PLACEETFONCTIONDELALCR DANS LA CRISE ACTUELLE DU MOUVEMENT OUVRIER ll.l.l. Tous les éléments détaillés plus haut éclairent la place que nous avons déjà et celle que nous voulons occuper. Notre but est ambitieux: construire un nouveau parti pour les travailleurs ayant pour socle les meilleurs militants des nouvelles générations qui arrivent à la lutte et ayant la sympathie voire parfois l'adhésion de ceux qui se sont détournés des vieilles organisations.
Pour atteindre cet objectif, nous devons nous considérer comme un petit parti d'action, ayant un patrimoine substantiel, une force agissante réelle ce qui n'est en rien contradictoire avec une ouverture sur les phénomènes à l'oeuvre à l'extérieur et les avancées qu'ils peuvent permettre.
La crise historique du PCF, la disponibilité de nouvelles générations de travailleurs au combat de classe ne doivent pas faire oublier que pour construire un parti, il ne faut pas lâcher la proie pour l'ombre. Des médiations peuvent se trouver sur notre chemin, des fronts peuvent se réaliser, la meilleure façon de s'y préparer, de pouvoir changer de tactique si nécessaire, c'est d'abord d'exister et d'agir nous-mêmes. Sur ce terrain, deux projets de construction s'opposent dans les rangs de la LCR. Certains camarades n'ont d'autre ambition pour notre parti que celle de le mettre en situation de participer comme un élément parmi bien d'autres à d'éventuels processus de recomposition beaucoup plus larges; notre ambition est toute autre, il s'agit de transformer notre force collective d'organisation en pièce maîtresse et agissante de cette recomposition. Telle est résumé de manière lapidaire, l'enjeu de la plupart des débats qui ont divisé profondément l'organisation depuis deux ou trois ans. Il y a bien deux tactiques de
construction en présence et les choix politiques qu'elles soutendent sont pour cette raison contradictoires terme à terme.
Le poids acquis par la LCR l'a été en tout premier lieu par son action dans les mobilisations. Les dernières luttes en sont l'illustration la plus claire. La LCR a ainsi largement contribué à promouvoir l'auto-organisation et à indiquer aux travailleurs une autre voie pour la lutte. Mais pour atteindre pleinement cet objectif, il faut une organisation qui s'adresse d'abord à la masse des travailleurs et leur propose sa politique sans jamais subordonner celle-ci à l'accord préalable d'autres travailleurs avancés. Il faut une organisation soudée autour d'objectifs clairs pour gagner des fractions de travailleurs à ceux-ci dans l'ensemble du pays. La démonstration a été faite que c'était encore possible en dépit des faiblesses, des retards et des erreurs accumulées Il est plus que temps de revenir à une politique définie sous le vocable de construction d'un petit parti d'action, une politique qui a porté ses fruits avant que nous nous engagions dans l'impasse de l'alternative. La fonction spécifique de la LCR n'est pas la production d'idées en direction des travailleurs avancés. Sa toute première tâche doit être de se tourner vers l'action et de bâtir sa construction sur cette base.
ll.1.2. La situation des dernières années a été difficile pour les travailleurs et donc pour la LCR. Il faut combattre les doutes et la démoralisation qui ont conduit à abandonner la politique du petit parti d'action.
Les thèses du dernier congrès, la politique qui en a découlé ont profondément ébranlé le parti. La LCR ne pouvait plus prétendre diriger des mobilisations .... Les thèses d'organisation en arrivèrent même à expliquer qu'il fallait renoncer à employer le rapport de forces pour convaincre de nos idées.
Cette logique était conforme à l'assimilation de l'organisation à un courant d'idées parmi d'autres. La politique de l'alternative découlait de ce sentiment et s'en nourrissait : il fallait créer autre chose que la LCR pour pouvoir prétendre peser sur les événements. Les regroupements d'alternative qui ont prouvé dans les récents tests de la lutte de classe leur inutilité sont l'illustration la plus nette de cette fuite en avant.
La traduction de cette politique au plan interne était prévisible. La direction a laissé se développer un climat de cohabitation de plusieurs fractions dans l'organisation. L'efficacité et la cohésion de la LCR ont été mis en cause et une partie des tenants les plus conséquents de cette politique, membres de la T3, sont partis.
Les départs de militants pour le PS ou pour des regroupements d'alternative ont une même racine : l'estimation que ce sont d'autres forces qui sont porteuses pour bâtir dans les conditions actuelles un courant révolutionnaire ou pire souvent qu'un tel projet n'est plus à l'ordre du jour. Mais ces doutes, ces abandons, étaient inscrits dans la théorie selon laquelle les propositions et les méthodes d'intervention léninistes, celles de la LCR, avaient fait leur temps, celle-ci ne pouvant plus prétendre à un rôle dirigeant. C'est pourquoi, beaucoup de retard et de confusion limitent l'efficacité et le bénéfice que nous pouvons tirer de la situation qui s'ouvre.
All.1.3. Construire le parti c'est rassembler le maximum de militants pour des objectifs politiques précis desquels découle une méthode d'intervention et d'action, elle aussi précise. C'est de notre capacité à défendre dans les luttes nos idées que dépend la portée pratique de notre programme. La LCR doit être avant tout une organisation capable de marquer la situation par son intervention. Elle ne peut convaincre de nombreux travailleurs avancés que si elle s'avère capable de gagner à ses idées et propositions des fractions de masse. Malgré la perte de confiance en soi de l'organisation, les dernières mobilisations sont venues opportunnément rappeler qu'il était juste de lutter pour la direction de fractions de masse dans la mobilisation, sinon celle des mobilisations de masse elles-mêmes.
Tout pas en avant dans la construction du parti, tout dépassement de ce que représente aujourd'hui la LCR, devra être jugé sur la base du seul critère pertinent : est-ce que cela représente un instrument supérieur à la LCR dans l'intervention publique, tant sur le plan de la justesse de l'orientation défendue que sur celui de l'efficacité et donc de la discipline dans l'action. Faute de quoi, il ne s'agirait que d'un leurre grossier.
Les médiations sur le modèle "alternative" ne sont en rien un pas en avant de ce point de vue. Le choix est donc clair : il faut refuser de continuer dans la voie empruntée-depuis trois ans et qui a entrai né le recul de l'organisation et partant de toute l'avant-garde. Il faut changer de cours pour renouer avec la politique dite du petit parti d'action.
Cela signifie développer nos campagnes en luttant énergiquement pour la
direction des mobilisations de masse, accroître nos efforts d'organisation et renouer avec les priorités du tournant vers les grandes concentrations ouvrières. Sur cette base nous pourrons avoir enfin une politique efficace en direction des travailleurs avancés et des forces qui se dégagent de l'emprise des directions réformistes.
C'est par l'action en premier lieu , la polémique et les démonstrations pratiques, que l'on pourra à la fois rendre crédible aux yeux des masses une force alternative et en même temps vérifier dans l'intervention la solidité et l'ampleur d'éventuelles convergences avec d'autres, pouvant poser les problèmes de construction en termes nouveaux.
Aucun élément n'autorise à ce stade à raisonner en terme de cadres organisationnels nouveaux aujourd'hui. Il faut plutôt s'attacher à tisser des liens de collaboration et de débat qui délimitent le possible du souhaitable et permettent l'efficacité sans hypothèquer notre indépendance et la défense de l'intégralité de nos positions.
Il faut refuser tout pari sur une soi-disant dynamique qui permettrait de dépasser l'état actuel des choses.
Une politique plus efficace pour l'avenir est possible si l'on respecte les rythmes de maturation; si l'on se sert du rapport de forces pour convaincre; si l'on renforce la LCR en menant une politique de confrontation/collaboration dont le principal critère est la participation effective aux mobilisations de masse. On peut faire confiance à l'organisation, à ses militants, à ses cadres pour saisir l'occasion d'un pas en avant si les circonstances le permettent dans un avenir imprévisible; des critères objectifs aisément appréciables par tous existeront alors pour en juger. Mais rien de tel n'est en tout cas à l'ordre du jour pour le prochain congrès.
Notre intervention dans la crise du mouvement ouvrier.
ll.2.1. Fondamentalement, la crise actuelle de toutes les organisations ouvrières est dûe à leur perte de légitimité aux yeux des travailleurs.
Les années allant de 65 à 78 avaient vu une montée en crédibilité des partis et syndicats ouvriers affaiblis dans les années 50.
Celle-ci se fondait sur un espoir de changement, d'abord pour tirer les fruits de la phase d'expansion, ensuite pour ne pas faire les frais de celle de récession.
Si Mai 68 et l'existence durable dans la foulée d'organisations révolutionnaires de plusieurs milliers de membres ont permis la formation de militants ouvriers agissant indépendamment des bureaucraties et contestant au, PCF sa place hégémonique, ce furent pendant les dix années qui suivirent les organisations traditionnelles qui engrangèrent la modification du rapport de forces en faveur de la classe ouvrière.
La perte de légitimité commença sur le terrain social avec le refus des réformistes d'organiser l'affrontement face aux premiers plans d'austérité.
Le PCF et la CGT furent les premiers à en faire les frais comme organisations prédominantes dans la classe ouvrière.
Elle continua sur le terrain gouvernemental à partir de 1981 dans l'alignement du PS et du PCF sur les intérêts capitalistes et donc la quasi absence, d'avancées sociales doublée d'une accentuation du chômage et de la perte du pouvoir d'achat. C'est donc avant tout dans cette incapacité à s'affronter aux plans patronaux, à défendre les conditions de vie et de travail de la classe ouvrière et de la jeunesse que repose le discrédit des partis et syndicats. Si, au ni veau électoral, la CGT sur le plan syndical et le PS sur le plan politique ne subissent pas de chute c'est qu'ils apparaissent l'un comme l'autre comme des forces recours face au patronat et à la droite.
L'adhésion électorale au PS ne signifie en rien une quelconque reconnaissance de sa politique, un regain de crédibilité d'une politique social-démocrate qui substituerait une gestion loyale du système, dans le cadre des institutions démocratiques bourgeoises, à une perspective de changement social. Preuve en est que la social-démocratie si elle apparaît comme un vote recours sur le terrain électoral est toujours incapable de capitaliser ce gain sur le terrain syndical par le biais des syndicats dont les directions reprennent ce type d'orientation (CFDT ou FO).
De même chercher la raison de la crise du mouvement ouvrier dans l'inadaptation de l'actuelle forme syndicat ou de l'actuelle forme parti aux transformations de la classe ouvrière, ou encore dans les modifications des coordonnées de la luttes des classe à l'échelle internationale avec la crise de longue durée serait une erreur de perspective. La crise actuelle est avant tout dûe à une chose très simple : les travailleurs ne font plus confiance aux syndicats pour les défendre réellement et il ne font plus confiance aux partis pour réaliser
des changements sociaux en leur faveur.
Le Parti socialiste.
ll.2.2. Il a tiré jusqu'à aujourd'hui profit de la faiblesse de l'activité ouvrière et du déclin du PCF. Alors qu'il fut lourdement sanctionné en 1983 pour sa politique d'austérité, il a su profiter en 1986 de l'effet "Au secours, la droite revient !" sur lequel le PCF était incapable de jouer.
De plus dans une situation ou tout semblait jusqu'en décembre 1986 se confiner sur le terrain institutionnel, il se moule dans le rôle de contrepoids face au RPR, en s'appuyant sur le rôle que la cohabitation permet à Mitterrand de jouer.
Son poids électoral pour se cristalliser en poids d'organisation directe du mouvement ouvrier supposerait d'autres conditions que celles présentes auourd'hui dans les entreprises. Depuis 15 ans les cadres ouvriers formés dans l'action ont eu comme référence la CGT, le PCF, l'extrême-gauche, le courant chrétien radical et la CFDT d'avant le recentrage. Les militants combatifs CFDT ou FO adhérents du PS n'apparaissent que très rarement comme militants du PS dans l'entreprise.
L'incapacité à se transformer en parti militant, en parti de masse explique paradoxalement la faiblesse des crises internes consécutives à ses reniements. Aucun courant ne reflète les intérêts de la classe ouvrière, tous ne sont désormais que des rampes de lancements "objectif 88" et l'affaiblissement du PCF n'a fait qu'accentuer cette tendance.
Cette situation discrédite la perspective d'un PS parti organique de la classe ouvrière. La perspective souvent évoquée d'un remodelage du paysage syndical qui serait le socle d'un tel projet ne serait réalisable que sur la base d'une défaite de la classe ouvrière, revenant sur les expériences d'actions de masse accumulées les vingt dernières années. 'Les échecs répétés de la CFDT dans la voie du syndicalisme cogestionnaire, les limites de FO dans celle du syndicalisme-assurance, la mise en porte à faux de ces deux appareils lors d'actions de masse montrent bien que l'érosion du rapport de force n'est pas à la mesure pour de telle modifications.
Dès lors s'il compte en son s~in de nombreux militants ouvriers réduits politiquement au silence, la meilleure façon pour les révolutionnaires de peser sur leur évolution est bien de construire un parti révolutionnaire indépendant capable d'actions, d'initiatives et bien sûr à tout moment de propositions unitaires vis-à-vis du PS et de ses militants.
Ceci n'empêche pas les réelles capacités dont le PS dispose à travers la FEN, l'UNEF-ID et SOS Racisme. Ceci lui permet d'agir sur des terrains qui dans un premier temps ne remettent pas en cause directement la politique économique des capitalistes. Ce sont ceux des libertés (école, télé, dans une certaine mesure, antiracisme).Si le PS comptait jusqu'à l'automne sur son action dans ces domaines pour développer des mouvements d'opinion propres à préparer sa compagne présidentielle les éléments actuels de crise du régime limitent ses marges de manoeuvre même sur ces questions.
Néanmoins sur ce plan compte-t-il jouer à plein des relais dont il dispose . Si Convergence socialiste, courant social-démocrate ayant rompu avec le trotskisme a ses intérêts propres; ce sont avant tout les intérêts propres d'un courant qui veut faire sa place dans le PS tel qu'il est en jouant sur son implantation dans la jeunesse étudiante et sur la formation de plusieurs dizaines de cadres aguerris au sein du PCI et structurant l'UNEF-ID.
L'évolution fondamentale de ce courant va de la gauche vers la droite et nous ne devons pas le traiter comme un courant révolutionnaire ou comme un courant centriste qui aurait les mêmes positions mais une trajectoire inverse. Il est par contre certain que nombre de ses militants sont encore abusés par l'auréole "trotskiste" de cette direction et nous devons donc oeuvrer à mettre en lumière le cours réel de ce courant par la polémique publique surtout au sein de la jeunesse étudiante. Le comportement de CS lors du mouvement étudiant est à cet égard édifiant même si l'expérience n'a été partagée que par la coordination nationale.
De même, Questions socialistes dont des dirigeants sont issus de la LCR procède du même mouvement de la gauche vers la droite. L'abandon du combat révolutionnaire mène la plupart de ces militants à se structurer comme petit groupe, marginal dans le PS, mais bénéficiant de l'impact de masse de SOS Racisme. Son acceptation du cadre de la cohabitation, ses positions prises lors des attentats terroristes sont des tests de la dérive rapide de ce courant.
Ces deux courants ont à faire leurs peuves dans le PS. La direction de ce dernier compte bien les utiliser pour contester au PCF et aux révolutionnaires l'influence dans la jeunesse tout en prenant garde à éviter le développement
d'organisations de jeunesse socialistes, ferments de radicalisation. Ceci trace à la fois les limites et le rôle qu'accorde la direction à ces deux courants.
Dans tous les cas nous ne pouvons pas miser sui l'ouverture d'une crise dans le PS opposant les tenants du "parti ouvrier" et ceux du "parti moderniste", pas plus que le tournant pris spectaculairement avec les plans Delors et Fabius n'ont donné lieu à une telle cristallisation. S'il y a une crise à attendre, elle viendrait plus sûrement lors d'affrontements sociaux dans lesquels le PS jouerait frontalement face à une mobilisation son rôle de défenseur de l'Etat bourgeois.
Dans tous les cas, loin de dédaigner de telles éventualités, la meilleure façon de s'y préparer est de consacrer désormais toutes nos forces à notre construction pour développer nos capacités d'action, de débats et de propositions de FU y compris à l'égard des militants socialistes.
Le Parti communiste.
ll.2.3. La cause essentielle du discrédit du PCF tient à son incapacité apparue depuis 1968 à se comporter comme force politique porteuse de transformations sociales pour les travailleurs, à travers 1968, le programme commun, la division, 81-86.
Les problèmes internationaux et de démocratie internes n'ont pris tant de place qu'à cause de cette carence première qui a entraîné la chute électorale. Il faut refuser la grille de lecture selon laquelle la chute du PCF serait dûe d'abord à l'image repoussoir de l'URSS et au fait que la montée de crédibilité du PS signifierait que ce dernier récupérerait des voix "naturellement" social-démocrates captées par le monstre historique que représenterait le PCF.
La monstruosité historique ce n'est pas le congrès de Tours mais la stalinisation du PCF. Aujourd'hui prenant appui sur la crise de confiance des travailleurs à son égard et sur son enracinement stalinien les forces bourgeoises voudraient effacer non seulement le PCF mais surtout le cadre organisé de dizaines de milliers de militants d'avant-garde qui trouvèrent là, durant cinquante ans, un lieu de combat contre la bourgeoisie (ce qui n'empêche que durant la même période la PCF joua son rôle contre-révolutionnaire et brisa de diverses manières des dizaines de milliers de militants d'avant-garde).
L'enjeu dans la crise actuelle n'est pas de sauver le PCF ou même le "communisme" , terme ambigü lorsqu'on l'emploie avec des militants pour lesquels il s'identifie avec le PCF. Il est d'empêcher que l'action de la direction du PCF et celle des bourgeois n'aient comme conséquence non pas la destruction du PCF ce dont nous aurions à nous féliciter, mais la non-émergence d'un parti ouvrier capable de rassembler l'avant-garde ouvrière.
La crise fondamentale de ce parti vient de son incapacité à apparaître désormais comme une avant-garde pour la classe ouvrière.
Il y a plusieurs déterminants à la crise actuelle dans le PC , une crise longue qui ne se soldera pas par un simple départ des oppositionnels actuels. Comprendre ces divers déterminants est important même s'ils se nourrissent les uns les autres, pour comprendre les trajectoires et les lignes de forces à l'oeuvre dans l'opposition actuelle :
- Une crise de secteurs de responsables et d'élus fondamentalement réformistes et désirant que leur parti renoue avec une politique d'Union de la gauche. Celle-ci touche des cadres intermédiaires, des membres de l'appareil qui cherchent à redéfinir la spécificité du PCF dans ce cadre. C'est pour l'instant, au-delà des formules, la dominante dans le courant dit "rénovateur" qui est néanmoins conscient de l'hégémonisme du PS, ce qui le contraint à apparaître comme garant du courant révolutionaire du mouvement ouvrier français qu'incarnerait le PCF. Ce secteur représenté par les fédérations, Poperen et Rigaud, sera vraisemblablement balloté dans les mois qui viennent pris entre le marteau de la répression de la direction et ... un saut dans le vide suicidaire pour de tels objectifs qui visent avant tout à un redressement du parti tel qu'il est et non à la construction d'un parti révolutionnaire.
S'y ajoute la crise de secteurs traditionnellement liés à la direction dans les appareils municipaux qui voient leur avenir singulièrement bouché à l'horizon 1989.
-Une crise large de militants ouvriers pour lesquels la grille de lecture de la situation donnée par la direction entraîne une désorientation de plus en plus grande. Leur réaction aux grèves récentes en est le symbole. Oscillant du refus du soutien à des grèves catégorielles au jusqu'au boutisme, refusant de peur de favoriser le PS d'avancer des mots d'ordre politiques, discrédités auprès d'un grand nombre de travailleurs conscients, ces militants sont à la dérive. Leur seule bouée de sauvetage réside dans la dénonciation de la social-démocratie
cohabitationniste, des syndicats de la capitulation.
A cela il faut ajouter des groupes de militants tirant consciemment le bilan des années passées et se posant le problèmes de l'action révolutionnaire parmi les travailleurs.
Ces divers niveaux ne sont pas des catégories étanches, d'autant plus qu'à un niveau très large militants et électeurs du PCF cherchent une réponse à la crise actuelle, mais il faut comprendre que derrière les mots, les trajectoires et les objectifs ne sont pas identiques, même si l'attitude de la direction peut amener à une expresion commune momentanée de ces diverses préoccupations.
Une telle situation est inédite dans l'histoire du PCF et n'est pas comparable aux crises antérieures qu'a connu ce parti. Elle nous offre d'importantes perspectives pour un travail politique auprès de tous ces militants, tout en comprenant que le niveau de confusion, l'absence de tout pôle d'opposition public répondant à ces interrogations limite aujourd'hui les évolutions. Ainsi l'opposition rénovatrice lors des dernières grèves n'est nullement apparue comme une référence pour les militants ouvriers désorientés. Ceci confirme la confusion politique au-delà de la démarche démocratique qui en tant que telle, sans projet politique, ne peut être une force motrice. Contradictoirement, des milliers de militants du PCF s'interrogent aujourd'hui, cherchant des réponses,essayant de trouver des ilôts de militantisme dynamique dans le MRAP, FAL ou la CGT ..
Il ne s'agit pas pour nous de rééditer les mêmes erreurs qu'avec l'alternative: partir d'un phénomène réel, la crise du PCF qui concerne des dizaines de milliers de travailleurs et soit croire qu'alors que n'existe aucun courant national apparaissant sur des bases révolutionnaires, nous allons soit le construire nous-mêmes,soit décreter que l'opposition évolue de la droite vers la gauche et donner le label de révolutionnaires à des gens avec qui il faut dialoguer et travailler mais qui sont encore très loin de nous.
Polariser les éléments qui évoluent vers la gauche, contrebalancer la pression social-démocrate impose plutôt d'apparaître comme partie prenante du débat par exemple par une critique politique de l'attitude du PCF lors des dernières grèves, tout en faisant dans l'action la démonstration de ce que pourrait faire une direction communiste. Si ce type de bilan était partagé et repris publiquement par des militants du PCF, ce serait un test quant aux possibilités de construction d'une opposition réellement révolutionnaire, les rythmes d'apparition et d'homogénéisation de tels courants ne pouvant se faire que dans des actions pratiques. En ce sens, les mois qui viennent sont décisifs. Dans tous les cas, l'heure est aux propositions d'actions communes, à la participation aux débats, à un travail systématique et à un dialogue avec tous les militants du PC et de manière particulière avec les oppositionnels. Mais nous de devons pas donner d'illusion sur une scission de pans entiers pouvant à court terme poser la question d'un nouveau parti révolutionnaire.
Si une scission de masse se faisait aujourd'hui, une faible partie se polariserait sur des positions révolutionnaires. Le plus probable serait un conglomérat voué à un éclatement rapide. Nous devrions bien entendu intervenir vis-à-vis de lui. Dans une telle situation, la propagande pour un parti révolutionnaire des travailleurs prend évidemment toute sa place. Si des militants se situant sur des positions révolutionnaires existent, pour l'instant le seul porte-parole public est Juquin dont le rôle essentiel est de tenter de concilier l'inconciliable. Dès lors, il est de l'intérêt de l'évolution des choses qu'une telle opposition s'exprime elle aussi, au grand jour, sur des positions de classe.
Notre politique vis à vis de Lutte ouvrière. ll.2.4. Nous devons partir d'un constat élémentaire: l'existence de Lutte ouvrière comme organisation révolutionnaire implantée ayant des forces comparable aux nôtres et ayant montré lors des luttes récentes ses capacités, comme nous-mêmes, à être à l'initiative de l'action, à promouvoir des structures de lutte pour la masse des travailleurs. Ceci est le point principal même si de sérieuses di vergences sont apparues à cette occasion et ont toutes les chances de se maintenir dans les conflits prochains.
Ce constat vient renforcer une évidence : au moment où nous posons la question d'une nouvelle représentation politique et où les révolutionnaires apparaissent comme jouant un rôle actif, il est essentiel de tenter de mettre en commun les forces et de faire la démonstration d'une volonté d'efficacité aux yeux des travailleurs pour qui l'éclatement des révolutionnaires est un élément repoussoir malgré la sympathie que notre attitude dans les grèves a pu créer.
Le problème n'est ni simple ni nouveau. Nous devons éviter deux erreurs et miser sur l'hypothèse que les prochaines luttes régleront la situation soit par un
rapprochement naturel soit par la démonstration patente de notre efficacité face à LO; l'attitude visant à se satisfaire de la situation en pensant et en laissant penser que notre capacité à être en prise avec les phènomènes réels de recomposition, additionnée à un prétendu comportement de secte de LO pourrait nous faire faire l'économie d'une politique systématique à leur égard.
Nous devons au contraire faire le choix conscient de consacrer du temps, et des forces militantes, à changer la situation et d'abord être convaincus de la nécessité de la changer.
Ne pas se satisfaire de la situation actuelle impose une politique systématique de la direction aux cellules pour mener une confrontation avec LO ayant pour but l'action commune et donc le débat sur les divergences tactiques qui nous séparent. Tactiques, car même si elles recouvrent une conception différente de la construction du parti révolutionaire, elles se situent dans un cadre où, quoiqu'en dise la direction de Lutte ouvrière, nous sommes tous deux du même côté de la barricade.
Le passif, créé dans nos relations les 15 derniers mois, impose un redressement progressif et systématique de la situation.
Celui-ci passe par les mesures suivantes:
- une homogénéisation de notre organisation sur l'importance d'une telle politique et des moyens à mettre en oeuvre pour la mener;
-une confrontation systématique dans les entreprises et lors des conflits pour mettre nos forces en commun et débattre publiquement de nos divergences;
- la proposition d'actions et d'apparitions communes dès que l'occasion nous en est donnée. Cela va de propositions de fêtes communes à la proposition de développer dans d'autres entreprises et localités l'expérience angevine;
- le débat avec LO sur les racines des divergences actuelles qui ne viennent pas tant du caractère en soi manipulatoire ou sectaire de LO, mais bien d'abord d'une analyse erronée de la situation avec ses prolongements en terme de tactique de construction. Leur vision pessimiste les amène à penser que les révolutionnaires n'ont pas les moyens de s'affronter aux réformistes en prenant directement appui sur la mobilisation de la classe dans des structures de lutte issues directement de la mobilisation. C'est la racine de nos divergences sur le front unique, ce qui les conduit à penser qu'il faut non pas préparer, ce qui est juste, mais même mener les conflits en préservant des cadres regroupant les éléments les plus radicalisés, ceci étant la seule chose réalisable dans la situation actuelle.