,on r«.,Jrnu<ll< . Ir P S" ''''"""' le ~ando.lat ptor<>!oC ~"''l'L' F 1) . "'""" Chooolct . do)<n del~ Fa<:ui!O de• S..O<n<e• ~e Pan• Il obtO<nl 9 'l des "0" Je11rands <le"<"""""l'ann<cl9<9<>osunoutnoarquéeparles "'i'"''"""'" ••« ru G .S """'""dt mao ~ wn ~~.:.m.lwfll«•<l<\1onlfoul<•l~<•dtdefusoonn<ra•·.-c n; G S. c< Tnbune du Commun"me Lc P S .., reçmt l' odhl!.,onde mihtanu ~el\&nl du r • .,, .... ,., .. t,""""""'" · "'"'"""""mohtannS F.l.O ,.,m..,. f•nlu~·f'r-•i<nl . •;><<i.al"tc d., probl<mc• "'"'"'"'· d~ "''"~""'"" commc C toar!u Hemu_ P&ltl ''"' -l.ur~~quouc laS F I.O. cn 19<9 nn·adhtr< pa• au -\."'""'""' 1.-.. nco<npruoJ<nldclaRtpubliqucV>n PS-\. "'"" ol n< cache P"' " ' ' ) mpa!hO<I pOU< Ir n.•u•uup.no l ~ P"'l<l Jr fu,,.,n P S .<~. -t: G S "'h<url< prn· J.ntun~<mp<al'.dhc"onauP. S . " . de l'ocnt.\1tndrs fr•n•·• qu• IU•GU<·I• ne ~- .,.,. pa1 rcclame du soc>a· ! .. mc 1. ·l G S he"" '"""· finalemeno. P M F •• 1.1 rlup.on<l<•m<m~rc.Ju CA O. <unoadm"il'onu!ncu< Ju P <; -1. l< le ConJrC< du P S .. ~ ~ ..,lf<>rlvolle rtunn ur.J<, ..... n,<t::1J000adhetenl\ (j'n comou:dcd ... '"""'" P ~ .., ·l G S.-Trobunc du Commun,me <U mo• <nrl•.c 1-< '••.,ll""'l. lr•mcmbr.,duPS A .dcn.:.G .S <1 Jc Ttoloun< du Co>mmunosm• • '>< reunossenl à ;::~;.',~-<,;~~ t~~~':,l;,::..~.·~~ll~~~~·.~.::, ~~~ l•"·'••·'lwhnuu<<nConi«• . Laur<niSch>~anl .. "; J< l'«·l GS I:'J<>u.orJ Dcpr<1.11 au nom de l"u· I'S -1. '"'""'"n<nl Claud< 8""nl<1 ln un appel <lu n"u>rdupano.ou<l"''"'llour•L"'OOOdeltgue•oe "'f'[';:::.~.~~·Jn~·;~ 1 ~n·;:,"~~;:;·'~··"""'" ......... <k I""J>•tpoll...,,.rlforbd•discuo<ions,drrrnconlrn.dr n<JO<"Ioli<>n•. d'«hOnll<> d<ltnrn « d"~«i<ln. C'<lf lr c .. t unpar1i'lui o ra>anf0J<dr<ommtn<ff..,., .. ; •. p.~nl d"arri,.< dt mlrw<italr.,. dn<>rmah '*'""'bi" ""'' o•« ~"" mojo.>ritr dr mllllanlo dtj.O fO<mU. <niÎ< ~: .. :: :".:!~'::~::.~~;,·,::.·:~~ . ~!':: ~~-:~.::· :!~ Au cours de ces discussions, un débat public très révélateur a lieu en 1959 : au sujet de l'éventuelle adhésion de Pierre Mendès-France au futur parti. L 'ancien Président du conseil, avec son petit groupe, le Centre d'action démocratique ( CAD, auquel participe notamment Charles Hernu) était devenu membre du PSA. Cela pose question à l'UGS. L'ancien dirigeant du Parti radical était-il seulement keynésien de gauche, voulant un capitalisme plus moderne et « efficient»? Ou bien s'est-il rallié aux options socialistes et depuis quand 11 ? Une « lettre ouverte à P. Mendès-France» est éditée par I'UGS. Elle lui pose des « conditions minimales » d'adhésion et lui demande de se prononcer pour l'instauration d'un régime socialiste reposant sur la socialisation effective des moyens de production, pour la libre détermination des peuples colonisés, pour une orientation se dégageant de l'électoralisme, le refus de toute perspective de centre-gauche ... PMF répond favorablement à tout dans un long texte. Même controversée, son adhésion aura lieu dans le cadre de la fusion entre UGS, PSA et Tribune du communisme : en effet, pour contourner l'hostilité que leur vouait l'UGS, Mendès-France et son groupe prirent soin d'intégrer préalablement le PSA. Cette opération leur permet de participer à la création du PSU 12

Ce nouveau parti compte 15 000 adhérents au départ, quand, théoriquement, le chiffre de 30 000 avait été lancé : les mandats des minoritaires de la SFIO représentaient 18 000 adhérents de la « vieille maison » ; ils ne seront que 1 0 000 à quitter le parti et guère plus de 5 000 à rejoindre le PSA 13 • Notre projet n'est pas de tracer ici, dans un mauvais résumé,

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l'histoire du PSU. Ni même l'histoire de ces quelques années qui l'amèneront, en 196 7, a s'interroger, déjà, sur l'opportunité d'adhérer à la FGDS 14 • Nous voulions avant tout restituer un fait qui mérite notre attention : à peine quatre ans après la trahison du Front républicain de 1956, deux ans après la défaite de 1958, une force politique manifeste, à la gauche de la SFIO, la recomposition à l'œuvre dans le mouvement ouvrier. On se contente trop souvent, à distance, d'y voir un gros « comité d'action» pour l'indépendance de l'Algérie. La Charte d'unification du PSU a une portée beaucoup plus générale, qui correspond à la présence active de plusieurs milliers de travailleurs dans leurs entreprises et leurs syndicats : (( La seule issue de la crise du capitalisme est le socialisme. L'avènement de cehti-ci sera une œuvre de longue haleine et il convient d'étudier les formes de la transition ( ... ) Le socialisme repose sur les principes du collectivisme et de la planification démocratique ... )) Une recomposition dans le mouvement syndical

Au sein des syndicats, l'évolution est sensible et s'accélère dans la CFTC. Le congrès de 1957 voit la minorité, dont les syndicats s'implantent dans l'industrie en lien avec les luttes, rassembler près de 40 % des mandats. Elle défend depuis plus de dix ans une conception (( socialiste et démocratique)), opposée à l'intégration de la SFIO dans la société bourgeoise et au ((totalitarisme stalinien )) défendu par le PCF. Après avoir mobilisé pour le Front républicain, elle en tire les leçons critiques et apparaît de loin la plus engagée pour la reconnaissance des droits du peuple algérien.

Devant diverses concessions idéologiques de la majorité confédérale, la minorité cristallise une bataille précise sur l'exigence de la proportionnelle dans les instances de direction. Au lieu de représenter 40 % des élus au Bureau confédéral, elle n'en obtient qu'un seul, Eugène Descamps, qui démissionne aussitôt. Quelques mois après, un courant qui se détache de la vieille majorité de type démocrate-chrétien opère un basculement : la composition des instances de direction change et des minoritaires sont invités à y participer.

Cela traduit, chez ceux qui viennent de former une sorte de « centre » dans la confédération, une double prise de conscience : les risques graves pour l'unité de l'organisation que fait courir une crispation, et surtout vis-à-vis des militants qui forment l'aile marchante de la centrale. Aile marchante à la fois dans la pratique et dans les analyses ...

En 1959, c'est un « minoritaire», Gilbert Declercq, qui présente le (( rapport sur la planffication démocratique)). Celui-ci démontre, en fait, qu'il peut y avoir des réponses bien supérieures à celles de la morale « sociale chrétienne ». Il prouve que la maîtrise de l'économie peut être exigée sans pour autant rompre avec les libertés démocratiques auxquelles tiennent les travailleurs et les syndicalistes. Il donne comme perspective, avec un changement de majorité politique dans le pays, une nationalisation du crédit permettant de diriger les investissements, une planification démocratique donnant aux travailleurs les moyens d'exprimer leurs choix. C'est une orientation en rupture avec le capitalisme. Malgré son souci de pédagogie dans l'exposition, la droite de la CFTC dénonce ce rapport comme un ralliement au marxisme, ((dont tout chrétien sait qu'il est condamnable)) ... Mais le texte, avec l'accord du « centre », obtient 85 % des mandats. En 1961, ce sera l'ex-minorité qui fournira le nouveau secrétaire général, Eugène Descamps.

Là encore, comme pour la création de l'UGS et du PSU, nous pouvons constater comment une recomposition du mouvement ouvrier est à l'œuvre. Devant les trahisons et les défaites, de nombreux militants cherchent une nouvelle orientation. D'une certaine façon, c'est le fait d'être sur la défensive qui pousse en avant un certain nombre de réflexions politiques.

D'où des décalages entre les divers registres d'activité. Ainsi, au moment où les luttes sont au plus bas, en 1964-1965, de nombreux secteurs de la CFDT discutent de la perspective du socialisme autogestionnaire') et de la stratégie de passage du capitalisme au socialisme 16 • Est-ce une «fuite en avant » hors du réel ? Une perte de temps? Tout au contraire : quelques uns ont milité au MLP, à l'UGS, au PSU ; beaucoup dans la CFTC ont tiré partie de Reconstruction 17 • Mais ce sont les débats d'orientation des unions départementales, des fédérations et de la Confédération qui permettent à de larges couches de militants de s'emparer d'une réflexion. Ils se donnent ainsi une perspective stratégique commune. Les mêmes défendent les revendications : 50 % d'augmentation du SMIG, les 40 H, la section :>yndicale d'entreprise, etc. Nombre d'entre eux sont les meilleurs artisans de l'ur'!ité d'action : leurs efforts malheureux en 1964 et 1965 aboutissent, en janvier 1966, à l'accord CGT-CFDT. Celui-ci, complémentaire du processus d'union de la gauche politique (PC et FGDS), redonne des capacités de lutte efficaces aux travailleurs. Et rend possible le cycle de mobilisation qui porte Mai 68 (900 000 jours de grèves en 1965, 2,5 millions en 1966, 4,2 millions en 196 7 ... )

Ils ont une conscience vive du lien entre leur action syndicale et un nécessaire débouché politique. Deux réflexions en témoignent suffisamment : une avant le congrès de dèconfessionnalisation ( 1964 ), une autre à la veille de Mai 68 .

En 1963, secrétaire général de la CFTC, Eugène Descamps affirme le besoin d'une force politique : ((Sans doute, fait-il remarquer, serait-il extrèmementfacile de nous comprendre entre nous si nous nous décidions les uns et les autres à "démythf(ier" ce fameux terme de socialisme, et surtout de cesser de le juger à travers le prisme d~(ormant jusqu 'à la caricature et l'épouvantail du "paradis socialiste" des démocraties populaires ou des expériences occidentales, françaises en particulier ( ... ) Une force correspondant à une telle définition du socialisme n'existe pas. Nous souhaitons qu'elle se fasse. ))

Cinq ans plus tard, alors que la dynamique de l'unité d'action a créé une volonté de combat importante dans les masses ouvrières, en particulier la jeunesse, Frédo Krumnov fait constater l'absence d'une organisation politique. L'un des plus fermes défenseurs de la nécessité de préparer une lutte « tous ensemble », ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il souligne la relative impasse politique : ((Nous avons bien conscience de ce que les conditions politiques ne sont pas réunies pour la réussite d'une telle action (la généralisation de l'action conduisant à une grève insurrectionnelle) 18 )) ce texte est datè d'avril 1968. Quelques semaines plus tard, la grève générale s'impose et se termine par des succès syndicaux mais un échec politique ...

La recomposition en cours dans le mouvement ouvrier n'avait pas débouché sur la structuration d'une force politique à la hauteur d'une telle situation. Cela nous ramène aux bégaiements de notre histoire: 1953, grève générale sans débouché politique ; 1956, succès électoral suivi d'une trahison de l'espoir de changement; 1968 ... ; puis mai 1981. En lien avec les luttes d'aujourd'hui et de demain, nous devons avoir en mémoire cette longue suite d'espérances déçues pour réfléchir et agir en fonction de la nécessaire recomposition des forces au sein du mouvement ouvrier ; afin qu'existe une organisation soci<i'liste et révolutionnaire, mettant à l'ordre du jour l'expropriation des exploiteurs et la démocratie ouvrière.

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