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DOSSIER

Parti socialiste : la bousculade

· Critique communiste, n° 59, janvier 1987 · p. 14-15 · 1 371 mots

Quelle qu'ait été, à l'origine, sa revendication d'apolitisme, un mouvement comme celui de la jeunesse ne pouvait aller sans faire bouger et interpeller les partis politiques. Il vaut la peine de voir comment se sont comportées trois organisations qui, de plus ou moins près, en ont été parties prenantes.

Parti socialiste : la bousculade

E constat des médias fut rapide : à deux reprises en quelques mois. le PS s'est trouvé à la direction des deux plus grosses mobilisations antigouvernementales de l'après-16 mars : la manifestation nationale organisée sous l'égide de la FEN. le mouvement étudiant et lycéen contre les projets Monory et Devaquet. Tel est sans doute aussi le constat fait par de nombreux militants socialistes. du moins par rapport à un repère qui leur est familier : celui des rôles respectifs habituels de leur parti et du PCF dans les mobilisations de rue.

A l'évidence. pourtant, les différences entre les deux situations sautent aux yeux. Non seulement en raison de l'importance respective des deux mobilisations. Non seulement parce que le PS n'a ni prévu, ni préparé, ni dirigé la mobilisations étudiante. Mais aussi pour bien d'autres raisons. qui transparaissent dès que l'on examine la manière dont les socialistes s'étaient disposés par rapport aux revendications étudiantes.

Le moins que l'on puisse dire, en effet, est que le positionnement socialiste est au départ ambigu. C'est d'abord la faible place laissée aux revendications étudiantes lors de la manifestation de la FEN. alors que la grève a démarré dans certaines facultés et que les assemblées ont voté la veille la grève générale. C'est ensuite. encore plus nettement, les débats au sein du groupe parlementaire socialiste, et les hésitations à condamner, sur le fond même, le pwjet Devaquet. Le débat animé, derrière Jean-Pierre Chevénement, par les partisans de l'élitisme républicain et de la sélection à l'université, dut ainsi remonter jusqu'au bureau exécutif.

La spécificité principale cependant est que, si des militants socialistes se retrouvèrent participer à la direction du mouvement étudiant, ce furent- c'est le moins qu'on puisse dire- des militants socialistes « pas comme les autres >>.

Les militants regroupés dans Convergences socialistes et dirigeant l'UNEF-ID ont été entraînés dans le mouvement et tiraillés entre la dynamique propre de celui-ci, c'est-à-dire sa volonté d'aller dans l'unité jusqu'au retrait de la loi, et les pressions objectives venant de leur situation même de militants socialistes.

Que ces pressions « modératrices >> aient existé, en témoigne le retard de Convergences socialistes à comprendre la dynamique de la mobilisation étudiante 1, comme en témoignent !es pressions des militants de Questions socialistes, également présents dans le mouvement et animant SOS-Racisme, en faveur de" négociations >> avec Monory, aux dépens du mot d'ordre de « retrait >> des projets 2• En témoignent, pour les deux courants, les hesitations à se battre pour la grève générale et le retrait des lois lors des états généraux du 2 7 novembre, les réticences à maintenir la manifestation du 10 décembre et l'appel aux syndicats ouvriers après le retrait de la loi Devaquet, ainsi que la bataille de Convergences socialistes dans le bureau de la coordination pour imposer le silence lors de cette dernière manifestation.

A quoi l'on peut ajouter que la mobilisation a fait apparaître les faiblesses propres à chacun de ces courants : l'extrême éclatement des positions des militants de Convergences socialistes au début du mouvement, comme le primat accordé par les dirigeants de SOS-Racisme à une stratégie médiatique, stratégie dont les mésaventures d'Isabelle Thomas ont montré les limites.

Mais ces remarques ne prennent leur sens qu'à condition de signaler que l'essentiel était ailleurs. L'attitude adoptée au cours de la lutte tant par Convergences socialistes que par Questions socialistes, même si les responsabilités des uns et des autres ne se situaient pas au même niveau, a permis le maintien jusqu'au bout d'un cadre unitaire, cadre indispensable au mouvement pour qu'il se développe sans subir soubresauts et querelles de fractions. La réelle sensibilité à la radicalisation et au développement du mouvement de la jeunesse explique que Villetaneuse, où l'influence des militants de Questions socialistes est prédominante, soit la première faculté à s'être mise en grève dès le 17 novembre. Les militants de Convergences socialistes, malgré leur manque de conviction pour appeler à la grève au début du mouvement. ont vite compris la nécessité de s'adapter à un mouvement de masse de ce type et ont donc choisi de l'accompagner en effaçant l'UNEF-ID. Isabelle Thomas et Devaquet :i Europe n° 1, le 15 novembre.

Mais dire cela ne règle pas la présence dans la mobilisation du Parti socialiste en tant que tel. Des courants traditionnels du PS en furent largement absents. Sans doute mitterrandistes, rocardiens et mauroyistes bénéficièrent-ils de quelques situations institutionnelles - liées notamment à la MNEF - qui leur permirent ici ou là quelques figurations intelligentes. Mais de présence effective dans le mouvement, il n'y en eut guère. Hormis la présence à Nanterre du petit groupe des dirigeants du MJS liés à Jean Poperen, les mitterrandistes furent très généralement absents. Quant aux militants de l'ex-CERES (Socialisme et République), ils subissaient un triple handicap : celui des prises de position de leur leader, Jean-Pierre Chevènement, en faveur de la sélection à l'université, celui de leur investissement dans l'UNEF-SE, dont le rôle dans la mobilisation fut très secondaire, celui de la politique du PCF dans l'UNEF-SE qui ne leur laissait guère d'espace. Bref, les militants de l'ex-CERES, jadis principale force de frappe du PS dans la jeunesse, furent totalement absents du mouvement.

Quant à la direction du PS, elle ne brilla guère par sa clairvoyance. Il y eut d'abord les hésitations, manifestées par Jospin lui-même, sur le mot d'ordre de retrait du projet Devaquet, mot d'ordre que Pierre Joxe finit cependant par imposer. Il y eut ensuite - et ce fut à vrai dire la seule initiative prise par la direction du PS - , la proposition de nommer un « médiateur >> chargé de préparer un (( compromis > > entre le mouvement étudiant et le gouvernement. Issue du bureau exécutif, sur proposition des rocardiens, cette proposition reçut, semble-t-il, l'aval de tous les courants socialistes. Mais elle fit

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évidemment un « flop >> retentissant dans les quelques assemblées générales où elle fut présentée, notamment à Censier et à T albiac, et ne fut du coup défendue par personne dans les réunions de la coordination. Enfin, le refus de réclamer la démission de Pasqua ( « Il faut être responsable )), justifiait Fabius) a mis en lumière que la direction du PS se souciait bien plus de ne pas faire voler en éclats la « cohabitation >> que de donner son prolongement politique naturel au mouvement étudiant.

Reste que les répercussions à l'intérieur du PS sont notables. Déjà, si l'on en croit le Monde, les étudiants de l'ex-CERES se posent le problème de rejoindre avec armes et bagages l'UNEF-ID. Et le Mouvement de la jeunesse socialiste, absent en tant que tel de la mobilisation, ayant fait une fois encore la démonstration de son incapacité à organiser les jeunes qui pourraient se tourner vers le Parti socialiste, c'est la demande de son autonomie à l'égard du parti qui refait aujourd'hui surface. Vieux débat. Jadis porté par les jeunes du CERES, il est aujourd'hui relancé par les dirigeants jeunes proches de Jean Poperen, depuis longtemps conscients de l'inefficacité du MJS tel qu'il fonctionne aujourd'hui 3 • Reste qu'à chaque fois que, dans l'histoire du Parti socialiste; le MJS a été autonome, les jeunes se sont, dès le premier mouvement de radicalisation de la jeunesse, heurtés au conservatisme du parti. L'issue a toujours été identique : dissolution du MJS ou de ses instances dirigeantes. Il n'est pas certain que la direction du PS soit capable aujourd'hui d'imaginer une réponse différente.

Jacques Kergoat 1. Le 15 novembre, la direction de l'UNEF-ID estimait ainsi que la situation ne permettait pas d'avancer le mot d'ordre de grève générale.

2. Cf. les déclarations d'Isabelle Thomas, à l'occasion de la rencontre le 22 novembre entre la délégation étudiante et Monory.

3. Le MJS peut accueillir des jeunes non membres du parti. Mais ses responsables à tous les niveaux sont désignés à la fois par les jeunes et par les instances correspondantes du parti.

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