Déclaration commune des dirigeants de Solidarnosc, des syndicats autonomes et des syndicats de branche contre l'introduction de la flexibilité du travail
Le décret du Conseil des ministres du 8 octobre 1984 qui met en cause le principe de la journée de huit heures de travail est une nouvelle limitation importante des droits des travailleurs. Ce principe a une tradition solide en Pologne. Le Gouvernement provisoire de Lublin l'a proclamé dans son manifeste du 7 novembre 1918. Le 23 novembre 1918 a été promulgué le premier acte de la législation du travail - le décret sur la journée de travail de huit heures signé par Pilsudski et Moraczewski - et le 24 novembre 1918 la résolution sur la journée de huit heures de travail a été adoptée par le Conseil des délégués ouvriers de Varsovie. La Constitution actuelle de la République populaire de Pologne a élevé ce principe au rang de principe constitutionnel, en stipulant dans l'article 62-2 : « Le droit au repos est garanti aux travailleurs par: la diminution légale du temsp de travail grâce à la réalisation de la journée de huit heures du travail et plus courte dans des cas prévus par la loi ( ... ). »
Ainsi, depuis soixante-six ans qu'il fait partie de la législation polonaise, ce principe n'a jamais été remis en cause, et cela même dans la difficile période de reconstruction du pays détruit au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Bien que le Code du travail autorise l'introduction du temps de travail « compensé » dans les métiers et les entreprises dans lesquels le strict respect de la journée de huit heures est impossible, cela a toujours été l'exception. L'actuel décret du 8 octobre 1984 transforme ces exceptions en norme et permet l'introduction de la flexibilité du travail pour la très grande majorité dés travailleurs.
On ne peut pas ne pas mentionner ici l'innovation incluse dans le décret - sans que les bases existent pour cela-, c'est-à-dire «le temps de travail discontinu» (§ 6). Une telle mesure peut être introduite par décision unilatérale des directeurs d'entreprise, ce qui est contradictoire avec le principe d'égalité des parties dans le cadre du contrat de travail. Qui plus est, ce « temps discontinu » signifie aussi dans son essence le prolongement d'au moins deux heures du temps de présence dans l'entreprise.
Si nous ajoutons à tout cela l'autorisation de dépasser le quota d'heure supplémentaires prévu par le Code du travail, tout devient clair : il s'agit de faire supporter aux travailleurs l'inefficacité des directions d'entreprise et leur incapacité à organiser correctement le travail et à assurer l'approvisionnement matériel. Car le décret permet de prolonger la durée du travail et son interruption, obligeant ainsi l'ouvrier à s'adapter au rythme de travail irrégulier. Il s'agit donc de légaliser le chaos et l'inéfficacité économique.
Les travailleurs n'accepterons pas une telle limitation de leurs droits et lutteront contre les tentatives d'instaurer dans les entreprises un nouveau système de pillage du temps du travailleur.
Varsovie, 25 janvier 1985 Bogdan Fiutowski (syndicats autonomes), Antoni Lopata (ZNP), Andrzej Malanowski (ZNP), Albin Melcer (syndicats de branche), Jan Osika (ZNP), Stanislaw Rusinek (Solidarnosc), Jan Simon (syndicats de branche), Jan Trynkowski (ZNP), Lech Walesa (Solidarnosc), Stanislaw Wadolowski (Solidarnosc), Micha Zorawski (syndicats autonomes). Traduit de Tygodnik Mazowsze rf 117 du 14 février 1985.