La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Trotsky sur le rôle de la franc-maçonnerie

Critique communiste, n° 48, janvier 1986 · p. 31 · 806 mots

Les relations tissées entre les directions de FO et du PCI ne sont pas sans rapport savec la fréquentation des loges maçonniques. Aussi n'est-il pas inutile de rappeler ce que Trotsky pensait de ces institutions.

Cette photo a été prise le 22 mai 1971, devant le mur des Fédérés au Père-Lachaise. On y voit les

(ranes-maçons en tabliers (à gauche) passer en revue les troupes de I'OCI-AJS menées par Charles

Berg (exclu depuis) et Sérac (toujours en activité). Les lambertistes avaient choisi de célébrer le centième anniversaire de la Commune aZLx côtés des dirigeants de la FEN, de FO, du PS, derrière Jules

Mach, celui qui fit donner les chars contre les mineurs en grève en 1947.

Ce compagnonnage avait été précédé par un meeting à la Mutualité, le 18 mars, auquel participaient FO, la CFDT, le PS, la CIR (organisation de Mitterrand), la Fédération anarchiste, le

Grand Orient de France, la Ligue des droits de l'homme, les radicaux de gauche et ... l'OC!, qui avait

Célébrer le centième anniversaire du massacre des Communards avec des héritiers des fusilleurs

Trots ky

Par un hasard heureux (ou malheureux, je ne sais pas), il m'est arrivé, lors de mon séjour dans l'Isère, d'observer de prés quelques francs-maçons. Je vivais dans la maison d'un franc-maçon ; ses amis appartenaient pour la plupart à la franc-maçonnerie. Je peux ainsi partir non seulement de réflexions générales, qui sont en elles-mêmes indiscutables, mais aussi d'observations vivantes sur le rôle de la franc-maçonnerie dans la vie politique de la province en France.

La couche supérieure de la franc-maçonnerie est composée de radicaux ou de «socialistes», avocats, députés, carriéristes, cyniques pour qui les loges ne sont qu'un appareil électoral. Dans les loges maçonniques de Grenoble, il n'y a pas, ou presque pas, d'ouvriers; en revanche, les contremaîtres et le petit personnel administratif occupent une large place. Je connaissais l'un des contremaîtres et j'avais avec un autre d'intéressantes rencontres. Leur souci principal était de se détacher des ouvriers, d'entrer dans la «bonne société», d'écouter les gens instruits. Ils avaient une sincère vénération pour les professeurs et les avocats qui leur servaient des banalités humanitaires et pacifistes. Les chefs des loges, qui jouaient un rôle dans la vie politique et municipale de Grenoble, se soumettaient la clientèle petite-bourgeoise et un groupe un peu important de l'aristocratie ouvrière ou semi-ouvrière, à travers le rituel maçonnique. Certains de ces messieurs n'entrent pas eux-mêmes dans la franc-maçonnerie et tirent les ficelles en coulisses. Dans la franc-maçonnerie se trouvent concentrés tous les traits de parasitisme qui donnent un tel caractère de repoussoir à la II • Internationale comme à la III •. Peut-on rompre avec la social-démocratie et l'IC tout en restant lié à la pire caricature des deux, la franc-maçonnerie ?

La révolution exige que l'homme se donne entièrement et pleinement. Les révolutionnaires qui ne trouvent pas la satisfaction de leurs aspirations politiques et morales dans le parti révolutionnaire prolétarien et cherchent quelque chose de «mieux», de «plus élevé», dans la société des bourgeois radicaux, ces révolutionnaires sont extrêmement suspects. Que cherchent-ils au juste? Qu'ils l'expliquent ouvertement aux travailleurs ! Le plus difficile et le plus important, à l'époque que vit la France, est de se libérer de l'emprise de l'opinion publique bourgeoise, de rompre intérieurement avec elle, de ne pas craindre son poison, ses mensonges, ses calomnies, comme de mépriser ses louanges et son obséquiosité. Ce n'est que dans ces conditions que l'on peut s'assurer la liberté d'action nécessaire, entendre la voix révolutionnaire des masses et se mettre à leur tête pour l'assaut déCisif. Mais la franc-maçonnerie, de par son existence même, est la gentiment prèté son service d'ordre. n'a pas fait peur aux dirigeants de l'OC!.

soupape de sûreté des tendances révolutionnaires. Le pourcentage (très faible) d'idéalistes honnêtes qui fréquentent les loges augmente le danger de la franc-maçonnerie. ln tome 20 des œuvres, p. 124, 125, 126.

Dans la franc-maçonnerie se réunissent des gens de différentes classes, de différents partis, avec des intérêts différents et avec des fins personnelles différentes. Tout l'art de la direction de la franc-maçonnerie consiste à neutraliser les tendances divergentes et à aplanir les contradictions entre les groupes et les cliques (dans l'intérêt de la « démocratie» et de l'« humanité», c'est-à-dire de la classe dominante). On s'habitue ainsi à parler à haute voix de tout, sauf de l'essentiel. Cette morale fausse, hypocrite, frelatée, imprègne en France, directement ou indirectement, la majorité des chefs ouvriers officiels. Marceau Pivert lui même est pénétré de l'influence de cette morale. Il lui semble que nommer à haute voix est un fait désagréable, c'est une inconvenance. Nous, nous jugeons criminel de taire les faits qui ont une importance pour la lutte de classes du prolétariat. C'est là la différence fondamentale de notre morale. Tome 20 des œuvres, p. 241 et 242.

Une erreur sur cette page ?