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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

Une arme pour le patronat

Critique communiste, n° 50, mars 1986 · p. 14-16 · 2 630 mots

C

'EST parce qu'il y a des licenciements et que des entreprises ferment par dizaines qu'il y a des chômeurs. Lapalissade qu'il n'est pas inutile de rappeler devant le concert de ceux qui voudraient nous faire croire qu'ouvriers et patrons auraient les mêmes responsabilités.

Qui jette les ouvriers à la rue, sinon les capitalistes grands et petits ? Même les patrons du secteur nationalisé emboîtent le pas.

Qu'est-ce donc qui les guide? Le profit maximum, c'est-à-dire, d'atteindre un taux de profit suffisant pour rentabiliser le plus vite possible le capital investi. Objectif d'autant plus redoutable qu'il s'agit de le réaliser dans une période de crise avec un marché qui se rétrécit.

L'abondance de biens, au lieu d'être source de satisfaction des besoins humains, devient une calamité pour les capitalistes. Il faut vendre moins cher que le concurrent ou trouver de nouveaux produits qui rapportent gros. Il faut augmenter la productivité, c'est-à-dire faire produire davantage les travailleurs dans le même temps.

Pour être plus compétitif, le patronat cherche à baisser les salaires directs et indirects (les prestations sociales). En temps de crise, le capitalisme utilise une combinaison de ces éléments.

Mais diminuer les salaires, c'est aussi au bout du chemin réduire les capacités d'achat des familles ouvrières. Produire plus vite quand il y a moins d'acheteurs « pousse » aux licenciements pour réduire les coûts. Licenciements = chômage

C'est parce que le gouvernement accepte cette logique capitaliste que le secteur nationalisé procède aux mêmes licenciements.

Ce sont les besoins des classes populaires qui en font les frais. Plutôt le profit que la satisfaction des besoins (hôpitaux, logements ... ). Plutôt le profit que du travail pour tous.

Grâce au chômage, le patronat veut aller plus loin que les licenciements et la baisse des salaires. Il avance ses plans mûris de longue date : flexibilité, Sécurité sociale à deux vitesses, démantèlement de l'assurance chômage, déréglementation du droit du travail, à commencer par le droit de licencier quand ille veut, comme ille veut.

Le CNPF n'a pas voulu en juillet 1985 aligner les allocations des fms de droits de l'UNEDIC sur l'allocation de solidarité payée par l'Etat. Il y manque 1,50 F.

Mesquinerie? Il a voulu signifier par là que l'allocation chômage n'était pas tin droit à ses yeux. Par deux fois, le CNPF a fait reculer les droits des chômeurs. Et il en redemande! Les capitalistes contre les chômeurs

La logique est limpide. Premièrement, les patrons ne licencient pas pour devoir payer les chômeurs sous forme de cotisations chômage. C'est pourquoi ils ont obtenu des syndicats de réduire leur participation de 7 2 % à 68 % pour arriver le plus vite possible à une répartition 50-50 avec les salariés.

Deuxièmement, il faut obliger chômeurs et actifs à en passer par les conditions patronales pour avoir du boulot. Quoi de plus « incitatif » que de réduire la durée et la somme des allocations chômage et de « tenir » les chômeurs à la limite de la pauvreté, de faire craindre aux actifs cet état, pour contraindre les uns et les autres à accepter ce qu'ils offrent : n'importe quel boulot quelle que soit la qualification acquise, quelles que soient les conditions (3 x 8, travail de week-end, à temps partiel...), n'importe où, quel que soit le lieu d'habitat et les charges de famille.

Chômage de masse prolongé et progression de la précarité vont de pair. Nous assistons à une véritable percée de ce type de contrats (23% d'augmentation de mars 1984 à mars 1985). Ils forment l'essentiel des emplois proposés aux chômeurs. Les contrats à durée déterminée sont aussi l'antichambre du chômage. Fin 1985, 57,6% des travailleurs ayant perdu un emploi sont le fait de contrats à durée déterminée et de fins d'intérim. Nous ne saurions oublier la croissance du temps partiel (134 000 postes créés en 1985 pour 164 000 postes à temps plein détruits) qui touche majoritairement les femmes : 1 928 000 sur les 2 300 000 postes à temps partiel. Un gouvernement complice

Que le patronat licencie et cherche à réduire les droits des chômeurs ne nous surprend pas. Qu'un gouvernement de gauche lui ait emboîté le pas servilement est totalement insupportable. Par deux fois, il a poussé à la réduction des allocations chômage. La promesse du candidat Mitterrand de l'institution d'un minimum vital est passée aux oubliettes.

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Depuis 1981, tous les gouvernements n'ont pas hésité à donner leur feu vert aux licenciements et- à décider des suppressions d'emplois. Que l'on se souvienne de l'acceptation du plan PSA à Talbot sous le gouvernement Mauroy, comprenant des ministres communistes, des suppressions d'emplois dans les Charbonnages, à répétition dans la sidérurgie, la navale, et plus récemment le plan Besse à Renault. ·

En 19 81 , les travailleurs ont voté massivement pour que ça change. Pour qu'une politique soit mise en œuvre contre le développement du chômage. Pour cela, il ne fallait pas laisser les patrons libres de décider de l'activité économique comme bon leur semble. Il fallait interdire les licenciements, instituer les trente-cinq heures. Loin . de mener une telle politique, les divers gouvernements ont laissé la bride sur le cou aux patrons et, pire, ils ont repris à leur compte les objectifs et les méthodes de ceux -ci. Le résultat est devant nous. Des syndicats qui laissent faire

Les travailleurs pouvaient au moins espérer trouver dans leurs organisations syndicales un rempart à la dérive gouvernementale et un outil de combat contre les plans patronaux. Une fois de plus, leurs espoirs furent déçus de ce côté-là. Aucune confédération n'a cherché à mener les luttes pour défendre l'emploi, ni les salaires d'ailleurs. La CFDT s'est déclarée très tôt favorable à une politique de rigueur et se mit à défendre la libre entreprise et donc ses règles de compétitivité.

La CGT a d'abord trouvé que ça allait dans le bon sens tant que le PC restait au gouvernement. Depuis, elle ne manque pas de rappeler que ça ne va pas, mais sans chercher la mobilisation de masse unitaire. Au contraire, elle lui tourne le dos en organisant des opérations minoritaires. Jamais elle n'a cherché à réellement coordonner les luttes pour l'emploi quand elles se déroulaient quasi simultanément dans la sidérurgie, les Charbonnages, la navale qui a émietté le rapport de forces et a permis aux plans patronaux de passer. Quant à FO, sa volonté de division ouvrière et de consensus avec le patronat est bien connue. Dans les Charbonnages, cette confédération a été un agent actif au même titre que les autres de l'échec du puissant mouvement de grève des bassins houillers. Et pourtant, les profits existent

· Tous, gouvernement et syndicats, font comme si les pleurs des pauvres patrons étaient autre chose que des larmes de crocodiles. D'après les détenteurs de capitaux, rien ne va plus. Regardons-y d'un peu plus près. • La -main-d'œuvre serait trop chère?

Le patronat pousse régulièrement des cris d'orfraie sur les coûts de la main-d'œuvre qui seraient plus élevés en France que dans les autres pays. La réalité dément ces propos. L'Union des banques suisses, organisme qui n'a rien de socialiste, remet les pendules à l'heure (cf. tableaux 3 et 4). Cette explication, même si les faits étaient vrais, serait loin de tout expliquer. Les salaires espagnols sont plus bas qu'en France et ce pays connaît un fort taux

Coût horaires de production comparés (salaires+ charges sociales) dans les industries de transformation

USA 109 Italie 68

RFA 84,80 . Japon 66

Pays-Bas 80 France 64,60

Belgique 76,40 Grande-Bretagne 54,95 Tableau 3. Source : Union des banques suissès.

Coûts salariaux unitaires comparés. 1985 USA 100 Japon 57,1 RFA 99,5 France 102,3 Royaume Uni 121 Tableau 4 de chômage. Les salaires allemands ont été plus élevés qu'en France et l'Allemagne a connu le chômage plus tardivement. e Les entreprises n'ont plus de quoi investir?

Les Comptes de la nation pour 1984 confrrment un constat fait depuis 1982: la remontée des profits des entreprises. Comme le dit l'INSEE : « Ces résultats favorables n'ont pu être obtenus qu'au prix d'une réduction du pouvoir d'achat du revenu des ménages et d'une croissance plus faible que dans les autres pays industrialisés. » Autrement dit, la bai~se du pouvoir d'achat des salariés et le chômage ont permis aux patrons de refaire leurs profits. Les comm~ntaires boursiers attestent le bon moral des actionnaires. D'autre part, on ne compte plus les aides de l'Etat consenties aux entreprises, avec nos impôts (réduction de charges sociales en cas d'embauche, prime régionale à la création d'entreprise et à l'emploi, aides fiscales diverses, aides financières: bonification des prêts à long terme). En 1983, cette aide publique s'est élevée à 1,9% du PIB.

Le « carry back » est l'une de ces aides qui permettent d'atténuer la perte d'un exercice déficitaire en obtenant de l'Etat le remboursement d'une partie des impôts payés sur les bénéfices des années antérieures ! Les chômeurs seraient bien contents de pouvoir bénéficier d'une telle aide. Il ne faudrait pas oublier non plus que la part respective des cotisations sociales entre patrons et salariés s'est modifiée au détriment des salariés ( + 1,34% pour ' les OS, - 3,9% pour les patrons entre 1980 et 1984). · e Mais qu'en est-il des investissements et de l'emploi ? A quoi servent tous ces profits ?

L'investissement productif stagne pour l'ensemble des entreprises, sauf pour celles de plus de cinq cents salariés. Les bénéfices dégagés servent très souvent à refaire les trésoreries des entreprises. Quant il y a investissement, il est utilisé à acheter des machines plus performantes qui détruisent les emplois.

Le cas Peugeot est l'un des nombreux exemples. L'Etat a accordé deux milliards de prêts à taux privilégié (entre 9 et 1 0 %) pour le lancement de la petite voiture prévu par la firme pour l'an prochain. (Inutile d'essayer d'obtenir un prêt à ce taux pour l'acheter!) Croyez-vous que Peugeot soit contraint de sauvegarder l'emploi ?

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Parce que le chômage fait sentir ses conséquences sur tous les secteurs de la société, Le Pen a une réponse à tous les problémes. Avec un principe simple: c'est la faute aux étrangers! Priorité aux vrais et bons

Français ! Deux millions de chômeurs ? Deux millions d'immigrés à la mer ! Pas assez de logements ? Priorité aux Français ! Des classes surchargées ? L'instruction ne serait plus gratuite pour les enf!)nts étrangers ! La Caisse d'allocations familiales et la Sécu sont en déficit ? Arrêt des allocations familiales et réduction des droits à la Sécu ! Ils veulent en plus se défendre? Suppression de la possibilité d'être électeur et éligible aux élections professionnelles, sociales et syndicales, autorisation administrative préalable pour toute création d'association étrangére ...

Délire d'un extrême ? Qui a ressuscité « Travail, famille, patrie »si cher à Pétain ? Barre. Qui a parlé de réformer le code de nationalité ? Le programme RPR-UDF. Qui a oublié d'abroger une directive de la CNAF qui supprime les allocations familiales pour les immigrés au chômage quand leur famille est restée au pays ? Les gouvernements de gauche depuis 1981...

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Non, bien sûr. Calvet, le PDG du groupe, annonce tranquillement un volant de l ,5 % à 2 % de départs naturels et qu'il «faudra bon an mal an trois mille à quatre mille départs non naturels dans le groupe >> (le

Monde du 6 juin 1985). Autrement dit, trois mille à quatre mille licenciements.

Bernard Tapie, qui s'est fait un coup de pub sociale avec son entrevue à grand spectacle avec Maurice Pagat, alors responsable du Syndicat des chômeurs, reprend le compartiment piles grand-public de la SAFf, filiale d'une entreprise nationalisée, la CGE. Là encore, ce sont environ mille suppressions d'emplois qui sont prévues.

C'est l'illustration de la stratégie des entreprises qui investissent pour accroître leur productivité dans une période de crise. Nous expliquions dans le numéro de février de Critique communiste (page 18) les raisons majeures du blocage de l'investissement et de l'emploi.

Il ne faudrait pas croire que les profits accumulés et les dividendes des gros actionnaires dorment dans des bas de laine. C'est la Banque de France elle-même qui constate que les entreprises préfèrent les placements financiers, plus rémunérateurs, aux investissements productifs : les titres de placement détenus par les entreprises depuis 1979 ont été multipliés par 4,5 pour les grandes entreprises et représentaient en 1984 près du quart des investissements.

Le compromis impossible

Devant ces réalités et cette logique économique, que valent les « solutions » préconisées par tous ceux qui cherchent un compromis avec les capitalistes ? Elles qui sont censées permettre à la fois de ne pas toucher aux pouvoirs des exploiteurs et de satisfaire les exigences des travailleurs ...

Pour Edmond Maire, il faut conserver le profit, la capacité des entreprises françaises à être compétitives avec les entreprises des autres pays. Cela l'amène à préconiser la modération salariale, à refuser de se battre pour un minimum vital pour les chômeurs, à accepter la flexibilité, l'intérim, le temps partiel, et à préconiser la réduction du temps de travail avec une baisse du pouvoir d'achat, sans d'ailleurs tenter d'organiser la mobilisation. En contrepartie, Edmond Maire réclame que les syndicats soient associés comme partenaires dans la négociation économique des objectifs et des moyens des entreprises à leur réussite.

Une logique politique Mais pourquoi les patrons céderaient-ils à ces demandes de la CFDT alors que celle-ci cède par avance à de nombreuses exigences patronales ?

Sans s'adonner à une telle stratégie de reddition en rase campagne, d'autres cherchent des compromis tout aussi utopiques, basés également sur la compensation partielle de la réduction du temps de travail, la recherche de nouvelles compétitivités ou la création d'entreprises qui ne soient pas soumises aux lois de la concurrence, ou encore de nouveaux critères de gestion.

De combien faudrait-il baisser les salaires pour ne pas toucher aux profits patronaux dans le cas d'une réduction du temps de travail à trente-cinq heures avec embauches correspondantes ? Sans changer les règles capitalistes, quels sont ces trésors de nouvelles compétitivités dont on nous parle?« Nos» patrons seraient-ils les seuls à penser qualité et pas leurs concurrents? Peut-on être compétitif, c'est-à-dire dégager une plus-value plus forte que son voisin, sans s'attaquer ferocement aux acquis de la classe ouvrière ? Quelles entreprises ne sont pas soumises aux lois de la concurrence ? Les SCOP ? Les fermetures de plusieurs d'entre elles montrent bien qu'elles y sont soumises comme n'importe quelle autre entreprise. La fonction publique ? Il n'y a pas besoin d'inventer de nouvelles formules juridiques. Commençons par ne plus leur appliquer les règles de gestion capitalistes, relevons les salaires des fonctionnaires, créons les emplois pour améliorer les conditions de travail et l'accueil du public. Sinon, il s'agit d'autre chose: faire suer les salariés pour des clopinettes. Pour cela, il n'y a: pas besoin d'inventer les entreprises d'un «secteur social».

Si le CNPF est parfaitement d'accord pour développer la productivité, c'est à travers la flexibilité, la déréglementation, la baisse du pouvoir d'achat, mais pas pour donner du pouvoir aux travailleurs dans les entreprises, ni pour améliorer les conditions de travail, comme en témoigne le développement du travail posté, de nuit et de week-end.

Produire plus? Certes. Mais encore faut-il pouvoir vendre. C'est d'autant plus improbable si la masse salariale reste invariable comme nous le proposent quelques-uns de nos pseudo-réalistes. Le meilleur chemin pour obtenir le plein emploi et l'amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière est encore la mobilisation pour défendre ses revendications dans la perspective de la rupture avec le capitalisme.

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