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A Belgique a connu cette année un joli mois de mai. Un mois de combativité ouvrière ponctuée par l'immense manifestation du 31 mai à Bruxelles où 200 000 personnes, chrétiens et socialistes au coude à coude, ont protesté contre l'austérité gouvernementale. Au regard de ce qui se passe en France, la puissance du mouvement ouvrier belge est impressionnante. Grèves à répétition dans le secteur public entraînant parfois le secteur privé, cas plusieurs fois signalés d'auto-organisation, unité à la base: telles sont les principales caractéristiques de cette montée qui n'a pourtant pas débouché.
Les directions du syndicat chrétien, la Confedération des sociaux -chrétiens (CSC) et de la Fédération générale du travail belge (FGTB), à dominante socialiste, discutent aujourd'hui avec le pouvoir. Le plan d'austérité proposé à Val-Duchesse par le gouvernement de Martens VI est négocié secteur par secteur. Un décorticage qui oblige la base à l'attentisme et la contraint à l'inaction, du moins jusqu'à la rentrée.
Le mouvement de ce printemps n'est pas une innovation. En d'autres occasions déjà, la classe ouvrière belge est montée au créneau pour tenter de mettre en échec la politique d'austérité réclamée par la bourgeoisie depuis le début de la crise. Dix années d'austérité
La crise a atteint la Belgique en 197 4. Cette première phase de récession industrielle entraîne la suppression de plus de 230 000 emplois. Jusqu'en 1981 cependant, ces pertes sont en partie compensées par des créations de postes dans le secteur tertiaire. Les années 1980-1981 amènent la seconde onde de choc. En un an, 90 000 em-
Flora CHENETIER plois disparaissent, le chômage ne cesse plus alors d'augmenter, jusqu'à toucher aujourd'hui 500 000 personnes (nombre de chômeurs indemnisés).
Face à la crise, le patronat a réagi en deux temps. D'abord, et jusqu'au début des années quatre-vingt, la démarche est de faire confiance à l'Etat pour qu'il subventionne les secteurs en difficulté et aide les groupes industriels à se reconvertir. Ces plans d'aide s'attachent aussi, mais de façon subsidiaire, à limiter les effets sociaux de la reconversion. C'est à cette époque qu'apparaissent les premières préretraites, que sont mises au point les premières recettes pour masquer la montée du chômage (stages de formation professionnelle entre autres). Parallèlement sont votées les lois programmes qui prétendent assainir les finances publiques. Premiers visés par l'austérité, les secteurs sociaux: l'uni· versité, l'enseignement et les agents des services publics sont déjà à l'époque sur la touche.
L'auteur de cette première austérité est le gouvernement Tmdermann Declerc, exclusivement composé de libéraux et de chrétiens. Ses mesures se heurtent malgré tout à la résistance ouvrière. Les représentants du gouvernement tentent de gagner les directions syndicales, notamment la FGTB, à l'« austérité utile ». En vain. Les grèves se multiplient en 1977. Les partis socialistes récupèrent le mouvement. Ils promettent une autre politique s'ils reviennent au pouvoir. Mais les élections de 1977, qui obligent les libéraux et les chrétiens à partager le pouvoir avec le PS, ne changent rien aux orientations de la politique.
La bourgeoisie, au contraire, se fait plus exigeante. Elle enfourche de nouveaux chevaux de bataille directement dirigés cette fois contre les travailleurs. La suppression de l'échelle mobile des salaires devient son thème favori. Surtout, elle se met à refuser le jeu de la concertation. Ainsi, en 1980, et malgré
Anvers: une grève active animée par un comité d'acÏi~n.
les mobilisations importantes, l'équivalent du CNPF, la Fédération des entreprises belges, refuse de signer un accord interprofessionnel avec les syndicats. Le patronat indique ainsi au gouvernement le chemin à suivre : à partir de 1982, le pouvoir lui aussi reléguera les pratiques de la concertation au placard. Mais, en attendant, les formations bourgeoises doivent adopter la même longueur d'onde. Le parti chrétien, notamment celui de Wallonie, hésite un peu avant de se lancer dans une politique d'affrontement direct avec les travailleurs. Et pour cause : le CPV-PSC est très lié au syndicat chrétien qui rassemble- faut-il le rappeler - 1 300 000 travailleurs et tire à gauche en Wallonie. Un an avant les élections de 19 81 cependant, le parti chrétien se décide à passer un accord avec les libéraux en vue de la formation d'un gouvernement d'austérité de choc.
Après tous ces préparatifs, 1981 marque le tournant et le durcissement de la bourgeoisie. Le scrutin renvoie les socialistes dans leur foyer. La coalition bourgeoise respire et se met à rattraper les retards d'austérité qu'il lui semble avoir accumulés par rapport aux autres Etats européens. Premier acte : la majorité parlementaire lui vote les pouvoirs spéciaux. Deuxième acte : les travailleurs ne tardent pas à en comprendre la signification.
Désindexation des salaires sur les prix, voire blocage des salaires, réduction des allocations de chômage et des pensions de retraite, introduction massive de la flexibilité et du temps partiel deviennent leur lot commun.
En dépit du déficit budgétaire, les impôts sur le capital et les bénéfices sont diminués. C'est l'équivalent du ticket modérateur qui trinque et, en général, le système de Sécurité sociale. Deux chiffres suffisent à résumer l'ampleur des attaques depuis le début de la crise. En dix ans, la masse salariale a reculé de 13 % alors que, dans le même temps, les bénéfices progressaient de 56 % ! Le capital a poursuivi sa politique de concentration. Un seul exemple : la Société générale a, entre 1981 et 19 8 5, quadruplé son capital et contrôle plus de 1 000 entreprises réparties dans 63 pays dont 419 sociétés en Belgique. Mais ce bilan ne semble pas suffisant à la bourgeoisie qui continue d'exiger « toujours plus ! ».
Chaque nouveau gouvernement amène son nouveau plan d'austérité. Les dernières élections en octobre 1985 ont reconduit Martens Gol. Le principe du nouveau plan de coupes a été adopté à Val-Duchesse en mai. Mission: économiser 200 milliards de francs belges. Deux cents milliards qui sont pris dans la poche des ménages et des salariés ...
Cependant, en dix ans d'austérité, aucune des décisions du patronat belge n'est passée comme une lettre à la poste. Et que l'austérité ait eu force de loi ne permet pas de conclure à l'affaiblissement structurel de la classe ouvrière belge. D'abord, les luttes de celles-ci ont été nombreuses. Depuis 1977, le mouvement ouvrier entre régulièrement en grève. Des grèves étendues accompagnées de descentes massives dans les rues. Dix années de luttes ouvrières
<< L 'agitation politique », comme le dit le patronat belge, commence dès 1977. Le mouvement s'accélère à partir de 1982 : depuis, se sont produites plusieurs luttes d'ampleur interprofessionnelles. Aucune montée cependant n'a réussi à présenter en même temps tous les ingrédients de la réussite : il manquait toujours un sou pour faire le franc. Soit l'unité syndicale entre CSC et FGTB n'était pas réalisée, soit le secteur privé ne suivait pas le mouvement, ou alors la grève n'était que tournante, province par province, ou encore, elle ne concernait que la communauté wallone et la Flandre restait en marge.
Au printemps 1982, toutes les régions se mettent en grève, mais tour à tour. Le privé suit plus ou moins bien suivant les provinces. La centrale chrétienne participe au mouvement, du moins convoque-t-elle une manifestation nationale. La grève générale et unitaire n'aura cependant pas lieu malgré l'appel en ce sens de la FGTB boraine et de celle de Charleroi. Ces deux régions sont wallones : une fois de plus, la combativité de cette communauté ne se dément pas.
Rebelote à l'automne de la même année : cette fois, le secteur public (trams, cheminots et agents communaux en tête) conduisent deux jours de grève nationale en front commun syndical. Mais le privé ne fait pas entendre sa voix. Le printemps 1983 combine tous les éléments d'une vraie montée interprofessionnelle. Malheureusement, celle-ci se limite à la Wallonie. Les sidérurgistes wallons arrêtent le travail pendant sept semaines, les agents communaux débraient aussi. C'est la grève générale, les travailleurs montent sur Bruxelles le 16 juin.
Enfin, tout le monde a en mémoire les événements de l'automne 1983. Dix jours de grève nationale paralysent l'ensemble du secteur public. Les trams sont bloqués, le courrier en attente. Une vingtaine de grosses entreprises se mettent spontanément en grève, alors que ni la direction de la FGTB, ni a fortiori, celle de la esc ne demandent l'extension du mouvement au secteur privé. Ce refus d'étendre au privé va gripper le mouvement. Les appareils syndicaux se mettent à discuter alors que le rapport de forces aurait pu être amélioré. Cette frilosité des appareils, la base, c'est-à-dire essentiellement les délégués syndicaux des entreprises et des administrations, s'en est souvenu. Elle l'a si peu pardonnée que l'un des leitmotive des luttes de ce printemps a été : (( Plus de mobilisation sans lendemain, plus de grève du public sans le privé.»
Toutes ces luttes ont été entrecoupées de luttes partielles parfois très longues. Certains conflits, celui des travailleurs de la ville de Liège par exemple, ont duré quatorze semaines avant de s'effondrer. Récemment encore, les mineurs du Limbourg ont tenu un mois, en s'organisant eux-mêmes, avant d'être torpillés par la FGTB.
De même, l'opposition àl'austérité gouvernementale s'est exprimée sur
Affiche du Parti ouvrier socialiste (POS), section belge_ de la IV • Internationale .
d'autres terrains que syndicaux. Le front des femmes contre la crise a mobilisé à plusieurs reprises des dizaines de milliers de femmes victimes de la généralisation du temps partiel. Victimes aussi de mesures discriminatoires comme la suppression de l'allocation pour les chômeuses dont le conjoint a encore un emploi.
Les jeunes ont par deux fois marché sur Bruxelles. Ces marches pour l'emploi ont rassemblé 30 000 personnes en 1982 et 15 000 en 1984. Les manifestations pour la défense des droits des immigrés, sans atteindre l'ampleur du mouvement antiraciste français, ont malgré tout marqué les dernières années. Enfin, cette liste de mobilisations ne serait pas exhaustive si elle ne mentionnait pas les manifestations pacifistes qui ont pu concentrer jusqu'à 400 000 personnes.
L'ampleur de la résistance en Belgique ne se mesure évidemment pas au seul nombre des luttes, mais aussi à la nature des conflits, à la façon dont ils sont organisés. Depuis 1982, chaque lutte a connu des occupations de locaux souvent longues, des barrages de rue, des obstructions de carrefour, des piquets volants. Mais, surtout, ·le mouvement de 1983 a vu fleurir des structures d'auto-organisation ... L'exemple le plus frappant est le comité d'action syndicale d'Anvers. Mis en place par des militants de la CGSP (fédération du secteur public de la FGTB), ce comité a pris en charge en 1983 l'organisation de la grève des employés de la fonction publique, tous secteurs confondus, de la ville d'Anvers. Sans attendre les consignes du secrétaire de la fédération, les militants de ce comité mettaient sur pied les piquets de grève, ravitaillaient . les grévistes. Un comité du même type a été mis en place à Bruxelles et, comme le précédent, a été à nouveau très actif dans les grèves du mois de mai.
Ces comités ne sont pas, on le voit, des comités de grève. Pour débrayer, même les militants les plus combatifs ont tendance à attendre le mot d'ordre des directions de fédération ou des régions. Néanmoins, mai et juin 1986 ont été marqués par une tentative d'autoconvocation de grève. Les employés d'une entreprise métallurgique de Liège ont, à la mi-mai, fait le tour des entreprises du bassin pour convoquer une assemblée générale des travailleurs. L'objectif final était de pousser la fédération à lancer un mot d'ordre de grève générale sur la région. L'assemblée générale a été convoquée, mais la direction n'a rien décidé, quittant même la tribune devant l'ambiance surchauffée de la salle. Les délégués syndicaux n'ont cependant pas eu la force de s'engouffrer dans l'espace laissé vacant (voir plus loin) .
C'est une lapalissade, mais toutes les luttes des années quatre-vingt, en dépit des échecs à répétition, ont été un terrain d'expérience privilégié. Les difficultés ont aidé les avant-gardes syndicales, souvent incarnées par les délégués syndicaux, à réfléchir sur les limites des appareils, à mieux cerner les défis politiques à relever au cours des mobilisations. En clair, cela s'appelle maturation politique. Et la dernière vague de grèves en fournit plusieurs illustrations. Un processus de maturation
La nécessité de l'unité syndicale est apparue d'autant plus clairement qu'une seule journée d'action, sur la demi-douzaine qui a émaillé le mois de mai, a été appelée en front commun syndical. Ce front a été rompu du fait de la esc qui, liée au parti chrétien au pouvoir, n'a pas voulu pousser trop loin le bouchon. Le boomerang s'est traduit par la défection d'une partie de ses syndiqués qui ont joué les transfuges et ont pu rejoindre ponctuellement les rangs de la FGTB. Il est impossible pour l'instant de dénombrer ces passages à gauche qui, en outre, ne sont peut-être pas définitifs. Quoi qu'il en soit, la tendance à la base de la esc est bien à la radicalisation : une étude syndicale menée en 1984 dans les rangs de la centrale montrait qu'un tiers des effectifs se prononçait pour la rupture avec le parti chrétien.
Autre signe positif : la Flandre, où la esc est majoritaire, a bien participé aux grèves de mai et juin. L'imagerie selon laquelle seule la Wallonie serait combative est donc à nuanèer d'un sérieux bémol. Certes, en Wallonie, dont l'industrialisation date du début du siècle, nombreux sont ceux qui se battent dos au mur et n'ont plus grand-chose à perdre. Mais les restructurations visent aussi l'automobile, la pétrochimie, etc. installées depuis une vingtaine d'années en Flandre. (( On est tous dans le même panier)), disaient plusieurs délégués de Wallonie venus soutenir une manifestation anversoise le 13 juin dernier. La phrase mérite d'autant plus d'être notée que la direction de la FGTB wallone se laisse tenter par le repli communautaire. Et l'on voit un très ancien leader syndical, dénommé Gillon, expliquer que les Wallons sont traditionnellement dominés par les bourgeois qui seraient exclusivement flamands. L'analyse n'est pas limpide, mais tend à déboucher sur une ligne d'action en revanche très claire: la collaboration avec le patronat wallon.
> explique surtout que beaucoup de tra-
Ass;emllllee de cheminots Ce repli passe de plus en plus mal en Wallonie, comme l'ont démontré plusieurs assemblées générales de la FGTB où les travailleurs poussaient leur direction régionale à se conformer aux ordres de grève nationaux.
Enfin, dernier signe de radicalisation : les grévistes ne tergiversent pas et (( Dehors le gouvernement Martens Go/ > n'est pas un slogan qui leur écorche la bouche. En 1986, comme d'ailleurs en 1983, les manifestants souhaitaient un débouché politique à leur lutte. Les faiblesses du mouvement
Souhait formel, vœu pieux ? La transformation de la lutte syndicale en lutte politique, après les grèves de 1986, n'est toujours pas possible. Les faiblesses mêmes du mouvement syndical y sont pour beaucoup.
En premier lieu, l'unité entre les travailleurs chrétiens et ceux de la FGTB suppose de faire sauter plusieurs obstacles avant de se réaliser. Les directions syndicales d'abord ne poursuivent pas le même but. La CSC s'est pliée plus facilement que sa concurrente aux contraintes de << l'austérité utile ». Sa base la tiraille de temps à autre en sens inverse, la contraint à la grève mais, jusqu'ici, la esc a toujours réussi à contrôler les débordements. Son atout : ses liens avec le parti au pouvoir qui lui réserve toujours un espace plus ou moins grand de concertation. La FGTB n'a pas les mêmes possibilités de concertation. L'unité n'est guère plus aisée à la base. Un travailleur chrétien ne se démarque pas facilement de son syndicat. En période de lutte intense, des évolutions, on l'a vu, sont possibles. Que l'ambiance retombe, et l'ouvrier chrétien regagne son cocon d'origine. Les travailleurs belges ont l'habitude de dire : « Dans ce pays, on naît chrétien ou socialiste, puis on le reste toute sa vie. >> Les réseaux de solidarité, notamment le mouvement ouvrier chrétien, sont puissants et ne permettent pas que l'on s'en dégage facilement. Cela explique que le nombre de transfuges dans le camp socialiste ait jusqu'ici été limité. Cela vailleurs réintègrent la esc en période «calme».
L'autre barrière sur laquelle ont buté tous les mouvements des années quatre-vingt a été la difficile extension au secteur privé. On l'a vu, la FGTB ne s'est pas battue pour l'obtenir, ni en 1983, ni d'ailleurs en 1986. Les appels à ta grève, quand ils ont existé, ont été lancés sur le thème : «Solidarité avec les travailleurs du public contre les mesures d'économie budgétaire du gouvernement > >. Du coup, seules les entreprises immédiatement menacées par des licenciements se sont mobilisées. Le point cependant est déjà positif puisque, depuis 198 1, le nombre de grèves d'entreprise a baissé.
Enfin, et ce n'est pas le moindre obstacle, la social-démocratie a poursuivi à travers les mobilisations ouvrières ses propres buts. Et aucune gauche syndicale n'est venue l'en empêcher. Les dernières années ont été marquées par un rapprochement des PS et de la FGTB. La liaison ne date pas d'hier : dès 1977, la FGTB a plaidé pour une alternative progressiste à la crise. Cela signifiait à l'époque qu'elle acceptait des réductions de salaire en échange d'une politique industrielle créatrice d'emplois. La négociation était alors possible : le PS était au pouvoir. Quand, en 1982, le nouveau gouvernement a rompu les négociations, la direction de la FGTB s'est sans problème inscrite dans le projet de reconquête électorale du PS. Avant les dernières élections, en Wallonie, le rapprochement a même pris la forme d'un pacte. La direction de la FGTB wallone se disait, par cet accord, prête à défendre les thèses chères au PS de l'austérité équitable, de la relance sélective, etc.
Ce rapprochement s'est également produit en Flandre. Bilan des courses : une direction syndicale capable de discours enflammés sur la nécessité de la lutte, et tout aussi déterminée à retirer son appui à tout front de mobilisation conséquent. Les femmes contre la crise ont été les premières à en subir les conséquences.
La FGTB a, à partir de 1984, .enoncé à poursuivre un plan d'action contre le plan d'austérité. Les travailleurs étaient en quelque sorte priés d'attendre le retour des socialistes. Le rêve ne s'est pas réalisé aux élections d'octobre dernier: la social-démocratie a gagné 150 000 voix par rapport au précédent scrutin, mais la coalition bourgeoise est restée majoritaire. La base du mouvement ouvrier n'en a pas tiré les conclusions politiques... Les conditions pour l'émergence d'une gauche syndicale ne semblent en effet pas réunies. Analyser les luttes des années quatre-vingt selon le couple combativité ouvrière-trahison des appareils est un peu court. L'exemple de mai 1986 le prouve. Après l'échec de la social-démocratie aux élections d'octobre, la FGTB a organisé une vaste campagne de sensibilisation sur les mesures d'austérité en préparation. Ce travail de préparation est à l'origine de l'explosion de mai. Quand les attaques gouvernementales se sont faites plus précises, la base a pris le relais faisant pression pour pousser et, dans certains endroits, obliger les secrétaires à ordonner la grève. Les rapports entre la base, les délégués syndicaux et la bureaucratie sont donc un nœud complexe, voire gordien, impossible à trancher. La tactique habituelle des délégués syndicaux les plus combatifs est de pousser les directions à agir car, sans appel de la FGTB, la mobilisation est vouée à l'échec.
La confrontation avec la bureaucratie n'est pas impossible. Les syndiqués de la FGTB de Charleroi l'ont montré, de même que les enseignants de la CGSP. D'autres cas pourraient être signalés. Mais aucun de ces mouvements n'a débouché sur un regroupement au sein du syndicat. Ce point pourrait bien être l'enjeu des prochaines luttes. Comme le disait l'un des coordonnateurs du Comité d'action syndicale d'Anvers lors des dernières grèves de juin : ((Aujourd'hui, dans le mouvement ouvrier, on note un plus à la base, un moins à la direction. Et c'est de ce moins que la bourgeoisie profite ... >>
Flora Chénetier ----------.