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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Toujours aussi glissant !

· Critique communiste, n° 49, février 1986 · p. 26-29 · 2 807 mots

A propos du dernier livre de Philippe Herzog

Toujours aussi glissant !

Sous la signature de Philippe Herzog, économiste en titre du PCF et membre du bureau politique, les Editions sociales publient un nouveau livre sur les réponses à la crise : Un chemin pour sortir de la crise. Il s'agit d'un travail collectif de la section économique du comité central qui, une nouvelle fois, d'un seul élan, s'écrie « Vive la gestion ! ». C'est l'occasion de faire le point sur le

A veau discours économique du PCF en y . politiques mis actuellement en avant.

discours actuel d u PCF en ce domaine.

l'évidence, ce livre n'apporte rien de fondamentalement nouveau par rapport aux publications antérieures de P. Herzog et à son Economie à bras-le-corps. A la veille des prochaines élections, il a essentiellement pour fonction d'armer le PCF sur les questions économiques et de préciser son argumentation dans le contexte présent. Politique et économie

Les diverses versions de l'argumentation économique de Herzog ont été ponctuées par les changements de ligne du PCF. La première édition de l'Economie à bras-le-corps date de 1982. Elle avait pour fonction de définir le nouintégrant de façon systématique les éléments avancés depuis le xxrv•congrès: l'autogestion ouvrière, le produire français, les 131 propositions de Marchais avancées à la veille de 19 81, la théorie des nouveaux critères de gestion élaborée par Paul Boccara. Et, en même temps , de constituer ce discours en justification théorique de la participation du PCF au gouvernement.

En 1984, la seconde édition, (( enrichie, mise à j our et complétée )) comme l'expliquait la bande annonce, visait à découpler les propositions économiques et la participation gouvernementale en montrant que, malgré la modification du contexte politique, les concep-

Francis SITEL tions avancées sur le terrain de la gestion étaient maintenues. L 'Economie à bras-le-corps (sous-titre : Initiation aux politiques économiques actuelles) devenait l'Economie nouvelle à bras-le-corps (sous-titre: Economiser le capital pour libérer les hommes).

Qu'en est-il avec la publication de Un chemin pour sortir de la crise fin 1985? Après SKF, les opérations commandos, dans un contexte politique marqué par la division, la dénonciation virulente du PS, le PCF affirme un « profil dur » : inflexible dans sa lutte contre la flexibilité , pour la défense des revendications et refus de la cohabitation.

Ce livre, qui vise à vulgariser les explications économiques du PCF et à en faire des arguments pour sa campagne électorale, enregistre les thèmes Les considérations directement politiques sont relativisées au profit d'un discours essentiellement économique, mais elles ne sont pas absentes. Le PS est dénoncé comme le responsable de tous les maux et systématiquement amalgamé à la droite. Les opérations commandos de la CGT permettent de brosser un rapide tableau de la situation : (( Chaque semaine apporte son lot d'atteintes aux droits et aux libertés. Les charges policières, les licenciements de militants de la CGT ou du PCF, les sanctions et les mises à pied se multiplient. Sur le terrain répressif, la droite d'avant 1981 est battue par le Parti socialiste 1 )) (p. 192). L'alternance

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droite/PS, pour mener la même politique, est mise en accusation avec virulence : (( La droite et le Parti socialiste veulent instituer l'alternance au pouvoir pour mener - chacun à sa façon car ils sont différents et n 'ont pas le même électorat - la même politique, celle du grand capital. Cette "alternance" trompeuse est une menace mortelle pour notre pays>> (p. 43).

En même temps, l'accent est mis sur un certain nombre de positions radicales : défense des salaires et de la protection sociale, dénonciation de la flexibilité et de l'escroquerie de la prétendue modernisation, combat contre la pauvreté et pour « l'objectif zéro chômage», refus des dénationalisations, etc.

L'essentiel est pourtant ailleurs: dans l'affirmation d'une réponse à la crise qui se veut originale et novatrice, en parfaite continuité avec les écrits antérieurs.

Ainsi, ce que ce livre a de plus notable, au regard de la situation présente, c'est la compatibilité pour le PCF d'un discours revendicatif et politique à prétention radicale et d'une orientation économique se situant totalement sur le terrain de la gestion. Une ambition dont la «nouveauté» ne va pas sans contradictions. Vive le renouvellement!

Le point de départ de l'argumentation repose sur une explication des déboires subis par le PCF : défaite électorale et politique de 19 81, échec de la participation gouvernementale. La faute en incomberait fondamentalement au (( retard des mentalités sociales et politiques >> : (( Les mentalités sociales et politiques, forgées dans des circonstances politiques antérieures, utiles en leur temps mais désormais inadéquates, ont fait obstacle à la compréhension de nos explications>> (p. 52).

Ainsi, ce qui est en cause, ce n'est ni une ligne politique prenant à contrepied les aspirations populaires, ni une perspective stratégique erronée, mais l'incapacité des masses à comprendre assez vite l'orientation nouvelle préconisée par le PCF. Et la responsabilité propre de la direction se limiterait à ne pas avoir défini assez tôt ladite orientation et ne pas l'avoir expliquée assez pédagogiquement.

Dans ces conditions, le « renouvellement en cours» n'est rien d'autre que le maintien de la matrice théorique élaborée avec l'adoption de la « stratégie autogestionnaire».

La crise n'est pas analysée en dernière instance comme crise du capitalisme, c'est-à-dire à partir de l'éclatement des contradictions du mode d'accumulation du capital qui a dominé depuis la guerre, mais comme un problème de gestion. Ce qui veut dire qu'au cœur de la crise il n'y a pas la logique capitaliste, mais la priorité donnée à la «rentabilité financière ». Et que les solutions à la crise ne s'inscrivent pas dans une perspective de rupture avec le capitalisme mais se jouent, sur le terrain de la gestion, dans l'affirmation de nouveaux critères de rentabilité.

Tel serait « l'acquis » de l'expérience des dernières années : (( Le Parti communiste n 'a pas été assez entendu et ne s'est donc pas trouvé assez fort pour repousser ces idées, et impulser des luttes décisives pour changer la politique de la France. Ils [les communistes] ont dû quitter le gouvernement en juillet 1984. Dans le même temps, l'effort de renouvellement n 'est pas resté vain. L 'expérience la plus riche de ces dernières années est sans aucun doute les premiers pas du mouvement ouvrier pour s 'impliquer concrètement et de façon révolutionnaire dans les luttes sur le terrain de la gestion et de l'économie. Non pas la gestion pour la gestion. Mais pour avoir des armes suffisamment puissantes afin de défendre les revendications et de construire des issues réelles>> (p. 54).

On retrouve donc la théorie du «socialisme pas à pas >>. Un socialisme qui n'est plus un horizon et l'aboutissement d'un soulèvement révolutionnaire des masses, mais une « pratique » d'ores et déjà à l'œuvre : la transformation progressive, à travers des expériences quotidiennes, de la gestion à tous les niveaux de la société. (( Car si la crise n 'est pas un système global mais s 'engendre dans des actes concrets, à partir d'intérêts et de dogmes précis, alors on peut s y attaquer efficacement, jour après jour, là où l'on travaille et où l'on vit >> (p. 3 9). La crise n'est certes pas un mystère, ce qui le devient, dans cette théorie, c'est le socialisme ! Des glissements accentués

Le « nouveau rassemblement populaire majoritaire » du xxv• Congrès n'est donc pas oublié. Ni ses appels aux combats au jour le jour pour révolutionner la gestion. Ni ses invitations à rechercher des alliances permettant d'associer aux travailleurs les techniciens, ingénieurs, universitaires et, le cas échéant, patrons de PME, tous concernés par la nécessité d'une gestion autre.

Comme quoi la récente inflexibilité tactique sur quelques questions ne va pas sans une grande souplesse en ce qui

Patrons de PME : la main tendue

« Aux patrons de PME, nous tenons un discours franc et sans démagogie. Nous leur disons : si vous voulez exploiter encore plus les travailleurs, réduire les salaires, réduire les droits, alors les communistes seront contre vous avec les travailleurs. En faisant cela, en effet, non seulement vous aggraverez la situation des travailleurs, mais en plus vous réduirez vos propres débouchés, vous ne résoudrez pas les problèmes de qualité, d'élargissement de gamme, de compétitivité.

« Par contre, si vous voulez faire reculer la contrainte financière des groupes et des banques, nouer des coopérations pour trouver des nouveaux débouchés, pour développer la formation, la recherche, . l'efficacité des investissements, développer l'emploi, la qualification, alors nous serons à vos côtés et nous vous aiderons » (p. 162).

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TUC: y'a un truc?

(( 300 000 rue auront été créés en 1985 pour les jeunes de moins de vingt~cinq ans, payés au mieux 1 700 francs par mois dont 1 200 francs pris en charge par l'Etat. D'une durée de trois mois à un an maximum, ils ne sont en rien formateurs, débouchent sur le chômage et tendent à remplacer des emplois ou des embauches durables. Ils ouvrent la porte à la mise en cause du SMIC et l'extension des formules du même type aux travailleurs dans l'ensemble des entreprises. » (p. 71 ).

On ne peut qu'applaudir à un tel verdict. De même qu'à la conclusion qu'il ne faut pas accepter ce principe des rue : « Il faut donc bâtir des solidarités nouvelles pour endiguer la précarisation de la jeunesse, pour l'aider à conquérir des emplois qualifiés partout. Des expériences de luttes ont commencé de frayer un tel chemin.

C'est le cas où les élus communistes et les jeunes rejettent ensemble les rue ... » (p. 86).

Mais où on ne comprend plus rien du tout, c'est lorsqu'on lit:« A partir de leurs luttes là où ils travaillent, là où ils vivent, les gens peuvent obtenir des résultats, empêcher les mauvais. coups, faire avancer des propositions précises: l'embauche d'un rue, le report d'une hausse de loyer, etc. )) (p. 53).

concerne les conceptions stratégiques !

Par rapport aux ouvrages précédents, Un chemin pour sortir de la crise met davantage l'accent sur deux dimensions.

La régionalisation est la première. Cette dernière est justement dénoncée comme une simple déconcentration administrative, mais tout un chapitre est consacré à la question pour présenter la région, l'un des enjeux des prochaines élections, comme un cadre privilégié pour le déploiement de la stratégie renouvelée du PCF. ((Mener la bataille de l'argent dans chaque région, lutter contre les gâchis et les prélèvements capitalistes sur les ressources des entreprises pour produire des richesses réelles nouvelles, étendre les emplois, nécessite l'intervention des travailleurs sur les gestions de chaque entreprise, sur ses relations avec les banques et l'effort de concertation décentralisées pour assurer l'efficacité de l'ensemble des ressources : crédit, fonds publics, etc. Il y a là des terrains d'intérêts convergents entre les salariés des entreprises et ceux des banques et organismes financiers.

(( Les conférences financières régionales et les comités régionaux de prêts ont un rôle à jouer pour organiser la coopération bancaire dans les régions en y associant effectivement les organismes de crédit, les élus, et les travailleurs et les entreprises par l'intermédiaire des comités d'entreprise)) (p. 139).

L'autre dimension qui se trouve valorisée est celle du rôle des PME dans ce même cadre régional : (( Les grands groupes publics et privés qui constituent dans beaucoup de régions l'ossature du tissu industriel ont une responsabilité essentielle à assu.mer dans la valorisation du potentiel régional et dans la densification des échanges industriels et des activités de services. A cet égard, les

. Là il y a comme· un critère défaillant !

régions constituent un cadre privilégié pour la mise en réseau entre grandes et petites entreprises.

(( Contrairement à la concurrence sauvage que les grands groupes multinationaux se livrent aujourd'hui au détriment des PME et qui débouche toujours sur des situations de domination, un véritable partenariat interentreprises exige des concertations décentralisées et des coopérations dans un esprit d'entraide.

(( Les travailleurs sont porteurs de cette notion de solidarité entre les entreprises, puisque la réponse à leurs besoins individuels et collectifs d'emplois passe par là.

(( Ils peuvent, de ce point de vue, mettre en évidence des convergences d 'intérêts avec des patrons de PME dont l'initiative se heurte à la domination des groupes et des banques)) (p. 137).

C'est donc toute la question de la possible alliance de classes avec une partie du patronat qui se trouve posée : la régionalisation et les difficultés des PME face aux autres groupes ont peut-être bon dos, il n'empêche que ce qui est dit est dit. Belle illustration d'une tendance de fond : à force de préconiser la « révolution dans la gestion », Herzog est amené à accentuer bon nombre de glissements qui, pour\ n'être pas spécifiques au PCF, ne laissent pas d'étonner.

Le premier d'entre eux est précisément celui qui regarde le patronat. Ce dernier est contesté non en tant que tel mais au regard de sa prétention au «monopole de gestion des entreprises ». ((Le monopole de gestion du patronat, lit-on, repose sur une mystification. Il est communément admis que les propriétaires des capitaux dominant l'entreprise, avec d'ailleurs un contrôle parfois minoritaire, en assument la respon-

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LE.~ 1EU~~ Nf ~OIE.NT fLOS iS RiE~ ::

MÊ.ME. PAS À NGIRt ~v~e t'Ltl ~ sabilité. Un peu comme le propriétaire d'une maison en dispose à sa guise. Il y a là une énorme confusion entre l'entreprise et les patrimoines. Car aujourd'hui, la propriété de ces entreprises est déjà mixte : les ressources qui y sont utilisées émanent non seulement de la plus-value créée par le travail et accaparée, mais aussi du crédit et des fonds publics)) (p. 224-225). Ainsi donc, au nom de la prétendue mixité, non seulement de l'économie mais aussi des entreprises, le patronat est déchu, il ne reste plus qu'à se partager le pouvoir de décision entre gestionnaires, critères contre critères ! Et le PCF rallie le thème à la mode du« partenariat».

Dans la même lignée, il vaut la peine de se pencher attentivement sur les prétendues propositions constructives avancées. Celles-ci, cohérentes avec la logique du « produire français » et des «nouveaux critères de gestion», convergent parfaitement avec bien des thèmes qui, pour être dans «l'air du temps», n'en pèsent pas moins leur poids de réformisme bon teint, pour ne pas dire de collaboration de classes éhontée.

Citons, en vrac : - la « nouvelle culture » qui nait des interventions sur le terrain de la gestion : ((A travers elles [les interventions sur le terrain de la gestion] se dessine peu à peu une nouvelle dimension des luttes. Une culture commence à poindre. C'est une dimension centrale du chemin d 'une issue à la crise)) (p. 55) ;

Immigrés :

confuse solidarité «L'entraide entre Français et immigrés est nécessaire pour faire reculer les choix du capital et développer les emplois et activités pour tous. Dans les entreprises et les régions, nous proposerons de promouvoir des droits et devoirs spécifiques des uns et des autres (sic !). »

Première proposition : « Arrêt de toute immigration, y compris clandestine, en raison des suppressions d'emplois et du chômage qui frappent notamment les immigrés » (p. 89). - les potentialités dont doivent être porteuses des initiatives patronales telles que les GED (groupes d'expression directe) : (( Ce peut être un lieu de diffusion culturelle d'une nouvelle gestion, débouchant sur des propositions pour les luttes et les conquêtes de nouveaux pouvoirs )) (p. 194) ; -la valorisation de «l'épargne salariale»: ((En retour, les dépôts d'épargne des salariés, qui ne sont pas spéculatifs, constituent des ressources saines pour leurs banques leur perm ettant de nouveaux crédits pour financer une croissance des activités dans chaque région )) (p. 60) ; -l'intérêt des jumelages écoles-entre-

AN Ti-C HÔMA<iE. !.' prises : (( Dans le domaine de la formation, les jumelages écoles-entreprises sont expérimentés dans la région parisienne)) (p. 200).

Sans parler des explications pour le moins embarrassées concernant les TUC et la question des immigrés (voir encarts).

Donnons acte à Herzog, à la commission économique et au bureau politique que le PCF, sous leur houlette, poursuit son renouvellement stratégique et progresse sur le terrain des propositions économiques novatrices. A condition de préciser que cette progression se fait dans le sens d'un réformisme toujours plus systématisé.

Ce n'est pas le moindre intérêt de ce dernier livre que de jeter une lumière crue sur la politique présente du PCF. En montrant comment, derrière le radicalisme affiché de certains discours, voire de certaines actions, il y a, outre la volonté de division et le refus de proposer toute perspective de mobilisation unitaire contre le patronat et la droite, l'adaptation voluptueuse au réformisme le plus plat.

Nouvelle démonstration que le sectarisme, dans la politique immédiate, n'est pas incompatible avec, au plan stratégique - parce que sous couvert d'économie c'est bien de cela dont il s'agit-, un opportunisme de plus en plus accentué et assumé comme tel.

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