La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

Etre solidaires c'est agir ensemble

Critique communiste, n° 50, mars 1986 · p. 19-20 · 1 239 mots

Les patrons n'accepteront pas spontanément les revendications de minimum vital pour les chômeurs ni les trente-cinq heures sans perte de salaire. Déjà en 19 3 6, ils rejetaient la revendication des quarante heures et des congés payés. Les entreprises, à les croire, n'auraient pas dû y survivre. Ce n'est donc pas en reprenant leurs arguments que l'on pourra faire avancer les affaires de la classe ouvrière. C'est par la mobilisation la plus large qu'il sera possible d'avancer, pour imposer au gouvernement de prendre des mesures favorables aux travailleurs et aux travailleuses. Les chômeurs ont l'impression parfaitement justifiée que les directions syndicales ne les ont pas beaucoup aidés. En effet, elles n'ont pas voulu organiser le · combat nécessaire, ni contre les licenciements, ni contre les atteintes portées aux droits des chômeurs.

Face à cette situation, les chômeurs ont commencé, avec le concours de militants syndicaux dans certains cas, à s'organiser entre eux, dans les comités de chômeurs et les maisons de chômeurs. Un certain nombre de ces comités se sont fédérés dans la Fédération nationale des chômeurs. Ils organisent l'action au quotidien pour défendre leurs conditions de vie. Ils ont manifesté le 30 Journée d'action CGT, novembre 1985.

mai, à Paris, pour rappeler qu'il fallait compter avec eux et afin de mettre sur la place publique leurs revendications légitimes. Ce mouvement d'organisation est une nécessité. Il permet de briser l'isolement des chômeurs et de récréer le rapport de forces.

La Fédération nationale des chômeurs (FNC), qui a tenu son congrès en janvier, a permis de vérifier la possibilité de ce rassemblement des chômeurs dans des structures d'aide et de mobilisation. Bien sûr, les difficultés sont nombreuses pour ces associations. Ce n'est pas toujours de gaieté de cœur que les municipalités, les confédérations voient s'organiser les chômeurs. L'association de Nevers a expliqué au congrès de la FNC que la municipalité, dont Bérégovoy est le maire, avait jusqu'ici refusé de les recevoir et même de leur accorder une subvention. A droite, par contre, certains font les yeux doux et constituent quelquefoi~ eux-mêmes des associations concurrentes à celles d;; la Fédération. C'est le cas à Dijon où une association est dirigée par un partisan notoire de Le Pen. La politique de certains patrons, tel Tapie, d'entretien de relations voyantes avec des associations est un autre signe de la volonté de la bourgeoisie de se servir des chômeurs contre le reste de la classe

Manifestation des chômeurs le 30 mai 1985.

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ouvrière, et de diviser les chômeurs. La politique de mépris dont font preuve les organisations ouvrières majoritaires n'en est que plus criminelle. La plate-forme de la FNC, quelles que soient ses limites, marque un véritable ancrage ouvrier et permet l'unité d'action entre syndicalistes confédérés et chômeurs.

Si l'unité des chômeurs est une nécessaire, l'unité de toute la classe ouvrière, actifs et chômeurs, ne l'est pas moins. Cela doit se vérifier dans la pratique, qu'il s'agisse

Plate-forme d'action de la ~FNC En ce qui concerne l'échéance de mars 1986, la

FNC a décidé d'intervenir dans le débat afin d'obliger les formations politiques à se positionner clairement face au problème du chômage et des revendications présentées. Par contre, la fédération ne présentera pas de liste de candidats.

Par ailleurs, la FNC appellera l'ensemble des chômeurs à participer à une journée nationale d'action au niveau des régions.

Enfin, elle demande aux chômeurs de populariser la plate-forme suivante :

1. Un minimum chômage pour tous, égal aux deux tiers du SMIC, assorti de mesures sociales tendant à assurer une vie quotidienne décente.

2. Résorption du chômage, notamment: par la réduction du temps de travail avec embauches correspondantes, sans diminution de salaire, par l'abaissement de l'âge de la retraite et l'interdiction du cumul emploiretraite.

3. Participation dans toutes les instances où se décide le sort des chômeurs sur les plans : local, départemental, régional et national.

4. Actions de formation et de réinsertion professionnelle et sociale.

Actions spéciales pour les chômeurs handicapés. Mise en place de« centres d'accueil et d'expérimentation sociale» pour les travailleurs privés d'emplois.

5. Lutte pour une vie quotidienne décente :

e Droit au logement et allocation logement systématique.

e Refus des saisies, expulsions, coupures de courant et de gaz.

e Exonération des impôts locaux.

e Gratuité des transports, gratuité des cantines et des colonies de vacances pour les enfants des chômeurs.

e Création d'un moratoire pour le paiement des dettes et pensions alimentaires.

d'une mobilisation locale contre une expulsion, contre une saisie ou d'une lutte contre les licenciements. Les syndicalistes lutte de classe comprennent que laisser attaquer un chômeur, c'est affaiblir les possibilités de riposte de toute la classe ouvrière. Si les organisations de celle-ci ne les défendent pas, qui le fera ? Il y a fort à parier que d'autres ne manqueront pas de proposer des perspectives differentes ...

La recherche de l'unité d'action concerne les chômeurs et les syndicalistes. Actifs et chômeurs ont un intérêt commun à lutter contre les fermetures d'entreprises, pour les droits des chômeurs, pour les trente-cinq heures. Des syndicats à la base sont engagés dans une telle pratique. Des comités de chômeurs ont été mis en place par les unions locales ou départementales. C'est une bonne chose dès lors que l'intention n'est pas de faire pièce à l'auto-organisation des chômeurs, quand ce sont des réels outils unitaires pour toutes les forces qui veulent se mobiliser contre le chômage. De même qu'il est tout à fait précieux que les syndicats de l'ANPE donnent un coup de main aux chômeurs pour les aider à se retrouver dans le dédale administratif, qu'un syndicat de l'EDF ou des HLM mobilise contre les coupures de courant et les expulsions. Cette dynamique unitaire est un puissant levier pour le développement de la mobilisation, pour exiger que les confédérations soutiennent et organisent celle-ci. Préparer une marche nationale pour l'emploi et les droits des chômeurs

L'action des associations de chômeurs butte régulièrement sur des problèmes -moratoire d'impôts, refus des expulsions, etc. - qui sont loin d'être simplement locaux et devraient être garantis par une loi. A fortiori lorsqu'il s'agit du minimum chômage. C'est donc un rapport de forces national pour la défense des droits des chômeurs qu'il faut construire. Le congrès de la FNC a pris la décision de principe d'une marche nationale des chômeurs. C'est une affaire qui se prépare de loin. Il faut toucher et convaincre le maximum de chômeurs, il faut en débattre avec les syndicats et toutes les forces qui trouvent la situation des chômeurs intolérable, qui ne veulent pas se contenter de quelques opérations charitables sans lendemain, inaptes à résoudre le problème.

Une telle initiative doit donc se débattre concrètement, partout, pour être la plus unitaire et la plus massive possible.

C'est toute la classe ouvrière qui doit se mobiliser pour affirmer haut et fort son refus de l'injustice et sa volonté de mettre un terme à la politique du laisser-chômer. Pour que tous les atouts soient réunis afin d'assurer le succès d'un tel combat, aucune organisation ouvrière ne devrait se dérober.

La réussite d'une telle initiative ne serait pas un succès pour les seuls chômeurs. Elle serait également un puissant encouragement pour tous ceux qui refusent de laisser les travailleurs se battre le dos au mur contre les propositions flexibles de leur patron, contre les licenciements. Tous ceux qui n'ont pas renoncé à tisser, à partir des luttes actuelles, des perspectives d'ensemble d'un combat pour l'emploi, pour une vraie réduction du temps de travail.

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