Jusqu'au 2 décembre la direction informelle du mouvement étudiants-lycéens a su gérer avec beaucoup d'intelligence un immense phénomène de masse. Ensuite, en revanche, elle a commis quelques fautes.
Les 8 fautes de la coordination étudiante 1. Les 2 et 3 décembre, sous prétexte de méfiance viscérale à l'égard de la vedettarisation, les représentants lycéens et étudiants mettent sur la touche un certain nombre de leaders .aguerris et avisés et les remplacent par des nouveaux venus dont certains cachent, sous des dehors apolitiques, une solide carrière de militants d'extrême gauche. 2. Pour la manifestation du 4, cette coordination se laisse imposer, par une base largement chauffee à blanc par des trotskystes, une stratégie complètement irréaliste. Les jeunes sont invités à rester sur l'esplanade des Invalides jusqu'à ce que le gouvernement ait fait savoir qu'il retirait purement et simplement la loi Devaquet. Pas de négociation possible. 3. Lorsque, comme prévu, les délégués apprennent à la foule que la loi n'est pas retirée, rien n'est prévu pour endiguer sa colère ou calmer sa déception. Le concert prévu s'est évaporé dans la nature et les dirigeants ont complètement disparu. 4. Le vendredi 5, en l'absence de tout mot d'ordre cohérent et de toute organisation structurée, se multiplient des manifestations spontanées, sans but. sans objectif. Pendant ce temps-là, la coordi· nation discute ... 5. Le vendredi soir, après l'intervention de Monory, alors que le mouvement des jeunes aurait eu toutes raisons de proclamer sa victoire, quitte à s'organiser pour la parfaire, la coordination encourage, par ses réactions, le sentiment qu'il s'agit d'une défaite. Au risque de favoriser toutes les réactions de dépit et de rancœur. 6. En riposte à la mort d'un étudiant, une manif silencieuse est organisée au départ de la Sorbonne. Elle n'est absolument pas encadrée. D'autant que, dans la soirée, tous les délégués étudiants et lycéens sont réunis à Jussieu. Les loubards et les provocateurs d'extrême droite peuvent donc s'en donner à cœur joie. On connaît la suite ... 7. En appelant les syndicats ouvriers à se joindre à la contestation lycéenne-étudiante et en réclamant une journée de grève générale, la coordination prenait le risque de changer la nature du mouvement tout en ne mobilisant qu'une minorité des salariés. 8. Après le retrait de la loi Devaquet, en maintenant son mot d'ordre de grève générale et de manifestation, la coordination risquait de s'isoler des syndicats qu'elle avait appelés à la rescousse et de se retrouver avec la seule CGT. Elle a heureusement corrigé le tir en donnant à la démonstration de mercredi un aspect de recueillement. Cette prose édifiante est extraite de I'Evénement du jeudi du 11 décembre 1986.