Juin 1985: 83 Palestiniens massacrés au camp de réfugiés de Chatila (Beyrouth).
SORTIR
DE L'IMPASSE
On tue et on mutile à Paris au nom du « droit » et de la« liberté». Aucun Pasqua, aucun Le Pen n'aurait osé rêver dévoiement aussi abject du combat pour la libération des peuples. Les victimes de la rue de Rennes nous rappellent tragiquement que les impasses politiques, dans les pays dominés et dans les métropoles impérialistes, sont profondément liées. Au Proche-Orient, la résistance palestinienne, désarmée par l'absence d'une orientation véritablement internationaliste, n'a pas pu souder derrière elle les peuples de la région et empêcher le dépeçage du Liban, pays transformé en bourbier de sang par les puissances impérialistes qui agissent en sous-main derrière les Etats de la région. Comment s'étonner que puissent émerger d'une telle guerre civile les manipulations terroristes les plus folles ? Beaucoup de nos commentateurs - et pas seulement dans la presse de droite -, prompts à se faire les avocats du reaganisme et d'Israël, ne devraient pas oublier que les hommes, les femmes et les enfants, déchiquetés par les bombes, n'ont pas moins d'importance là-bas qu'ici. En France, voici la gauche, le président en tête, qui emboîte le pas à Chirac au nom de l'union nationale contre le terrorisme. C'est du même coup admettre la banalisation des quadrillages policiers, des contrôles policiers, des fouilles, des expulsions ... Toutes choses dont les terroristes n'ont cure, mais qui serviront encore davantage demain contre les immigrés, les réfugiés, les jeunes et les travailleurs en général. Cette veulerie d'aujourd'hui n'est que le pendant de l'impuissance, hier, au gouvernement, de tenir les promesses de «changement» des veilles d'élections. Face à cette impression de chaos général, une revue comme la nôtre a un rôle à tenir: rappeler que c'est toujours le même problème qui est posé, qu'il n'y aura pas d'issue sans une nouvelle perspective révolutionnaire, seule à même de redonner l'espoir aux travailleurs et aux peuples. En France, le mouvement ouvrier est entré dans une phase de profonde recomposition. Dans une telle situation, l'élaboration, le débat, l'analyse jouent et joueront un rôle important. Au fond, les vieilles organisations se sont révélées incapables de faire face aux attaques capitalistes, aux transformations et aux nouvelles formes d'exploitation qu'entraîne la crise de ce système. Pire : elles les justifient. Les analyses et les débats de ce numéro, sur le mouvement ouvrier, sur la flexibilité et les nouvelles technologies constituent un maillon dans la reformulation d'un projet d'ensemble qui intègre les modifications actuelles pour en faire des outils de libération et non d'asservissement supplémentaire. Les chantres du capitalisme sauvage s'efforcent de dissimuler, derrière les progrès technologiques, et l'exploitation dans les pays développés, et la barbarie sur laquelle le système repose dans les pays dominés, comme au Liban. En contribuant aux débats en cours, nous ne voulons, précisément, oublier ni l'une ni l'autre.