La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

Voyage au sein du grand patronat mitterrandiste

· Critique communiste, n° 45, octobre 1985 · p. 13-14, 16-23 · 8 422 mots

Michel MOREL érôme Seydoux, P-DG des Chargeurs SA, l'un des plus gros groupes industriels français, déclarait en mai 197 4 à l'hebdomadaire le Point, propriété de son frère Nicolas Seydoux : <de ne crois pas que l'intérêt des patrons soit forcément de voter pour Giscard d'Estaing.)) Seule la gauche, expliquait-il, est capable d'établir le consensus social nécessaire à la modernisation de la société française 1• L'analyse et la personnalité de l'auteur avaient de quoi faire dresser l'oreille. Les Seydoux n'ont rien d'hurluberlus quelque peu folichons, ils ne sont pas ces fils de bonne famille en mal de nourriture idéologique ... Ils appartiennent à l'une des branches les plus solides de la grande bourgeoisie française. Cette prise de position signifiait bien qu'une fraction, minoritaire mais significative de la classe dominante, avait fait le choix de soutenir, et cela bien avant mai 1981, la solution Mitterrand.

Quelles forces représente cette fraction-là? Quelles alliances entretient-elle avec les autres composantes de la classe dominante, nationale et internationale ? Quels relais d'influence trouve-t-elle jusqu'au sein d'organisations du mouvement ouvrier ?

Autant de questions auxquelles cet article tente de répondre. Le lecteur n'y trouvera nulle révélation. Simplement la mise en évidence de certaines connections restées à l'abri des investigations journalistiques depuis la signature du Programme commun en 1972. Il faut rendre justice à François Mitterrand : cet expert habile dans l'art de tromper, ce funambule du double langage n'a jamais fait mystère de ses accointances avec un secteur moderniste et éclairé de la grande bourgeoisie française. Emportée par la perspective de l'union de la gauche, l'opinion militante ouvrière n'y a guère pris garde. Raison de plus pour pousser une recherche qui contribue à mieux comprendre la politique menée par les gouvernements de gauche depuis 19 81 et les projets actuels du président de la République. Les Schlumberger-Seydoux

Prenons d'abord une précaution, sous forme d'avertissement au lecteur, avant d'entamer la description du paysage. L'analyse des forces, possessions, moyens et influences de la grande bourgeoisie, en cette fin de vingtième siècle, ressemble souvent plus à une enquête policière qu'à l'exposé d'un état des lieux rationnel. La multiplication des holdings anonymes, des sociétés de portefeuille, des filiales et sous-filiales, des ensembles industriels et financiers complexes voile en fin de compte le pouvoir des grandes familles. De là est né d'ailleurs le mythe de la disparition progressive de la propriété du même nom : familiale. Un capitalisme des technocrates lui aurait succédé. Le capital reste en fait, pour l'essentiel, le royaume de la propriété privée. Les familles qui le possèdent le conservent, tant que faire se peut. Leur pouvoir est à sa mesure. Même si son exercice est souvent des plus discret. Un certain nombre d'auteurs se sont penchés sur ce problème 2• Nous y renvoyons le lecteur. Citons seulement une conclusion qui nous paraît fondée sur les analyses les plus solides, celle de 1 'économiste Jean-Marie Chevalier dans son livre L 'économie industrielle en question : << AzLx· Etats- Unis comme en France, et il faudrait de nouvelles études pour le confirmer dans d'autres pays, l'appareil de production est étroitement contrôlé par une minorité de "Corporate rich'( leurfortune, leur sécurité, leurs privilèges, leurs avantages et leur pouvoir dépendent directement ou indirectemem des grandes sociétés .. .) qui constituent l'oligarchie industrielle et financière. Leur fortune est directement issue du fonction -nement de l'appareil de production, leur pouvoir émane de leur fortune; l'un et l'autre ont été la plupart du temps reçus en héritage. 11

C'est en gardant constamment cette réalité en tête qu'il est possible de mettre à jour les liens que tisse et entretient l'oligarchie industrielle et financière avec le monde de la politique.

Cette mise au point faite, détaillons un peu le profil des membres de la grande bourgeoisie qui ont ouvertement pris le parti de François Mitterrand. Les Seydoux, cités au début de cet article, ont déjà un profil particulier. Leur internationalisation industrielle et financière réussie - Schlumberger est une multinationale florissante - les rend quelque peu distants, si ce n'est méprisants, vis-à vis du CNPF, représentant « officiel ,, du patronat français. «J'ai été deux fois dans ma vie au CNPF. avenue Pierre 1 ., de Serbie 11, explique Jérôme Seydoux, interviewé dans le livre de Denis Pingaud et Jean Gabriel Freydet, les Patrons face à la gauche 3. Il poursuit : « La première fois, j'ai eu une impression vraiment épouvantable. C eue entrée tellement protégée, ces caméras de télévison. .. qui font penser à un roman d'espionnage ... je me souviens que le St(jet de la réunion pour laquelle je m 'étais dérangé avait dévié. Quelqu 'un expliquait qu ï/fallait préparer les cadres des entreprises à lutter contre la menace communiste. Je me suis levé et je suis parti. Je n 'ai fait aucun scandale, mais je ne suis pas revenu. C'était il y a très longtemps. J)1 suis retourné une seconde f ois pour une réunion sur le commerce extérieur. Les participants ont vite prouvé qu 'ils ne comprenaient rien à ce qu'il convenait defaire dans la

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réalité. Je suis également parti. Etje suis bien décidé à ne pas y retourner. ;,

Jérôme Seydoux, P-DG des Chargeurs SA, et Nicolas Seydoux, qui préside aux destinées de Gaumont de de l'hebdomadaire le Point, sont les deux plus connus des petits-fils Schlumberger. 11 //faut le rappeler, note le journaliste Roger Priouret dans son livre la France et le management, qu·avec les Dol([ilss, les Schlumberger sont l'une des plus anciennes familles industrielles de la France. A /afin du XVIII" siècle, ils avaienr une position très importante dans l'industrie cotonnière. ;;

Le temps passe, l'industrie s'est transformée, la puissance familiale reste. Les Schlumberger se sont reconvertis dans la recherche pétrolière ; ils se tournent aujourd'hui. entre autres, vers l'électronique. Le trust qui porte leur nom, Schlumberger, est l'un des premiers groupes industriels mondiaux. Il est classé seizième des vingt premières entreprises dans le monde selon les bénéfices, cent vingtième des cinq cents premiers groupes mondiaux selon le chiffre d'affaires (classement du Nouvel économiste. numéro spécial de décembre 1984 ). 1 mplanté dans quatre-vingt pays environ, le trust Schlumberger emploie environ cent mille personnes. Bref, une belle machine à faire du profit ! La fortune des Schlumberger, placée aux USA, est évaluée à 8 milliards de dollars (entre 72 et 80 milliards de francs, selon le cours du billet vert). 10% du budget de la France, notent Jack Dion et Pierre Ivora dans leur livre Sur la piste des grandes fortunes.

Un trust. une famille. ce sont aussi des alliances financières et familiales. La classe dirigeante française pratique de façon assidue l'endogamie (par opposition à l'exogamie. L'endogamie désigne, dans la tribu primitive, l'obligation d'un individu d'en épouser un autre appartenant au même groupe que lui). Le P-DG Claude de Marcilly, dans son livre Un P-DG pour quoifaire ?, parle 1< d ·une politique médiévale de mariage )> de la bourgeoisie française à propos des stratégies de fusions et absorptions industrielles qui menent à l'entreprise, au groupe pluri-familial d'aujourd'hui 4•

Dan~ la famille Schlumberger, les alliances se font - ou plutôt se sont faites - au sein de la grande bourgeoisie protestante. On retrouve la famille Peugeot (nous y reviendrons), la famille Mallet (dont le nom s'affiche au fronton de la banque Neuflize-Schlumberger-Mallet, qui gère quelques-unes des plus grosses fortunes en titre du pays). Pour l'anedocte, citons encore l'alliance des Schlumberger avec les Guizot, famille dont un ancêtre célèbre. ministre de Louis-Philippe, lança le fameux mot d'ordre «Enrichissez-vous! >>

Les alliances financières de la famille Schlumberger ont eu le temps de se tresser. .. bien avant que la gauche n'arrive au pouvoir avec sa bénédiction. Relevons pour l'exemple trois d'entre elles 5 • La première avec Paribas, l'un des deux ensembles financiers et industriels français essentiels avec Suez. La seconde avec BSN-GervaisDanone, première entreprise agro-alimentaire du pays. La troisième avec Rhône-Poulenc-Priee!. Une précision sur ce groupe : nationalisé suite au 10 mai 1981. Rhône-Poulenc dépendait d'une des plus grandes familles de la bourgeoisie lyonnaise, les Gillet, par le biais du Holding Priee!. Jerôme Seydoux était P-DG de Priee!, tandis que Renaud Gillet présidait aux destinées de Rhône-Poulenc, avant sa nationalisation (il demeure P-DG honoraire!). Jérôme Seydoux et Renaud Gillet dirigent aujourd'hui ensemble la société des Chargeurs SA (qui détient entre autre UT A, le concurrent d'Air-France), issue de la fusion des Chargeurs réunis et de Priee! 6 .

Arrêtons 1 'énumération et signalons simplement que les Chargeurs SA, BSN, Rhône-Poulenc figurent dans la liste des trente-sept très grands groupes industriels en France établie par l'INSEE. Le classement est discutable, mais donne tout de même une échelle de valeur. Schlumberger ne figure pas dans la liste en question, pour deux simples raisons : que son siège est situé aux Antilles hollandaises, ses deux pieds principaux sont à Paris et à New-York. Schlumberger, BSN, les Chargeurs, Rhône-Poulenc, Priee!... sur le plan national et international, tout cela est donc du très gros. C'est même parmi ce qui peut se faire de plus gros ... Antoine et Jean, les frères Riboud

Le P-DG de Schlumberger, l'homme de confiance de la famille du même nom est Jean Ribaud, un patron «de gauche,, 7 • << Vous appartene:: au CNPF?!! , lui demandait-on dans un interview aux Dernières Nouvelles d'Alsace du 19 mars 1983. <<Non Ji, répondait-il. 1< Pourquoi?;; (notez l'iQgénuité du <<_pourquoi?»),<< Pourquoi non ? 11, insistait le journaliste du quotidien alsacien. <<Je n'ai guère de temps libre ... ;;, répond Jean Ribaud ! 1< Vous respecte:: les trente-ne!!{ heures ? 11. 11 Oh là là, répond le P-DG de Schlumberger, ... sans problème ... moi j'en fais le moins possible. Trois heures de travail e.ffect({ par jour c'est déja beaucoup, non ? Je dis bien ef{ect(t.' .. ;; Jean Ribaud concluait enfin, répondant à la question, 11 Pense::-vous que la politique économique de la gauche peut réussir ? ;; par cette habile distinction : <<Si vous me demande:: si je souhaite qu 'elle réussisse, c'est sûr 1>.

Au moment de l'interview résumée ci-dessus, le P-DG de Schlumberger était cité comme successeur éventuel de Pierre Mauroy. Jean Ribaud est notoirement connu comme familier et même conseiller écouté de François Mitterrand, depuis des années, voire des dizaines d'années 8 ... Ses options politiques ne déparent donc pas dans l'allianc;~ avec la famille Schlumberger-Seydoux, dont il gère les richesses au quotidien .

Comme Jérôme Seydoux, Jean Ribaud s'est fait l'artisan de l'alternance à gauche, sous la conduite de François Mitterrand. Le tout bien sûr dans l'intérêt bien compris de la grande bourgeoisie « moderniste », aux hoïizons plus larges que les frontières de la France (voir

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notre encart)

Antoine Riboud, le frère de Jean, P-DG de BSN Gervais-Danone, est également un personnage dans le patronat français. Il a pris en main en 1941 la petite entreprise lyonnaise de fabrication de verre d'emballage appartenant à la famille de sa mère. BSN-Gervais-Danonce est aujourd'hui classée dans les vingt premières entreprises françaises selon le chiffre d'affaires, troisième groupe privé de la tête du classement avec Peugeot et Michelin 9 (nous reviendrons d'ailleurs sur ce trio, privé ... ) La stratégie industrielle du P-DG de BSN, transformant un trust produisant au départ du verre d'emballage en un des tout premiers groupes mondiaux de l'industrie agro-alimentaire, est citée en référence dans les milieux patronaux et financiers.

Comme son frère Jean ou les rejetons de la famille Schlumberger, Jérôme et Nicolas, Antoine Riboud reste à l'écart du CNPF. Il est depuis longtemps, selon Jean Gabriel Fredet et Denis Pingaud, 11 le poil à gratter des organisations patronales. T011jours rétif à militer au CNPF qui "mélange", selon lui, grandes, moyennes et petites entreprises. lf.jia le premier, néanmoins, à d~fendre devant ses pairs - c'était aw; assises du patronat à Marseille en 1974- l'idée d 'une plus grande expression des salariés dans /'entreprise 11. «Il n :v a pas de démocratie sans alternance''· déclare Antoine Riboud au lendemain du 10 mai 198 1, dans l'interview accordée aux auteurs du livre déjà cité, les Patrons.fàce à la gauche, «et /'alternance 11 'existe que dans la mesure oû elle crée vraiment du changement, dans la mesure aussi oû elle introduit des risques de déséquilibre. 11

Aux journalistes du Nouvel Observateur qui lui demandent en avril 1 984 : « Dans le domaine industriel croye::-vous que la gauche est sur la bonne voie ! 11, il répond : << Oui, et c 'est une voie courageuse ( ... ) tout le monde a compris maintenant que la concurrence est mondiale ( ... ) Le président de la République lui-méme à réhabilité /'entreprise ( ... ) Le gouvernement a su changer les règles du jeu dans /'entreprise( ... ) en brisant le carcan social, les lois Auroux favoriseront, j'en suis sûr, le développement économique 11 10.

Le «droit d'expression », les lois Auroux n'empêchent en rien le nombre de salariés employés par le groupe BSN d'être passé de 68 000 en 1972 à 35 000 en 1984. A mesure que le chiffre d'affaires et les profits du groupe se sont accrus, le nombre de postes de travail a diminué : bel exemple, sans doute, de politique de modernisation industrielle, pour François Mitterrand !

Cette rapide description de la puissance industrielle et financière de l'alliance Schlumberger-Seydoux, Riboud donne une idée, déjà, de ce que représente la fraction de la classe dominante qui soutenait depuis des années la solution François Mitterrand, ou tout au moins, n'avait aucune hostilité particulière à son égard. Fortement internationalisée, appuyée sur des familles dont la propriété industrielle est séculaire, pour le moins distante à l'égard de l'organisation du patronat français ordinaire (le CNPF), éclairée et monderniste, elle a choisi l'alliance avec l'état-major du PS. Son objectif: une politique économique et sociale conforme aux intérêts de la grande bourgeoisie, qui évite les ruptures ou explosions sociales au cours de son application. Les clés de Paribas

Les alliances industrielles et familiales servent de levier pour influer sur (ou diriger) des groupes plus étendus. On peut dire qu'avant mai t 981 te clan Schlumberger-Seydoux, Ribaud détenait en partie les clés de Paribas qui structure (avec Suez), une bonne part du tissu industriel français. Dans son livre, Ces banquiers qui nous gouvernent, Jean Beaumier 11 , chroniqueur financier

Le socialisme

de Jean Riboud

Pourquoi un grand industriel peut-il soutenir François

Mitterrand ? Le livre de Ken Auletta, éditorialiste du

New-York-Dai/y News, Une réussite sansfrontiére, consacré au P-DG de Schlumberger, l'explique. Nous en citons quelques passages.

Riboud déclara un jour que tant que le Parti communiste était le parti fort de la gauche, la droite resterait au pouvoir pour un siècle. Son enthousiasme pour l'actuel président vient en partie ce ce que le chef de l'Etat a su dominer politiquement le Parti communiste et convaincre les électeurs, par ses positions antisoviétiques, que les socialistes n'étaient pas les agents de Moscou. Selon

Riboud, les nationalisations ont étè le prix qu'il fallait payer, comme un sacrifice mythologique, pour pacifier et enlever ses arguments au Parti communiste.

Dans les longs rapports qu'il rédige pour François

Mitterrand, Riboud a proposé une troisième voie entre une économie totalement sous le contrôle de J'Etat et les programmes d 'austérité préconisés par Ronald Reagan et

Margaret Thatcher.

En mars 1983, quand le ministre des Finances, Jacques Delors défendit avec succès son plan économique prévoyant de défendre le franc et de rétablir l'équilibre du commerce extérieur par une politique d'austérité, Riboud était partisan d'une autre politique. Il souhaitait d'autres moyens, l'adoption de mesures protectionnistes temporaires, une politique de croissance industrielle pour maintenir l'emploi , des crédits à faible taux d'intérêts en échange de concessions salariales de la part des syndicats et de concessions sur les prix par les industries.

Riboud est partisan d'une politique industrielle planifiée et financée par l'Etat, celui-ci approuvant la stratégie et accordant les prêts moyennant un engagement de la part des entreprises, d'investissement et de développement de la recherche. Une telle politique rejoint en plusieurs points les idées de son ami Félix Rohatyn * qui appelle de ses vœux la création d'un grand établissement financier d'Etat pour la restructuration industrielle proche du modèle rooseveltien.

*P-DG de la banque Lazard:{rères US, dont nous parlons plus loin, Paris Nell'-York, Laz a rd par hasard. ..

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au Nouvel Observateur, définit la personnalité de Jacques de Fouchier, P-DG de Paribas entre 1970 et 1980 : <<Il n'est pas seulement un gestionnaire de talent. Il sait aussi s'entourer. Il marche la main dans la main, avec ses trois puissants amis: Jean Ribaud le P-DG du groupe Schlumberger, numéro un mondial de la recherche pétrolière, son frère Antoine Ribaud, président de BSN-Gervais-Danone et Renaud Gillet, alors président de Rhône-Poulenc, numéro un de la chimie française)) (à l'époque, rappelons-le, Jérôme Seydoux est P-DG de Priee!, le holding de la famille Gillet qui contrôle Rhône-Poulenc).

Lors de la nationalisation de Paribas, l'affaire Moussa qui fit si grand bruit démontra, par son dénouement, le poids de ceux que nous venons de citer. P-DG de Paribas depuis le départ de Jacques de Fouchier Pierre Moussa avait organisé la fuite d'une partie d~ patrimoine et des titres du groupe bancaire vers des sociétés étrangères (Pargesa, en Suisse, notamment). Jacques Delors, ministre de l'Economie et des Finances fustigea au Parlement la conduite de Moussa, qui venait de démissionner. «Si celui-ci est directement mis en cause par le ministre de l'Economie, explique Jean Beaumier, dans le livre ci-dessus, ce n'est pas ce dernier qui l'a contraint à la démission. Car il n'en a pas les moyens juridiques. C'est à l'intérieur du conseil d'administration de Pari bas que cette affaires 'est jouée au cours des jours précédents. En effet, l'un des administrateurs de Paribas, Jean Ribaud, par ailleurs ami proche de François Mitterrand, ( ... ) a des informations concernant les cessions de titres (impulsées par Moussa. NDLR) ( ... ) Il y est absolument opposé et considère que ces opérations sont répréhensibles. D'abord parce qu'elles contreviennent aux engagements pris à l'égard des pouvoirs publics, ensuite parce qu'elles ont été effectuées à l'insu du conseil d'administration et du conseil de direction de Paribas, même si quelques membres de l'état-major ont été mis au courant, de façon confidentielle, par Pierre Moussa. Jean Ribaud a obtenu à ce sujet, des éclaircissements fort précis de Jacques Attali. Ce proche conseiller de François Mitterrand l'a incité à agir pour évincer Pierre Moussa de son poste. Jean Ribaud gagne à son point de vue son frère Antoine ( ... ) Surtout, il écrit une lettre en expliqua~t sa position à son ami Jacques de Fouchier, ancien président et président d'honneur de Paribas. ( ... ) A la veille de la réunion du conseil d'administration du mercredi 21 octobre, Pierre Moussa savait qu'il avait perdu l'appui de Jacques de Fouchier, de Jean Ribaud et de son frère Antoine. Il ne pouvait pas compter sur l'appui des dutres administrateurs du groupe: Ambroise Roux, numéro un de la CGE, René Granier de Li/liac, président de la compagnie française des pétroles, Jean Gandois président de Rhône-Poulenc, etc. Il n'avait plus qu'à s'en aller. ))

Remarquons au passage la démonstration sans faille du pouvoir des grandes familles possédantes dans un groupe bancaire, habituellement classé dans la catégorie de ceux que personne - à part les technocrates - ne détient ou ne dirige réellement. Il suffit donc que les Schlumberger, Riboud lèvent le doigt !

Signalons une réalité « de taille » évoquée par ~ertrand Belon dans son livre, le Pouvoir financier et 1 industrie en France: «A l'assemblée générale de Pari bas de 1978, alors qu'aucun actionnaire ne détient officiellement plus de 5% des actions du groupe, 94 % des voix étaient détenues par les Chargeurs réunis et /'UAP (assurances nationalisées). Les Chargeurs, nous retombons sur le groupe que préside aujourd'hui Jérôme Seydoux et dont Antoine Riboud, Renaud Gillet... sont administrateurs.

Comme l'expliquent à l'unisson les frères Riboud, <<La communication est décisive dans le fonctionnement d'une entreprise)). De l'entreprise à la société dans son ensemble, il n'y avait qu'un pas à faire. Autant le franchir. Les affaires, la communication et la fondation Saint-Simon

Essayons de faire court, sans rien oublier. Nicolas Seydoux- le frère de Jérôme P-DG des Chargeurs- est à la tête de Gaumont (films et autres ... ) et de l'hebdomadaire le Point. Libération, le Matin '-'. le Nouvel Observateur, l'Expansion, le Provençal (groupe de presse de Gaston Defferre) qui possèdent tous les quatre leur (ou leurs) Schlumberger-Seydoux et Riboud, parmi les actionnaires. Jean Riboud siège au conseil d'administration de RTL (les principaux actionnaires de la radio privée sont le groupe Schlumberger et le groupe financier belge Bruxelles-Lambert lié à Paribas). La chose, enfin, n'est pas mineure : Les Riboud figurent parmi les membres fondateurs de la fondation Saint-Simon. La fondation en question vaut qu'on s'y arrête un moment. Elle résume par ses buts et sa composition sociale l'idéologie et les propositions que contribuent à diffuser les médias cités plus haut. On y retrouve d'ailleurs le directeur de Libération, Serge July, Jean Boissonnat, éditorialiste bien .connu de l'Expansion, Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur et Franz-Olivier Gisbert, chef du service politique dudit hebdomadaire, Michèle Cotta, présidente de la haute autorité qui tranche les conflits afférents à l'objectivité des chaînes de télévison nationales, Jacques Rigaud, P-DG de RTL... bref, passons ...

L'objectif de la fondation est de «développer l'analyse du monde contemporain et de favoriser la rencontre entre les chercheurs en sciences sociales et les acteurs de la vie économique et sociale)). Outre les Riboud, ce noble objectif rassemble un beau monde patronal. Roger Fauroux, P-DG de Saint-Gobain, Serge Kampf, P-DG de Cap Gemini Sogeti, première société de services informatiques en Europe (groupe de Wendel), Gérard Worms, ex-directeur de Hachette et directeur général de Rhône-Poulenc nationalisé ; également des responsables syndicaux comme Jean Kaspar, le numéro deux de la CFDT, Yves Lichtenberger (CFDT), Jacques Julliard, ex-membre du bureau national CFDT et collaborateur du Nouvel Observateur, Pierre Rosanvallon, ex-permanent (économiste) de la CFDT et membre du comité de rédaction de la revue Faire 13 • Passons du syndical au politique : on retrouve aussi Robert Lion, directeur général de la Caisse des dépôts, ancien directeur du cabinet de Pierre Mauroy, et son collège Jean Peylevade, ex-directeur adjoint du cabinet du même Premier ministre, président d'Indosuez ... Et deux anciens membres du cabinet de Raymond Barre, quand ce dernier était à Matignon : Albert Costa de Beauregard et Jean-Claude Casanova.

Une fondation, club de réflexion idéologique, des actions et des capitaux investis dans un nombre respectable de médias : les hommes du président prennent leur tâche au sérieux et se sont donné, depuis longtemps, les moyens de diffuser largement les idées force de leur projet économique, politique et social. Certes, ce ne sont

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ni les Ribaud. ni les Schlumberger-Seydoux qui rédigent les " papiers •> des journaux concernés ou les commentaires du matin des stations de radio dans lesquelles ils ont investi. Mais croire que les médias en question gardent une indépendance complète par rapport à ceux qui les financent en tout ou partie serait évidemment d'une naïveté remarquable.

Jean-Paul Cruse, journaliste à Libération, expliquait récemment dans une interview, évoquant la fondation Saint-Simon : <<A Libération, on nous a dit que tout cela n 'avait rien de politique et, pour illustrer ce .fàit, on nous a donné quelques exemples de thèmes de recherche de la fondation actuellement: le corporatisme, la problématique ·du pacifisme et du neutralisme en Allemagne fédérale, et quelquè chose sur les origines intellectuelles du terrorisme en Europe ... Tout cela n'a rien de politique! 11 ( ••• ) « La fondation, c'est une espèce de brain-trust, poursuit ·Jean-Paul Cruse, destiné à plancher sur les questions stratégiques et politiques. L'objet, disaient ils au départ, est de déflm'r ce qu'est le socialisme (lu(!' disait encore récemme~lf: il fa lit créer avec des entrepreneurs innovants et des cadres performants un socialisme créat(f). Maintenant on assiste à une dérive plus droitière: ilfaztt en .flnir avec le mot mème de socialisme. !/faut red~[lnir ce qu'est la gauche, c 'est-à-dire une gauche qui ne serait pas socialiste .. . la réf'érence qui devient de plus en plus forte, c 'est ce qu'ils appellent la modernité ( ... ) )). Concluant enfin sur le profil des actionnaires de Libération, Jean- Paul Cruse remarque : « Quand on a vu la liste, on s 'est aperçu que, parmi ces hommes d 'affaires, sympathisants, proches de nous, il y avait quand même, pour certains d'entre eux, le gratin du capitalisme multinational fran çais. Pas tous, mais certains 14 11. Hé oui ! · << Jean Riboud rencontre beaucoup de monde en ce moment ii, raconte une journaliste de la Vie française , dans le numéro du 18 mars 1984 de cet hebdomadaire. De quoi est-il question'? Le titre de l'article n~us le précise : • < A la conquête des télés privées ii. Jean Ribou~ démarche. en tant qu'actionnaire de RTL, pour constituer un ensemble qui regrouperait Bruxelles-Lambert, Havas, Hachette et Schlumberger. Le pôle concurrent, en voie de constitution, regrouperait Europe 1 et Publicis. Duo cocasse, car Gaumont, propriété de Nicolas Seydoux, est l'un des actionnaires principaux de Publicis, on retrouve donc les mêmes, Schlumberger-Seydoux et Riboud, dans chacun des pôles en voie de constitution pour la conquête des télés privées. Cela s'appelle couvrir le terrain.

Dernier détail : Maurice Levy, vice-président de Publicis, Yves Sabouret, directeur général adjoint d'Europe 1, comme Jacques Rigaut P-DG de RTL, sont membres de la fondation Saint-Simon.

Les chassés-croisés Elysée-Matignon de l'été 1985 concernant la création des chaînes privées de télévision ont eu - pour le moment - un résultat différent de l'hypothèse évoquée ci-dessus. RTL avec Télé-MonteCarlo, Publicis et Europe 1 s'associeraient certes, pour mettre sur pied une chaîne d'intérêt général pour les premiers, musicale pour les seconds. L'éventualité d'une entrée de Schlumberger dans le capital de Capa! Plus évoquée en juillet dans plusieurs journaux '' a, par contre, fait long feu. Elle était conditionnée par le passage en clair d'une bonne part des émissions de c~tte chaîne qui nécessite aujourd'hui un décripteur pour etre captée. André Rousselet, P-DG d'Havas, dirigeant de Canal Plus et vieux compagnon de route, lui aussi, de François Mitterrand, partisan du maintien de Canal Plus dans son statut actuel, l'a emporté auprès des pouvoirs publics, face à la solution que proposait le groupe dirigé par Jean Riboud. Paris New-York

Exemple d'une internationalisation florissante du capital, Schlumberger-Seydoux, Riboud ont noué .évidemment des liens avec d'autres ensembles financ1ers, industriels et bancaires, internationaux. Suivons le fil de ces relations à partir d'un personnage, Félix Rohatyn. Ce monsieur a été nommé administrateur de Péchiney après la nationalisation de ce groupe, par Matignon et I'Elysée et au titre de '' personnalité qualifiée». tout comme Jérôme Seydoux d'ailleurs 16• Qui est ce Félix Rohatyn? Un intime de Jean Riboud, un personnage influent de Wall Street, un banquier « de gauche», animateur du Parti démocrate aux Etats-Unis.

Essayons d'y voir plus clair : << Fabius che::. Rohatyn 11, notait la Vie française c_iu 20 janvier 1984 : <<.Le Council on foreign relations 1 ' recevra Laurent Fabtus, invité de Félix Rohatyn, de che::. La::.ard, qui est de son propre aveu, partisan du socialisme d'Etat. 11 Qu'est-ce que Lazard? En raccourci, c'est plus fort et plus discret que Rothschild. Félix Rohatyn préside aux destin.ées de la banque Lazard-frères US, le groupe bancmre en question étant enraciné en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis 18 •

Rohatyn << est un des principmL'K artisans des grandes fusions 11 industrielles qui ont eu lieu au cours des dernières années dans ce pays 19• « Il a conquis la célébrité, note Jean Beaumier dans le livre cité prédemment, en m~flouant les finances de la ville de New- York qui était au bord de la faillite. Il a été le consultant.flnancier de tout le gratin de la grande industrie( ... ) Ami d'Harold Geneen qui fut pendant de nombreuses années le président d'!nternational Téléphone and Télégraph (ITT, NDLR), tl a contribué à transformer ce groupe en un conglomérat tentaculaire. 11 Félix Rohatyn « se situe e:wctement à la charnière du monde politique et du monde des affaires, poursuit Jean Beaumier, par les conseils qu ïl donne ma dirigeants des plus grosses firmes azcK Etats- Unis ou ailleurs, par les consultations qu'il offre aza hommes politiques placés atLX leviers de commandes, iljoue un rôle d'éminence grise ... 11

Commentant en novembre 1984 la politique économique de Reagan, Félix Rohatyn, banquier « de gauche )), concluait : «Prendre aza pauvres pour donner aux gens aisés n'est pas longtemps tolérable en démocratie.

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Siegmund Warburg peint par Attali

Jacques Attali, conseiller privilégié de François Mitterrand, consacre son dernier livre, Un homme d'il1fluence, à la dynastie bancaire des Warburg, et en particulier à son dernier représentant, Siegmund Warburg (1902-1982 ).

L'auteur est visiblement au fait des préoccupations des sommités de l'oligarchie financière, et ne masque pas son admiration pour l'un de ses meilleurs prototypes. Il confirme au passage la familiarité avec laquelle certains grands capitalistes traitent ceux qui nous gouvernent. ou leur proches. Siegmund Warburg fut par exemple conseiller d'Harold

Wilson, Premier ministre travailliste britannique à deux reprises. Attali cite un article du banquier, dans le Sunday Times du 2 octobre 1966 : 11 Je ne suis pas socialiste, et je crois que la libre entreprise a un ràle important à jouer Gl(jourd'/wi, au moment ozi commence /a seconde révolution industrielle. Cependant, je pense que ceux qui ne sont pas socialistes devraient, en tant que patriotes, admettre qu'ils ne doivent pas affirmer a priori que tout ce que fait le gouvernement travailliste est mauvais, et reconnaitre que l'actuelle mise en place d'une politique courageuse, liant prix et salaires à la productivité, revèt une grande signification historique. Je ne veux pas plaider ici pour la constitution d'un gouvernement de coalition, ni pour la cessation de tolite discussion sur n'importe quel sujet politique, qu'ils 'agisse de la monnaie ou de tout autre, mais je me demandes 'il n'est pas certains domaines comme la défense, la monnaie, le soutien aux Nations-Unies entre autres, dont il serait possible d'envisager le retrait de la bataille des partis. Le gouvernement a engagé une sorte de

"bataille d'Angleterre économique" qui mérite, au moins pendant un an, le soutien de tous, car elle constitue notre dernière chance. >>

Remplacez 11 deuxième " révolution industrielle par " troisième "• 11 travailliste " par 11 socialiste " et " Angleterre 1> par

« France 1> ••• et vous croirez entendre la dernière déclaration d'un de nos gouvernants !

Jacques Attali rapporte que, selon Siegmund Warburg. le plus grand banquier contemporain était son ami André

Meyer, P-DG de la banque Lazard-US avant Félix Rohatyn (dont il est largement question dans notre article). Nous regrettons seulement de ne pas avoir disposé de ce livre pour rédiger notre dossier. Il nous aurait facilité la tàche et permis même de préciser certains points (à propos de Paribas notamment, dont Warburg insista pour qu'il reste, après nationalisation, le partenaire privilégié de son propre ensemble bancaire). Faisons tout de même contre mauvaise fortune bon cœur : le dernier ouvrage du conseiller permanent de François Mitterrand tombe à pic pour souligner l'actualité de nos propos. Une distribution des revenus peut ne pas résoudre tous les relations » : 11 Une fondation Saint-Simon qui aurait problèmes de gauvreté, mais l'actuel courant doit au moins réussi, en quelque sorte 11, note un observateur de la vie être renversé- 0. 11. politique et financière US.

En politique, Félix Rohatyn est l'un des animateurs On comprend aussi pourquoi un financier internade l'état-major du Parti démocrate. C'est un libéral tional tel que Rohatyn, dont les intérêts bancaires sont << démocrate » donc, par opposition à l'image du parti liés aux multinationales parmi les plus puissantes, mais concurrent, le Parti républicain. Ce n'est d'ailleurs appa- aussi à l'état des finances de nombreux pays en mal de remment guère original chez Lazard US. Le prédéces- capitaux, peut critiquer violemment la politique de la seur de Rohatyn, André Meyer, était déjà, raconte Jean dette US, chère à Reagan, comme la recherche d'une Beaumier « une personnalité très écoutée du monde des <1 prospérité à court terme, privant le reste du monde de affaires et du monde politique, en Europe, comme en capitaux dont il a grandement besoin et déstabilisant ainsi Amérique. Il avait des relations amicales avec le président le système monétaire international >1. Les préoccupations Nixon, la famille Rockfe/ler, Jackie Kennedy ou Giovanni financières du banquier et ses déclarations soucieuses des Agnelli, le patron de la Fiat italienne. Malgré son opulence intérêts des pays sous-développés ne font qu'un. et son pouvoir, André Meyer restait un homme simple, ne Nous l'avons montré, les Schlumberger-Seydoux, cherchant pas à faire de l'épate. C'était un libéral qui avait Riboud, Lazard ont des intérêts financiers étroitement fourni des capitaux, afin d'aider au lancement de l'heb- mêlés. Ils gèrent d'ailleurs leurs affaires ensemble. Les domadaire de gauche France Observateur, quelques an- uns font partie des conseils d'administration des sociétés nées après la libération. 11 Bref, les traditions ne se des autres et réciproquement 22 • Mais le rapide coup perdent pas. La bourgeoisie 11 libérale >> alimentant la d'œil que nous avons jeté sur la personnalité de Félix presse de gauche, cela ne date pas de la réorientation de Rohatyn est une démonstration que leurs relations et Libération, sur les bases de la fondation Saint-Simon ! leurs préoccupations ne s'arrêtent pas là. Comme l'écrit

A propos de celle-ci, justement, un rapide retour en Jean Beaumier à propos du P-DG de Lazard US, ces arrière se justifie pour noter un « détail » qui apportera hommes se situent 11 exactement à la charnière du monde une touche significative de plus au paysage que nous politique et du monde des affaires 11. sommes en train de décrire. Il n'est pas étonnant, donc, qu'un Riboud, un Rohatyn

Yves André Istel 21 , directeur de la banque US ou un Seydoux animent des clubs de réflexion aux Kuhn-Loeb and Cie, figure parmi les fondateurs de la propos similaires, qui constituent des lieux de rencontre fondation Saint-Simon. Kuhn-Loeb, avec Lazard US et et des moyens de pression et d'influence vis-a-vis des Warburg (banque de la City londonienne) forment un hommes politiques, de leurs appareils, des médias. Des trio bancaire qui joue et a joué un rôle décisif dans les lobbies, dirait-on aux USA 23 • affaires financières du tiers monde. S'occupant entre Rien d'étonnant non plus à ce que ces mêmes autre de celles du Gabon, du Sri-Lanka, de la Turquie, hommes soient des conseillers politiques écoutés d'un du Costa-Rica, du Sénégal, de Panama, du Ghana, du Mitterrand, ou d'un Fabius et se retrouvent, entre autres, Cameroun ... nommés dans les conseils d'administration d'entreprises

Les dirigeants de Lazard US et de Kuhn-Loeb ont nationalisées telles que Rhône-Poulenc, Pèchiney, Elf... donc des préoccupations bancaires communes et des Ils représentent un courant du grand capital internaidées en plus : l'un participe à la création de la fondation tional (l'oligarchie), politiquement avisé, qui considérait Saint-Simon, l'autre est membre du " Council on foreign et considère toujours un gouvernement « de gauche » en

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sage obligé comme la base d'un remodelage du système politique français. Les déclarations de Jean Ribaud sont claires à ce sujet. La perspective est d'aboutir à une bipolarisation gauche-droite simplifiée, dans ce pays, à l'image des grands pays occidentaux comme la Grande-

Bretagne, la RF A ou les USA. Il s'agit de mettre fin à la division historique entre les forces de gauche comme de droite en France. La perspective de transformation du PS en grand parti social-démocrate, ou même en parti démocrate de style américain est fréquemment évoquée dans les rangs du Parti socialiste et plus encore dans certains organes de presse. Les hommes que nous venons de décrire et les moyens matériels de conviction dont ils disposent y sont pour quelque chose 24 •

De la bourgeoisie moderniste

France comme le meilleur moyen de mettre en œuvre à la bourgeoisie « ordinaire » une politique de modernisation du capitalisme (la politique que mène aujourd'hui le gouvernement Fabius, pour être précis), en faisant l'économie d'une crise sociale

Cette partie moderniste de la grande bourgeoisie, que nous avons tenté de cerner, n'agit pas coupée et profonde. Ils conçoivent évidemment ce point de pas-

Conseil d'administration de la compagnie financière de Paris et des Pays-Bas, avant nationalisation.

21

Jacques de Fouchicr - - - - - - - - - - - - Crédit Foncier,

PDG

Crédit National,

CFP,

Rand Selection USA

SCHLUMBERGER,

24

Pierre M o u s s a - -

TH .-BRANDT, vkc PDG

HACHETTE.

PUK, BSN-GD,

Sopad (Nestlél.

XEROX Corp. USA.

C"' Internationale

RHONE-POULENC des wagons-lits.

Ci u'tavc Rambaud

Ex-inspecteur des

Club Méditerranée.

Directeur gcnéral ~ CHARGEURS finances .

RÉUNIS. Ex-inspecteur des finances et

Pierre Besse~ d~recteur de cabinets

18 de mmistres.

- Esso Saf,

DNEL.

Franco< C rahrc ......._

Finextel.

9

Polytechnicien.

Crédit foncier

Ex-inspecteur des

21

-Renaud <iillet

PRICEI. !PDGHI.

finances et ex-direc- _ CHARGEURS

Rhùne·POUI.ENC teur de cabmets de

RÉUNIS

(PDG).

!PDI.

ministres.

ESSO-France,

BSN-GD.

Rene Granier

'FIAT,

Eurafrance llalardl.

de l . i l l i a c - - - - . - - - - - - - - - ,

Club M~diterranée,

Union Chimique

19

Eurafrance (Lazard).

Belge.

CFP ! PDG l.

Conseil économique

Antoine Rihoud

Vallourec IDNEL).

et social.

'

SNPA <Eif-Aqui-

~ taine).

~ Polytechnicien.

Jean Riboud \

14

Sir Eric Roll (GB)

BSN-GD (PDG),

Priee!.

Française Philips,

Il

Crédit Lyonnais,

CGE (PDGJ.

-Ambroise Roux

Eurafrance (Lazard),

CCF,

RHONE-POU-

Cr~dit National,

LENC.

PUK.

Philippe Thomas

Frère du suivant.

Polytechnicien,

' ex-directeur de cabinets de ministres,

15 vice-pmident du

6

PUK (PDG),·

CNPF.

SCHLUMBERGER

CFP.

(PDG),

Ex-inspecteur des finances et dir~teur

Luxembourgeoise de télévision RTL.

de cabinet de ministre.

Frère du précédent.

Reproduit d'après le Dictionnaire des groupes industriels en France, Le Seuil.

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séparée d'autres secteurs du grand patronat, plus traditionnels. Un coup d'œil sur l'ensemble Lazard (en France, cette fois), permettra de vérifier la réalité et la solidité de ces liens.

Lazard France, par le biais du Holding Eurofrance, préside aux destinées de la Sovac, second groupe de crédit immobilier français, de la compagnie d'assurance La France, des hypermarchés bien connus Euromarché et de Viniprix, des chaussures André, de Locatel et d'Eurafrep (recherche pétrolière). Il participe enfin ( 10 % environ) au capital des Chargeurs SA. Lazard possède également d'importantes parts dans le capital de plusieurs sociétés italiennes et des biens immobiliers de taille à Lyon, Paris et Marseille. Quelques noms, parmi les administrateurs d'Eurofrance donnent une idée des liens qu'entretient Lazard avec d'autres ensembles industriels et financiers. On relève la présence d'Antoine Riboud, certes, mais aussi de Giovanni Agnelli, de la famille du même nom qui dirige et possède la FIAT. Jean Guyot, dirigeant de Lazard, est également administrateur de Peugeot et des Chargeurs. Dominique Boyer, vice-président des Chargeurs, membre de l'état-major de Lazard Sovac, l'est aussi de celui de Peugeot SA. La banque Lazard qui remplit le même rôle que son correspondant US dans les processus de fusions industrielles fut en effet l'artisan financier de regroupements dans l'automobile.

<< L'affaire Peugeot-Citroën-Chrysler, rappelle Bertrand Bellon dans le Pouvoir financier et l'industrie en France, est une vieille association entre les familles Lazard, Michelin, Peugeot, Agnelli et Chrysler, qui a conduit à la constitution récente de Peugeot SA et à son alliance avec le groupe américain. !!

Ainsi, partis de la bourgeoisie moderniste, nous nous retrouvons vite au cœur de la fraction la plus traditionnelle du patronat français. Les alliances et groupement au sein de celui-ci ont une histoire longue et complexe. Analysant le découpage des fractions de la bourgeoisie depuis le début du siècle dans leur Dictionnaire des groupes industriels et .financiers en France, Patrick Allard et Michel Beaud évoquent quelques permanences : alliances financières, liens avec des ensembles internationaux, reconversion du capital colonial, rapprochement des capitaux industriels et bancaires.

Ces auteurs ajoutent : <<Dans ces permanences enfln, restent déterminantes les proximités régionales et les appartenances religieuses: en schématisant, on peut dégager un axe Alsace-Franche-Comté-Lyon-Marseillequi articule autour de La::ard et de Paribas les capitaw.; de la bourgeoisie protestante de l'Est (Schlumberger, les Peugeot) et les capitaux contrôlés par la bourgeoisie lyonnaise (les Gillet) - auxquels on peut ajouter les Riboud, NDLR et marseillaise (C. Fabre des Chargeurs réunis). Dans ces constellations de capitaux, les liens matrimoniaux, la <<circulation )) des femmes et des biens, pour employer le vocabulaire de l'anthropologie, comptent autant que les classiques liaisons personnelles et.flnanciéres.

Il faut compléter cette liste avec Michelin, dont nous rappelions plus haut la vieille association avec Lazard et Peugeot. Et souligner au passage les propos rapportés par le rédacteur en chef de la Tribune de l'économie concernant les relations entre le président de la République et Michelin : << Vous save::, ce n'est pas par hasard que François Mitterrand (est le) deuxième président de la République a étre reçu sur place après de Gaulle, à visiter le centre d'essais de Michelin à Clermont-Ferrand en juillet ( \984, NDLR), fait remarquer un conseiller de /'E~vsée. Un haut fonctionnaire ajoute même: (. .. ) sache:: que François Mitterrand apprécie François Michelin et que ce dernier n 'a pas manqué de man!fester sa sympathie au président de la République. ))

La gauche au pouvoir n'a touché ni à Michelin, ni à Peugeot. Ces deux groupes ont échappé aux nationalisations de l'après 10 mai. Faut-il voir là une conséquence des liens financiers et familiaux tissés entre Paribas, Lazard, Peugeot, Schlumberger. dont certains éléments soutiennent Mitterrand ?

La nationalisation de Paribas et de Rhône-Poulenc contredit à première vue cette thèse. Cependant, nous avons vu que l'alliance Schlumberger-Seydoux. qui détenait les clés de Paribas, n'a pas perdu tout contrôle sur cette banque. Comme l'a indiqué Jean Riboud lui-même, les nationalisations furent le prix à payer aux mythes de la gauche. Elles furent aussi l'occasion d'une restructuration prévue et longuement mûrie, sous l'égide de l'Etat !

C'est dès 1979, rappelons-le, que Priee!, holding contrôlant Rhône-Poulenc. se rapproche des Chargeurs réunis qui possèdent une part substancielle des actions de Paribas, pour fusionner en fin de course et constituer un ensemble industriel et financier privé florissant. Son conseil d'administration regroupe une bonne part des dirigeants de Paribas avant nationalisation, sa trésorerie fait l'admiration des commentateurs boursiers et n'est peut-être pas sans rapport avec les indemnisations versées aux principaux actionnaires de Paribas et de Rhône-Poulenc nationalisés, qui président aujourd'hui ks Chargeurs SA.

Reste à expliquer rationnellement pourquoi Mitterrand a toujours déclaré que la nationalisation de Peugeot et Michelin n'était pas« à l'ordre du jour"· L'argument officiel, << ne pas étendre exagérément le champ des nationalisations », n'est qu'un prétexte: il couvre les choix sans les justifier. Or, précisément, on cherche en vain cette justification chez les analystes qui se sont penchés sur le problème. Chez François Morin par exemple qui, dans la Banque et les groupes industriels à l'heure des nationalisations, ouvrage fort documenté. défend une lecture gauche des positions du PS et envisage la nationalisation de Peugeot. Quant au PCF. il s'est contenté de s'étonner- il était alors au gouvernementque les familles Peugeot et Citroën soient épargnées. Mais, plus étrange, dans un ouvrage récent, Sur la piste des grandes fortunes, deux journalistes de 1 Humanité Dimanche consacrent plus d'un quart de leur travail aux familles Schlumberger, Riboud, Lazard et Peugeot, sans souffler mot des liens politiques existant entre cette fraction du capital et François Mitterrand. Dès lors, il faut bien convenir que rien n'est venu, à ce jour, infirmer l'hypothèse que nous émettons, dissiper cette interprétation et ce soupçon.

Nous venons de le voir, les membres de l'oligarchie qui soutiennent depuis des dizaines d'années la solution Mitterrand appartiennent à un ensemble plus vaste, dont chaque élément ne peut évidemment être soupçonné de mitterrandisme bon teint (de Peugeot au groupe Lazard en passant par Michelin). Mais les liens financiers, personnels et familiaux qui les rassemblent sont plus forts que les options politiques qui seraient sensées les séparer 2;

Le choix de ceux qui se sont faits les partisans du président de la République offre d'ailleurs en retour à l'ensemble de la classe dirigeante un moyen de contrôle

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Jérôme Seydoux

Chargeurs réunis

Jean Riboud

Schlumberger

Gaumont

Antoine Riboud

BSN -Gervais-Dan one

Liens familiaux entre groupes de «l'ensemble Paribas » (réprésentation simplifiée).

In Les restruclllrations industrielles en France, Economica.

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et d'influence sur la politique mise en œuvre par l'élu du 1 0 mai. Le jeu en valait la chandelle. La santé de la Bourse ces trois dernières années, les bénéfices de l'austérité et de la modernisation ne peuvent que conforter ceux qui ont fait ce choix. La réduction du PCF à 10 % sur l'échiquier électoral, l'état présent de désarroi et de paralysie du mouvement ouvrier en France profitent, bien dans l'immédiat à l'ensemble de la classe dominante.

Notre enquête éclaire les personnages, les préoccupations qui articulent l'action du président de la République et les intérêts de l'oligarchie financière internationale.

Mais s'il faut prendre en considération les liens /. Patrick A/lard, Michel Beaud, Bertrand Bellon. Dictionnaire des groupes industriels et financiers en France Le Seuil J978. p. 92

2. Citons notamment: Bertrand Bellon le Pouvoir financier et l'industrie en France. Le Seuil 1980. François Morin, la Banque et les groupes industriels à l'heure des nationalisations, Ca/mannLévy J977. Manuel Castel La crise économique et la société améri· caine PUF 1976. Marianne Debouzy Le Capitalisme sauvage aux Etats-Unis Le Seuil 1972. Jean-Marie Chevalier la Structure lη nancière de l'industrie américaine Cujas, 1970. Jean-Marie Chem· lier, l'Economie en questions, Ca/mann Levy, Michel Durand La bourse, Maspero 1983. Jack Dion, Pierre lvora, Sur la piste des grandes fortunes Editions sociales J985.

3. Jean Gabriel Fredet, Denis Pingaud Les Patrons face à la gauche Ramsay, J982.

4. Claude Marcilly Un P-DG pourquoi faire? Le Seuil, 1972. 5. Ces alliances sont largement évoquées dans les livres cités dans la note 2.

6. Le groupe des Chargeurs est issu du rapprochement initié en J979 de Priee/ (textile, produits chimiques) et des Chargeurs réunis (transports maritimes). Il regroupe des activités telles que les transports aériens (UTA), les transports maritimes (deuxième armateur français), le textile, les produits ménagers (Spontex}, les produits chimiques ... le pouvoir et les capitaux sont concentrés dans l'alliance des Schlumberger-Seydoux, Riboud, Gillet et de la banque Lazard, avec les Fabre (grande bourgeoisie marseillaise) qui contrôlaient les Chargeurs Réunis.

7. La presse vient d'annoncer que Jean Riboud a démissionné de ce poste, après vingt ans d'exercice. Cette nouvelle ne modifie en rien notre enquête. Jean Riboud reste d'ailleurs à l'état-major du groupe, (conseil d'administration, direction stratégique, comité financier). Peut-être prend-il un certain recul pour mieux élever la voix dans la périodè politique agitée quis 'annonce après 1986. L'avenir ne tardera pas à nous renseigner.

8. «La Saga des Riboud », dans le Nouvel Observateur du 27 avri1J984. KenAuletta, Une réussite sans frontière, Mazarine, 1984. Jean Riboud et François Mitterrand se sont connus dans les années cinquante. Par l'intermédiaire, entre autre, de Jean-Jacques Servan-Schreiber, lors du lancement de /Express.

9. Classement des 1 000 premières entreprises en France. L'Expansion, décembre J984.

JO. Nouvel Observateur, 27 avril J984. Selon les «observateurs » du milieu patronal, Antoiné Riboud serait aujourd'hui fort intéressé par les propositions de Raymond Barre.

JI. Jean Beaumier. Ces banquiers qui nous gouvernent, Plon, J984.

12. Tout au moins jusqu 'au récent achat du quotidien de la rue Hérold par les mutuelles de l'Education nationale.

13. La CFDT<< est une des forces qui soutiennent la politique néo-libérale actuelle "• expliquait récemment l'union régionale multiples que nous avons rassemblés, il convient aussi de se montrer prudent quant aux conséquences qui peuvent s'ensuivre. La politique n'est pas de la mécanique ou le simple résultat de manipulations croisées. Le soutien d'une fraction bourgeoise à un homme politique n'explique pas directement son attitude, car de multiples paramètres interviennent. Et c'est encore plus vrai quand il s'agit d'une formation politique comme le PS. L'important c'est que ce soutien permet d'éclairer des actes, un projet politique dans sa durée et son devenir. Lever le voile, fût-ce partiellement sur les ressorts cachés de la vie politique bourgeoise, est aussi dénoncer cette société et son système de domination. CFDT basse-Normandie, qui s'oppose à l'orientation d'Edmond Maire. Notre enquête ne fait que matérialiser les personnages et les lieux par lesquels ce courant passe.

14. Dossier paru dans la revue l'Enjeu. 15. La Tribune de l'économie, du 24 juillet 1985. Quotidien de Paris du 30 juillet 1985.

16. Liste des conseils d'administration des nationalisées. Le secteur public industriel en 1983. Ministère du Redéploiement et du Commerce extérieur.

J7. Le « Council on foreign relations» regroupe plus rf'11n millier de personnalités des affaires, de la politique, de la presse, de l'université. Il constitue l'un des lobbies (groupe de pression) les plus importants aux Etats-Unis. Une bonne partie des états-majors des présidents américains en est issue, qu'ils soient républicains ou démocrates.

18. Félix Rohatyn est administrateur de Schlumberger aux côtés de Jean Riboud. Le P-DG du groupe Lazard en France, Michael David-Weil est aussi administrateur dé BSN dont le P-DG, Antoine Riboud, siège au conseil d'administration d'Eurafrance, holding industriel et financier du groupe Lazard.

J9. Le groupe Lazard est spécialiste des fusions et des redé· ploiements industriels. André Meyer, prédécesseur de Félix Rohatyn, conseilla par exemple l'implantation de Pèchiney aux Etats-Unis, dans les années soixante. La banque Lazard siégeait déjà au conseil d'administration du groupe privé, le P-DG de Lazard US siège au conseil du groupe nationalisé, nommé par le gouvernement Mauroy.

20. Cité par Claude Julien. Le Monde diplomatique, février 1985.

2J. C'est André /ste/, banquier lyonnais associé de Schlumberger, qui embaucha le jeune lyonnais Jean Riboud à New-York avant qu'il ne rejoigne l'état-major de Schlumberger.

22. La présence dans le conseil d'administration d'un groupe privé est indissociable, directement ou indirectement, de la possession d'une part de capital de la société concernée.

23. Les lobbies US, tels que le « Council on foreign relations» ou la Commission trilatérale constituent des groupes de pression reconnus du monde des affaires sur le personnel politique.

24. Dans les milieux de l'oligarchie industrielle et financière internationale, Raymond Barre est membre de la Commission trilaté· raie, certains de ses conseillers les plus proches siègent, eux ... à la fondation Saint-Simon. Il semble le mieux à méme pour faire office en France, de leader providentiel de la droite.

25. D'autres grands patrons côtoient depuis des années François Mitterrand, tels François Dalle (P-DG de Loréal}, Gilbert Trigano (Club méditerranée), Jacques Mitterrand (frère du président, général, ex-P-DG de la SN/AS, président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, membre de l'assemblée permanente du CNPF), Maurice Biderman (textile, confection), Roger Fauroux (resté P-DG de Saint-Gobain, après la nationalisation), etc.

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