La jeunesse, un soir de décembre, dans les fumées des lacrymogènes, a découvert la pittoresque figure du ministre de l'Intérieur. Il mérite d'être mieux connu. +Né en 1927, à Grasse, dans une famille aux solides racines corses, d'un père brigadier-chef de police. + Il fait ses armes de jeune résistant dans sa région natale. Ensuite, fidélité indéfectible à de Gaulle et au gaullisme. + Après la guerre, abandonne ses études de droit, se consacre à divers petits boulots. En 19 52, embauché par Paul Ricard, il monte rapidement dans l'entreprise dont il dirige les services commerciaux. +A partir de là, il mène de front, et de pair, une double carrière, commerciale et politique. D'un côté, le réseau des représentants Ricard, de l'autre, les services d'ordre du RPF et le SAC. <<Charles Pasqua commence à donner libre cours à son penchant pour le clanisme et pour les compagnonnages plus ou moins discrets. » +En 1968, il mobilise le SAC ; << en défense de la République >> et y compris pour sa propre campagne électorale. << Juste une épopée de nervis un peu voyante : des truands marseillais membres du SAC et armés jusqu'aux dents montent à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) assister Charles Pasqua dans sa campagne législative de juin 1968. Par amitié, Gérard Kappé, successeur de Charles Pasqua à la tête du SAC marseillais, avait voulu trop bien faire. La police s'en mêlant, les gaullistes devront renvoyer précipitamment ces voyous dans leurs bars provençaux. » +Son nom va être cité lors de << l'affaire Franscisi », patron corse des cercles de jeux parisiens, lors de « l'affaire Venturi », truand corse accusé par le FBI d'être un trafiquant de drogue, après la tuerie d'Auriol et la dissolution du SAC ... Mais rien n'est retenu contre lui et il aime déclarer : 11 Je n'ai jamais honte de rien ... 11 +En ! 977, il fait une entrée discrète au Sénat. En 1982, il accède à la présidence du groupe RPR du Sénat, il dirige alors la fronde antisocialiste. Plus sérieusement : << Il contrôle de prés ou de loin les fédérations du mouvement », et sait se rendre indispensable à Chirac grâce à ses talents d'organisateur. +Principale qualité : sait s'entourer d'hommes sûrs. Il assure son emprise sur l'appareil RPR et, depuis les Hauts-de-Seine, met en place des hommes dont il sait repérer le talent : Patrick Devedjian, maire d'Antony ; Jean-Jacques Guillet, adjoint du maire de Sèvres ; Nicolas Sarkozy, maire . de Neuilly ; Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret; Christian Dupuy, maire de Suresnes; Jean-Pierre Schosteck, maire de Châtillon-sous-Bagneux, etc.
Devedjian et Guillet ne sont pas les seuls qu'il a recrutés à l'extrême droite. Il doit déplacer vers Marseille Gérard Ecorcheville, << un de ses hommes de terrain les plus zélés », en conflit avec Toubon. Son émissaire en Nouvelle-Calédonie, Jean Taousson, est un ancien baroudeur de I'OAS, présent aux côtés de Pierre Lagaillarde sur les barricades d'Alger en 1960, aujourd'hui << chargé de missions » à son cabinet. A son cabinet également : Bruno Tellenne, chargé de la liaison avec les Hauts-de-Seine. On peut aussi citer Joël Gali-Papa et Alain Robert, qui vient de rejoindre le RPR en Seine-Saint-Denis, après avoir<< roulé» pour lui au Parti des forces nouvelles et au Centre national des indépendants et paysans.
A ceux qui lui reprochent ces accointances trop voyantes, il réplique : " Si je les ai récupérés, c'est parce que j'ai senti chez eux une capacité de militantisme supérieure à la moyenne. Les soldats se reconnaissent entre eux. >1 +Ses ambitions : en tant que ministre de l'Intérieur, elles sont assouvies, c'était la << reprise en main de la police », et la << réforme électorale » ; au cas où Chirac deviendrait président, << il se verrait bien en charge de l'industrie, du commerce, de l'armée ou des affaires étrangères, avec une prédilection particulière pour l'Afrique ou l'Asie! ».
Les informations et citations sont extraites de l'article de Philippe Boggio et Alain Rollat : << La légende de Don Pasqua » (le Monde du 6 décembre 1986).