Les chômeurs perdent boulot et salaire. Loin de tenir compte de cette situation nouvelle, le fisc continue d'exiger d'eux les impôts, les HLM les loyers, la Sécurité sociale le ticket modérateur... Les occasions ne manquent donc pas, malheureusement, de se mobiliser pour défendre le quotidien des chômeurs et rappeler avec force leurs revendications élémentaires. Défendre les chômeurs e Non aux saisies et aux expulsions. e Maintien de l'eau et de l'électricité aux chômeurs sans ressources suffisantes. • Mise à disposition gratuite des logements vacants aux familles de chômeurs sans ressources.
Tous les droits sociaux des chômeurs, qu'ils soient français ou immigrés, doivent être maintenus et même élargis à la mesure de leurs difficultés : e Droit à la couverture de Sécurité sociale pour les chômeurs longue durée. e Frais médicaux gratuits. • Maintien des allocations logement sans limitation. e Libre accès aux crèches et gratuité pour les enfants de chômeurs. • Gratuité des transports pour les chômeurs et leur famille. e Moratoire sur les impôts.
Ces revendications immédiates ne doivent pas faire oublier que ce n'est pas la charité que réclament les chômeurs. Victimes de la gabegie capitaliste, ils ne doivent pas, de plus, en être les payeurs. Le droit à une vie décente, et donc à une rémunération du même nom, est une revendication élémentaire. C'est pourquoi il faut combattre toutes les entraves qui sont mises au versement des allocations chômage. e Non à la limitation de durée, aucune restriction à l'entrée des droits. • Maintien du salaire antérieur pour tous les licenciés.
Quand près d'un million de demandeurs d'emplois sont sans ressources et que la plupart des premiers demandeurs d'emplois sont dans ce cas, la revendication de justice et urgente est : e Minimum vital au moins égal au SMIC pour tous.
La satisfaction d'une telle revendication serait un premier pas pour endiguer les situations de pauvreté. Nous disons « égal au SMIC», car on ne voit pas pourquoi il y aurait plusieurs « minimum vitaux » : un pour les jeunes, un pour les retraités, un pour les chômeurs, un pour les actifs. Le patronat ne rêve que de casser le SMIC. La rémunération des TUC est un pas dans cette voie. Les minima des conventions collectives inférieurs au SMIC constituent une autre atteinte au minimum vital. Alors, n'en rajoutons pas ! Et ne reprenons pas les insultes de la bourgeoisie qui dénonce, derrière chaque chômeur, un feignant qui se laisse vivre aux crochets de la société. Alors que les mêmes bourgeois, eux, vivent sur la misère des chômeurs.
Pour tous, actifs, jeunes, chômeurs, il s'agit bien de pouvoir vivre correctement dans la société de notre temps, et non pas de survivre selon les normes du XIX' siècle. Le minimum vital est aussi un droit inaliénable. Droit à l'emploi pour toutes et tous
En finir avec le chômage suppose de défendre un emploi à plein temps pour toutes et tous. Le travail précaire, que le patronat développe et cherche à imposer, est l'antichambre du chômage. Il est compréhensible que des chômeurs de longue durée finissent par opter pour ce type de travail. De même qu'il est compréhensible que les jeunes aient recours aux TUC plutôt que de rester sans le sou, chez eux. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que les allocations chômage peuvent être supprimées aux jeunes qui refuseraient deux fois de prendre un TUC ... Ce qui constitue plus qu'une incitation. + Défendre les tucistes
Reconnaître que les TUC ne sont pas une solution à l'emploi des jeunes ne <toit pas avoir pour conséquence de se désintéresser de leur sort. Au contraire ! Le nombre d'injustices qu'ils subissent appelle bien des luttes .... e Salaires. Les textes prévoient la possibilité d'une indemnisation supplémentaire de 500 francs. Elle est rarement versée, à commencer par la fonction publique. Exigeons les 500 francs immédiatement.
Mais l'injustice plus profonde est de les payer en dessous du taux du SMIC, alors qu'il s'agit d'un travail réel. Un mi-temps « normal » serait payé au moins (selon la qualification) à la moitié du SMIC. - Minimum : un demi-SMIC e Accès à tous les droits sociaux acquis par les autres salariés de l'entreprise ou de l'administration utilisatrice (cantine, crèche, remboursement des transports ... ). e Embauche définitive à temps plein des tucistes. e Si nécessaire, formation réelle payée, débouchant sur une vraie qualification. + Les femmes ont droit au temps plein, comme au salaire égal.
L'emploi à plein temps pour les femmes suppose non seulement de se battre pour empêcher la transformation du temps plein en temps partiel et transformer les contrats à durée déterminée en contrats à durée indéterminée, mais aussi de prendre des mesures qui pallient les contraintes spécifiques des femmes. Deux au moins sont totalement indispensables : e La formation professionnelle - Stages gratuits accueillant les femmes en proportion de leur place dans l'entreprise et totalement sur le temps de travail. - Reconnaissance de la formation et de la qualification. - Formation aux nouvelles technologies dans les mêmes conditions. e Les équipements collectifs
La garde et l'éducation des enfants restent pour l'essentiel une charge quotidienne des femmes. Obtenir une place dans
les équipements de la petite enfance est un élément important permettant aux femmes l'accès à l'emploi. - Création de crèches collectives de qualité, proches du domicile. - Gratuité des équipements collectifs au même titre que l'école. +Non aux départs forcés des travailleurs immigrés. Non au contrôle de l'immigration.
Le Pen n'est pas le seul à appeler à l'expulsion des étrangers pour effacer le chômage. Pandraud, chef de cabinet de Chirac, tête de liste du RPR sur la Seine-Saint-Denis, met au centre de sa campagne l'expulsion des chômeurs étrangers. En quoi une telle mesure obligerait-elle les patrons à embau~· cher et à assurèr la sécurité de l'emploi? Le chômage n'est pas dû à un excès de population. Le même raisonnement conduit à dire que les femmes doivent rester au foyer, les handicapés dans leur ghetto ... Peu importe que les travailleurs soient vingt ou vingt-cinq millions : pour les patrons, ce qui importe, c'est que 10 ou 15 % des salariés soient au chômage pour convaincre les autres d'accepter la baisse de leur niveau de vie et les nouvelles conditions de travail. Les immigrés ont contribué à faire la richesse de la bourgeoisie par leur travail et par la consommation.
Leur licenciement, contrairement à ce que dit la démagogie de la droite, ne préserve pas les « nationaux » du chômage. Il en est souvent le signe avant-coureur. Ce que montre par exemple l'histoire de la sidérurgie.
La gauche, sous des couverts plus humanitaires, légitime l'équation de droite: « immigrés= chômage», quand elle défend, sous prétexte de sauvegarder l'emploi, l'arrêt de l'immigration et la fermeture des frontières. Ii faut refuser que les immigrés soient rejetés comme des citrons, une fois trop pressés. Ce n'est pas une simple question humanitaire. C'est une question de principe et une nécessité : celle de porter un coup d'arrêt à la division de la classe ouvrière. Bloquer la spirale infernale
A l'encontre des fatalistes du laisser-chômer, deux mesures immédiates doivent être défendues pour enrayer la dynamique actuelle. e Non aux licenciements ! Pas un chômeur de plus !
A une époque où le chômage est une donnée structurelle de l'économie capitaliste, un tel mot d'ordre est une mesure de sauvegarde immédiate et élémentaire. C'est signifier la volonté de ne pas accepter la loi d'airain du capital. C'est signifier que les travailleurs qui n'ont aucun pouvoir sur les choix économiques refusent de se laisser plumer davantage pour les profits des exploiteurs. Certes, une telle revendication ne saurait être isolée d'autres mesures. Encore faut-il qu'elle soit défendue ! e Trente-cinq heures pour toutes et tous sans perte de salaire et sans aggravation des conditions de travail ! Cette revendication est liée à la première. Elle marque la volonté de solidarité ouvrière. S'il y a moins de travail, qu'il soit réparti entre toutes les mains, équitablement. Cette revendication, longtemps soutenue par les directions syndicales, est plus que jamais d'actualité. C'est un premier pas nécessaire, incontournable. Certains parlent d'ailleurs, à juste titre, de descendre en dessous, si besoin est, pour donner du travail à tous.
Pour être créatrice d'emplois, cette réduction doit être globale, en une seule fois, comme k reconnaissait le CNPF lui-même. Il faut également empêcher le patronat de récupérer d'une main ce qu'il serait contraint de lâcher de l'autre. C'est pourquoi l'acceptation de la flexibilité à la sauce patronale - modulation annuelle des horaires, travail précaire, développement du travail en équipe, etc. -, c'est directement contradictoire avec la volonté de lutter pour le plein emploi. Une telle démission devant les exigences patronales revient purement et simplement à enterrer la lutte pour la réduction du temps de travail. Si l'on ajoute à cela l'amélioration des conditions de travail et la satisfaction des besoins des usagers, il est certain que ces mesures seraient un solide moyen pour bloquer le chômage.
Pour être cohérent, face aux restructurations en cours, une fois admis qu'il n'est pas question d'accepter le développement du chômage, la forinatiori professionnelle aux nouvelles techniques doit être une préoccupation et une revendication. A une époque où c'était peut-être moins crucial qu'aujourd'hui, les chantres de la « nouvelle société chaban-delorienne » plaçaient tous les espoirs dans la formation permanente. Dans la période actuelle, ces problèmes doivent être pris à bras-le-corps, pour imposer que la formation soit gratuite, prise sur le temps de travail et aboutisse à des qualifications inscrites dans les conventions collectives. e Partager les richesses, oui !.Partager les salaires, non!
L'argument le plus communément avancé contre la réduction du temps de travail sans perte de salaire est celle du financement. Les pauvres patrons étant au bord de la faillite, il faudrait que les travailleurs se paient, pour tout ou partie, leur réduction du temps de travail. Avec une telle perspective, il y a peu de chances que les salariés se mobilisent pour la réduction du temps de travail. En effet, le pouvoir d'achat des . salariés stagne ou recule. Mais nous avons vu aussi que tout le monde n'émarge pas à la soupe populaire. Les airs de victoire de la Bourse sont là pour nous le rappeler.
ta CFDT, un temps, a mis en avant la lutte contre la hiérarchie salariale pour faire passer la pilule de la compensation salariale. Cela n'empêche pas la même confedération de critiquer le trop grand rétrécissement de la hiérarchie ouvrière. Il faudrait choisir ses arguments. Selon les statistiques, l'écart hiérarchique moyen entre le salaire d'un OS et celui d'un cadre supérieUr est de 2,6. Il ne s'agit certes que d'une moyenne. Or, cela est fort peu de chose en comparaison des revenus et du patrimoine, réalité qu'Edmond Maire passe pudiquement sous silence. 30% de la population possédait, en 1975, 84 % du patrimoine. Il doit y avoir loin entre le possesseur d'un livret de caisse d'épargne et ces 30 %-là. L 'Expansion du 16 octobre 19 81 indiquait que l 900 foyers avaient un patrimoine supérieur à 30 millions de friuics, et 335 en avaient un supérieur à 195 millions de francs ! Alors, messieurs, un peu de tenue ! Que les farouches partisans des « nouvelles solidarités » et du « cœur » tournent un peu leur regard du côté de ces nantis avant de vouloir faire payer les dégâts de la crise aux salariés. Car, qui les a produites, ces richesses ?
Contrairement au pouvoir d'achat, la productivité, elle, augmente. D'après une étude de D . Richter (in revue Travail, juin 1985), il fallait trente-cinq heures à la fin des années soixante pour assurer le montage d'une voiture. Vmgt heures suffisent maintenant pour un véhicule équivalent. La Régie Renault a fait des prévisions de gain de temps entre la R 5 et la Supercinq pouvant aller de 10 à 28 % selon les ateliers. Il serait juste que les travailleurs bénéficient de ces gains de productivité, et non qu'ils en soient les victimes.