A direction du PCF n'a pas atteint le modeste objectif qui était le sien: garder la tête au-dessus des 10 %. Avec 2 740 972 voix, soit 9,78% des exprimés, le PCF vient de passer en dessous de la barre fatidique : c'est pour lui une défaite majeure. On peut accumuler les références symboliques : un tel résultat ramène le PC à son score des législatives de 1932 ! C'est un score équivalent à celui de Le Pen qui récolte le même nombre de députés.
Le choc politique est terrible ! Il signifie d'abord une confirmation : celle du déclin du PCF, que tous les indicateurs enregistrent depuis plusieurs années. Entre 1978 et 1981, le PCF a perdu le quart de son électorat ; entre 1978 et 1986, il en perd plus de la moitié. Or, cet effondrement électoral manifeste spectaculairement un recul général : baisse parallèle dans les élections locales, recul accentué dans les couches les plus jeunes de la population, discrédit politique croissant, chute des effectifs et du militantisme, recul de la CGT. .. Ce qui, il y a encore quelques années, pouvait apparaître comme une perfidie anticommuniste - <<le déclin du PCF >>- s'érige en constat scientifique, démontrable et quantifiable*.
En outre, l'échec essuyé sur le seuil des 10% constitue une anticipation par rapport à l'avenir. Sur deux questions. Alors qu'en 1981 le recul du PCF était à peu près uniforme dans le pays, depuis 1984 il est exactement proportionnel au degré d'implantation. Ce qui signifie que la représentativité du PCF en tant que force nationale est gravement mise en question. C'est une évolution qui pèsera lourd dans la balance lorsqu'il lui faudra affronter de nouvelles élections générales, à commencer par la redoutable future élection présidentielle.
D'autre part, les municipalités communistes, ces points d'ancrage qui constituent comme autant de freins à un recul plus brutal, sont aujourd'hui menacées. Partout affaibli, sûuvent dépassé par le
PS, le PC voit ses bastions traditionnels menacés d'effondrement.
Or, compte tenu du poids que ceux-ci représentent pour le parti lui-même, une telle perspective, si elle se confirmait lors des prochaines élections locales, signifierait une véritable catastrophe pour le PCF.
On comprend, dans ces conditions, que les militants communistes attachés à leur parti ne sauraient être ni trop pesSimistes ni trop angoissés. La crise interne qui se développe - ·ou, plus exactement, la nouvelle phase de cette crise- sera-t-ellè à la mesure de cette situation ? Telle est bien la question.
Il est clair aujourd'hui que dans les rangs du PCF, et hors d'eux, le discrédit de la direction est total. A la mesure dé _ ses responsabilités. N'est-ce pas cette même direction qui, en dix-huit
R[SUlTAT DU PCF IUJX [LECT IONS L[GJSLATIII[S
(eon din:in~s de mill i~rs de- volx))
5791
6 000 000
~085
5039
5 000 000
4434
4010
3907
4 000 000
3 000 000
2 000 000
1 000 000
0
58
62
67
68
73
78
81
86
ans, a expérimenté tous les zigzags possibles, pour toujours agir à contretemps et toujours s'opposer au mouvement des masses? En combattant en 1968 la grève générale, au nom de la voie électorale, en contrecarrant au long des années soixante-dix les luttes, au nom de la perspective du Programme commun, pour, en 1978, briser la possible victoire électorale en rompant l'Union de la gauche. En combattant, de 1978 à 1981 , le PS, pour ensuite gouverner avec lui et clamer que le bilan était plus positif que celui du Front populaire et de la Libération. Pour, à partir de 1984, relancer la division, sans proposer la moindre perspective .. . Au long de ces années, elle a réaffiché agressivement son alignement sur Moscou, s'est gardée de mettre en avant la moindre perspective de mobilisation unitaire face aux attaques capitalistes, n'a participé à aucune action pour combattre la montée de Le Pen , s'est gravement compromise à Vitry au moment où la lame de fond du racisme commençait à déferler... Terrible bilan !
Pourtant, il ne suffira pas aux éléments critiques du PCF de dresser ce réquisitoire pour dénouer la crise. La direction dispose des moyens bureaucratiques de juguler la révolte au prix d'une nouvelle saignée, d'un nouveau coup porté au communisme. C'est en ce sens que la contestation interne, pour forte qu'elle soit, risque une nouvelle fois de rester une manifestation de la crise du PCF et non un élément de dépassement de celle-ci.
Il ne saurait y avoir de réponse en positif hors d'une perspective plus vaste : non pas la tentative de surmonter la crise du PCF en tant que telle, mais la redéfinition d'une politique communiste. Ce qui suppose de trancher le nœud gordien : le « communisme >> représenté par le PCF et sa direction c'est la mort du communisme. Ce réformisme ectoplasmique, qui hésite entre les « nouveaux critères de gestion >> et le modèle soviétique, ces oscillations permanentes entre l'opportunisme unitariste et la division sectaire, cet alignement servile sur Moscou, ce fonctionnement interne bureaucratisé ... Tout cela ne peut que conduire les travailleurs dans une impasse, les éloigner du marxisme et les priver de toute perspective historique.
Si les vrais communistes ne veulent pas voir leur idéal emporté dans la lente agonie d'une direction faillie, et englouti à jamais, il leur faudra refonder totalement le communisme de notre temps. Tâche immense ! •cr. Jean Ranger:<< Le déclin du Parti communiste français ''• in Revue française de science politique, février 1986.