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EPUIS le 16 mars 20 heures, la France vit dans un climat politique déconcertant, quasi surréaliste. On aura vu à la télévision les vaincus socialistes arborer une mine réjouie. Tandis que les vainqueurs ne pouvaient dissimuler leur air sinistre, avant de mimer avec talent, en un saisissant flash-back, les mœurs et les ballets de la IVe République.
Ainsi va la cohabitation ... Mitterrand, le vieil adversaire du Général, représentant de l'Union de la gauche durant deux décennies, nommant Chirac, président du RPR, Premier ministre ! Quel symbole de la situation paradoxale dans laquelle nous sommes entrés : la droite va appliquer son programme, elle J'a dit, tout en cohabitant avec Mitterrand, toujours hôte de l'Elysée d'où il peut, à tout moment, décréter la dissolution de l'Assemblée ... Beaucoup d'imprévisible donc!
Certains commentateurs avertis, de gauche en général, cherchent pour leur part à se rassurer.
André Fontaine, dans le Monde, appelle les uns et les autres à << travailler ensemble 1 11... pour l'intérêt national ! Jean Daniel, dans le Nouvel Observateur, se félicite d'une << révolution des mentalités à la base qui a conduit au tournant historique de la cohabitation au sommet 2 11. Il ne s'inquiète que du «choc des tempéraments et des conceptions 11 qu'il craint faire tout éclater.
Quant à Serge July, de Libération, adepte fraîchement converti du « génie baroque >> de Mitterrand, il se complaît dans la contemplation de la symétrie qui équilibre, aux deux pôles opposés, le Parti communiste et le Front national. «Dans ces conditions, écrit-il, il est probable que de manière tout à fait imprévisible, Mitterrand aura rendu un service inestimable à fa coalition RPR-UDF, celui de fa contraindre à s'émanciper de son hypothèque extrémiste, autoritaire et passablement xénophobe. Il est symptomatique que ce soit le même président, durant le même mandat, qui ait simultanément réussi à libérer fe Parti socialiste de sa tutelle communiste. Cette double émancipation est en cours: c'est d'ores et déjà un événement capital dans l'histoire politique de la société française 3. 11
Il faut beaucoup de myopie et de perversité pour percevoir comme une harmonieuse symétrie du système ce qui en manifeste le déséquilibre. Derrière la brouillonne valse des cohabitants, les deux faits majeurs de ces élections sont bien la consolidation du Front national et la confirmation du déclin · du PCF. Or, loin d'être des épiphénomènes, qui conforteraient la thèse d'un recentrage général de la vie politique, ils sont les révélateurs de ses contradictions, des évolutions brusques qu'elle peut connaître et des graves menaces dont elle est porteuse.
Ces élections, malgré le caractère assez prévisible des résultats, recèlent beaucoup d'éléments déconcertants. A commencer par celui des effets contradictoires du nouveau mode de scrutin. «Le paradoxe, expliquait Jean-Luc P.arodi, tient au fait que malgré le principe proportionnel, nous allons avoir affaire à l'une des élections les plus bipolaires que nous ayons connues sous la veRépublique . 11 Pronostic confirmé !
Sous la pression formidable des moyens mis en œuvre par les grandes forces et sous l'effet de l'appauvrissement du débat politique, les enjeux se sont trouvés strictement réduits à la seule question du maintien ou non du PS au pouvoir, versus droite, du retour en force ou non de la droite, versus PS. D'où, globalement, la réduction à un duel PS/RPRUDF: une sorte de second tour d'emblée.
Mais il convient, dans l'analyse des résultats, de décomposer ce qui ressort de l'affrontement global gauche/droite et les effets, différents, du scrutin au sein de chacune des coalitions. La tendance de fond : un glissement à droite
La satisfaction injurieuse des leaders socialistes au soir du 16 mars restera, peut-être, comme un des grands lapsus révélateurs de ces élections. Tellement contents d'avoir renchéri sur les sondages et dépassé les 30 %, ils n'ont pas compris que leur joie était une insulte à leurs électeurs, cyniquement trompés lorsqu'ils ont été entretenus dans l'idée que donner 30% auPS c'était le moyen d'empêcher le retour de la droite. Ils n'ont pas vu non plus que leur comportement signait spectaculairement une inquiétante légèreté au moment où se manifestait un brutal basculement à droite.
Il aura fallu près de huit jours pour que la direction du PS, lors de son comité directeur, corrige le tir. Poperen, dans son rapport, a en effet souligné les «limites 11 et la «fragilité 11 de la remontée du PS, indiquant que la « reconquête » de l'électorat de gauche est «conditionnelle 11, résultant surtout d'un vote contre le retour de la droite. «En bien des cas, a-t-il souligné, ce vote est un sursis. Les votes futurs dépendront de la suite des événements. 11 Il a surtout pointé la poussée à droite: «La domination du RPR sur l'UDF doit être interprétée comme une poussée de la droite dure, quis 'ajoute à celle de l'extrême droite. 11 Il a enfin indiqué les soubassements sociaux de cette évolution : << La crise a creusé la diversification au sein même du monde du travail, créé de vastes zones de marginalisation, ébranlé, voire rompu ce que nous avions appelé le "Front de classe". Les conséquences de cette rupture d'équilibre de la société française sont graves et pourraient être de longue portée 5 . 11
GAUCHE ET DROITE GAUCHE ET DROITE campagne tapageuse et quelques bons indices économiques T\~U.«<~:l~~~
(on !la dts oxpr1més) Tableau 1 Les courbes, aussi bien celles par rapport aux inscrits que celles par rapport aux exprimés, font bien apparaitre l'évolution générale du rapport de forces gauche/droite de 1958 à 1986.
Jusqu'en 1967, les deux courbes sont grosso modo parallèles. Les élections exceptionnelles de 1968 ne font que « tirer •• l'écart habituel.
Après 1968, on constate l'irrésistible ascension de la gauche sous le signe de l'union et du Programme commun de gouvernement, et la non moins implacable descente de la droite. Mouvement qui, malgré la rupture de I'UG consommée en 1978 (paradoxal point de croisement des courbes!) se prolonge jusqu'en 1981. L'inflexion des courbes va se produire a prés 19 8 1.
Même si une telle analyse n'est pas totalement à l'unisson des sentiments de la direction du PS dans son ensemble, elle ramène à une plus juste mesure de la situation que la jubilation socialiste du 16 mars au soir. Le rapport de forces gauche/droite
Le rapport de forces gauche/droite s'établit grosso modo dans une fourchette 45/55, en pourcentages des voix exprimées, en défaveur de la gauche. On peut donc, à juste titre, souligner qu'il ne s'agit pas d'un raz de marée, d'une inversion complète par rapport à la « vague rose » de 19 81. Ce qui explique que, en fonction de la nouvelle loi électorale et compte tenu de la force du Front national, la coalition RPR-UDF n'obtient que de justesse la majorité en sièges. D'où sa déception, et aussi ses inquiétudes pour la suite.
N'empêche que si la droite ne fait pas mieux qu'en 1958, la gauche fait aussi mal qu'en 1968 ! Cette mise en perspective permet de lever les faux-semblants et d'apprécier politiquement le sens de ces élections pour la gauche. Il s'agit de la sanction de la politique menée au gouvernement par le PS et le PCF à partir de 1981. Cette épreuve a défait la lente accumulation des forces opérée à partir du début des années soixante autour de l'unité de la gauche et a désagrégé la poussée d'espoir qui avait rendu possible la victoire de 1981.
Les élections intermédiaires et les sondages d'opinion permettent de voir que le retournement s'est opéré au cours des années 1982-1983-1984, lorsque la gauche gouvernementale est apparue incapable de tenir ses engagements, impuissante face à la crise et empêtrée dans ses divisions et manœuvres ... La direction du PCF s'est lourdement trompée lorsqu'elle a cru qu'il lui suffisait de quitter le gouvernement pour se dédouaner de ce bilan. Et le PS s'est illusionné s'il a cru que le langage de la compétence et l'épouvantail du retour de la droite seraient suffisants pour lui permettre d'inverser la dynamique engagée.
Le mal était trop profond pour être enrayé par une de dernière heure. Que valent la baisse de l'inflation et l'amélioration de la balance commerciale au regard de la grave dégradation du rapport de forces au cours des dernières
(tn Wi dts inscrits)
:50,00~
45,00~ -- _.... ~ onoml
9-
40,00~ l"' L-- ~ ........ ~
35,0011! ~ .~ ~
30,00~ GRUCHE
25,0011!
20,0011!
15,0011!
10 ,00~
5,0011!
0,0011! ~---- 62 ---- 67 ---- 68 ---- 73 ---- 78 ---- BI ---- 86
Tableau 2
En 1986, l'écart gauche/droite est assez précisément l'inverse de ce qu'il était en 1978 : 15 millions de voix pour la droite, contre 13 millions en 1978, 12,7 millions de voix pour la gauche, contre 15 millions en 19 7 8 ...
En ce qui concerne les abstentions, les pointes de 1962 et 1981 relèvent de contextes particuliers : dans les deux cas, les élections apparaissent jouées... En 1981, à l'évidence, cette abstention est essentiellement le fait d'électeurs de droite qui, par dépit ou souci de ne pas faire obstacle à la nouvelle majorité dégagée par l'élection présidentielle, ne se mobilisent pas. Si l'on met entre parenthèses ces deux situations exceptionnelles, l'abstention de 1986 (de gauche cette fois) est très élevée, du niveau de celle de 1958. années? La gauche, malgré ses promesses, s'est montrée incapable de s'attaquer aux effets de la crise sur les travailleurs: le chômage s'est aggravé, les conditions de travail se sont détériorées... Pire : cette même gauche est apparue directement responsable des coups les plus durs : le démantèlement de l'indexation des salaires, la diminution des allocations chômage, le développement du temps partiel et de la flexibilité ... Elle, qui s'était engagée à vaincre le chômage, s'est vue accusée par la droite d'avoir réintroduit la pauvreté ! Tandis qu'au nom de la gestion de la crise elle s'évertuait à démolir toute perspective de changement social, elle a légitimé l'austérité qui, jusque-là, était l'apanage de la droite et a diffusé une idéologie de capitulation face au néo-libàalisme.
De tels dégâts ne sont pas réparables. Ils sont directement à l'origine des résultats du 16 mars. Une radicalisation à droite
Les brumes de la cohabitation et la modération obligée à laquelle elle contraint provisoirement la droite ne doivent pas masquer ce qu'est le profil de cette dernière, qui vient de gagner et d'accéder au gouvernement.
Aux yeux de son électorat, ses atouts ne sont pas ceux,
i A gauche : une prédominance sans précédent du PS traditionnels, de la peur des communistes (marginalisés par Mitterrand) ni de la « compétence économique » (le gouvernement socialiste a donné tous les gages possibles en la matière). Ils relèvent pour beaucoup de la volonté de revanche, du conservatisme obtus et du néo-libéralisme sans fard. Des différences importantes existent entre ses différentes composantes, mais elles sont loin d'être perceptibles pour une bonne partie de ses électeurs.
Barre s'est bien gardé de se démarquer clairement de la plate-forme RPR-UDF; Le revers électoral qu'il a subi s'explique surtout par le fait qu'il est apparu comme « divisant >> la droite sur la question de la cohabitation et compromettant ses chances de succès écrasant. Quant à la coalition RPR-UDF, si elle a subi des effritements, c'est sans doute qu'en faisant, non sans difficultés, le choix de la cohabitation, elle est apparue à une partie de son électorat comme timorée et peu ferme sur ses « principes ».
Cela permet de penser que les graves problèmes que connaissent les états-majors de droite, loin de rejeter une partie de leur électorat vers le PS, tendent à radicaliser celui à droite. D 'où le piège redoutable que représente le Front national.
Ceux qui aspirent à des explications rassurantes aiment à parler de « droite extrême » plutôt que d'extrême droite. Ils soulignent que le Front national ne fait que surenchérir sur le libéralisme partagé par l'ensemble de la droite et qu'il s'inscrit aujourd'hui dans une stricte logique de représentation parlementaire. Ce sont bien là deux démarcations fondamentales par rapport à un parti fasciste. Encore faut-il ajouter que, dans ces conditions, le Front national n'a sans doute pas encore recueilli tous les fruits de la fièvre extrémiste qu'il cristallise. En pointe en matière de racisme et de psychose sécuritaire - thèmes électoraux ô combien porteurs! -il attend au coin du bois la coalition RPR-UDF sur l'intégralité de son programme économique et social. Lorsque toute modération peut être dénoncée comme un avachissement et toute concession comme une trahison, la droite classique ne se trouve-t-elle pas condamnée ou à radicaliser son discours et sa politique ou à libérer encore davantage d'espace à un insatiable Le Pen, déjà fort de ses 10 % de voix, de ses 3 5 députés et de ses 1 3 7 conseillers régionaux ? Des remodelages profonds de chacun des camps
Le «bonheur socialiste» au soir du 16 mars s'explique aisément du point de vue de sa direction. Le PS, principal responsable de la politique menée depuis 1981, loin de ployer sous le poids de la défaite-sanction, demeure le premier parti parlementaire, contrôle son recul par rapport aux scores historiques de 1981 et, fait sans précédent, représente à lui seul les trois quarts de l'électorat de gauche.
Deux facteurs, conjugués, expliquent cette « divine surprise ,, : l'aggravation du déclin du PCF et la force du « vote utile>>.
La bipolarisation a joué à plein, à gauche, en faveur du PS : si le seul enjeu était de faire obstacle au retour de la droite, beaucoup d'électeurs de gauche ont jugé que le seul moyen efficace de peser était le vote PS. La fausse proportionnelle était conçue de sorte à leur interdire de penser autrement.
La minorisation et le discrédit du PCF - qui a ses racines propres - ,la minorisation et la division de l'extrême gauche, et même l'effacement des radicaux de gauche, ne pouvaient qu'accentuer ce mouvement. Ce dernier, dès lors, devait s'accélérer: tous les mécanismes mis en place par la loi et la pression de la propagande du PS tendaient à laminer les autres organisations. Un écrasement qui, décrédibilisant encore plus ces forces, donnait une force croissante à la « logique majoritaire >> ...
En profilant le PS comme le seul recours face à la droite, et en soulignant la logique présidentielle des enjeux - autour du slogan ((Avec fe Président!>>-, le PS a convaincu de voter socialiste la grande majorité de l'électorat de gauche, y compris une partie de l'électorat potentiel du PCF, de l'extrême gauche et des abstentionnistes de 1984.
Par contre, il n'est pas parvenu à réduire politiquement le phénomène abstentionniste de gauche qui reste très élevé. Ni à« raccrocher>> l'électorat modéré qui avait voté à gauche en 1981 pour rejoindre ensuite la droite.
Souligner cette emprise du « vote utile >> ne doit pas conduire à neutraliser Je sens politique du vote socialiste. Même si Poperen lui-même, aujourd'hui, insiste sur le caractère <(fragile>> et <(conditionnel» d'une partie de ces voix.
D'une part, même si le phénomène est difficilement mesurable, il existe incontestablement des électeurs qui ont rallié Je vote socialiste par adhésion à sa politique. Cela
RESUU AT DU PCF AUX ElECTIONS lEGISLATIVES (IJS pir ripport iUX inscrits)
,,.. 1 1
G .009! l
36 4'5 4f. 4S 51 56 ~8 62 67 €8 7~ 18 Tableau 3 Après qut le PCF a culminé, depuis 1945, sur la ligne des 20% par rapport aux inscrits, 1958 marque un decrochage brutal. Aux elections de 1958 et 1962. le PCF, qui subit durement la victoire de De Gaulle
- et sans doute aussi les premières eclaboussures dt" l'intervention sovietique en Hongrie et les effets de la <' destalinisation ,, ·-·, se trouve ramene à 14,21 % t'( 14,56 %. Artisan du processu; d'unité de la gauche, il profite èlectoralemem de cette politique qui lui permet de remonter à 17 %où (exception faite du recul de 1968) il se maintiendra jusqu'en 1978 ( 16,82 %). Ses electeurs ne lui font pas encore porter alors la responsabilite de la rupture de I'UG. En 1981, second decrochage : le PCF chute brutalement et tombe à li ,26 % ... Chute qu1 se confirme, et s'avere vertigineuse, puisque le PCF ne recueille plus que
7,33 % des inscrits en 1986.
- - - - - - --·- ·- ------------'
5,009! ................ .. · 67 ....
Tableau 4
La courbe visualise J'importance électorale relative du PCF par rapport à la gauche non communiste. EIJe fait apparaître que le recul du PCF s'amorce en 1968 et que Je retournement est opéré en 1973.
Il ne fera que s'accélérer par la suite, pour connaître les gouffres de
1981 et 1986 ... signifie qu'à la différence de 1981 une partie de l'électorat de gauche se reconnaît dans le discours gouvernemental du PS : le « réalisme » face à la crise, la compétence économique, la nécessaire collaboration avec le patronat, les différenciations avec la droite réduites à la défense plus vigilante des libertés, aux préoccupations davantage sociales, à un antiracisme .noins hypocrite, à des conceptions culturelles moins étriquées... Les scores importants réalisés par les ministres les plus en vue, Fabius en Seine-Maritime, Herp.u dans le Rhône, et à Paris, témoignent de cette réalité ...
D'autre part, même le choix du« moindre mal» n'est pas politiquement insignifiant : ravaler ses rancœurs à l'égard du PS et de la politique qu'il a menée, parce qu'il apparaît comme le seul barrage face à la droite, veut aussi dire que les autres choix proposés sont jugés négativement. Cela signifie que, pour une partie de l'opinion de gauche, la politique du PS n'a pas été perçue comme une trahison ouverte. Par contre, en l'absence d'une alternative crédible et compte tenu du discrédit du PCF, les plus frappés par la crise et l'austérité n'ont pas trouvé de raison de se déplacer pour voter ...
On mesure là l'aspect le plus grave, à long terme, du bilan de la politique socialiste: l'étouffement de l'idée de changement, l'acceptation de la fatalité de la crise et de ses contraintes qui conduisent certains au «réalisme», d'autres à la démobilisation et à la démoralisation.
Si la logique du « vote utile » a joué également à droite, une partie des électeurs du Front national en 1984 (entre un quart et un tiers) ralliant la coalition RPR-UDF, le phénomène n'a pas pris la même ampleur et, surtout, le vide s'est trouvé comblé par l'arrivée de nouveaux électeurs: provenant de la droite, des abstentionnistes, voire directement de l' électorat de gauche dans certaines localités.
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C'est pourquoi, au-delà de la troublante parité des scores et des sièges, la fausse symétrie, entretenue par certains, entre Je PCF et le FN est totalement viciée. Alors que le PCF subit une régulière et mortelle hémorragie qui, cette fois, a profité au PS, le Front national, pour sa part, apparaît comme une force montante, susceptible d'exercer une pression de plus en plus forte sur la droite classique. Surtout au moment où celle-ci, largement représentée par un personnel politique vieilli et discrédité, risque fort de s'enliser dans les marais de la cohabitation. A droite: l'incrustation du Front national
Le Front national a, seul, profité de la pseudo-proportionnelle. Croire à présent, comme d'aucuns, que le retour au scrutin majoritaire résoudra le problème est ausi intelligent que de casser le thermomètre pour guérir la fièvre. C'est un profond glissement à droite qui, fondamentalement, a permis l'affirmation et J'autonomisation du phénomène Le Pen. Les contorsions du RPR et de l'UDF pour tenter de le contenir risquent fort d'aggraver ce glissement, sans étouffer l'extrême droite. Déjouer le piège de l'alternance
Deux images des lendemains du 16 mars. Celle des éditoriaux de la presse de gauche dissertant des méandres de la cohabitation, théorisant sur « la révolution des mentalités » et le nouveau consensus politique. Celle des millions de gens qui, Je 17 mars au matin, discutaient, non sans angoisse, de Le Pen.
Les commentateurs avertis des premiers soulignent la nouveauté d'un PS qui, à l'épreuve de la gestion gouvernementale, s'est décanté des espoirs dont il était porteur et a dépassé les 30 % de voix. Tel Jean Daniel, ils invitent à ((s'arrimer à la modernité)) pour ambitionner les 40 % et, sur cette base, postuler à une nouvelle alternance. C'est audacieusement conseiller des choix d'ores et déjà scellés.
Ces belles perspectives ne sont-elles pas de fragiles échafaudages appuyés sur quelques paris aléatoires ? Pari que, grâce à la diabolique habileté de Mitterrand, les prochaines élections auront lieu dans des conditions judicieusement choisies. Pari que la droite va se discréditer à l'épreuve du pouvoir et que la gauche pourra en profiter pour ressaisir les rênes.
Mais ses calculs éliminent bien des paramètres : l'approfondissement de la crise, les effets désagrégateurs du chô-
0 " 0
Tableau 5 : résultats de l'extrême gauche aux législatives, en nombre de voix et en pourcentages.
3777 1,51%
30 280 0 92% 26 315 0 27% 109 009 1 07% 75 091 0 59% 16 410 1 33% 257 106 203% mage, la montée du racisme, le discrédit croissant et généralisé du personnel politique ... Tout ce dont Le Pen engraisse!
C'est pourquoi tous ces gens inquiets qui, dans les résultats du 16 mars, voyaient d'abord l'extrême droite faisaient sans doute montre d'un instinct politique plus lucide que nos distingués éditorialistes. La perception des dangers de la situation, qui ne se résument pas au phénomène Le Pen mais sont éclairés par lui, par les premiers est plus proche de la rèalité que les exercices d'exorcisme des seconds.
Car, que la droite au gouvernement se discrédite, nul s'en doute. Mais ne va-t-elle pas entraîner la gauche dans cette dégradation accrue, et un discrédit si bien partagé ne risque-t-il pas de profiter d'abord à l'extrême droite? Pour enrayer le mouvement de glissement et de radicalisation à droite qui s'est manifesté le 16 mars, il faut autre chose qu'un grand parti social-démocrate, hégémonique à gauche, et attendant patiemment que sonne l'heure de l'alternance. Pour DEPARTEMENTS ALTERNAT IVE L.C.R AIN 1 064 0,53~ ARDENNES 2 689 1,87% BAS-RHIN 493 0,11% 5 BOUCHES DU RHONE 1 527 0,19% 4 CALVADOS 1 007 0,33% DOUBS 755 0,33% 3 ESSONNE 1 042 0,23% 4 EURE ET LOIR 663 0,35% GIRONDE 1 659 0,29% 7 HAUTE -GARONNE 972 0,22% 2 HAUTS DE SEINE •J 914 0,64% '7 4 INDRE ET LOIRE 648 0,26% ISERE 827 0,18% 3 LOIRET 634 0,23% 4 LOT ET GARONNE 656 0,38% MAINE ET LOIRE 3 400 1,03% MEURTHE ET MOSELLE 1 155 0,34~ 6 MOSELLE 1 327 0,27% NORD 5 817 0,47% 19 ORNE 501 0,32% PARIS 2 394 0,26% 3 PUY DE DOME 1 230 0,40% 4 RHONE 1 162 0_,18% 4 SARTHE SEINE ST DENIS 11 321 2,30% 1 222 0,25% 6 SEINE-MARITIME 1 987 .0,33% 11 TERRITOIRE DE BELFORT 1 720 2,66% VAL DE MARNE 1 210 0,24% 3 VOSGES 2 621 1,28% YVELINES 978 0,17% 4 TOTAL deux raisons. L'une, de bon sens, qui est que même avec 40 % des voix, glanées sur un PC exsangue et une extrême gauche laminée, on ne fait pas une majorité. L'autre, plus fondamentale, est qu'un parti social-démocrate ne peut ni apporter des réponses aux problèmes que vivent les travailleurs, ni leur proposer une perspective de changement. Une chose est d'appeler au «vote utile», autre chose est de défendre une politique utile. Sans l'une, l'autre, à terme, se désagrégera.
La perspective d'une vie politique réduite au face-à-face austère entre une coalition libérale-conservatrice et un rassemblement démocrate-socialiste n'est« moderne» que dans les mots. Dans les faits, elle ne peut aller que contre la démocratie et les intérêts du plus grand nombre. Les vrais choix ne portent pas sur l'une ou l'autre variante de gestion capitaliste de la crise. Ils sont entre, d'une part, l'alignement plus ou moins brutal sur les exigences capitalistes et, d'autre
L.O tv1PPT PSU TOTAL
1 416 0,70% 2 480 1,23% 1 304 0,9196 3 993 2,78% 237 1,20% 9 792 2,24% 15 522 3,55% 023 0_,50% 1 981 0,25% 7 531 0_,94%
2 486 0,83% 3 493 1,16% 117 1 ;34% 1 072 0,46% 4 944 2,13% 342 0_,94% 1 982 0,43% 7 366 1_,59%
1 710 0,90% ·") L 373 1,24% 210 1,25~ 2 691 0,47~ 11 560 2,01 ~ 878 0,66% 1 059 0,24% 4 909 1 .. 12% 399 0,71% 2 545 0,41% 10 858 1,76%
1 134 0 . 45% 5 559 2_,22% 472 0,78% 1 563 0,35% 5 862 1,31% 318 1_,59% 1 641 0,61% 6 593 2,43%
757 0,44% 1 413 0,82% 2 498 0,76% 5 898 1,79% 099 1,81~ 1 -583 0,47% 8 837 2,62~
3 061 0,63% 4 388 0,90% 920 1,61% 7 083 0,57% 16 410 1,33% 49 230 3,98%
850 0,54% 1 351 0 .. 86% .... 963 0,43% .:. 539 0 .. 28% 8 896 0 .. 97% 047 1,32% 1 779 0,58% 7 056 2,30% 329 0,68% 7 279 1,14% 12 770 2,00%
3 986 1,51% 3 986 1,51% 969 1,41% 2 528 0_,51% 22 040 4,47% 480 1,93% 3 115 0,52% 16 582 2,79% 739 1,14% 313 0,48% 2 772 4,28% 985 0,78% 2 039 0 . .40% 7 234 1,41%
1 522 0,75% 4 143 2 .. 03% 705 0,83% 1 783 0,31% 7 466 1 31%
part, des reponses décisives sur les questions du chômage, de l'austérité, du racisme, des rapports entre les peuples. S'il y a choix c'est entre l'enfoncement dans la crise, au profit du capital, et la sortie de celle-ci, par la rupture.
C'est en gardant cette boussole qu'il sera possible de déjouer les pièges mortels de la cohabitation, du consensus, de l'alternance ... Tous termes modernes pour tenter de ravaler le vieil édifice délabré de la collaboration de classes.
Retrouver les voies de l'avenir passe, aujourd'hui, par bien des combats. II faut résister aux attaques, repousser les illusions de l'alternance, nouveau visage de la capitulation, rassembler autour d'une vraie politique de changement, d'un authentique projet de société. La refondation de l'espoir est à ce prix.
1. Le Monde, 18 mars 1986. 2. Le Nouvel Observateur, 21-27 mars 1986. 3. Libération, 18 mars 1986. 4. Jean-Luc Parodi, << Les six spécificités institutionnelles de mars 1986 "• in compte rendu de l'Association des réalités institutionnelles et politiques : <<Les enjeux institutionnels et politiques de mars 1986 "• journées d'étude 31 janvier-1" février 1986.
5. Jn le Monde, 23-24 mars 1986.
PCF:
1-•· Tous les dessins de Plantu qui illustrent les articles sur les élections sont tirés du Jlfonde.
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