DOSSIER REALISE PAR LE SECRETARIAT ETUDIANTS DES JCR.
Alors les jeunes ? Ça va, les jeunes, et vite. Des centaines de milliers de lycéens et d'étudiants dans les rues de la capitale, et partout ces cortèges frais éclos des lycées voisins qui se rendent on ne sait où, mais qui veulent échapper au couperet de la loi Devaquet. Et ces assemblées d'étudiants, où l'on élit les comités de grève dans un climat de scrupuleuse gestion démocratique et unitaire du mouvement. Ça, la génération Bernard Tapie, ça la génération François de Closets ? Les bourgeois voulaient nous faire croire que libéralisme est synonyme de liberté. La jeunesse a compris que cette liberté-là ne concernait que les profiteurs et les licencieurs. Tans pis pour Devaquet qui ne comprend rien et malheur à Monory le garagiste, cette génération lycéenne et étudiante connaît déjà le parfum du combat collectif, contre le racisme. « Touche pas à mon pote », disaient-ils, disent-ils toujours. Comment l'auraient-ils oublié, en devenant étudiants ? Comment auraient-ils oublié de gagner leurs cadets à cette bataille ? Et quand Devaquet avec ses gros sabots emplis de discrimination par l'argent, la sélection et le pouvoir des mandarins, rapplique avec sa loi, il n'a pas reconnu celles et ceux qui emplirent un soir la place de la Concorde et qui se mêlaient à tous les cortèges antiracistes. Dans les facs, comme à Tolbiac, des commissions travaillent contre le Code de la nationalité. C'est dire que le tissu politique de cette génération se constitue solidement, de combat de masse en combat de masse. Pas politique, tout ça ? Il faut être un commentateur bourgeois, désireux d'exorciser sa peur de Mai 68, plus présente chaque jour, pour ne pas voir qu'une génération de jeunes, quoi qu'il advienne du mouvement contre la loi Devaquet, est d'ores et déjà gagnée au militantisme ; et de belle manière puisque cela passe par des comités de grève et une grève générale. Inquiète du chômage et de l'état désastreux du marché du travail, la jeunesse scolarisée semblait vouée à l'atomisation face à la précarité et à la flexibilité. Avant que d'entrer dans le monde salarié, la voilà fourbissant ses armes collectives et en usant largement: de quoi redonner le moral à Billancourt. D'autant que ce mouvement ne naît pas par une nuit sans lune. Le 21 octobre des fonctionnaires marquait un renouveau. Le 23 novembre des enseignants et des parents d'élèves conférait à nouveau à l'école le rôle de champ d'affrontement droite-gauche. Le ronron de la cohabitation Mitterrand-Chirac s'en trouve tout déconfit. Tant mieux. Cette chère cohabitation, choyée par les sondages et la majorité hélas pas silencieuse, s'en trouve frippée, jaunie. Elle ne sert plus aussi efficacement les mauvais coups de la droite et du patronat malgré l'extrême modération d'un tonton en pointillé. Alors? Gagnera, gagnera pas? L'ampleur des manifestations, la détermination de toute une jeunesse lycéenne et étudiante redore de toute façon le blason de la résistance active et combative contre le dispositif réactionnaire de Chirac, en ouvrant une brèche dans le front de bœuf libéral. Mai 68 rajeunit chaque jour, par l'intérêt qu'il suscite, et l'acharnement des Lihé et autres prosateurs à l'enterrer. En ce moment, c'est Libération qui ennuie la France des facs et des lycées. Cette jeunesse-là vient conforter notre combat, et réveiller les âmes mortes, qui pensaient hier encore que c'était la France qui s'ennuyait.