La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Pour la fin du siècle une alternative socialiste autogestionnaire

· Critique communiste, n° 61, mars 1987 · p. 107, 109-117, 119-123, 125-155 · 25 465 mots

Projet de thèses déposé par la Tendance 3

Ce projet est issu de diverses contributions, condensées par un rédacteur en un document unique, mais encore inégalement retravaillé dans chacune de ses parties et articulations. Il est déposé comme projet provisoire par la direction de la T3, pour critiques et amendements. Le projet définitif sera adopté par une AG de la T3.

IV. Le mouvement ouvrier français

1. Une perspective socialiste contemporaine

4.1. Crise et recomposition

1.1. Les transformations du capitalisme ...

4.2. La crise du Parti communiste français

1.2. Et l'actualisation nécessaire du projet socialiste

4.3. La social-démocratie aujourd'hui

1.3. Quelques enseignements fondamentaux

4.4. L'extrême-gauche d'origine trotskyste

4.5. Les courants se réclamant de l'Alternative

4.6. Les Verts ll. La crise et ses effets sociaux

4.7. La crise du syndicalisme

V. Peser dans la recomposition du mouvement ouvrier.

2.1. Une crise structurelle

Lutter pour une alternative

2.2. Les solutions capitalistes à la crise

2.3. Les effets de la crise

5 .1. Les fondements de la démarche

5.2. Ses dimensions

5.3. Les rythmes et les formes ill. La conjoncture française et

VI. Une organisation révolutionnaire aujourd'hui la réactivation du mouvement social

6.1. Le débat sur le léninisme. Que remettre en cause ?

3.1. Le bilan 1981-1986

6.2. De la Ligue réelle à la perspective d'un nouveau parti

3.2. La défaite de mars 1986 révolutionnaire

3.3. La politique de Chirac

6.3. Une solution alternative

3.4. La réactivation du mouvement social

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PREAMBULE

La LCR va mal. Nous ne désignons pas d'abord par là des indicateurs organisationnels internes (effectifs, etc.) mais une situation de désorientation et d'éclatement politique. Ses racines sont profondes, multiples. Mais elles tiennent en particulier à un élément: l'absence d'une réflexion et d'un débat approfondis sur les caractéristiques majeures du capitalisme et du mouvement ouvrier qui doivent guider les conditions d'activité et de construction d'une organisation révolutionnaire; et cela non seulement dans les tactiques mises en oeuvre, mais plus profondément dans la compréhension de son rôle, dans son profil général, dans son identité en un sens. Or aucune organisation révolutionnaire ne peut durablement se développer en fécondant les luttes des travailleurs et en les rapprochant d'une issue socialiste sans cette réflexion et ce débat. Ils sont devenus aujourd'hui une condition vitale du redressement de la LCR. Et qu'ils ne concernent pas seulement la LCR ne rend que plus aigu le problème. La période actuelle est en effet celle d'une profonde recomposition du mouvement ouvrier. Elle ne touche pas seulement les rapports de forces entre organisations, mais aussi les références historiques, stratégiques, organisationnelles dans ce mouvement, y compris les nôtres. Et il existe des périodes dans l'histoire des luttes de classes où les mutation à l'oeuvre supposent pour les révolutionnaires des refondations, c'est-à-dire des redéfinitions d'ampleur concernant le programme, les orientations et les politiques de construction, les modèles organisationnels. La véritable fidélité aux acquis fondamentaux du marxisme révolutionnaire n'a alors de sens que si elle permet de raisonner les redéfinitions nécessaires. Nous sommes dans une telle période. L'enjeu du congrès pour nous, c'est d'abord cela : faire la démonstration que la LCR est capable de se confronter à ces questions; non pas certes de les résoudre toutes (il y faudra du temps, de l'énergie, des luttes), mais de les considérer sérieusement, d'en poser les principaux termes, d'en examiner les principales implications pour l'intervention et le fonctionnement, et surtout les enseignements nécessaires pour intervenir dans la recomposition du mouvement ouvrier. Il n'y a pas de tâche plus urgente. Sans un effort considérable dans cette direction, les effets combinés de la désorientation et du conservatisme nourriront la sclérose et la paralysie.

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Le projet de thèses que nous présentons est cohérent avec ce point de départ. Il demeure sans doute bien imparf<rit au regard de l'ampleur de l'ouvrage à accomplir; il a d'abord pour fonction d'expliciter un cadre général d'analyse de la situation, et d'orientation dans ce qui nous paraît être l'enjeu fondamental pour la LCR : savoir pour quel projet et sur quelle ligne elle tentera de peser dans la recomposition du mouvement ouvrier pour contribuer à ce que s'en dégage une issue socialiste, et donc une force politique révolutionnaire.

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I. UNE PERSPECTIVE SOCIALISTE CONTEMPORAINE 1.1 LES TRANSFORMATIONS DU CAPITALISME. ..

a) La longue phase d'expansion qu'ont connue, de 1945 au début des années 1970, les pays capitalistes développés a profondément bouleversé les structures de ces sociétés, celles de l'économie, des configurations de classe, celles de l'Etat dans son organisation interne et ses relations avec la société.

La croissance capitaliste se fit dans le cadre d'un régime d'accumulation dans lequel l'augmentation forte de la productivité permit tout à la fois celle des profits et des revenus réels des salariés, se traduisant par l'essor de la consommation de masse.

La structure de classe de la société fut bouleversée : à la forte réduction du poids absolu et relatif de la population active agricole et des couches traditionnelles de la petite bourgeoisie répondit l'extension du salariat qui représentait 62% de la population active en 1950 et 83% aujourd'hui.

Cette extension du salariat a concerné, dans un premier temps du moins, le prolétariat industriel" classique" mais s'est encore plus nettement traduite par le développement de nouvelles couches salariées. Cela s'est produit avant tout dans le secteur tertiaire (transport et télécommunications, banques, distribution, secteurs de la santé, des loisirs, de la culture, fonction publique de l'Etat et des collectivités locales ... ). L'intégration montante de la science et de la technologie dans les processus productifs, la complexité accrue des forces productives, le rôle croissant de l'organisation et de l'information dans leur maîtrise de leur développement, ont rendu nécessaire l'élévation de la qualification moyenne du travail et accéléré le développement des couches techniciennes. Le niveau culturel de la société s'est fortement élevé, ce dont témoigne en particulier le fort développement de l'institution scolaire devenue, à côté de la famille, le cadre fondamental de socialisation de la jeunesse.

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Si on exclut des salariés les "patrons salariés" et les cadres supérieure qui leur sont directement inféodés, on peut dire que le prolétariat - au sens de l'ensemble des travailleurs qui pour vivre doivent vendre leur force de travailreprésente environ les trois-quarts de la population active française. Il ne comprend donc plus seulement des ouvriers directement productifs mais un nombre croissant d'employés, de travailleurs intellectuels, de techniciens, de cadres moyens.

L'Etat bourgeois lui-même s'est fortement transformé durant la période d'expansion. Sa nature de classe et ses fonctions répresives demeurent, mais d'autres fonctions apparaissent ou s'étendent : extension considérable des fonctions économiques, directes ou indirectes, des fonctions de reproduction sociale (santé, logement, sécurité sociale, école ... ); rôle accru dans la formation des revenus (SMIC, conventions collectives ... ); développement des fonctions idéologiques et de contrôle social. De plus, le rôle de l'Etat daris la lutte et les compromis entre classes sociales s'accroît par de multiples biais (politique salariale, législation sociale, reproduction de la force de travail, etc.) suscitant par là de nouveaux processus d'intégration des organisations syndicales à la gestion de l'ordre social.

Cette extension des fonctions l'Etat se traduit par une diversification importante des institutions publiques et parapubliques, faisant que l'Etat apparaît de plus en plus imbriqué avec la société civile. Par ailleurs, la croissance du revenu des travailleurs et de leur niveau de consommation, ces transformations de l'Etat, des classes sociales et des conditions de leurs luttes, ont donné à l'Etat et à la démocratie parlementaire bourgeoise des éléments accrus de légitimité par rapport à ceux dont ils disposaient jusque dans les années 1930.

b) Cela transforme les conditions de la lutte pour le socialisme.

Et cela d'autant plus que les expériences du "socialisme réel" sous les yeux des travailleurs, celles de l'Union soviétique et des pays de l'Est sont hideuses et fonctionnent de plus en plus comme des repoussoirs, tant du point de vue du développement économique que de l'émancipation sociale, et a fortiori de la démocratie politique. La cristallisation bureaucratique en Chine, au Vietnam, à Cuba, l'horreur cambodgienne, rompent le fil qui, de la lutte nationale à la libération sociale, portait les espoirs d'une large avant-garde. L'écrasement et la répression des mouvements de masses antibureaucratiques en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Pologne accentuent cette mise en question fondamentale de la perspective socialiste révolutionnaire. Si la démonstration historique a été faite qu'il était possible de rompre avec le capitalisme, aucune démonstration pratique convainquante à une échelle de masse n'a été faite que le prolétariat était capable de construire une société socialiste développée supérieure aux sociétés bourgeoises. Et c'est bien d'abord la légitimité et la crédibilité de cette perspective qu'il faut refonder.

D'ailleurs, les crises sociales et politiques qui interviennent dans divers pays européens à la fin des années 1960 et au début des années 1970 ne débouchent sur aucune victoire révolutionnaire. Elles illustrent un haut niveau de combativité ouvrière et diverses voies de radicalisation, mais elles n'ont nulle part débouché sur une dynamique de généralisation de processus d'auto-organisation ouvrière aboutissant à poser à une échelle de masse la question d'un affrontement centralisé avec l'Et.at. On ne peut expliquer cela seulement par l'efficacité de la trahison des directions, ce qui ne permet en fait que de faire rebondir la question sur les conditions du maintien de leur emprise, dont il faut rechercher les racines dans les transformations des conditions d'activité de la classe ouvrière, dans les voies d'évolution et de différenciation de la conscience de classe. Les crises, si elles ont favorisé le développement de diverses organisations révolutionnaires, n'ont nulle part conduit à ce que le développement soit tel qu'il permette aux révolutionnaires de disputer pratiquement une influence de masse sur le mouvement des travailleurs aux organisations traditionnelles et à leurs directions. Ces organisations ont en fait durant cette période conservé leur fonctionnalité pour la majorité des travailleurs, même si (on y reviendra) les rapports qu'elles entretiennent avec eux se sont transformés.

Par ailleurs, l'expansion du capitalisme a fait apparaître de nouveaux acteurs sur la scène politico-sociale : la croissance capitaliste et la crise de rapports sociaux bourgeois en retard sur l'évolution technique, culturelle, sur les transformations sociales, ont créé de nouvelles contradictions se concrétisant dans l'émergence de mouvement sociaux critiques du capitalisme, mais ne se reconnaissant pas dans le mouvement ouvrier, ses références stratégiques, ses politiques, ses formes d'organisation.

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Le mouvement de la jeunesse scolarisée, apparu au début des années 1960, est le produit de l'inadaptation profonde du système de formation face aux besoins de scolarisation massive de la jeunesse et à la volonté d'émancipation des modes de vie.

Le mouvement des femmes, apparu à la fin des années 1960, a une portée encore plus fondamentale: en effet, la remise en cause de l'oppression des femmes et du pouvoir masculin modifie les données de la lutte d'ensemble pour le socialisme. Elle n'est pas seulement une mise en cause des structures de classe qui renforcent et pérennisent la domination des hommes, elle est une attaque frontale contre les racines mêmes de tout pouvoir et va jusqu'aux origines inconscientes de l'esprit de domination. L'objectif d'égalité réelle qu'elle se fixe représente la plus haute conquête culturelle de l'humanité puisqu'il implique la négation d'un rapport social antérieur même à la division de la société en classes. L'intégration de cette dimension au programme révolutionnaire ne peut signifier dès lors seulement le soutien aux revendications des femmes, mais la reconnaissance de son aspect stratégique, de son autonomie, et l'adoption de sa problématique fondamentale.

Les mouvements écologiques sont nés en réaction aux "dégâts du progrès", au type d'industrialisation et de production secrétés par l'expansion capitaliste et par les graves déséquilibres écologiques qu'elle a induits. Par là, ils se retrouvent porteurs d'un questionnement sur la finalité même de la croissance économique et sur la maîtrise de la technologie, fondamental pour toute perspective socialiste authentique.

L'ensemble de ces éléments met en cause les stratégies révolutionnaires héritées des modèles du passé. En Europe et en Asie, les ruptures avec le capitalisme depuis 1917 ont été issues soit de luttes et guerres de libération nationale, soit de l'effondrement d'un appareil étatique affaibli par une guerre et cédant rapidement à l'offensive d'un parti révolutionnaire, soit de la présence dans un territoire des armées staliniennes.

Dans l'Occident capitaliste développé, une victoire éventuelle d'un processus révolutionnaire ne pourra intervenir que selon des formes radicalement différentes. Quelques éléments balisent cela, qui, loin d'être conjoncturels, tiennent aux transformations fondamentales du capitalisme. 1.2. ET L'ACTUALISATION NECESSAIRE DU PROJET SOCIALISTE a) Pourtant, si les cartes historiques sont brouillées, la situation du monde contemporain confirme dramatiquement la nécessité non de renoncer à la perspective d'une rupture radicale avec les systèmes bourgeois ou bureaucratiques, mais à l'inverse d'en recréer les conditions et donc d'abord d'en définir les lignes de force. Alors que dans les années 1960, le capitalisme pouvait donner l'illusion, au moins dans les pays développés, d'avoir surmonté ses contradictions principales et d'assurer aux salariés une hausse du niveau de vie et une situation proche du plein emploi, il n'en est plus de même à présent. La réalité de la crise aujourd'hui, c'est celle d'un chômage de masse et du retour de la pauvreté. Dans les pays du Tiers-monde, c'est celle de l'aggravation qualitative de la situation des masses ouvrières et paysannes dans la plupart des pays. Enfin, les Etats bureaucratiques manifestent de manière de plus en plus évidente non seulement le gouffre qui les sépare des objectifs socialistes et démocratiques mais même leur incapacité à faire preuve d'une efficacité économique égale ou supérieure à celle des pays capitalistes développés.

Notre point de départ fondamental est que seules la démocratie socialiste et l'autogestion sociale généralisée sont à même d'apporter une solution progressiste au développement de l'humanité. Que seule une organisation sociale basée à la fois sur la socialisation de la production et sur la démocratie la plus complète est à même de répondre aux principaux problèmes de l'humanité. Et que cet objectif ne peut être réalisé que par le prolétariat.

Comme les marxistes révolutionnaires l'ont toujours affirmé, cette transformation socialiste de la société n'est possible que par une révolution sociale; elle ne se limite pas mais implique le démantèlement de l'Etat bourgeois et la naissance d'institutions politiques et sociales nouvelles; elle suppose à un certain stade de son développement une épreuve de forces avec la bourgeoisie.

b) Mais l'essentiel, à partir de ce point de départ, est de ne pas en rester là et d'expliciter les conditions nouvelles de la lutte pour le socialisme, les références et les choix stratégiques fondamentaux qu'il faut défendre pour donner crédit à

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cette perspective. Il ne peut en effet se fonder sur les expériences du passé, il est même en un sens épuisé.

Loin en effet de constituer un modèle que toute révolution prolétarienne devrait suivre, la révolution d'Octobre n'a constitué qu'une modalité spécifique de celle-ci, qui d'ailleurs n'a été suivie par aucune des révolutions victorieuses postérieures (Chine, Yougoslavie, Cuba, Vietnam, Nicaragua). La forme et le contenu de la révolution d'Octobre sont inséparables des conditions de la Russie au début du siècle : nature de l'Etat tsariste et mécanisme de son effondrement dans une situation de guerre européenne, absence de traditions parlementaires, " société en majorité paysanne et rurale, jeunesse et caractère largement clandestin du mouvement ouvrier ... Une révolution socialiste dans un pays comme la France serait à coup sûr profondément marquée par les caractéristiques de ce pays :importance et ancienneté des traditions parlementaires conférant une forte légitimité aux institutions démocratiques bourgeoises, structuration du mouvement ouvrier par des organisations réformistes, "positions" acquises par les salariés en termes de niveau culturel et de niveau de consommation, type d'articulation de l'Etat à la société et diversité de ses fonctions ...

* La victoire éventuelle d'un processus révolutionnaire ne pourra être que l'issue d'une crise révolutionnaire de longue durée qui, loin de se limiter à une phase d'affrontement centralisé pour le pouvoir d'Etat, se déploiera aux divers niveaux du fonctionnement et de régulation de la société. Comprendre la révolution comme un processus et non comme un moment est essentiel pour agir aux divers niveaux où se déploie la légitimité bourgeoise, mais aussi où elle devra être subvertie, et pour disposer de réponses et de formes d'action adaptées à leur diversité. C'est donc une condition tant pour une mobilisation révolutionnaire que pour jeter les bases d'une réorganisation socialiste. Celle-ci en effet ne se réduit pas à un basculement du pouvoir politique; elle suppose un remodelage de l'ensemble des fonctions économiques et des relations sociales, qui impliquera lui-même avancées, reculs, expérimentation, et un remodelage qui ne peut être qu'un processus conscient.

* Le niveau culturel des travailleurs, leurs expériences sociales et politiques, le bilan des Etats bureaucratiques, mais plus encore la nature et la complexité des tâches à remplir pour vaincre dans un tel processus révolutionnaire et réorganiser la société Sl)r d'autres bases, impliquent en effet une activité à une échelle de masse guidée par la conscience des buts et des moyens. C'est notamment pour cette raison qu'un approfondissement qualitatif de la démocratie et de l'auto-organisation est une condition tant de la victoire révolutionnaire que de la réussite d'un processus de transition.

Une telle victoire suppose en effet un dépassement des divisions, des clivages, des aliénations que suscite en permanence le capitalisme, et pour cela une élévation considérable du degré d'auto-activité, seule à même de garantir que ce dépassement débouche sur une force collective supérieure, consciente non seulement de ce qu'elle refuse mais aussi de ce pour quoi elle se bat, et par là en situation de lutter et d'imposer ses solutions sur l'ensemble des terrains du pouvoir bourgeois.

De plus, la réorganisation socialiste de la société est impossible "d'en haut". A l'inverse du capitalisme dans lequel la "socialisation" opère largement par le marché, le développement d'une société socialiste ne peut être qu'un processus conscient fondé sur les énergies et les capacités des producteurs librement associés. Cela suppose, non seulement une décentralisation poussée des décisions au niveau où elles peuvent être raisonnées et exécutées avec le maximum d'efficacité sociale, mais aussi une participation entière de ceux qui sont concernés par ces décisions, et en particulier la prise en charge de la gestion des entreprises par leurs salariés.

Une économie socialiste ne peut être qu'une économie planifiée. Mais la planification, si elle fournit les orientations de long terme nécessaires, si elle vise une cohérence globale, ne peut décider de tout. Ce serait d'ailleurs techniquement impossible, économiquement contre-productif, et socialement démobilisateur. Le marché, le contrat, conservent des fonctions non négligeables, non seulement dans des secteurs encore aujourd'hui non organisés sur un mode capitaliste (l'agriculture par exemple) mais aussi dans d'autres secteurs économiques.

Cet essor de l' "autogouvernement" ne peut concerner le seul terrain de la production. Le socialisme vise fondamentalement l'émancipation sociale et la maîtrise par l'humanité de son développement. C'est donc aussi sur les terrains de l'organisation de l'espace urbain et rural, du logement, de l'éducation et de la culture, de la santé, que cette maîtrise doit s'exercer et trouver les cadres démocratiques et sociaux de cet exercice.

C'est cette conception d'ensemble de l'organisation de la société que nous nommons l'autogestion sociale généralisée.

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* Fondamentalement, l'autogestion ne peut être comprise seulement comme la référence à un modèle idéal, celui du socialisme que nous voulons.

Elle représente une dimension incontournable de la stratégie révolutionnaire elle-même, du point de vue de l'élévation nécessaire du niveau de conscience, de l'expérimentation pratique de la supériorité des solutions socialistes, de l'élargissement des mobilisations pour ces solutions, et de la vigilance fondamentale contre les risques de bureaucratisation.

Mais elle est aussi aujourd'hui, une condition de maîtrise du développement des forces productives modernes. Leur dynamique tant technique et sociale procède en effet de plus en plus d'éléments complexes d'organisation, d'information, de qualification, et de la socialisation de ces éléments, dont l'efficacité et la productivité sont d'autant plus grandes qu'ils sont maîtrisés par les travailleurs qui les mettent en oeuvre. En ce sens, l'autogestion devient un "facteur de production", une dimension de l'accroissement encore nécessaire pour l'émancipation sociale et la libération de l'individu, de la productivité du travail et des machines. Elle est aussi le cadre nécesaire de la discussion sur la finalité sociale et écologique de la production et des techniques.

Ajoutons que la problématique autogestionnaire est aujourd'hui un élément clé des luttes sociales ici et maintenant. L'aspiration à l'autogestion, la volonté de contrôle collectif des luttes sont des dimensions essentielles des luttes de la jeunesse et des travailleurs, pratiquement en ce qu'elles sont des conditions de la mobilisation, politiquement par la force des aspirations qu'elles révèlent.

* De même, le pluralisme politique, la garantie des droits et libertés démocratiques ne peuvent être conçus comme des éléments conjoncturels, ou pire des concessions tactiquement nécessaires, mais d'abord comme des acquis fondamentaux pour les travailleurs, un point d'appui pour les mobilisations, et une condition pratique et politique pour que les débats et divergences inévitables dans un processus de transition trouvent des issues faisant progresser l'expérience collective des travailleurs.

Cette condition ne peut être réalisée sur la seule base d'une garantie juridique (encore que celle-ci ne soit pas mineure). Elle doit s'incarner dans des modalités et des institutions d'un pouvoir socialiste, démocratique et autogestionnaire, c'est-à-dire donnant à la démocratie son contenu social, mais soumettant aussi la réorganisation socialiste à l'impératif démocratique (depuis la ratification majoritaire d'une nouvelle constitution, par exemple, à la garantie permanente du libre exercice du suffrage universel). Par ailleurs, il est clair que la démocratie socialiste ne peut s'exercer seulement dans le cadre de l'entreprise.

D'une part, il sera nécessaire que participent à la démocratie socialiste ceux qui ne participent pas au travail salarié (personnes au foyer, retraités, travailleurs indépendants ... ).

Par ailleurs, la nature des tâches à remplir dans le cadre d'un processus de transition impose des débats et des choix dépassant largement le terrain de l'entreprise, puisqu'ils concernent l'ensemble des relations sociales et des conditions de vie.

Enfin, la légitimité acquise depuis un siècle par la démocratie parlementaire représente une dimension incontournable.

Ces divers éléments font que l'issue positive d'une crise révolutionnaire et le développement de la transition au socialisme supposeront la combinaison des institutions de démocratie représentative et d'institutions de démocratie (directe ou partiellement déléguée) des producteurs structurés sur une base d'entreprise.

On peut se réclamer en ce sens, en ce qui concerne la forme de la démocratie socialiste autogestionnaire, du programme pour la République autogérée de Solidarnosc, associant une chambre socio-économique autogestionnaire et une chambre représentative de l'ensemble des citoyens sur une base territoriale.

D'ailleurs, cette distinction entre structures constituées sur la base de l'entreprise et structures fondées sur une base locale se retrouve dans une phase de crise pré-révolutionnaire ou révolutionnaire. Comme on l'a constaté dans de nombreuses crises sociales (les exemples du Chili et du Portugal étant particulièrement nets), un processus massif d'auto-organisation ne se limite pas aux entreprises, mais s'ancre également dans le terrain local (comités de quartier, de locataires, ou chargés de diverses fonctions).

Enfin, le pluralisme nécessaire ne peut concerner seulement les organisations politiques. Il implique aussi la reconnaissance du pluralisme des sujets de la transformation sociale et donc le respect de l'autonomie d'activité, d'élaboration, de mouvements sociaux sur divers terrains. Leur rôle est essentiel, tant pour l'enrichissement du programme de la révolution et du socialisme, que pour garantir l'association et la coopération des diverses forces véritablement intéressées à un projet d'émancipation sociale, mais aussi pour

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éviter la dégénérescence dans un tel processus. Or, les logiques dont sont porteuses ces mouvements ne s'identifient pas spontanément avec celles du mouvement ouvrier, fut-il révolutionnaire. Vis-à-vis de ces mouvements, aussi bien pour aujourd'hui que pour demain, la problématique fondamentale du mouvement ouvrier se pose dès lors en termes de convergence, de débat, de fécondation réciproque, et non en termes de subordination, fut-elle indirecte ou insidieuse. 1.3. QUELQUES ENSEIGNEMENTS FONDAMENTAUX

Plusieurs éléments découlent de ces prémisses.

La) La nécessité d'une orientation unitaire permanente pour les révolutionnaires n'est pas un élément conjoncturel, dû par exemple au rapport de forces actuel avec les organisations réformistes et leurs directions (rapport de forces qui de toutes façons n'est lui-même pas conjoncturel). Elle renvoie plus fondamentalement au fait que les révolutionnaires ne sauraient faire avancer leur cause sur la base d'une propagande abstraite et dans une situation d'extériorité par rapport à l'expérience des travailleurs, et qu'ils doivent faire la preuve de leur fonctionnalité en se confrontant en permanence au mouvement réel des travailleurs et aux autres courants politiques.

Par ailleurs, cette orientation unitaire ne peut se limiter à une tactique politique unitaire. Elle se doit de répondre à une question stratégique, la différenciation des niveaux de conscience et des situations qui a accompagné l'élargissement social du prolétariat, et que la crise a fortement accentuée. Elle doit viser à ce que se construisent des cadres de mobilisation et d'expérimentation permettant que cette différenciation soit dépassée, ce qui suppose que soient développées des perspectives de lutte autour desquelles ces cadres puissent vivre.

b) Le programme du socialisme aujourd'hui ne peut se limiter aux acquis d'expériences historiques, témoins, sur des aspects essentiels, d'une étape révolue du capitalisme. Il doit retrouver une légitimité historique à partir des données fondamentales de l'époque actuelle, en_particulier sur deux points: - le contenu que nous donnons au socialisme et à l'exercice du pouvoir, le modèle d'organisation sociale et politique pour lequel nous luttons, la signification fondamentale de la référence à l'autogestion; - l'actualisation des références transitoires. Comprendre en effet une crise révolutionnaire comme un processus de longue durée, comprendre l'imbrication de l'Etat et de la société civile, conduit à reconnaître que la bataille se gagnera (ou se perdra) aussi à travers des luttes dans le champ des institutions gestionnaires de la reproduction sociale, et par l'expérimentation pratique de la supériorité des solutions socialistes. Cela suppose à la fois une réflexion, une élaboration, sur les conditions d'exercice d'un ensemble diversifié de fonctions dans une société de transition - élaboration dont la LCR est encore largement dépourvue - ainsi que des objectifs de mobilisation et des propositions permettant que des luttes s'engagent et soient liées à un projet global. Cette actualisation est d'autant plus nécessaire dans la situation de crise structurelle du mouvement ouvrier (cf. infra).

Un élément dominant de la conception traditionnelle des revendications transitoires consiste à admettre implicitement que leur force politique réside dans le paradoxe suivant : aspirations et objectifs supposés portés par la grande majorité des travailleurs, les revendications transitoires sont inintégrables dans le cadre du système capitaliste, et débouchent ainsi sur une radicalisation accrue en permettant de poser à un niveau de masse la question de la rupture et de la conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

Une telle démarche, qui n'a d'ailleurs jamais véritablement fonctionné dans un pays capitaliste développé, perd d'autant plus de son efficacité dans un contexte de crise structurelle du mouvement ouvrier, marqué par une absence de crédit de la perspective révolutionnaire. Face à cela, les révolutionnaires doivent repenser un programme de transition non pas "au rabais" mais adapté aux contradictions contemporaines du capitalisme : non seulement sur les réponses nécessaires face à xies problèmes renouvelés de la société (le féminisme, l'écologie, la maîtrise de la technologie, la gangrène bureaucratique), sur les voies et les moyens d'une rupture anticapitaliste dans une économie internationalisée, sur les modalités d'un exercice socialiste de fonctions diversifiées de reproduction et de régulation sociale (l'école, la justice, etc.), mais surtout sur le maniement de ces réponses, leur formulation en termes

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d'objectifs de lutte. Pour cela, la dimension propositionnelle de notre démarche revendicative doit dans ce contexte acquérir une place centrale. Ceci doit se matérialiser notamment par une démarche en termes de contre-plans, c'est-à-dire proposant à l'occasion de chaque lutte partielle un ensemble de propositions crédibles car articulées entre elles et tenant compte de la réalité des rapports de forces, mais dont le socle est constitué par une autre logique sociale : la défense et l'extension des droits sociaux, les valeurs d'égalité et de solidarité, l'utilité sociale de la production, la remise en cause de la division capitaliste du travail, la préservation des équilibres écologiques, une maîtrise accrue des travailleurs sur leurs conditions de travail et de vie ...

La fonction de cette démarche n'est donc pas d'abord de faire la démonstration que les revendications qu'elle porte sont inacceptables par le capitalisme (car si cette conviction est partagée, le résultat le plus fréquent ne sera pas une mobilisation à un degré supérieur pour l' "intégralité du pouvoir prolétarien", mais l'absence de mobilisation), mais de permettre une expérimentation tout à la fois pratique et politique- c'est-à-dire dans la lutte et la mobilisation, et dans l'apprentissage d'une logique de contrôle et de gestion sociaux. C'est là un élément nécessaire, non seulement pour redonner crédit à une perspective socialiste plus globale, mais aussi pour lui donner ses meilleures fondations, une problématique autogestionnaire.

c) Le renouvellement du projet socialiste qu'imposent les transformations contemporaines du capitalisme et du salariat, ainsi que le bilan des expériences historiques, n'invalide en rien la nécessité d'oeuvrer à la construction d'une organisation révolutionnaire visant une audience de masse. Au contraire, on pourrait dire en un sens que la problématique autogestionnaire confronte les organisations se prétendant d'avant-garde à des exigences accrues. Plus s'accroît en effet le degré de complexité sociale, culturelle, technique, de la société, et plus une victoire révolutionnaire doit être comprise comme l'aboutissement d'un processus subvertissant la légitimité bourgeoise et imposant un autre type de légitimité sur la base d'un ensemble de mobilisations et de pratiques sociales ancrées dans divers champs. Et plus, pour cela même, s'accroît l'importance des fonctions de synthèse pratique et programmatique. Certes la fonction d'une organisation révolutionnaire n'est pas seulement de porter un programme synthétisant les plus hautes leçons de l'histoire et du mouvement sociale. Cette fonction est cependant fondamentale, car elle est la première condition de sa pratique et de son utilité, au regard de ses objectifs historiques, mais également au regard de ses initiatives, ici et maintenant, comme pendant un processus révolutionnaire. Cependant, si la nécessité d'oeuvrer à la construction d'une organisation révolutionnaire n'est pas mise en cause, son rôle, les modalités de sa construction doivent par contre être réenvisagés au regard du renouvellement nécessaire du projet socialiste. Son rôle premier doit être, par la qualité de son programme et par ses initiatives, d'aider politiquement et pratiquement l'auto-organisation des travailleurs, élément clé de la victoire d'un processus révolutionnaire. Il n'est pas vain par ailleurs de répéter qu'une telle organisation ne procèdera pas du grossissement concentrique autour d'un noyau s'auto-proclamant "le noyau du parti révolutionnaire".

Les organisations et courants qui aujourd'hui veulent véritablement oeuvrer pour le socialisme devront faire la preuve de leur capacité à mobiliser ce qu'il y a de meilleur et d'incontournable dans les acquis et la méthode du marxisme révolutionnaire pour traiter les questions contemporaines de la révolution. Elles ne pourront le faire, et jeter les bases d'un parti révolutionnaire ayant une audience de masse que sur la base d'une attitude permanente d'ouverture et d'insertion dans la recomposition du mouvement ouvrier. Cela ne se réduit pas ,à une politique unitaire ouverte, mais suppose plus fondamentalement la capacité de débattre des questions strat~giques de la lutte révolutionaaire, de tenir compte et d'intégrer des expériences politiques diversifiées, de s'enrichir de l'apport de mouvements divers. Toute démarche prétendant bomer ce processus et l'enfermer dans telle ou telle étape du développement du marxisme, le léninisme ou le trotskysme par exemple, sera vouée à l'échec. L'identité fondamentale d'un tel processus ne peut être que celle du marxisme révolutionnaire dans ses dimensions critiques et pluralistes. C'est cette identité, ce profil, qui doivent être aujourd'hui ceux de la LCR. C'est d'ailleurs la voie la plus féconde de continuité par rapport à nos acquis, la seule qui crée les conditions d'une réponse attractive à la crise du projet révolutionnaire, la seule qui permette d'intervenir avec ambition et efficacité dans la recomposition du mouvement ouvrier.

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II. LA CRISE ET SES EFFETS SOCIAUX 2.1. UNE CRISE STRUCTURELLE

La crise actuelle est la troisième dépression longue de l'histoire du capitalisme. Elle traduit l'épuisement du régime d'accumulation fordiste basé sur le développement du taylorisme et de la consommation de masse, qui avait porté la croissance économique rapide dans les pays capitalistes développés, de la fin de la deuxième guerre mondiale au début des années 1970.

En ce sens, cette crise peut être analysée partiellement comme une crise classique de surproduction, marquée en particulier par une chute de taux de profit. Celle-ci fut due tout à la fois à l'épuisement de certains types de gains de productivité mais aussi à une croissance des salaires réels supérieure à celle de la production jusqu'au milieu des années 1970, se traduisant par un partage du revenu national alors tendanciellement plus favorable aux salariés.

Mais cette crise n'est pas seulement une crise de la formation du profit. Dans le seul champ de l'économie, et sans même envisager d'autres dimensions, elle est aussi une crise d'ensemble de la régulation du capitalisme à l'échelle internationale, et se combine avec une forte restructuration des techniques et processus productifs. Cette crise de régulation se manifeste en particulier à trois niveaux:

- l'intervention économique de l'Etat entre en crise à partir du moment où les politiques macro-économiques ne parviennent plus à contenir l'inflation tout en maintenant le chômage à un niveau bas. La coexistence durant la décennie 1970 en particulier, d'un fort taux d'inflation et d'un haut niveau de chômage révèle en ce sens la faillite des modèles et des politiques keynésiennes traditionnelles. Cette crise est redoublée par celle de l'Etat-providence à partir du moment où la croissance des coûts d'indemnisation du chômage due aux licenciements et à la faible création d'emplois, celle des coûts de la protection sociale due à l'évolution démographique, à celle des techniques, aux gaspillages des politiques capitalistes de santé, pèsent de plus en plus lourd sur les budgets sociaux et dans les coûts d'utilisation de la force de travail. La bourgeoisie se

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voit alors confrontée à la contradiction entre l'impératif de leur réduction du point de vue de la rentabilité du capital, et celle du maintien du revenu social qu'ils représentent du point de vue du maintien des débouchés.

- une crise financière d'ampleur et d'expression inédite se développe à partir du début des années 1970. Les mécanismes d'ajustement monétaires fonctionnent de plus en plus mal face à l'inflation de dollars à l'extérieur des Etats-Unis et en particulier des créances-dollars dont le recouvrement ne peut être obtenu sans chute des cours. Mais le rôle international du dollar se trouve maintenu alors même que le poids économique relatif des Etats-Unis décline, et que l'impérialisme américain n'est pas en situation d'imposer aux bourgeoisies des choix économiques unifiés. Cela ne peut que nourrir une spéculation monétaire et financière "structurelle". Loin de se résorber, cette dimension de la crise a été accrue par l'élévation colossale du déficit américain financé par des capitaux extérieurs (et maintenant parlà des taux d'intérêts élevés défavorables à l'investissement), et par l'enfoncement dans l'endettement extérieur de pays du tiers-monde potentiellement non solvables.

- la crise de domination politique dans l'espace impérialiste est à l'oeuvre depuis la fin des années 1960. Elle tient profondément à ce que les Etats-Unis, quoique demeurant l'impérialisme dominant, sont un impérialisme déclinant par rapport à ses principaux rivaux, japonais et européens. Mais pour diverses raisons, économiques, politiques ou militaires, aucun des impérialismes rivaux n'est aujourd'hui à même de remplacer les Etats-Unis. Il en résulte une configuration instable qui, si elle n'a pas encore abouti à des fractures du système impérialiste qui en bloquent la reproduction d'ensemble sur le plan monétaire ou commercial par exemple, continue à jouer comme un facteur permanent d'accroissement des contradictions. 2.2 LES SOLUTIONS CAPITALISTES A LA CRISE

A la faveur de la crise, de profondes transformations s'opèrent dans les processus productifs, dans le salariat, dans le dispositif des classes, en particulier sous l'effet des politiques bourgeoises.

a) Si les spécificités nationales dans ces politiques demeurent importantes, des traits communs fondamentaux se dégagent permettant de dessiner les grands axes de ces politiques :

-la modification du partage de la valeur ajoutée :elle vise une redistribution du revenu national plus favorable aux profits et pour cela à comprimer les salaires réels et remettre en cause divers éléments des dispositifs de protection sociale et d'indemnisation du chômage hérités du passé;

- les restructurations industrielles : sous l'effet de la concurrence et des relocalisations de la production, du tarissement de la demande solvable dans certains secteurs, et aussi pour briser des concentrations ouvrières, des branches entières se voient restructurées en profondeur, au prix de licenciements massifs.

- une nouvelle gestion de l'emploi et du travail : elle vise une gestion décentralisée de la force de travail, la flexibilité des horaires et des conditions d'utilisation des machines, la mise en cause de diverses dispositions du code du travail, le développement par divers biais de la précarité du travail. Par ailleurs, diverses tentatives recherchent l'intégration et la participation du salariat aux stratégies d'entreprises (cercles de qualités, etc.).

- le développement des nouvelles technologies : par là, le patronat recherche la mobilisation des gains de productivité représentés en particulier par l'informatique et la robotique mais aussi le remodelage des collectifs de travail et des qualifications.

- la dérégulation : à des niveaux divers et selon des formes différentes, toutes les bourgeoisies sont engagées dans des politiques libérales : mise en cause du contrôle des prix, privatisation, déréglementation financière, offensives libérales sur le terrain de l'éducation, extension du champ de la concurrence, etc.

b) Les points marqués par la bourgeoisie sont d'ores et déjà importants même s'ils ne suffisent pas à relancer une dynamique d'accumulation stable. Le relèvement du taux de profit est réel depuis quelques années. En France, la part de l'excédent brut des entreprises dans la valeur ajoutée a retrouvé son niveau de 1973-1974. La désindexation salariale a été imposée dans plusieurs pays. L'austérité s'est généralisée. Des concentrations ouvrières significatives ont subi de fortes défaites (Fiat en Italie, la sidérurgie dans la CEE, les chantiers

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navals en Espagne, les mineurs anglais, l'automobile aux Etats-unis par exemple). Ces défaites sont d'autant plus significatives qu'elles ont touché des "coeurs" historiques du prolétariat industriel jusque là fortement structurés. Il en découle un fort affaiblissement du mouvement syndical et des effets cumulatifs dans la conscience ouvrière, en particulier dans le secteur privé et au-delà même des ces "bastions" traditionnels. De plus, diverses défaites ont été imposées sur le terrain de la flexibilité, que ce soit dans certaines branches ou dans des entreprises de base. ,

Par ailleurs, les gouvernements et les banques internationales ont réussi jusqu'à présent à maintenir leur cadre de coordination internationale, dont témoigne par exemple la gestion initialement concertée de la baisse du dollar, et les réponses coordonnées face aux menaces directes de krach bancaire.

Ces succès et offensives de la bourgeoisie ont rejeté la classe ouvrière sur la défensive et lui ont infligé des défaites significatives, en même temps que son degré d'organisation a été affaibli. C'est en ce sens qu'il est possible de parler d'une période de recul depuis le milieu des années 1970, ce dont témoigne par exemple en France la chute régulière du niveau d'activité gréviste jusqu'en 1986. Ces éléments se combinent bien sûr avec les effets sociaux de la crise, les effets des politiques des organisations traditionnelles, l'approfondissement de la division syndicale. Ils imposent de constater une inversion des rapports de forces par rapport à ceux prévalant à la fin des anénes 1960 et au début des années 1970, et cela à l'avantage de la bourgeoisie, qui a eu l'initiative dans les affrontements qui se sont déroulés.

c) Pour autant le mouvement ouvrier n'a pas été écrasé. Toute capacité d'organisation et de riposte n'a pas été anéantie, l'ensemble des positions sociales des travailleurs n'a pas été pulvérisé. Telle n'a pas été d'ailleurs la portée et la visée des offensives bourgeoises dans les pays capitalistes développés. Il reste que la crise n'est pas surmontée, que de nouvelles offensives sont prévisibles et qu'elles donneront lieu à de nouveaux affrontements. Mais la question la plus immédiate n'est pas de réitérer ce pronostic, mais de savoir à quel type d'offensive et d'affrontement nous devons aujourd'hui nous attendre et nous préparer. Ils ne se valent en effet pas tous du point de vue du déroulement concret des luttes de classe et des réponses à y apporter. Jusqu'à présent l'offensive bourgeoise n'a pas pris la forme d'un affrontement unifié et centralisé, visant par exemple une baisse massive du pouvoir d'achat des salariés, une remise en cause fondamentale de la protection sociale, la mise en place de gouvernements forts sortant du cadœ parlementaire, le démantèlement des droits syndicaux. Elle n'en a pas eu en effet véritablement besoin : ni les contradictions économiques ni les luttes de classes n'ont eut un développement tel qu'elles imposent comme seule issue un affrontement centralisé de ce type, et cela d'autant plus que les positions sociales acquises par les travailleurs ont représenté en un sens un" amortisseur" de la crise (et auraient constitué un puissant facteur de riposte si de telles solutions avaient été expérimentées). De plus, les bases politiques du pouvoir de la bourgeoisie n'ont été véritablement menacées dans aucun pays capitaliste développé. Ce pouvoir politique s'accomode d'ailleurs de diverses modalités d'exercice et par exemple de phases politiques d'alternance entre des gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates. Cela témoigne en un sens de ce que le type de solutions patronales à la crise n'impose pas un mode unique de gouvernement et ménage l'espace de compromis partiels (ou si l'on préfère de défaites partielles) qui sont encore aujourd'hui gérables par des partis ouvriers.

d) Aucun de ces éléments ne dessine aujourd'hui la perspective d'une sortie de la crise, pas plus celle d'une sortie "douce" que celle d'une sortie "apocalyptique". La sortie de la récession de 1981-1982 ne débouche pas sur une phase de forte croissance et peut se dénouer par l'entrée dans une nouvelle récession. Le chômage en particulier apparaît bien aujourd'hui comme un chômage de masse, structurel, durable. Ce qui se dessine est en fait la perspective d'une crise de longue durée, vis-à-vis de laquelle les analogies historiques dont nous disposons, en matière d'issue à une telle crise, ne sont que de peu d'utilité. Pour autant, s'il pas possible de prévoir la forme de son issue, qui dépendra largement des luttes de classes, il est légitime de considérer aujourd'hui que les offensives et affrontements prévisibles à court terme vont prendre plus la forme d'un approfondissement de ceux qui se sont déjà pour partie déroulés que celle d'un changement qualitatif les faisant passer à un degré et un niveau de centralisation fondamentalement différents. Par là, ne peut être exclue a priori l'hypothèse que la combinaison d'un ensemble de défaites sur divers terrains crée les conditions sinon d'une nouvelle phase historique d'expansion, du moins d'une solution capitaliste à la crise

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suffisamment stable pour conforter à moyen terme le pouvoir de la bourgeoisie. De tout cela ne doit découler aucune résignation, mais à l'inverse des exigences de lutte et des réponses mieux en prise sur la situation. En particulier, loin de conduire à l'attentisme, cela doit au contraire nous conduire à être beaucoup plus attentifs aux formes et aux contenus actuels des offensives bourgeoises plutôt qu'à ceux inspirés par telle ou telle analogie historique ou tel ou tel pronostic combinant catastrophisme et triomphalisme. Car le véritable enjeu est bien de répondre ici et maintenant aux offensive à l'oeuvre et donc aussi d'en comprendre la nouveauté pour mieux y riposter. Que ce soit en effet sur le terrain de la composition du salariat, des techniques et des procès de travail mis en oeuvre, des formes d'entreprises, des politiques de formation, des qualifications et dans bien d'autres aspects encore, la crise et les solutions bourgeoises à la crise redistribuent les cartes et modifient les dispositifs en présence. Ne pas y répondre dans l'attente des affrontements centraux supposés décisifs, ne pas en comprendre les enjeux et les implications pour l'activité ouvrière, ce n'est pas mieux s'orienter, c'est se désorienter, ce n'est pas modifier le rapport de forces, c'est se l'interdire, ce n'est pas jouer un rôle d'avant-garde, c'est reculer. Car les effets de la crise, eux, n'attendent pas. 2.3 LES EFFETS DE LA CRISE a) Celle-ci a eu d'importants effets sur la composition du salariat. Ainsi, de 1974 à 1985, alors que le nombre de salariés progrese faiblement (de 2,6 %), le nombre de salariés dans l'industrie, le bâtiment, les transports et les télécommunications chute de près de 15 %alors qu'il s'accroît de 24% dans le secteur tertiaire, dont les salariés représentent aujourd'hui 56 % de l'ensemble.

Ces évolutions ne sont pas conjoncturelles et cela d'autant moins qu'elles ne sont pas liées seulement à la crise stricto sensu mais aussi à la transformation des mode de vie et de consommation depuis trente ans, et aux conditions différentielles d'évolution de la productivité par branches. Elles n'entraînent pas une déprolétarisation massive de la société et ne promettent pas la classe ouvrière industrielle à la disparition. Leurs effets sont pourtant importants, en particulier dans la culture ouvrière au sens large : l'attitude par rapport aux organisations politiques et syndicales, les réflexes de solidarité, divergent souvent dans les couches nouvellement salariées dans le tertiaire, par rapport à ce qu'était l'identité dominante dans le prolétariat industriel productif classique. Celui-ci a été durement frappé depuis dix ans, ce qui ne peut que rendre plus difficile la transmission de ses expériences de lutte.

b) A côté de cette réduction du poids relatif et absolu du prolétariat industriel, s'opère aussi une réduction de la part des salariés présents dans les grandes entreprises. Ainsi les entreprises de moins de 100 salariés regroupaient 64% des salariés en 1973 et 71% en 1983 (les seules entreprises de moins de 10 salariés accroissent leur part de 17,5% de l'ensemble des salariés à 22,2%). Les entreprises de plus de 100 salariés qui regroupaient 36% de l'emploi n'en regroupent plus que 29% (les seules entreprises de plus de 500 salariés voyant leur part se réduire de 21,6% à 16,5%). Ce constat se vérifierait si on l'examinait au seul niveau de l'industrie. Là encore, il serait absurde de déduire de cela la disparition des grandes concentrations industrielles mais tout autant de nier la réduction de leur poids relatif. Et là encore, l'important est moins l'enregistrement du phénomène que le repérage et l'analyse de ses conséquences du point de vue des luttes de classes (fonctionnement du mouvement syndical, conditions de la solidarité ouvrière, différenciation accrue des situations, transformations dans les conditions d'établissement des rapports de forces, etc.).

c) Enfin, les tendances les plus récentes dans l'évolution des statuts socioprofessionnels confirment voire accentuent des évolutions antérieures : ainsi, alors que de 1982 à 1986 la population active s'accroît de 3,4%, la catégorie "ouvriers" recule de 3,5%, celle des "cadres et professions intellectuelles supérieures" s'accroît de 15%, celle des professions "intermédiaires" de 9%, celle des "employés" de 7%, celle des artisans, commerçants, chefs d'entreprise stagne.

d) A côté des transformations dans le salariat, des changements profonds dans les techniques, les qualifications, les processus productifs s'opèrent aussi, dont la mise en oeuvre est le produit conjoint des innovations scientifiques et technologiques, et des contraintes de rentabilité du capital. Là encore, s'il serait

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absurde d'adhérer à la vision mythique de quelques idéologues considérant que n0us entrons dans une société post-industrielle où la production des biens serait quasi totalement robotisée, il est dangereux de ne pas voir les conséquences des processus à l'oeuvre. Quand dans une entreprise les techniques et les qualification sont remodelées, quand des ateliers sont recomposés, ce qui est mis potentiellement en cause c'est l'identité au travail, le rapport au patronat et à l'encadrement, les formes concrètes de solidarité ouvrière. Si ces processus sont mis en oeuvre sous le seul effet des logiques patronales, ce qui menace alors, c'est un affaiblissement du mouvement ouvrier et des collectifs de travailleurs dans leurs formes d'organisation, leur capacité de riposte, leur conscience et une multiplication des divisions internes à la classe ouvrière.

e) Les effets de la crise, enfin, sont aussi profondément des effets sociaux et politiques. Le chômage de masse et la précarité accrue du travail, les formes d'exclusion sociale, les divisions accentuées des statuts et des qualifications affaiblissent aujourd'hui le monde du travail et dégradent le rapport de forces. Les conditions mêmes de développement des luttes sont modifiées. D'une part, le caractère global de la logique bourgeoise de réponse à la crise devrait rendre plus net le caractère global de l'enjeu et du niveau de réponse ouvrière nécessaire, mais celle-ci se heurte à la dégradation des rapports de forces et de multiples obstacles. D'autre part, les formes concrètes des politiques et des offensives bourgeoises se décentralisent à beaucoup d'égards et se déploient au niveau de l'entreprise, accentuant l'éclatement des situations et la fragmentation de la riposte. Les effets politiques de la crise, enfin, sont importants. Pas plus que d'autres, ils ne sont mécaniquement réductibles à une crise qui serait un élément exogène des affrontements de classes, mais procèdent d'un ensemble : la crise économique elle-même; les stratégies politiques et syndicales, l'expérience des luttes menées, le bilan de l'occupation du gouvernement par la gauche. Les combats non menés, trahis ou perdus, la division politique et syndicale approfondie, le tournant sur l'austérité de la gauche, ont suscité des éléments sérieux de démoralisation et de désarroi. Ces éléments, combinés à la reconnaissance de plus en plus large du caractère structurel de la crise, et à l'absence de dégagement d'une ligne politique révolutionnaire ayant une audience de masse ont suscité des phénomènes d' "intériorisation" de la crise au sein de secteurs non négligeables du salariat et du mouvement ouvrier, au-delà même des fractions dirigeantes des appareils bureaucratiques.

f) Enregistrer et analyser les effets de la crise, loin de conduire à s'y soumettre, vise à permettre de mieux contrecarrer leurs conséquences néfastes, de restaurer des capacités de riposte et de réponses ouvrières à la crise. Cela est d'autant plus nécessaire que les politiques patronales combinent des formes classiques et des formes nouvelles sur des terrains où le mouvement ouvrier est souvent dépourvu de références, de revendications, de cadres de mobilisation. Or, l'enjeu est de taille : il réside moins aujourd'ui dans la menace d'un écrasement du mouvement ouvrier, mais dans celle de la poursuite et de l'aggravation d'une tendance à l'éclatement du monde du travail et à l'accroissement des différenciations.

Créer de meilleures conditions de lutte contre ces politiques suppose de trouver des conditions de mobilisation et des revendications adaptées à leurs formes et leur contenu. Elles ne peuvent se limiter à leur dénonciation, d'une part, et elles doivent, d'autre part, tourner le dos aux risques d'intégration du mouvement ouvrier aux logiques patronales. Refuser en effet de se battre concrètement sur le terrain des offensives patronales, de proposer des réponses crédibles et mobilisatrices, fût-ce au nom d'une (mauvaise) théorisation de l'extériorité du mouvement ouvrier à l'ordre établi, ne pourrait entraîner qu'un affaiblissement accru d'un mouvement ouvrier déjà désarçonné par ces politiques. Prétendre coopérer à leur mise en oeuvre conduirait à inféoder le mouvement ouvrier et à le paralyser davantage.

C'est d'une autre logique qu'il faut partir, celle de la résistance et de la mobilisation, mais qui suppose que soient débattues et expérimentées des contrepropositions face aux solutions patronales sur les divers terrains où elles se déploient. Ces éléments sont une dimension nécessaire de la mobilisation et de l'activité syndicale et un instrument d'explication et de bataille idéologique. Ils participent profondément aussi de notre démarche pour l'alternative (cf. 5.3.).

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3. LA CONJONCTURE POLITIQUE ET LA REACTIVATION DU MOUVEMENT SOCIAL 3.1. LE BILAN DE 1981-1986

L'élection de François Mitterrand à la présidence et d'une majorité ouvrière à l'Assemblée nationale représente une victoire incontestable pour le monde du travail. Mais cette victoire résultait plus d'un désaveu et d'un discrédit du régime Giscard que d'une mobilisation en profondeur des masses pour des solutions anticapitalistes. D'ailleurs la gauche avait obtenu aux législatives de 1981 moins de voix qu'au premier tour des législatives de 1978, malgré l'accroissement de plus d'un million du nombre d'inscrits. Et avant même la mise en place de la "rigueur", les élections qui suivirent 1981 (législatives partielles de janvier 1982, cantonales de mars 1983) traduisirent un recul de la gauche. Cette victoire ne déboucha pas sur de fortes mobilisations sociales, sur un renforcement des organisations ouvrières et encore moins sur des cadres d'auto-organisation.

La politique initiale de relance se heurta au caractère international de la crise, à la faible compétitivité de l'appareil productif français face à ses principaux concurrents, et à la baisse des taux de profits des entreprises. Elle fit place à une politique d'austérité qui ne suscita pas de riposte de masse (hormis dans des secteurs particuliers comme la sidérurgie) et accentua les éléments de désarroi et de démobilisation dans le mouvement ouvrier. A la faveur du tournant de la riguepr, pas plus le PCF que l'extrême-gauche ne virent leur audience s'acctoître, au contraire. Ce sont là des éléments contradictoires sur l'essentiel avec les analyses et les pronostics que fit alors la majorité de la LCR et dont il faut rendre compte :

- Cette politique d'austérité, d'abord gérée par la coalition PS-PC puis par le PS, apparut initialement à certains comme une adaptation conjoncturelle, ne remettant pas en cause les acquis du début du septennat.

- Pour d'autres, et pas seulement au sein des directions syndicales ou politiques, elle apparut comme une nécessité imposée par la crise, la concurrence internationale, la faiblesse de l'appareil productif français. On

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retrouvait à ce niveau les effets d'une intériorisation croissante dans certaines fractions du salariat du discours sur la crise et les contraintes économiques, en même temps que ceux d'évolutions idéologiques plus générales (recul du marxisme dans le champ intellectuel, discrédit de la référence socialiste ... ).

- Plus profondément, la division syndicale maintenue et même accrue entre 1981 et 1986, les défaites survenues avant 1981, l'extension du chômage, la régression des processus de solidarité des luttes (cf. l'isolement de Talbot, par exemple) ont contribué à bloquer toute dynamique nationale de résistance à l'austérité et de bataille pour d'autres choix, dynamique dont bien sûr les directions politiques et syndicales ne voulaient pas. Mais la naissance et le développement d'une telle dynamique auraient supposé un débat de masse dans le mouvement ouvrier sur les voies et les moyens d'une autre politique, les conditions de crédibilité d'une ligne de rupture anticapitaliste, dès lors que la crise et la concurrence internationale n'offraient pas de marge de manoeuvre pour une politique réformiste prétendant améliorer la situation des travailleurs dans un cadre de conciliation avec la bourgeoisie. Or, ce débat de masse n'a pas eu lieu, d'une part, parce qu'il avait été largement absent de la campagne de 1981, d'autre part, parce que les courants qui auraient pu l'animer ne parvinrent pas à le porter et l'articuler à une démarche de mobilisation. La LCR elle-même n'en a alors pas compris l'importance, et ne fut pas capable de le porter au-delà de la réaffirmation d'une intransigeance revendicative non convaincante à une échelle large, et qui peut même apparaître comme un "jusqu'au-boutisme" irréaliste en l'absence d'explications et de programme d'action sur les solutions ouvrières à la crise et les conditions d'une autre politique. 3.2. LA DEFAITE DE MARS 1986

La droite est apparue en France nettement majoritaire, regroupant près de 55% des voix. Alors qu'il y a plus de 2 millions d'inscrits supplémentaires depuis 1978, la gauche perd 2,5 millions de voix par rapport aux législatives de 1978, 1,8 million par rapport à celles de 1981. En fait, c'est la combinaison d'un transfert de voix à droite et d'une moindre mobilisation de l'électorat de gauche qui explique l'échec électoral de 1986.

Mais dans le cadre de cette défaite, des recompositions significatives s'opèrent.

Le PCF perd 54% de ses voix des législatives de 1978 et l'extrême-gauche 55%, les Verts aussi perdent un nombre important de leurs voix, le PS gagnant 22% de ses voix de 1978. Mais ces tranferts ne se font pas selon une somme nulle. En particulier, les gains électoraux du PS entre 197 8 et 1986 sont loin de compenser les pertes du PCF, de l'extrême-gauche et des Verts.

Pour autant, la bonne tenue électorale du PS est un élément marquant de ces élections. Le score du PS recouvre plusieurs éléments conjoncturels ou plus structurels :ce parti est apparu comme le recours le plus crédible face à la droite et à ses projets revanchards, le vote pour ce parti étant alors le vote le plus "utile". Mais à côté de cela existe aujourd'hui une adhésion réelle de certaines fractions du salariat envers une politique de gestion social-démocrate de l'austérité et de la modernisation du capitalisme. Cette adhésion peut être résignée (faute de mieux ... ) ou parfois raisonnée "en positif' sur la base de l'intériorisation de la crise et de l'idée que l'internationalisation des économies bloque toute politique nationale de rupture avec le capitalisme. Tant vis-à-vis de segments de l'électorat bourgeois (par la politique qu'il a menée de 1982 à 1986) que par la place dominante qu'il a acquise dans l'électorat ouvrier, le PS est aujourd'hui en situation de pouvoir espérer être l'axe de phases politiques d'alternance à l'intérieur du système parlementaire et sans rupture avec le capitalisme, situation inédite en france depuis une vingtaine d'années. Cela n'enlève rien à la vivacité des affrontements politiques droite/gauche et au fait que leur issue ne saurait nous laisser indifférents, mais cela interdit de réitérer les analyses et pronostics simplistes qui saluèrent la victoire de 1981, et surtout cela impose de comprendre qu'une perspective socialiste doit être l'objet d'un intense travail de rénovation, d'explication, de débat. Les cartes, en effet, ont été brouillées par la phase 1981-1986 dans la conscience de nombreux travailleurs. Le pronostic d'une montée massive et rapide de la radicalisation contre la politique d'austérité a été infirmé, tout comme celui d'un renforcement de l'audience des révolutionnaires suite à sa mise en oeuvre. A un autre niveau, ce qu'a révélé la phase 1981-1986, c'est une relative déconnexion entre les échéances électorales et leurs issues d'une part, l'état du mouvement social et le niveau des luttes d'autre part, ou plus exactement le caractère simpliste des analyses assimilant victoire électorale des partis ouvriers et montée des luttes

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d'une part, ou d'autres analyses éventuellement, pour lesquelles une victoire de la droite ne peut qu'entraîner un affaissement encore plus grand du niveau d'activité ouvrière. 3.3. LA POLITIQUE DE CHIRAC a) S'il est une chose que 1986 a révélée, c'est que si la gauche était capable de faire une politique de droite, la droite, elle demeure bien la droite et que sa politique n'est en rien une politique de gauche.

Les références des partis conservateurs en France se sont d'ailleurs infléchies (à droite) depuis la fin des années 1970. Plusieurs éléments en témoignent. Le durcissement sécuritaire et xénophobe la contamination d'une partie du personnel politique de droite par l'extrême-droite, les thèmes libéraux fondés sur l'idéologie de la compétition, l'apologie du marché et l'extension de son champ, la sélection et les inégalités sociales.

Pourtant, le libéralisme de combat, promis par certains idéologues, souvent venus de l'extrême-droite, a dû être infléchi. Sur le terrain économique, la politique gouvernementale a mis en place diverses mesures ouvertement favorables aux privilégiés (fiscalité, privatisation, anonymat sur l'or), mais les attaques anti-ouvrières qui les ont accompagnées (flexibilité, austérité salariale, sécurité sociale, droit du licenciement) sont plus apparues dans la continuité d'orientations antérieurement mises en oeuvres ou annoncées que comme des attaque qualitativement différentes (autre chose étant qu'elles puissent être vécues et ressenties différemment). Certaines des réformes envisagées sur d'autres terrains se sont heurtées à une puissante contestation sociale et ont dû être différées ou sérieusement atténuées par rapport aux projets initiaux (université, code de la nationalité).

Enfin, ce gouvernement ne dispose que d'une marge de manoeuvre limitée:

- Sa majorité parlementaire est étroite alors même que - et c'est un élément de poids dans la situation politique actuelle - la crise de direction politique de la droite, loin d'avoir été résolue par la nomination de Chirac au poste de Premier ministre, rebondit dans une situation institutionnelle nouvelle pour la droite. Le RPR est loin d'être le parti hégémonique à droite, il doit sa garder tant sur sa droite qu'au centre, et l'UDF reste un conglomérat tiraillé par des projets divergents.

-La cohabitation, avec la présence de Mitterrand à l'Elysée, restreint sur le plan institutionnel les possibilités d'action du gouvernement. L'échéance présidentielle se profile à court terme. Face à Mitterrand se présentant comme un arbitre, elle impose à Chirac le difficile équilibre consistant tout à la fois à ne pas décevoir les clientèles électorales traditionnelles de la droite, et à recentrer son image pour bénéficier des voix des fractions centristes de l'électorat de droite au deuxième tour.

- Un véritable libéralisme de combat se heurterait aujourd'hui à l'état de la société et des rapports de forces sociaux et politiques, interdisant aujourd'hui à la droite de mener n'importe quel type de politique.

Certaines fractions traditionnelles de la droite y sont opposées et entendent d'abord défendre leurs privilèges sur la base de politiques clientélistes (dans les appareils dominants de la paysannerie ou diverses couches moyennes par exemple), et certaines fractions de la bourgeoisie liées à des segments fragiles de l'appareil productif seraient emportées par une véritable politique libérale. De plus, dans le mouvement ouvrier, certaines forces qui avaient cautionné la politique des gouvernements de 1981 à 1986 se "réveillent" quand il s'agit de s'opposer, fût-ce de manière velléitaire, aux projets de la droite (la direction de la FEN par exemple). Plus profondément le mouvement ouvrier, s'il a été affaibli, n'a pas disparu et dispose de capacités de riposte. Le renforcement électoral du PS interdit aujourd'hui à la droite d'être sûre qu'elle ait reconquis un pouvoir sans partage pour une longue durée. Enfin, la situation conjoncturelle, si elle ne traduit pas l'embellie économique que certains pronostiquaient, ne révèle pas non plus un approfondissement de la crise tel qu'il impose à la droite dans l'immédiat un niveau centralisé et global d'affrontement avec la classe ouvrière.

b) D'où une situation où une droite, pourtant durcie dans ses références idéologiques, imprégnée d'une volonté de revanche à divers niveaux se voit conduite à une politique faite d'attaques et de reculs, et combinant sur le plan politique les appels du pied à l'extrême-droite et la course au centre.

Dans ce type de situation, la cohabitation a été jusqu'à présent maintenue. Face à la concurrence à droite, mais aussi vis-à-vis des fractions "légitimistes"

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de l'électorat de droite, Chirac craignait et craint toujours de payer politiquement le prix d'une rupture du cadre institutionnel. Mitterrand d'autre part, temporairement affaibli par la défaite de mars 1986, entendait utiliser ce cadre pour recomposer les conditions d'un projet d'alternance, impliquant un fonctionnement des institutions de laVe République partiellement différent de celui du passé, souhaité par ailleurs par certaines fractions de la droite. Enfin, la pression des luttes et du mouvement social n'a pas été telle qu'elle conduise à faire éclater le cadre de cohabitation.

Face à cela, et contre les dérives idéologiques consensuelles, nous devons clairement indiquer que la cohabitation ne représente en rien un acquis, un garde-fou, et que nous y sommes d'autant plus opposés que nous récusons l'idée de consensus. C'est le sens que nous donnons par exempe à la revendication nécessaire que Mitterrand ne signe par les ordonnances chiraquiennes. Mais nous ne pouvons aujourd'hui concrétiser cette opposition à la cohabitation par des campagnes d'agitation politique sur des mots d'ordre politique centraux, que ce soit la démission de Mitterrand ou la dissolution de l'Assemblée. Il faudrait pour cela d'autres conditions de rapport de forces politiques et sociales non encore réunies, malgré la réactivation du mouvement social. 3.4. LA REACTIVATION DU MOUVEMENT SOCIAL

La fin de l'année 1986 et le début de l'année 1987 ont vu la renaissance de luttes sociales et ouvrières importantes à un double point de vue, en ce qu'elles indiquent un tournant dans la situation politique issue de la victoire électorale de la droite en mars 1986, mais aussi par la richesse des enseignements qu'elles permettent de tirer.

a) Le mouvement de la jeunesse scolarisée a infligé une défaite de taille au gouvernement. Au-delà du retrait du projet Devaquet et du report des projets Monory dans les lycées, il a représenté une défaite sérieuse de l'idéologie de droite, d'autant plus significative qu'elle est le produit d'une mobilisation de masse dans ce qui forme l'avenir de la société, c'est-à-dire sa jeunesse. Cette victoire a été aussi un coup porté aux tendances à la résignation, au désarroi, au fatalisme, un élément de remobilisation dans le mouvement ouvrier. Nombre de syndicalistes et de militants associatifs se sont identifiés au mouvement étudiant et lycéen, et au-delà même en ont tiré des leçons fécondes. De plus, cette lutte a été exemplaire à beaucoup d'égard : par sa détermination, par son caractère démocratique, par l'auto-organisation, et le contrôle collectif de la lutte, par la place importante qu'y ont eue les filles, mais aussi les beurs, par le caractère unitaire du mouvement, mais également par les valeurs profondes dont il était porteur, celles de la solidarité, de l'égalité, du refus de l'exclusion sociale et de la discrimination. Enfin, cette lutte fut exemplaire au sens premier du terme, parce qu'elle a été victorieuse.

Mb) Les luttes ouvrières qui se sont développées en décembre et en janvier reproduisent certains de ces traits, même si leur issue fut différente. La combativité, la détermination, l'auto-organisation et la volonté d'un contrôle collectif de la lutte les ont profondément marquées.

Après la pause imposée par le succès du mouvement de la jeunesse en ce qui concerne d'autres projets gouvernementaux, elles ont contribué à mettre Chirac en difficulté, et cela par delà leurs issues, d'ailleurs inégales : les marins ont obtenu une victoire partielle sur le terrain de l'immatriculation des bateaux sous pavillons de complaisance; à l'EDF et à la RATP, des concessions salariales non négligeables ont été imposées aux directions; à la SNCF, le report d'une grille sélective visant à indivdualiser les conditions de promotion et donc les salaires a été obtenu. Même si les autres revendications, pour l'esentiel, n'ont pas été satisfaites, la conscience d'une force collective a mûri : tenue en échec par l'intransigeance salariale du gouvernement, elle n'a pas été brisée et réapparaîtra.

c) Ces luttes marquent un tournant dans la situation politique issue du 16 mars. Le gouvernement a été battu, ou mis en difficulté. Il est obligé aujourd'hui de reporter ou d'édulcorer certains projets; les contradictions dans la droite se sont aiguisées à cette occasion. Les conditions de débat politique dans le mouvement ouvrier sont modifiées, le moindre exemple n'étant pas la leçon que tirent de ces luttes les rénovateurs du Parti communiste français pour leur propre combat.

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Cependant il serait dangereux d'avoir une vision unilatérale d'une situation sociale qui demeure profondément différenciée et qui n'exprime pas encore de tendances à l'extension et à la généralisation des luttes. Jusqu'à présent, le démarrage de la lutte dans les PIT a été un échec; dans la Fonction publique, si la mobilisation du 23 octobre a été importante, elle n'a pas débouché sur une mobilisation et une grève de masse du secteur, le test, encore à venir, devant être le type de riposte au blocage des négociations salariales. Dans le secteur privé, les luttes ne se développent pas à une échelle et selon une dynamique nationale, et des conflits potentiels ont même été désamorcés au détriment des travailleurs concernés, comme dans les chantiers navals par exemple. Diverses initiatives de la droite ne se sont pas heurtées à des ripostes de mase, sur le terrain des privatisations par exemple, ou de la loi Seguin sur la flexibilité. La situation demeure donc contrastée : le chômage de masse, le poids de la division politique et syndicale, mais aussi sociale dans le monde du travail, le "brouillage des cartes" dû à la crise et à l'expérience du gouvernement de la gauche, demeurent des facteurs profonds toujours à l'oeuvre. La période actuelle, marquée par la dégradation des rapports de forces, ne s'est pas retournée comme un gant au troisième trimestre de l'année dernière, ses principales caractéristiques demeurent, même si elles opèrent aujourd'hui dans un contexte politique tranformé.

d) Cela n'enlève rien au fait que ces luttes sont porteuses d'enseignements essentiels pour les révolutionnaires.

* Elles ont témoigné de la détermination et de la combativité qui pouvaient s'exprimer dès lors que des cadres de mobilisation adaptés étaient mis en oeuvre.

Fréquemment, ces luttes ont démarré à la suite d'initiatives directes de la base, des collectifs de travailleurs ayant compris qu'ils ne pouvaient plus faire confiance aux organisations syndicales pour construire une mobilisation. Dans la plupart des cas s'est exprimée une volonté de contrôle, de maîtrise de la lutte, de ses objectifs et de ses méthodes, et des formes d'auto-organisation sont apparues dans ce sens. Derrière cela il y avait profondément la volonté des travailleurs (ou des étudiants et lycéens) concernés de ne pas être dépossédés de leur combat, d'en garder la maîtrise et la conduite quotidienne. En même temps, ces luttes se sont développées autour d'objectifs directement tangibles pour les intéressés, de revendications directement liées à leur situation, à partir de questions ressenties concrètement.

Il n'y a aucune raison, bien au contraire, de ne pas adhérer et soutenir une telle démarche. En même temps, il faut voir que ces caractéristiques rendent en un sens plus difficiles ou moins écoutés les appels à la globalisation ou la généralisation. Cette généralisation a bien fonctionné dans le mouvement étudiant parce qu'elle était directement ressentie comme l'instrument nécessaire pour gagner sur la revendication première, le retrait du projet Devaquet, mais elle n'a pas fonctionné ailleurs, à la SNCF par exemple, du moins en termes d'unification de la branche autour d'une plate-forme revendicative et d'un'cadre de mobilisation communs. Cette liaison des luttes à des objectifs concrets perçus comme "à la portée" de la mobilisation est une donnée profonde de la période. Elle permet de comprendre que les luttes ne portent pas en elles-mêmes de dynamique de généralisation et globalisation, situation que ne peuvent permettre de débloquer les appels en ce sens, surtout s'ils apparaissent comme extérieurs à la réalité de la mobilisation, et s'ils ne sont pas des points d'appui directement utilisables à une échelle de masse pour améliorer les conditions de la lutte.

* Le rapport aux organisations syndicales et politiques révèle d'ailleurs des éléments convergents. La situation est bien sûr différente dans la jeunesse scolarisée, moins structurée par ces organisations, moins sensible au passé de divisions et de défaites. Les organisations y ont été acceptées quand leurs militants étaient des points d'appui pour la lutte, et la défiance ne pouvait être levée que sur la base d'une activité pratique de ces organisations, respectueuses des formes et des rythmes du mouvement. A la base de cela, réside la volonté de contrôle et de maîtrise de la lutte par les intéressés eux-mêmes, mais transparaît aussi la crise du mouvement ouvrier, dans la mesure où ses organisations ne sont pas reconnues comme l'intermédiaire obligé, le représentant exclusif, l'outil fondamental. Ce qui est également en cause, c'est aussi la capacité des organisations ouvrières, qu'elles soient réformistes ou révolutionnaires (et bien sûr pour des raisons et selon des expressions différentes) à porter un programme ou un projet politique perçus comme le débouché spontané des luttes sociales. C'est donc aussi en un sens, non seulement la question du rapport aux organisations qui est posée, mais aussi celle du rapport à la politique. Beaucoup ont souligné par exemple, l'importance

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du rapport aux valeurs humanistes dans le mouvement étudiant, la solidarité, l'égalité, le refus des discriminations. Cela reflète à la fois le refus d'un avenir précaire, de l'exclusion de l'emploi et de la qualification, mais aussi en un sens, la crise du projet révolutionnaire aujourd'hui, la perte de crédit et d'audience d'un projet de lutte consciente pour un changement radical de société. Le refus d'un avenir précaire ne débouche pas forcément sur l'adhésion à un tel projet. C'est là un débouché potentiel, mais non acquis d'avance, et qui ne peut se développer que sur la base d'une nouvelle crédibilité d'un projet de transformation socialiste.

Et cela permet de comprendre que chez nombre de jeunes aujourd'hui, ce refus s'articule avec un certain type d'individualisme- la volonté de préserver l'espace privé de l'activité personnelle, l'espace de la réussite professionnelle et de l'insertion individuelle dans la société- société dont beaucoup exigent qu'elle donne ses chances à chacun mais dont la perspective d'un bouleversement révolutionnaire n'est pas mobilisatrice à une échelle de masse.

C'est là un vrai défi pour les révolutionnaires, en termes de réponses et de projet social. Et ce l'est d'autant plus que le mouvement étudiant, s'il a eu un rapport "désenchanté" aux organisations et aux programmes politiques, demeure partiellement structuré par des forces politiques, et que le Parti socialiste en particulier y dispose de points d'appui non négligeables. Parvenir à offrir d'autres réponses que les réponses social-démocrates modernisées, sur le terrain de l'éducation, mais aussi plus globalement sur le terrain d'un nouveau projet socialiste, représente dès lors une dimension fondamentale de l'intervention dans ce milieu.

e) D'une certaine manière, l'enjeu que révèlent les luttes de cet hiver, est de parvenir à recomposer un discours et une pratique politique d'ensemble qui prennent en compte le caractère éclaté des niveaux de lutte, les aspirations à l'autonomie, au contrôle, à la maîtrise de la lutte, la volonté de se doter d'objectifs et de revendications tangibles. Mais c'est aussi de relier cela à une perspective politique d'ensemble et à un projet socialiste.

Il serait triomphaliste de penser que les luttes suffiront pour répondre à ce problème. C'est un des traits profonds de la période que leur développement soit inégal; et surtout, leur dynamique est telle qu'elles illustrent bien plus qu'elles ne surmontent la crise du mouvement ouvrier, et dans ce cadre la crise du projet révolutionnaire. Elles créent certes de bien meilleures conditions pour contribuer à les résoudre, mais à condition que le problème soit bien posé. En particulier dans les jeunes générations, décisives pour l'avenir, la solution passera par une nouvelle légitimité sociale, partagée à une échelle de masse, dont l'ancrage dans des valeurs humanistes fondamentales n'apparaisse pas abstrait mais constitutif du projet lui-même, dont les caractéristiques démocratiques, pluralistes, autogestionnaires soient reconnues comme motrices, et dont les débouchés en termes d'expériences de lutte, ici et maintenant, apparaissent tangibles. Ce sont justement ces thèmes qui sont pour nous au coeur de la démarche de l'Alternative. Et c'est aussi sur ce terrain qu'une organisation révolutionnaire devra faire la preuve de son efficacité, c'est-à-dire, au-delà de l'appui pratique aux luttes, par sa capacité à intéger leurs leçons pour refonder un projet révolutionnaire.

Les caractéristiques de cette situation définissent le profil nécessaire de la LCR.

Un organisation contre la droite, et recherchant la mobilisation pour mettre ses projets en échec, et cela sur la base d'explications, de réponses et de cadres de mobilisation respectueux des rythmes des mouvements de lutte et de la volonté de contrôle collectif.

Une organisation pour l'unité, et qui conçoive l'unité comme un facteur de l'expérience collective et de l'élargissement des mobilisations.

Une organisation tournée vers la recomposition du mouvement ouvrier, à même d'y jouer un rôle positif, tant dans les démarches de regroupement recherchées que dans le contenu des réponses à proposer et à débattre.

Une organisation enfin qui conçoive son engagement dans les luttes, sa participation aux mobilisations, comme un point d'appui pour se confronter aux questions de la stratégie révolutionnaire aujourd'hui, et non comme un moyen de les esquiver.

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4. LE MOUVEMENT OUVRIER FRANCAIS 4.1. CRISE ET RECOMPOSITION

Le mouvement ouvrier français est aujourd'hui en crise. Mais cette crise ne s'exprime pas par un pourrissement et un affaiblissement touchant de manière homogène l'ensemble de ses composantes. Elle se combine à l'inverse avec une recomposition profonde des références et des rapports de forces en son sein.

Cette crise provient d'abord du cadre global du rapport de forces. Nous sommes toujours dans une période marquée depuis la deuxième moitié des années 1970 par la vigueur des offensives bourgeoises qui ont rejeté le mouvement ouvrier sur la défensive et dont les succès l'ont profondément affaibli.

Ce phénomène n'est ni national (il concerne à des degrés et selon des expressions diverses les différents pays capitalistes occidentaux), ni conjoncturel (en ce sens qu'une simple réactivation des luttes ne suffira pas à le surmonter).

Cette crise se manifeste d'abord par un affaiblissement organisationnel, du syndicalisme en particulier, et pas seulement dans les secteurs frappés par les restructurations et le chômage, comme en témoigne l'exemple de secteurs non concernés par les licenciements (Fonction publique). Elle se manifeste aussi par des capacités de mobilisation réduites dans de nombreux secteurs et des difficultés accrues en matière de solidarité, coordination et centralisation des luttes. Le mal est donc profond. Ce qui est en cause, c'est la nature même des rapports entre la masse des travailleurs, les militants organisateurs des luttes quotidiennes et les organisations dites "traditionnelles". Ces organisations ne sont pas aujourd'hui en situation de rassembler et d'organiser à tous les niveaux (syndical, politique, culturel) la vie et l'action quotidienne d'une avant-garde ouvrière suffisamment large pour qu'elle entraîne autour d'elle la majorité des salariés. Certes, elles servent encore, dans le domaine électoral en particulier, de références à des couches importantes de salariés. Mais ce choix s'effectue à l'intérieur du système parlementaire. Son importance politique ne doit pas être niée, mais il ne signifie pas que les travailleurs s'identifient aux organisations qu'ils poussent au gouvernement, ni que leur vote soit, a priori, l'annonce de fortes mobilisations de classe, riches de possibilités de débordement.

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Cette crise vient de loin : les succès marqués par la bourgeoisie, le développement massif du chômage, la précarité accrue du travail, les divisions profondes dans le salariat, le poids des défaites sur divers terrains y sont pour beaucoup. Ils se combinent avec la faillite des "promesses" du Programme commun des années 1970, la trahison des "espoirs" de 1981, la rupture de l'Union de la gauche. Elle a aussi une dimension stratégique : les politiques réformistes de gestion keynésienne de la croissance n'ont pas supporté le choc de la crise et, à l'épreuve de l'accession au gouvernement, elles débouchèrent sur une gestion de la crise, assimilable sur bien des points à la politique de gouvernements conservateurs. Par ailleurs, c'est le projet révolutionnaire luimême qui est frappé aussi. La crise (outre leurs propres erreurs) n'a pas renforcé, loin de là, l'audience politique des révolutionnaires. Combinée au bilan historique des Etats bureaucratiques, elle conduit à éloigner, voire à dissoudre, la perspective d'un changement radical de société dans des couches importantes du salariat. Cette perspective n'est pas aujourd'hui l'horizon des luttes; sa crédibilité est mise en cause et doit être refondée. C'est là un point de départ incontournable pour ceux qui ne renoncent pas à oeuvrer pour le socialisme et l'autogestion. A côté de cela, dans cette crise structurelle du mouvement ouvrier, opère un processus de profonde transformation des rapports de forces en son sein. 4.2. LA CRISE DU PCF a) Elle a aujourd'hui un contenu exacerbé. Ses dimensions sont stratégiques, politiques, organisationnelles. - Stratégiques : le PCF paye le prix mérité du stalinisme, de son soutien à des régimes sociaux et politiques anti-ouvriers, et qui, pour la quasi-totalité des salariés français, représentent un repoussoir hideux et non un modèle ou un point d'appui. Mais il paye aussi le prix de son incompréhension des mutations du salariat et du capitalisme, de la rétraction de sa base industrielle traditionnelle, de la vacuité de politiques d'alliances alternant selon les moments la main tendue aux patrons nationaux et le repliement ouvrièriste. Et il paye enfin le prix d'un projet social étatique, caporaliste, et fermé à la diversité des aspirations émancipatrices. -Politiques : les errements de sa politique, combinant "l'unité sans combat" et "le combat sans unité", l'opportunisme et les pratiques sectaires, sont de plus en plus rejetés par l'électorat, en particulier par les franges importantes qui refusent d'identifier la droite et la gauche. - Organisationnelles : sa crise est aussi nourrie par un modèle organisationnel bureaucratique, anti-démocratique, tant à l'intérieur que dans les organisations de masse qu'il contrôle; modèle qu'il peut d'autant moins mettre en cause qu'il est constitutif de son histoire et que le PCF est aujourd'hui démuni de toute perspective politique.

Le degré de sa crise fait qu'aujourd'hui un véritable processus de marginalisation politique est à l'oeuvre, auquel la direction ne répond que par l'épuration, la préservation de l'appareil, et le combat contre toute perspective unitaire. Cela n'empêchera pas éventuellement de nouveaux tournants, si la direction a l'impression qu'elle peut les maîtriser ou qu'ils lui sont imposés, mais ils s'inscriront dans une dynamique globale de régression.

b) A la profondeur de cette crise répond aujourd'hui l'existence d'une opposition, d'un courant communiste critique et rénovateur, dont l'évolution est un enjeu essentiel pour l'ensemble du mouvement ouvrier.

Cette opposition est conduite à s'opposer à la direction sur des questions fondamentales : les relations avec l'URSS et le projet de société, l'ouvrièrisme, l'absence de démocratie interne, le sectarisme. Elle est porteuse d'interrogations stratégiques fondamentales sur les voies, les moyens, les objectifs de la lutte pour le socialisme. Elle est aujourd'hui di versifiée, regroupant des fédérations, des élus, des cadres et des équipes syndicales. Cette combinaison de strates diverses représente un élément nouveau par rapport aux crises passées du PCF. En ce sens, elle ne représente pas aujourd'hui un projet politique et organisationnel unifié. Mais il serait erroné de la caractériser par des clivages "gauche-droite" sommaires. Ceux qui sont sensibles à la nécessité d'une politique unitaire avec le PS ne sont pas "à droite" par rapport à ceux qui sont d'abord préoccupés de maintenir une activité ouvrière de classe; ceux qui sont à la recherche d'un renouvellement autogestionnaire d'une stratégie socialiste, ne dérivent pas forcément "à droite" par rapport à ceux qui veulent maintenir une identité communiste ancrée dans l'histoire du mouvement ouvrier. C'est du

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débat, de la confrontation, de l'expérience politique autonome du courant communiste critique, que naîtront les clarifications qui feront de ce courant un agent actif de la recomposition des forces socialistes. L'enjeu est d'autant plus important et actuel que cette opposition, pour une large part, sera probablement conduite à court terme à situer son avenir en dehors du cadre organisé du PCF. Elle sera par là même confrontée non plus tant aux impératifs d'une lutte démocratique contre la direction, qu'à ceux de la définition de perspectives qui devront concerner aussi bien sa ligne politique, son projet organisationnel, ses références stratégiques. Cette définition ne concerne pas seulement cette opposition, mais tous ceux qui sont confrontés à la même question : celle de la refondation d'un projet socialiste. 4.3. LA SOCIAL-DEMOCRATIE AUJOURD'HUI a) Elle dispose d'un espace politique élargi et apparaît comme l'axe de toute solution de rechange face à la droite. L'expérience gouvernementale a renforcé son audience. En effet, elle n'a pas payé un gros prix politique pour sa gestion de la crise et sa politique d'austérité, apparaissant au contraire comme le principal recours face à la droite et même, pour certains, comme porteuse du seul projet "réaliste" dans une situation de crise. A la faveur en effet de la crise et de cette expérience, le modèle social-démocrate s'est transformé (et pas seulement en France). A un modèle classique d'occupation de l'Etat et de redistribution des fruits de la croissance en alliance avec un puissant mouvement syndical (modèle d'ailleurs jamais véritablement appliqué en France), s'est substitué un modèle d'acceptation de la logique de la crise et de modernisation de la société et de l'appareil productif. Ce modèle de modernisation se prétend plus efficace et plus attractif que les politiques libérales de droite, en négociant la gestion sociale de l'austérité, en préservant les libertés, en s'appuyant sur les segments "innovateurs" du corps social par rapport aux appuis traditionnels des partis de droite. Or ce modèle recueille aujourd'hui l'adhésion de fractions non négligeables du salariat, en même temps que la social-démocratie conserve une grande partie de ses appuis traditionnel. Cet élargissement de son espace politique est conforté par le fait que les politiques bourgeoises et patronales face à la crise lui offrent justement des marges de manoeuvre, dans la mesure où elles n'imposent ni un mode unique d'exercice du pouvoir politique, ni un niveau tel d'affrontement avec le mouvement ouvrier que la social-démocratie, choisissant de gérer la crise, signerait par là son arrêt de mort. Enfin, elle bénéficie en un sens de l'individualisation des rapports sociaux, de l'émergence de couches sociales sans lien avec la culture et les références ouvrières traditionnelles, conduites aujourd'hui à gérer au mieux leur place dans le capitalisme et non à le remettre fondamentalement en cause, et, pour cela même, ne se retrouvant pas dans les méthodes et les politiques autoritaires, répressives de la droite, pas plus que dans un libéralisme véritable qui mettrait en cause leur statut social.

b) Ces divers éléments expliquent l'audience actuelle du PS, en même temps qu'il bénéficie du maintien de Mitterrand à l'Elysée, de l'étroitesse de la marge de manoeuvre politique du gouvernement et de la crise du PCF. Certes, il se trouve fragilisé par les divergences en son sein, concernant des inflexions dans tel ou tel sens de son identité politique, du modèle de parti à développer, du type de lien à maintenir avec la classe ouvrière et le syndicalisme, ou témoignant d'ambitions personnelles rivales. De même, l'absence de perspectives politiques et gouvernementales claires, et la faiblesse maintenue de sa capacité à organiser pratiquement le mouvement ouvrier pèsent sur son avenir. Pour autant, ces éléments ne sont pas aujourd'hui porteurs de contradictions explosives : la coexistence de sensibilités et de clans divers est une constance de la social-démocratie. Des perspectives gouvernementales peuvent se dégager, fut-ce de manière transitoire (et après 1988) dans des cadres d'alliance avec des courants de droite. L'influence pratique dans la société enfin, ne se réduit pas au modèle social-démocrate classique (liaison organique parti dominant/syndicat dominant) mais s'exerce aussi pour le PS à travers des réseaux divers, associatifs, mutualistes, coopératifs, dont le rôle est important.

c) La recomposition (non-achevée) des courants traditionnels du PS, l'état du mouvement social, font que n'existe pas aujourd'hui de gauche socialiste identifiable à travers un courant national, structuré à une échelle large, et pesant dans les débats du PS. Cependant, des cadres diversifiés existent, représentatifs d'équipes politiques et militantes issues d'expériences variées, dont la pratique,

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les débats, les alliances éventuelles sont importants. Pour autant, le renouvellement du modèle social-démocrate, la transformation de la place politique et institutionnelle du PS font qu'un tel courant, pour se développer et peser dans les orientations du PS, devra être porteur d'un projet d'ensemble, articulé à la réactivation d'un mouvement social. Il ne pourra se limiter à des batailles internes dénuées de pratiques externes; il ne pourra se cantonner à la défense des acquis et des revendications ouvrières et devra répondre à ce qui se présente comme la "modernité" économique et sociale, en en démontrant les dégâts et les impasses, et surtout en étant capable de défendre et d'illustrer des réponses renouvelées par rapport aux programmes traditionnels de la gauche socialiste. 4.4 L'EXTREME-GAUCHE D'ORIGINE TROTSKYSTE

Ces dernières années ont confirmé combien la crise structurelle du mouvement ouvrier se réfractait sur l'extrême-gauche et les organisations qui s'en réclament. Leur faible insertion dans la vie politique témoigne de l'épuisement des schémas qui guidaient depuis 1968 leur politique de construction. La réactivation artificielle de leurs projets, la répétition volontariste des mêmes vieilles recettes ne peuvent masquer leur impasse politique. Plus, le manque de crédibilité sociale nourrit dans le mouvement ouvrier français - et . même au sein de ses composantes les plus radicalisées - une interrogation sur la fonction politique de l'extrême-gauche, ses modes de fonctionnement et de regroupement actuels.

Ainsi, le repli sectaire de LO au cours de cette dernière période ne doit pas être simplement analysé comme une suite de réponses conjoncturelles peu adaptées aux événements (cette vision empiriste nous conduirait aux pires déconvenues et à cultiver des pronostics erronés du type de celui qu'avait fait la majorité de la LCR avant les législatives de 1986). Refus d'analyser les dimensions proprement politiques de la crise du mouvement ouvrier, désir forcené de "démarcation prolétarienne" mêlé à un populisme teinté d'opportunisme, refus absolu d'engager toute démarche unitaire dans le cadre de la bataille pour l'alternative :tout cela fait fortement système et confirme non seulement l'incompréhension, mais le refus de cette organisation de se lier aux phénomènes réels de recomposition du mouvement ouvrier, qu'elle se contente de vouloir contourner, voire qu'elle dénonce.

L'insertion de LO dans les récents mouvements de la jeunesse scolarisée puis du secteur public confirme cette tendance qui s'est manifestée en particulier dans une ligne anti-unitaire, ultimatiste, opposée parfois à la démocratie ouvrière. Cela ne peut fournir qu'une image négative de la gauche révolutionnaire. Au lieu d'apparaître comme une force de propositions pleinement en phase avec les aspirations autogestionnaires, LO renforce l'image de révolutionnaires marqués par des pratiques auto-proclamatoires, plus préoccupés de propagande et de recrutement que d'aide à l'auto-activité.

Activisme, basisme, sectarisme, mépris à l'égard de tout débat stratégique, situent la démarche de LO aux antipodes de la nécessaire recherche d'une alternative anti-capitaliste crédible pour le mouvement ouvrier. Si des actions communes peuvent toujours être recherchées, aucun accord privilégié n'est envisageable avec cette organisation en raison de l'ampleur des désaccords programmatiques, organisationnels et politiques.

Le sectarisme et le dogmatisme du PCI sont d'une autre sorte, puisque son cours politique s'est accompagné d'une forte dérive à la fois droitière et gauchiste; affirmation et auto-proclamation du MPPT, adaptation à toute une fraction de la social-démocratie, dénonciations gauchistes, allégeance faite à la bureaucratie syndicale de FO, ont cohabité dans la plus grande incohérence.

Les scissions qui ont traversé cette organisation et entamé ses potentiels d'action militante témoignent à la fois de sa crise aiguë et de l'incapacité de sa direction d'évoluer vers autre chose. Sa faible capacité d'intervention lors des événements récents sanctionne cet enfoncement dans la sclérose. 4.5. LES COURANTS SE RECLAMANT DE L'ALTERNATIVE

Le positionnement des courants se réclamant d'une certaine démarche pour l'Alternative pose des ·problèmes d'une autre nature. Bien plus ouverts au niveau de la compréhension des phénomènes de décomposition-recomposition, de réorientation-réorganisation du mouvement ouvrier, ces courants - FGA, PAC, PSU- se sont, à des degrés divers, montrés timorés pour concrétiser des perspectives d'action et des débats unitaires.

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S'il n'y a pas lieu d'apprécier en termes de "dérive droitière" leur itinéraire politique, leur incapacité à dépasser les clivages anciens et à structurer durablement un travail de masse les a enfermés dans un espace limité et vraisemblablement conduit à un certain étouffement. La situation d'éclatement de leur cadre national d'intervention laisse place à des pratiques locales et sectorielles très diverses, et dont il ne faut pas sous-estimer l'aspect positif. Mais cet éclatement, s'il n'est pas surmonté, peut conduire à esquiver des questions politiques qui se posent au niveau national, et à rendre plus difficile les confrontations avec d'autres courants, au détriment, alors, de l'objectif d'ensemble.

Cette hétérogénéité, ressentie lors des élections de 1986, s'accompagne cependant d'une disponibilité maintenue pour une perspective de long terme (réaffirmée récemment par le PSU, par exemple), et d'un engagement réel dans des processus de recherche d'un renouvellement théorique, voire dans l'animation d'équipes militantes significatives. En ce sens, ces courants participent, par-delà la faiblesse de leurs cadres organisés actuels, des interrogations de fond qui parcourent le mouvement ouvrier et de la recherche d'une issue positive à celles-ci. 4.6. LES VERTS

L'intérêt que représentait la référence aux Grünen allemands, l'élargissement de leur champ de préoccupation (pacifisme, emploi, etc.) aurait pu en faire un interlocuteur privilégié pour la gauche révolutionnaire, et plus largement offrir une possibilité de jonction entre le mouvement ouvrier et le mouvement social écologique. Les retards du mouvement ouvrier - y compris dans ses composantes révolutionnaires - rendent cela plus difficile. Mais l'évolution des Verts, jusqu'à leur pari sectaire- et finalement perdu- lors des élections, s'avère négative. Leur retour dans le giron du "fondamentalisme" s'accompagne d'un recul dans la perception des enjeux sociaux de l'écologie politique, et d'une fermeture face à la convergence pourtant nécessaire avec les courants socialistes alternatifs et autogestionnaires.

La dynamique escomptée par eux à l'occasion des élections ne s'étant pas produite, les Verts se retrouvent sans perspective de débouché social, et en régression sur les terrains mêmes de mobilisation traditionnelle des écologistes. Pour autant, il serait erroné de considérer leur évolution comme quelque chose de figé. Une minorité des Verts refuse l'enfermement "fondamentaliste", et, plus globalement, la dynamique des Verts dépendra pour une large part des capacités du mouvement ouvrier à intégrer la dimension de l'écologie politique à sa réflexion, son programme, ses pratiques. 4.7. LA CRISE DU SYNDICALISME

Ses manifestations sont nombreuses et connues : baisse des effectifs, du niveau d'activité, distanciation des liens avec les travailleurs à la base. Elle provient, bien sûr, de la soumission à des impératifs politiques et gouvernementaux étrangers à la véritable fonction du syndicalisme et qui ont miné son indépendance et cultivé une division syndicale aux effets ravageurs; elle réside aussi dans les difficultés, non seulement à riposter efficacement aux attaques patronales et gouvernementales, mais aussi à comprendre leur renouvellement et à exprimer, à partir de là, des revendications et pratiques nouvelles. En ce sens, cette crise ne se réduit pas à la politique des directions. Elle reflète aussi le désarroi syndical devant les mutations technologiques qui modifient la structure industrielle et les conditions de travail des salariés, ainsi que devant la différenciation forte des statuts, des qualifications et des niveaux de conscience qui rend plus complexe l'élaboration de revendications et d'une pratique syndicales unifiantes.

Le syndicalisme lui aussi est concerné par la transformation des rapports de forces dans le mouvement ouvrier.

La CGT est frappée par un déclin électoral déjà ancien; la CFDT stagnant au regarde de cet indicateur; FO et les syndicats autonomes ayant eu tendance à progresser. La direction de la FEN et certains syndicats autonomes se sont engagés dans un processus de concertation et de rapprochement dont la logique vise à cristalliser le changement du rapport de forces politiques au profit du PS. Par son caractère sélectif, manoeuvrier et d'appareil, ce processus, dont les rythmes ne peuvent être préjugés, s'oppose à une véritable démarche d'unité,

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d'indépendance et de démocratie syndicales, à laquelle demeurent pourtant attachés nombre de syndicalistes.

Des forces potentielles existent en effet pour un renouveau syndical. Dans la CGT, renfermement sectaire et la marginalisation du PCF suscitent des tensions au sein même de la direction confédérale, certains craignant que la Confédération paye pour cela un prix trop élevé. Malgré les défaites passées de l'opposition, des militants et cadres syndicaux demeurent disponibles pour une activité et des débats authentiques. Dans la CFDT, des structures syndicales importantes affirment leur opposition à un recentrage qui, tournant le dos à la mobilisation, s'est de plus en plus nettement affirmé comme une soumission à la logique gouvernementale de gestion de la crise et une négation de la démocratie syndicale.

Un renouveau syndical implique une activité qui n'apparaisse pas comme substitutiste et soit ancrée sur les préoccupations réelles des travailleurs. Il ne pourra se concrétiser que dans l'émergence d'une capacité de riposte face aux politiques patronales. Non seulement à travers la défense de la solidarité, du revenu et des acquis sociaux face au libéralisme, mais aussi à travers . l'expérimentation de mobilisations et réponses sur les terrains nouveaux des offensives patronales : le droit à l'emploi et à la reconversion face aux restructurations; la réduction du temps de travail et le contrôle des travailleurs sur l'organisation du travail face à la flexibilité patronale; le droit à la formation face à la transformation du procès de travail; le refus de l'exclusion sociale. Il implique aussi des efforts inlassables pour l'unité syndicale, pour multiplier les passerelles syndiqués/non syndiqués, travailleurs/jeunes/chômeurs, une défense pratique intransigeante de l'indépendance et de la démocratie syndicales, un travail important d'explications et de débats pour surmonter le désarroi et le scepticisme encore puissants sur l'utilité du syndicalisme. Il implique enfin une attention particulière à l'auto-organisation, non pour contourner et ignorer le syndicalisme, mais à l'inverse pour le rapprocher des collectifs de base, lui redonner sa fonction de mobilisation, et transformer par là les conditions d'activité et de débat syndicaux .

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S. PESER DANS LA RECOMPOSITION DU MOUVEMENT OUVRIER LUTTER POUR L'ALTERNATIVE 5.1. LES FONDEMENTS DE LA DEMARCHE

La crise du mouvement ouvrier recèle plusieurs dimensions, stratégiques, politiques, organisationnelles. Y répondre ne peut procéder seulement d'une bonne tactique d'intervention, de propositions d'actions, de batailles revendicatives. Ces divers éléments doivent être éclairés par un projet d'ensemble permettant tout à la fois d'offrir des perspectives de mobilisation dans une situation défensive, de multiplier les occasions de débat et de confrontation avec d'autres forces, de peser sur les recompositions à l'oeuvre. Et cela suppose d'abord de prendre la mesure de phénomènes qui combinent un affaiblissement organisationnel, une distanciation des liens entre les directions et la base, avec des modifications importantes de rapport de forces au sein du mouvement ouvrier, et de la culture ouvrière et politique.

a) Au sein de larges couches de travailleurs, les effets combinés de la crise (en particulier du chômage) et des politiques proposées ou mises en oeuvre par les organisations traditionnelles ont nourri d'importants phénomènes de désarroi, des doutes sur le contenu d'une politique ouvrière aujourd'hui, sur les conditions de rupture avec la société capitaliste. Ces éléments pèsent directement aujourd'hui sur les conditions d'activité dans la classe ouvrière, non pas dans le sens de rendre impossibles les luttes mais dans la mesure où des conditions de centralisation et de généralisation posant le problème du pouvoir sont loint d'être réunies. Et elles ne le sont pas non seulement à cause de l'état actuel du rapport de forces face à la bourgeoisie mais aussi parce que l'horizon du socialisme est un horizon obscur pour une majorité de travailleurs et que la perspective d'une lutte extraparlementaire et révolutionnaire pour le pouvoir est très affaiblie dans la classe ouvrière d'aujourd'hui. Les réflexes mêmes de solidarité dans les luttes sont affaiblis, tout comme les conditions d'évolution d'une expérience de lutte à un engagement politique, ou à la recherche d'un

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débouché politique. Les luttes ouvrières de cet hiver par exemple, on l'a vu, révèlent à la fois une forte combativité et des capacités d'auto-organisation pour peu que les travailleurs perçoivent une attaque directe, mais aussi dans le même temps la permanence d'une situation de division politique, syndicale, catégorielle, un faible niveau de solidarité à l'extérieur, une réticence par rapport à l'expression d'une globalisation politique. Moins que jamais, les luttes ne suffisent en elles-mêmes à ouvrir des perspectives stratégiques.

Dans la jeunesse, l'exemple du mouvement étudiant et lycéen, celui du mouvement antiraciste, témoignent de la possibilité de larges mouvements de masse à partir du refus de politiques antidémocratiques, inégalitaires, xénophobes, de l'adhésion à des valeurs humanistes de solidarité, d'égalité. Mais ils illustrent aussi la volonté d'autonomie, la distance par rapport à un engagement politique structuré par des organisations nationales, le faible impact des références globales organisées autour d'un projet de changement radical de société. Considérer cela n'est en rien relativiser l'importance et l'enjeu de ces mobilisations, mais comprendre les conditions de leur émergence et leurs trajectoires. Si le socialisme n'est pas l'horizon spontané de ces mouvements, cela tient profondément là encore au caractère obscurci de cette référence, au discrédit largement partagé des organisations politiques nationales, aux ruptures enregistrées avec expériences politiques antérieures des années 1960 et du début des années 1970, à l'absence d'un projet social susceptible de représenter un modèle d'ensemble. Travailler à dégager les contours d'un tel projet représente dès lors une tâche essentielle dont on ne saurait faire l'économie sous peine de graves désillusions.

b) Le bilan des projets antérieurs de construction de la LCR, et de leurs multiples tournants, conduit à la même perspective : la ligne triomphaliste des lendemains de 1968 surestimait la maturité des conditions de lutte et de victoire révolutionnaire et en déduisait une ligne d'auto-affirmation d'une direction révolutionnaire quelque peu auto-proclamée. Les retards en matière de compréhension des bases et du contenu d'une politique de front unique, la permanence de l'idée de la LCR comme noyau du parti révolutionnaire nous interdirent de jouer un rôle significatif dans les recompositions des années 1970. La ligne qui suivit, désastreuse, de réunification du mouvement trotskyste avec l'OCI, marquait la permanence d'une vision dogmatique du programme et d'une démarche de construction ignorant les évolutions profondes de l'avant-garde. La conception de la prolétarisation qui vit le jour ensuite combinait l'indifférence à l'égard des transformations dans la classe ouvrière, divers raccourcis dans l'analyse de la radicalisation et l'incompréhension de la nécessité de médiations pour qu'émerge une force révolutionnaire disposant d'une audience de masse. La relève prise ensuite par un équilibre bâtard entre la ligne d'un parti de travailleurs se construisant par une radicalisation contre l'austérité de gauche, la démarche d'unité privilégiée et de recherche d'une fusion avec LO, une ligne tardive, hésitante, tacticienne d'alternative ne pouvait rien résoudre.

***

A partir de là, la signification profonde de notre démarche pour l'alternative peut se résumer ainsi :

- Intervenir dans la recomposition du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux pour favoriser, par l'action et le débat, les processus de mobilisation face aux politiques néo-libérales, d'expérimentation de pratiques sociales nouvelles, de convergences de forces aujourd'hui dispersées mais refusant de se contenter de l'alternance social-démocrate et n'entendant pas contourner les questions stratégiques aujourd'hui posées à ceux qui se réclament d'un changement radical.

- Participer et impulser les efforts de redéfinition d'un projet socialiste qui puisse redevenir une référence mobilisatrice.

- Affirmer un projet de construction fondé sur la perspective d'un dépassement de la LCR vers une organisation plus large issue de la convergence d'expériences politiques diverses. 5.2. SES DIMENSIONS

Cette perspective a plusieurs dimensions, dont aucune ne peut être ignorée sous peine de la rendre incohérente.

a) Une tâche de longue haleine :

Les facteurs profonds qui fondent cette démarche sont durables et non pas

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conjoncturels puisqu'ils tiennent fondamentalement aux transformations qu'a connues le capitalisme, aux effets de la crise, à la transformation des rapports de forces dans le mouvement ouvrier, à notre propre bilan. C'est donc un axe de long terme. b) Une dimension stratégique et non tactique

Cette perspective pour nous doit définir en profondeur les conditions d'activité de la LCR, son image et son mode d'apparition, ses relations avec les autres courants politiques. Ce n'est pas seulement une dimension tactique d'accompagnement d'une ligne dont les fondements reposeraient sur d'autres bases, et cela pour plusieurs raisons : - D'abord parce qu'elle vise à répondre à des traits structurels de la période; - Ensuite parce que cette perspective est la seule qui nous permette de nous confronter sérieusement à des questions stratégiques, celles concernant justement les conditions d'une lutte pour un changement radical dans les pays capitalistes développés, que ce soit du point de vue de la démarche revendicative et du projet social nécessaires, des leçons à tirer des transformations dans le salariat et le mouvement ouvrier, des enseignements des expériences historiques. - Enfin parce qu'une compréhension qui ne serait que tacticienne de cette perspective ne nous permettra pas de nous y insérer efficacement. Elle conduira à la restreindre à une pédagogie d'intervention dans les mouvements de masse, ou à une politique unitaire de l'extrême-gauche, ou à la démembrer et la rendre incohérente en ne lui donnant pas ses véritables prolongements politiques, programmatiques, organisationnels. Par là même, elle sera peu crédible à l'extérieur, non convaincante à l'intérieur, en apparaissant comme une nouvelle mouture d'un pragmatisme adapté à des temps difficiles, les véritables espoirs étant renvoyés à un retournement de la situation sociale censée redonner crédit aux schémas anciens.

c) Une dimension d'ensemble

Cette perspective, si elle est comprise comme une tâche stratégique de longue haleine doit définir une orientation d'ensemble vis-à-vis du mouvement ouvrier, et non une orientation minorisante, contournant la réalité des rapports de forces. En même temps, elle impose d'être très attentif à la diversité des noyaux d'avant-garde et de se tourner résolument vers les forces vives qui existent aujourd'hui et non vers les forces sclérosées et figées. * Concevoir cette perspective comme une orientation d'ensemble vis-à-vis du mouvement ouvrier et de ses organisations de masse, procède de plusieurs impératifs :

Ces organisations sont loin d'avoir disparu et conservent une fonctionnalité, fut-ce à des niveaux transformés par rapport au passé : les syndicats ouvriers sont affaiblis, partiellement discrédités, voire pratiquement contestés dans certaines luttes. Mais ils sont encore un point de passage pour les travailleurs recherchant dans les entreprises un cadre durable d'action et de débat. Ils demeurent de plus un cadre de mémoire et d'expérience collective, reflétant certes la différenciation des niveaux de conscience dans le mouvement ouvrier, mais par là même les acquis qui sont ceux d'équipes et de courants syndicaux le plus souvent oppositionnels par rapport aux directions confédérales, acquis dont l'élargissement et l'audience représentent un test important de l'évolution des rapports de forces dans le mouvement ouvrier.

Les rapports de forces entre organisations politiques se sont profondément modifiés. Le PCF connaît un effondrement de son audience et de ses capacités de mobilisation alors que le PS a vu significativement progresser son influence politique et électorale. Cette progression n'est pas un élément conjoncturel mais renvoie à des facteurs durables de la période. Y répondre suppose d'analyser les éléments profonds d'élargissement de l'espace politique de la social-démocratie (cf.4) et, pour peser dans cette situation, tout à la fois d'expliciter les impasses du modèle social-démocrate, d'offrir d'autres réponses en positif et d'intervenir systématiquement par l'action et le débat pour favoriser les processus de recomposition à gauche chez les militants et les courants socialistes. Notre démarche pour l'alternative doit donc viser aussi à répondre à cet objectif. Elle doit bannir tout type de dérive gauchiste faisant le pari d'une recomposition du mouvement ouvrier fondamentalement extérieure aux processus à l'oeuvre dans la social-démocratie, ou considérant que la seule dénonciation des trahisons de la direction du PS représente un levier efficace pour mettre en cause son influence. Encore moins que dans le passé, une telle ligne ne saurait obtenir aujourd'hui de succès significatif.

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A un autre niveau, l'inteiVention en direction du PCF est essentielle. En particulier, la recherche d'un cadre d'échanges, de débat, de collaboration avec les courants oppositionnels est un enjeu crucial. Il ne doit pas seulement participer d'une politique unitaire permanente, mais d'une confrontation sérieuse aux questions stratégiques soulevées par la crise de la référence communiste dans ses diverses dimensions. *Une ligne cohérente pour l'alternative, si elle ne s'identifie bien sûr pas en tant que telle à la démarche de front unique ne conduit en aucun cas à la relativiser. Au contraire, elle en accroît l'importance et en renouvelle le contenu.

Relativiser cette démarche aboutirait en effet à laisser le champ libre à ceux qui se présentent comme la seule force d'alternance face à la droite et dont l'audience ne pourrait qu'être renforcée par adhésion ou résignation. Elle conduirait à se détourner de fractions significatives du salariat, de cadres du mouvement syndical et des mouvements sociaux à la recherche de références politiques, auprès de qui les révolutionnaires ne peuvent gagner une crédibilité sur la seule base de leur fidélité aux revendications, mais doivent en faire la preuve sur la base des réponses politiques et du projet social dont ils sont porteurs. Considérer que l'orientation pour l'alternative a vocation à répondre aux facteurs profonds de la crise du mouvement ouvrier impose de se confronter et non de contourner les réponses apportées par les courants majoritaires du mouvement ouvrier. C'est une condition pour que cette orientation ne se réduise pas à une tâche tactique de regroupement des militants déjà acquis à une politique de rupture avec le capitalisme, mais modifie en profondeur la situation du mouvement ouvrier en gagnant de nouvelles couches à cette perspective à partir de leurs expériences politiques et pratiques. La politique de front unique vise aussi en un sens à obliger les révolutionnaires à faire la preuve de leur fonctionnalité auprès des militants et des cadres polarisés par d'autres références. La démarche de l'alternative, justement parce qu'elle récuse toute vision simpliste, linéaire, schématique de la radicalisation et de la lutte pour la révolution, accroît la force de cette exigence. * En même temps, une démarche tournée vers l'ensemble du mouvement ouvrier ne peut se limiter à une tactique d'interpellation des directions traditionnelles du mouvement ouvrier, qui peut même devenir caricaturale dans le rapport de forces actuel. Elle doit viser à favoriser l'expérience collective d'équipes et de courants, et pour cela faire toute sa place aux propositions d'action sur divers terrains de lutte et aux débats nécessaires sur toutes les questions d'orientation aujourd'hui en discussion dans le mouvement ouvrier.

Et elle doit tout autant conduire à ne pas ignorer les noyaux d'avant-garde à la recherche d'un modèle et d'une stratégie pour un changement radical de société, et qui s'interrogent aujourd'hui sur ses conditions. Ces noyaux sont divers, représentatifs d'expériences variées, pour certains issus de l'extrême-gauche, pour d'autres de la crise du PCF ou des évolutions de mouvement sociaux, de pratiques syndicales, de ruptures par rapport à la logique social-démocrate. Reconnaître cette diversité est une condition pour inteiVenir et débattre efficacement avec ces courants. La deuxième condition est de nous tourner résolument vers les forces qui, même faibles sur le plan organisationnel, sont porteuses d'un renouvellement des pratiques et des orientations politiques, ouvertes aux questions stratégiques, disponibles pour des processus de regroupement et de débat, et non vers les forces sclérosées et sectaires. Moins que jamais la référence proclamée au trotskysme ne peut être en la matière notre principale boussole. Une organisation comme le PCI par exemple, représente un courant tout à la fois profondément dogmatique, sectaire dans son inteiVention et manipulatoire vis-à-vis des mouvements de masse. LO demeure profondément étrangère aux processus de recomposition du mouvement ouvrier et n'en comprend ni les enjeux ni les formes. Si cela n'empêche pas d'éventuelles actions communes, c'est par contre un obstacle de taille pour que des inteiVentions coordonnées avec cette organisation soient porteuses d'une dynamique durable. d) Une dimension programmatique:

La démarche de l'alternative doit être porteuse d'un projet social et politique d'nsemble. Le projet socialiste doit être refondé, dans le sens où il n'est plus l'horizon spontané des luttes, et qu'à la fois l'expérience historique et la crise du mouvement ouvrier l'ont mis profondément en question. Sa refondation implique de lui donner ses dimensions pluraliste, démocratique, autogestionnaire sans lesquelles il ne peut être mobilisateur et redevenir une référence fondamentale pour les militants. Débattre de cela, en expliciter les concrétisations sur divers terrains, actualiser en ce sens nos propres réponses

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sont des éléments indispensables de notre intervention. Répétons-le, la démarche de l'alternative ne se réduit pas à une politique de regroupement, elle doit être porteuse d'une ambition et d'un contenu politiques et programmatiques sans lesquels les regroupements éventuels seront fragiles, conjoncturels, incapables de répondre aux interrogations d'ensemble du mouvement ouvrier. Ces interrogations sont issues des transformations mêmes du capitalisme et de l'Etat en ce qu'elles modifient les conditions de lutte pour le socialisme et le contenu à donner au socialisme (cf.l); elles sont redoublées par les expériences historiques du "socialisme réel" et par les éléments de doute et désarroi existant dans le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux sur les possibilités et le contenu d'un changement radical de société. C'est aussi à cela que doit répondre notre démarche tant pour apparaître porteuse d'un projet global que pour offrir des réponses face aux politiques libérales et social-démocrates, réponses qui ne peuvent se limiter à la dénonciation de leurs dégâts et de leurs impasses, mais doivent être explicitées sur les divers terrains de lutte et de propositions. e) Une dimension internationale

· Les processus à l'oeuvre dans le champ de l'alternative et de la recomposition du mouvement ouvrier sont internationaux. Ces expériences et leurs formes organisées sont certes inégales, mais leur coordination et le débat entre courants d'origines et de trajectoires diverses sont un enjeu essentiel. Deux niveaux ont pour nous une importance particulière :

*En Europe, dans divers pays se manifestent des phénomènes de crise mais aussi de débat stratégique dans le mouvement ouvrier. Divers courants de la gauche social-démocrate existent et recherchent un renouvellement des pratiques et des références socialistes : les Verts représentent dans certains pays des forces disposant d'une expérience sociale et d'une audience politique réelles. Des équipes syndicales ont été ou sont mobilisées par des perspectives de lutte coordonnées sur des réponses ouvrières alternatives. En Italie, une organisation comme DP représente un courant révolutionnaire vivace s'inscrivant dans la perspective d'une recomposition du mouvement ouvrier. Des cadres de confrontation partiels existent d'ailleurs entre ces courants. La participation à ces cadres et leur approfondissement représentent aujourd'hui une dimension incontournable de la lutte pour l'alternative en France.

* Le débat avec les opposants de l'Est représente un enjeu essentiel, et qui ne se limite pas à la solidarité avec les luttes antibureaucratiques. D'une part, il représente une dimension complémentaire mais fondamentale de la lutte contre la militarisation et de la participation aux mobilisations pacifistes. D'autre part, il est au coeur des questions stratégiques concernant la nature du socialisme pour lequel nous luttons, les voies de l'émancipation sociale et politique à l'Est, et donc derrière cela les conditions de crédibilité d'une perspective sociliste à l'Ouest. En ce sens, un dialogue Est-Ouest procède d'un impératif stratégique. 5.3. LES RYTHMES ET LES FORMES

Cette démarche pour peser dans le recompostion du mouvement ouvrier en vue de contribuer au développement d'une force révolutionnaire visant une audience de masse ne se concrétise pas aujourd'hui par un cadre organisationnel unifié des différentes composantes potentielles d'une alternative socialiste. Mais toutes les initiatives pouvant y contribuer doivent être soutenues (appels, rencontres régulières, etc.), sans précipiter artificiellement les rythmes, sur la base des convergences établies et dans la perspective de leur maturation politique. a) Les cadres fonctionnels pour cette démarche sont aujourd'hui divers. Des cadres sectoriels de travail et de regroupement peuvent s'avérer nécessaires en répondant aux attentes en termes de réflexion et d'action dans des domaines particuliers, de militants qui entendent continuer à agir mais demeurent réticents vis-à-vis d'un cadre politique national cristallisé. De même des cadres locaux peuvent conserver une fonction s'ils répondent à la volonté toujours présente de faire de la politique à une échelle tangible, de regrouper les militants insérés dans un champ politique et social organisé autour d'une ville, d'une région et désireux d'expérimenter progressivement des processus de convergence. Enfin, il serait erroné de prétendre rigoureusement délimiter ce qui relève de cadres d'action et de débat et de postuler une hiérarchie a priori. C'est aujourd'hui une donnée profonde de la situation, que tout processus de regroupement politique empruntera des voies diversifiées et implique à la fois des initiatives d'action et de débat, de confrontation, de discussions sur les réponses à apporter. Un tel

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processus n'implique en effet pas seulement de surmonter des divergences politiques passées, il impose plus profondément une maturation politique, l'élaboration de réponses nouvelles et un accord sur les axes et les contenus des politiques alternatives à opposer aux politiques actuelles de gestion de la crise. b) L'intervention vis-à-vis du PS et du PCF représente une dimension essentielle. Sans revenir sur l'importance des enjeux, il est utile de préciser les principes qui doivent guider cette intervention : contribuer à la maturation de courants communistes et socialistes critiques, travaillant dans la perspective d'un changement radical de société, attachés à la démocratie et à l'unité d'action dans le mouvement ouvrier; favoriser leur expérience politique autonome tout en multipliant les occasions de débat et de convergence; bannir toute référence ou pratique en terme d'instrumentalisation politique de ces courants et comprendre à l'inverse que leur développement impliquera des médiations diverses; indiquer que l'importance même d'un processus de regroupement à terme, impose un haut niveau de débat stratégique et politique; comprendre que si nous ne sommes ni neutres ni vierges dans ce débat, nous n'en possédons pour autant ni tous les termes ni encore moins toutes les conclusions, et que cela impliquera de notre part remises en cause, recherche, élaboration.

* Vis-à-vis du PCF dont la crise a aujourd'hui une dimension historique, il est essentiel de comprendre la diversité des trajectoires et des expériences des oppositionnels, de bannir toute démarche de découpage a priori, aujourd'hui factice. Nous recherchons le débat avec les oppositionnels dans leur diversité, sans prétendre nous poser comme les gardiens du temple de la référence communiste. Faire vivre en effet les valeurs fondamentales attachées à cette 1 référence imposera d'en assurer la rénovation à partir des thèmes qui sont ceux de l'Alternative et du socialisme autogestionnaire, thèmes d'ailleurs dès aujourd'hui présents dans les débats et les références des communistes critiques.

L'hypothèse aujourd'hui probable d'une rupture rapide de composantes i essentielles de cette opposition offira des opportunités accrues pour cette démarche. Nous devons clairement indiquer que nous sommes partisans d'une convergence fondamentale créant les conditions d'un combat et d'une organisation communs, et que notre objectif n'est pas de réaliser un "coup politique" mais de situer cette convergence dans une perspective plus globale de regroupement pour une alternative socialiste. Nous ne devons donc pas inscrire cette convergence sur le seul terrain de la défense d'une "identité communiste" qui n'expliciterait pas son ouverture aux questions et références nouvelles de la stratégie révolutionnaire; ce serait là en restreindre le contenu et la dynamique. Nous devons au contraire expliquer qu'elle sera d'autant plus féconde qu'elle visera loin en s'inscrivant dans une dynamique concernant les courants divers ' qui aujourd'hui recherchent les voies d'une telle alternative.

*Vis-à-vis du PS, notre objectif fondamental est de contribuer au dégagement d'une gauche socialiste, dans un contexte d'élargissement de l'espace politique de la social-démocratie. Cela implique à la fois de comprendre les bases de cet élargissement et d'être porteurs de réponses alternatives face aux politiques social-démocrates de modernisation. Ces réponses ne peuvent se limiter ni à la seule défense des acquis ouvriers ni à une propagande générale pour le socialisme. Elles doivent expliciter sur divers terrains le contenu réel de ces politiques, les voies et les moyens de politiques de rupture. C'est dans cette perspective qu'une activité pratique et politique soutenue en direction des militants socialistes est nécessaire, non dans la perspective illusoire d'un raid rapide pour en détacher ces militants et les gagner à la LCR, ni dans celle d'un entrisme généralisé, mais dans celle d'un travail prolongé pour débattre et contribuer à l'expérience de courants dont les rythmes de développement ne peuvent être aujourd'hui préjugés, mais dont l'importance à terme pour la recomposition du mouvement ouvrier est considérable.

* "A gauche de la gauche", divers courants se réclament de l'alternative. Notre intervention vis-à-vis d'eux n'est pas dépendante de leur force organisationnelle limitée. Elle vise à illustrer notre démarche générale mais aussi à l'expérimenter pratiquement en comprenant que ces courants sont aussi représentatifs d'interrogations de fond dans l'avant-garde et les mouvements sociaux. Ne pas les contourner est un élément nécessaire pour se confronter à ces interrogations. L'axe est donc l'action unitaire, et le débat sur les orientations et la stratégie, dans la perspective que ce débat s'élargisse à des forces plus larges du mouvement ouvrier politique et syndical, et soit un point d'appui pour des processus de convergence. Là encore, cela n'implique nulle précipitation

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artificielle des rythmes faisant l'économie du débat stratégique, mais cela impose à la LCR d'indiquer clairement que son objectif est de contribuer à l'émergence d'une force nouvelle, produit d'une recomposition en profondeur à partir d'expériences politiques hétérogènes. c) Cette démarche générale, enfin, ne doit pas se limiter à une tactique politique de confrontation avec d'autres groupes organisés. Elle doit trouver ses traductions en termes de bataille revendicative, d'engagement dans les mobilisations, elle doit vertébrer en fait l'intervention de la LCR, son profil global, l'image qu'elle entend donner à l'extérieur.

Cela implique que la défense de revendicatons et l'engagement dans les mobilisations doivent être combinés avec la défense de solutions socialistes à la crise, de projet sociaux alternatifs. C'est là une nécessité, tant pour répondre à des interrogations profondes dans l'avant-garde, peser sur l'évolution de courants et d'équipes syndicales, que pour apparaître porteurs de perspectives politiques d'ensemble. C'est donc nécessaire tant pour être présents dans des débats du mouvement ouvrier organisé et intervenir en son sein, que, du point de vue même des luttes, pour ne pas être seulement en situation de bataille le dos au mur sur une seule base défensive. Et c'est enfin une condition de la transformation du rapport de forces, à un niveau moléculaire, pour redynamiser des équipes syndicales et militantes, mais aussi, à un niveau d'ensemble, pour faire apparaître une composante du mouvement ouvrier non seulement attachée à un projet de transformation sociale mais capable d'en expliciter les voies.

Pour cela même, la défense de ces solutions ne peut se limiter ni à un catalogue revendicatif rallongé ni à une propagande abstraite pour le socialisme. Elles doivent être à la fois les illustrations d'un projet socialiste pour entrer dans le troisième millénaire et déboucher sur des axes de lutte ici et maintenant. Dans une situation de crise, de déstabilisation des références idéologiques traditionneles dans le mouvement ouvrier après le bilan de la gauche, cette démarche et sa dimension propositionnelle sont des éléments incontournables pour toute intervention durable dans la recomposition du mouvement ouvrier. En même temps, une préoccupation constante doit être de la lier à des axes de bataille et de mobilisation.

Les exemples pourraient être divers.

Celui de l'emploi est éclairant. Le mot d'ordre "zéro licenciement", indispensable dans certaines situations, ne fait pas le tour d'une mobilisation sérieuse et prolongée sur l'emploi. Il ne répond en effet pas à la non-création ou aux non-renouvellements d'emplois, à l'accroissement de la population active, et pas toujours aux situations de faillite et de dépôt de bilan. Il est parfois inadapté au rapport de forces atteint à tel ou tel stade de la mobilisation. Il ne peut être en fait qu'un élément partiel d'une politique globale de défense et de développement de l'emploi, de solidarité avec les chômeurs, de refus de l'exclusion sociale, ce qui implique plusieurs axes : l'axe de la réduction du temps de travail comme contrepartie systématique des transformations de l'emploi et des techniques, la coordination aujourd'hui difficile mais à terme essentielle de batailles sectorielles, nationales et/ou internationales sur cet axe; des exigences dans certains cas en termes de reconversion avec garantie de l'emploi; des batailles en terme de contrôle des fonds publics aux entreprises; des revendications et des mobilisations en terme de formation des travailleurs, élévation des qualifications, contrôle ouvrier et syndical des processus engagés à ce niveau. Ces batailles peuvent d'ailleurs souvent se formuler en termes de droits nouveaux pour les travailleurs. Elles sont d'autant plus importantes qu'elles sont partiellement à même de contrebalancer la difficulté de revendications unifiantes, et qu'elles concernent des transformations profondes d'ores et déjà à l'oeuvre dans les procès de travail, les conditions techniques, les qualifications et bien sûr les stratégies patronales. A un autre niveau, et dans certaines conditions, une bataille prolongée pour l'emploi peut prendre la forme de contre-plans ouvriers visant le contrôle et la réorganisation de la production en fonction de besoins socialement reconnus. De tels contre-plans peuvent être à la fois des éléments de dénonciation par rapport à des stratégies patronales, des outils d'éducation d'équipes syndicales, des instruments de lutte, ce qui implique le plus souvent qu'ils soient liés à des perspectives et des objectifs de mobilisation relayés aussi en dehors de l'entreprise (collectivités territoriales, Etat ... ).

Des éléments convergents dans leurs principes, sinon dans leur expression, pourraient être dégagés sur d'autres terrains.

Dans le domaine par exemple de la transformation des processus productifs et de l'introduction des nouvelles technologies, c'est d'autres exigences que celles des politiques patronales qu'il faut opposer. Des exigences en termes de

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qualification générale, de refus de l'exclusion et de la sélection, de baisse du temps de travail, de contrôle sur les conditions de travail et d'utilisation des machines.

Dans le domaine de l'éducation et de la formation, la jeunesse scolarisée a remporté une victoire importante avec le retrait du projet Devaquet, mais qui, pour porter tous ses fruits doit se traduire par une capacité permanente d'intervention et de mobilisation dans les établissements scolaires. Pour cela, on ne fera pas l'économie de débats et d'un projet pour l'école, ne serait-ce que parce que la transformation des politiques éducatives ne s'arrête pas au retrait du projet Devaquet et que d'autres projets verront le jour, issus de divers lieux, mais aussi plus profondément parce que face à un mouvement de la jeunesse méfiant vis-à-vis des organisations politiques, pragmatique dans ses évolutions mais en même temps très conscient des enjeux sociaux des politiques éducatives, c'est une condition pour qu'une organisation politique fasse la preuve d'une fonctionnalité durable au-delà d'une phase de mobilisation intense. Cela implique à la fois des revendications sur l'extension de la scolarisation, la concrétisation du droit aux études, mais aussi le type de contrôle étudiant sur l'institution, le type de liens à accepter entre politique d'éducation et professionnalisation, le type de liens à refuser, etc.

Il serait de ce point de vue suicidaire de penser que la remontée des mobilisations permettrait de balayer ces éléments, de les rendre sans importance. C'est .à terme l'inverse qui est vrai. La fonctionnalité et l'avenir d'une organisation comme la LCR se joueront aussi dans sa capacité à offrir à des courants mobilisés des perspectives sociales et politiques illustrant les objectifs mais surtout les moyens d'un projet socialiste alternatif.

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6.UNE ORGANISATION REVOLUTIONNAIRE AUJOURD'Hill La rénovation stratégique qui nous semble indispensable pour créer les conditions d'une issue socialiste et autogestionnaire à la crise du capitalisme et à la dégénérescence bureaucratique, ne peut esquiver la question du type de parti à construire. Et cela d'autant moins que la construction d'un parti pour le socialisme autogestionnaire, ne peut aujourd'hui procéder que d'un processus complexe de recomposition révolutionnaire dans le mouvement ouvrier. Une organisation comme la LCR peut jouer un rôle considérable dans une telle situation, par ses acquis, le potentiel militant accumulé, sa place dans les rapports de forces politiques. Mais la mobilisation de ces acquis et de ce potentiel pour cet objectif ne peut se limiter à transmettre un héritage, qui pour fécond qu'il ait été pour résister aux ravages du stalinisme et aux turpitudes de la social-démocratie, ne peut aujourd'hui représenter le cadre fondamental de cette recomposition. C'est vrai sur le plan programmatique, c'est vrai aussi sur le plan du modèle organisationnel.

Certes l'héritage n'est pas mince, et du passé il ne convient pas de faire table rase. Seuls progresseront dans l'avenir ceux qui comprendront les transformations du présent mais aussi les leçons du passé de plus d'un siècle d'histoire du mouvement ouvrier. Mais à condition qu'ils en intègrent tous les enseignements, ceux qui confirment les acquis, comme ceux qui conduisent à réviser les schémas devenus caducs. La mémoire est une arme pour les révolutionnaires, mais elle ne doit pas être sélective.

Et s'il est une leçon fondamentale du marxisme, c'est la nécessité de la délimitation politique de ceux qui entendent que le programme révolutionnaire non seulement soit élaboré et défendu, mais se transforme en force matérielle, c'est-à-dire devienne un outil pour le combat de classe. Et pour que cette transformation se fasse, il faut un parti, marxiste, révolutionnaire, autogestionnaire. Mais ce parti est un instrument, il n'est pas le but ultime. Et on s'attachera d'autant mieux à sa construction qu'on en comprendra les coordonnées générales, du point de vue des tâches qu'il doit remplir, des rapports qu'il doit entretenir avec les travailleurs, les mouvements sociaux, les autres courants du mouvement ouvrier, mais aussi du point de vue de ses

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conditions internes de fonctionnement. Et ces coordonnées ne sont pas fixées une fois pour toutes, elles sont aujourd'hui fonction de ce que sont les contradictions actuelles du capitalisme, mais aussi de ce que nous enseigne l'expérience historique.

Notre tradition organisationnelle est celle du léninisme, mauvais terme d'ailleurs dont Lénine critiquait l'usage. La révolution de 1917 fut la première révolution prolétarienne victorieuse. Sa dégénérescence bureaucratique déboucha sur ce qui demeure, avec le nazisme, comme une des plaies les plus horribles dans le développement de l'humanité. Pour triompher, le stalinisme dut briser le parti de 1917, exterminer l'essentiel de ses cadres. Mais cela ne sauve pas le modèle bolchevik, dont le stalinisme est aussi une excroissance. Si ce modèle ne fut pas "LA" cause de la dégénérescence bureaucratique, il en fut, dans les conditions historiques de la Russie des années 1920, un des vecteurs. Et justement parce que nous voulons garder la mémoire du passé, nous n'entendons pas devenir amnésiques.

Mais bien d'autres éléments nous conduisent à repenser nos conceptions d'organisation : le niveau culturel et l'expérience politique du prolétariat; la référence fondamentale à l'autogestion, notre conception de la fonction d'une organisation révolutionnaire par rapport au mouvement social, notre compréhension d'une issue révolutionnaire comme un processus ne se réduisant pas à un affrontement centralisé pour le pouvoir d'Etat; l'actualité de la recomposition du mouvement ouvrier; la nécessité pour la LCR dans ce cadre de se construire pour oeuvrer à son propre dépassement aussi; son propre bilan enfin, et sa situation présente. 6.1. LE DEBAT SUR LE LENINISME - QUE REMETTRE EN CAUSE

Notre critique des organisations existantes, en particulier de celles qui se réclament du communisme, n'est pas abstraite. Elle est la conclusion d'une double expérience, historique et quotidienne. Toutes deux montrent l'inéluctabilité du processus de bureaucratisation qui transforme pro gres si vement les organisations créées pour la révolution, en freins de celle-ci d'abord relatifs, puis absolus, enfin en leur contraire, en organisations contre-révolutionnaires. Certes il ne s'agit pas d'une évolution mécanique. Les organisations nées au sein des processus de montées ne se sclérosent que dans les reflux, reculs, défaites. Mais leur structure, plus ou moins rigide, favorise plus ou moins la sclérose, détermine la forme de leur dégénérescence. Dans toutes ces organisations, y compris dans les meilleurs des cas, les directions jouissent de "rentes de situation" qui leur permettent, même quand leurs oppositions se trompent moins qu'elles, de se maintenir, de se reproduire et de s'auto-sélectionner. L'auto-sélection des "meilleurs" se fait suivant leurs critères d'organisation dont l'angle de divergence avec ceux de la lutte révolutionnaire, exprimant les intérêts généraux du prolétariat, dépend des conditions qui commandent les rapports organisations/masses (poussées ou reflux, montées ou recul, victoires ou défaites, limitées ou profondes; degré d'usure et/ou de sclérose du programme et de l'organisation elle-même, etc.).

Nos organisations de la IVe Internationale ont toutes été construites sur le modèle dit "léniniste". Certes, selon les pays et les époques, il y a eu des adaptations au modèle. Mais la manière dont y est conçu l'ensemble, en principe dialectique, du centralisme et de la démocratie, est toujours fidèle au "modèle" d' "armée révolutionnaire au combat", formée d' "officiers de la classe ouvrière" (Trotsky). La démocratie y est séparée dans le temps du centralisme comme la thèse et l'antithèse dont l'action serait la synthèse. La démocratie est discussion, en préparation des congrès, des objectifs stratégiques et parfois uniquement tactique. Les congrès tranchent, et la discipline à la ligne majoritaire doit être totale. Pour des "léninistes" stricts, les idées étant déjà des actes, l'expression divergente de celles-ci ne peut se faire publiquement et, en principe, seulement après l'épreuve de l'action. Que nous ayons, dans la LCR, connu une certaine souplesse à l'égard de ces normes, n'empêche pas le rappel périodique aux stricts statuts, quand la direction l'estime nécessaire et que le rapport des forces internes le lui pern1et. C'est cette conception "léniniste" du centralisme démocratique que nous remettons en cause et ne pouvons plus accepter. Et d'abord parce qu'il est faux qu'elle soit dialectique, s'appliquant à tous les temps, toutes les situations et tous les mouvements ouvriers, toutes les stratégies locales et régionales de la révolution.

L'argument selon lequel la théorie léninienne de l'organisation aurait ajouté au marxisme l'apport de l'instrument adéquat de la révolution, valable universellement, est controuvé par l'histoire. Certes, le Parti bolchevik s'est

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révélé capable de structurer les masses prolétariennes russes dans la période révolutionnaire, grâce à une formation de militants professionnels formés dans l'illégalité et l'exil, mais cette capacité organisationnelle n'aurait rien été sans son programme, d'ailleurs ajusté dans le cours même de la révolution et avec les apports extérieurs décisifs que l'on sait. De plus, la spécificité bolchévique a vite révélé de terribles aspects négatifs : élitisme, substitutisme, discipline militaire, sélection par l'obéissance à la hiérarchie. La seule garantie révolutionnaire d'un tel mode d'organisation était dans l'intelligence marxiste et la rigueur morale de ses chefs suprêmes, voire, en dernier ressort, de Lénine luimême. Avant même le Thermidor de 1924, ce parti commença à pourrir par la tête, c'est-à-dire par le noyau même qui avait fait sa spécificité efficace. La supériorité qu'avait été pour lui d'être une "armée révolutionnaire disciplinée" se transformait en son contraire, il allait devenir le creuset même de la pire bureaucratisation jamais vue; ses dirigeants révolutionnaires, à commencer par Lénine, dépassés en peu de temps par ce maelstrom.

Notre histoire française est jalonnée de crises où les oppositions politiques sont sanctionnées selon les principes de la conception "léniniste" d'organisation, c'est-à-dire par la transformation des tendances en fractions et par des scissions et exclusions.

Certes, une telle évolution a fondamentalement des causes politiques, mais dont les liens dialectiques avec les principes organisationnels doivent être mis en évidence.

Notre mise en marge du mouvement de la classe, pendant toute la période d'apogée du stalinisme nous a stérilisés théoriquement, ce qui a accru notre marginalisation et induit un cycle infernal. De là un dogmatisme (qui n'a pris, il est vrai, ses formes extrêmes que dans les formations dissidentes ou en voie de rupture) qui produit à la fois des rectifications brutales de cours, brisant de ce fait ce qu'elles peuvent contenir de positif, et, inversement des raidissements également brutaux devant toute suggestion de novation, un type de discussion intolérant et scolastique, voire terroriste sur le plan intellectuel, et, à nouveau, la cristallisation en tendances et fractions.

Une telle évolution dramatique, sans cesse répétée, tient évidemment à l'unité de droit orthodoxie-direction.

La stratification en quatre étages de l'organisation, base, encadrement moyen, comité central et direction politique permanente (BP et appendices d'appareil), avec ses quatre niveaux de discussion et le statut de pouvoir du niveau suprême ne peut que transformer toute lutte d'idée en lutte pour le pouvoir, vouée d'ailleurs à l'échec de par la rente de situation et la tenue de l'appareil.

Tous les projets "réformistes" de ce mode de fonctionnement- y compris ceux acceptés par la majorité - ont échoué. Le Comité central est resté un parlement, le BP un pouvoir incontrôlable, les cadres moyens des groupes de pression, et la base des activistes constamment renouvelés qui votent plus avec leurs pieds qu'avec leur main.

Pourtant notre système serait pour certains la meilleure et la seule forme possible de centralisme démocratique. 6.2. DE LA LIGUE REELLE A LA PERSPECTIVE D'UN NOUVEAU PARTI REVOLUTIONNAIRE

Les conceptions d'organisation majoritaires se fondent sur la réaffirmation de notre "identité trotskyste".

Qu'est-ce que cette identité dont se réclament autant que nous, en France, le PCI de Lambert, LO, la LOR, les spartacistes, et nous en passons.

C'est un programme historique, vieux d'un demi-siècle où, depuis longtemps déjà, la mort saisit le vif.

La seule identité dont nous puissions nous réclamer est celle du marxisme révolutionnaire, au sein duquel l'apport- essentiel- de Trotsky devient partiel, tel celui de Lénine, de Rosa Luxembourg parmi d'autres, et doit être fondu avec de nouveaux apports, dans la synthèse d'un nouveau programme à l'échelle de notre temps.

L' "identité trotskyste", liée historiquement à la période de lutte contre le stalinisme triomphant, induit d'ailleurs en nos rangs de sérieux dévoiements. Elle risque sans cesse de nous enfermer dans une vision de la stratégie révolutionnaire historiquement datée et, à beaucoup d'égards, aujourd'hui inopérante. Dans ce qu'elle a de plus contestable (la théorie des Etats ouvriers par exemple), elle conduit à la sclérose théorique et à des risques d'opportunisme graves face à la bureaucratie (cf. par exemple les erreurs

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initiales sur l'Afghanistan). Elle conduit même certains trotskystes à mettre leurs rapports avec les PC et leurs oppositions sous le signe du débat entre "communistes" (orthodoxes trotskystes contre dévoyés staliniens) et dans la problématique du ralliement de la ligne erronée à la ligne juste. Elle amène à la limite certains à préférer les "afghans" sclérosés aux "rénovateurs" qui se posent- bien ou mal - les problèmes du temps.

Sur le plan de l'organisation, nous retrouvons le même errement. La démocratie d'organisation recherchée par les rénovateurs des PC, dépasse le retour que nous leur proposons à un centralisme démocratique léniniste pur dont nous leur offrons un exemple peu séduisant avec nos crises à répétition. Il est donc nécessaire, dans le cadre de notre rénovation programmatique générale, de liquider le modèle "léniniste" d'organisation, désormais obsolète, ce qui permettra à la fois de mieux dégager l'apport marxiste durable de Lénine et de mettre à jour un nouveau modèle centraliste démocratique.

On nous a objecté qu'en fait la LCR ne fonctionnait pas selon le modèle. Mais c'est en général pour le regretter et tenter d'y revenir, en en finissant avec les tendances permanentes qui seraient l'origine et la cause des crises et non pas leur effet.

C'est un fait que la LCR est devenue un regroupement de "courants" relativement fixes. Mais nul ne peut dire qu'il s'agit de regroupements de clans, voire seulement conditionnés par la lutte pour le pouvoir. Il est facile de constater que chacun de ces courants représente une logique politique, qui a son expression développée - voire caricaturale - à l'extérieur de nos rangs, donc qui ont tous une dynamique potentielle centrifuge, au centre desquels le courant majoritaire est conservateur, par souci de cohésion équilibrée ou de préservation d'un bloc de direction, balançant entre les extrêmes dans une tension vers l'immobilisme.

On peut dire que la position majoritaire est l'attente que les masses viennent à notre programme, juste par définition, comme, sur le plan organisationnel, que l'axe de la recomposition d'un parti révolutionnaire se fasse sur les bases de la IVe Internationale (l'attitude de la section italienne étant le cas typique de cette attitude). Divers courants, nés de critiques de cet immobilisme ou de l'élaboration de positions nouvelles se sont détachés.

Le courant JBLM, le plus récent, né du "Tournant vers l'industrie", tend à l'ouvriérisme, dont LO représente la forme pure, censé être la voie directe au coeur décisif du prolétariat. Le courant structuré dans la TUO, au travers des ses divers avatars, a les caractéristiques "classiques" d'un certain "vieux trotskysme" mêlant orthodoxie formelle archaïque et tendance à l'opportunisme, censé être la voie transitoire vers les plus grandes masses. Notre propre courant T3, au contraire, est tourné vers les forces neuves, joignant à l'exigence de remise en ordre programmatique dans la rigueur théorique, l'ouverture aux problèmes nouveaux de l'autogestion, du féminisme et de la stratégie révolutionnaire, le souci de jonction avec les courants vivants de recomposition, à la fois vers les organisations qui cherchent- fût-ce en trébuchant et de façon parcellaire- dans ces directions, et vers ces "pans entiers" qui se détachentenfin!- du PC.

On peut, certes, dire aussi que la présence en commun de tous ces courants dans la Ligue d'une part manifeste l'accord sur des bases programmatiques communes, en particulier internationalistes, et d'autre part que cette coexistence empêche les dérives que connaissent les formes développées extérieures dont ils peuvent être plus ou moins proches. Signalons quand même que ces risques ne sont pas tous évidents, ni n'ont la même signification. Les voies de LO et de l'OCI représentent le passé mort, desséché, le retour au marxisme vulgaire et formel. Les risques, de ce côté sont ceux de la sectarisation et/ou d'opportunisme à l'égard des organisations traditionnelles, celui d'être leur repoussoir ou leurs flancs-gardes. Le risque supposé du côté de ce qu'on appelle "l'Alternative", des "Verts" de gauche aux rénovateurs du PC, ne peut exister que si le marxisme révolutionnaire s'avère incapable d'être fidèle à sa mission de développement théorique. Ce risque existe donc surtout comme conséquence de l'immobilisme théorique et pratique de la Ligue.

Par ailleurs, il faut réaffirmer que le droit de tendance et de fraction est un acquis important qui ne saurait être remis en cause sans les plus graves dangers. Il est constitutif de la vie démocratique, même s'il n'en représente pas la totalité. Et la démocratie, loin d'être conçue comme une concession nécessaire aux droits de la minorité (ce à quoi tendent trop souvent à la réduire les positions majoritaires) doit être perçue pour ce qu'elle est fondamentalement, la condition première de la vitalité et de la progression théorique et politique d'une organisation révolutionnaire. Le droit de tendance en est partie intégrante. Il permet entre autres que soient identifiées, assumées, critiquées des positions politiques en toute responsabilité devant l'ensemble de l'organisation. Toute

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position faisant porter la responsabilité de la crise endémique de la LCR sur les tendances minoritaires serait mille fois pire que le mal. Elle serait d'autant plus inacceptable venant d'une majorité qui depuis plusieurs congrès refuse de se constituer en tendance, prétendant s'arroger une légitimité supérieure, refuse par là de se soumettre au contrôle de sa base, et sanctionne ses divergences au sommet, par des auto-amendements et des compromis de direction.

En fait, le point de départ de notre "refondation" doit être la combinaison de la réflexion sur notre pratique et de positions de principes.

L'expérience constante de la cohérence et de la cohésion de toute l'organisation dans les actions essentielles, en particulier celles sur nos actes de lutte internationale (de l'indépendance de la Kanaky à la défense du Nicaragua) et dans les luttes ouvrières, montre que la discipline d'action n'a aucun besoin du recours à un modèle de discipline "militaire".

Par ailleurs, et par la force des choses, le travail d'entreprise, y compris quand il y a lutte à potentialité d'extension, ne peut être orienté et mené qu'à proximité de l'action, dans la conscience et la libre décision de ses acteurs mêmes. A ce niveau, les commissions, syndicales et de branche sont plus décisives que les organes centraux de direction. '

Notre système fait de la discussion, du contrôle au fur et à mesure de l'action et de l'évolution des événements, le monopole des "étages" supérieurs de la direction, qui détient seule et "filtre" l'information dans un profond esprit hiérarchique.

Dans la récente "affaire de la T3" où nous avons dû faire état de débats restés internes au niveau de la direction, celle-ci nous a opposé la nécessité de telles discussions compartimentées au nom du "droit à l'erreur". D'une part, il s'agit beaucoup plus d'un droit à la protection spéciale de la cohésion du groupe majoritaire de direction face aux militants, contesté au reste de l'organisation et, en particulier, aux "courants"; d'autre part, ce "droit à l'erreur' est mal reconnu à la base qui, sevrée d'informations y est pourtant plus exposée.

Dans les conditions de légalité politique, rien ne justifie que toutes les discussions politiques, non seulement ne soient pas ouvertes de la base au sommet de l'organisation, mais, même, qu'elles ne s'expriment pas par la presse publique (comme c'était d'ailleurs le cas dans la presse révolutionnaire, y compris bolchévique, antérieure à 1917), rien si ce n'est la volonté de clore le parti par rapport à la classe.

Les thèses majoritaires d'organisation insistent, dans la définition du parti révolutionnaire, sur ce qu'il est" délimité de la classe". Comment combiner cela avec l'autre concept fondamental que "les communistes ne forment pas un parti distinct du prolétariat" (Manifeste communiste). En ceci que la délimitation du parti est fonction du niveau de conscience exprimé par le programme marxiste général visant à l'instauration du communisme auquel s'ajoutent les divergences stratégiques ou tactiques entre partis révolutionnaire.

C'est dire qu'une telle délimitation s'impose comme fait -regrettable - et non comme choix. Il est fonction de l'espace entre la classe en soi et la conscience de la classe pour soi.

L'extension moderne du prolétariat (selon notre définition comme ensemble des travailleurs ne possédant que leur force de travail, qu'elle soit manuelle ou intellectuelle, et de plus en plus manuelle-intellectuelle), dans le temps même de la dégénérescence des organisations traditionnelles (et les deux phénomènes étant en relation dialectique, le plus souvent mal vue), a abouti à un recul et à une dispersion de la conscience de classe prolétarienne, dont la lente recomposition n'a commencé à s'effectuer qu'après 1968. L'éventail de la conscience et la fragmentation de sa reconstitution (manifesté en particulier par l'apparition de consciences séparées, autogestionnaires, féministes, écologiques ... ) dicte la première fonction des organisations véritablement révolutionnaires d'aujourd'hui: oeuvrer à la convergence des actions dans le sens de la réalisation du plus haut niveau de conscience possible sur le champ le plus étendu de la classe en expansion, comme condition préalable de la révolution socialiste dont le modèle même sera modifié par ces mutations.

En ce sens, nous disons que la tâche fondamentale d'un parti révolutionnaire est d'oeuvrer à l'auto-organisation des travailleurs.

Cela induit nettement le parti d'avant-garde à sa fonction de guide, au sens propre du mot, opposé à celui de dirigeant qu'il a dans le contenu "léniniste" du mot, qui implique des "coupes" faites dans la classe, et un droit "supérieur" à imposer à toute la classe la conscience de son avant-garde- autoproclamée - au nom de ses intérêts généraux présumés mieux compris par sa minorité que par sa majorité, ce qui est contraire au marxisme de Marx. Seule, au contraire, la conception de "guide", agissant par conviction de la majorité évite les pièges du substitutisme, aussi bien dans la recherche de l'influence que dans la visée du pouvoir qui ne saurait être celui du parti sans les plus graves risques.

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Si les luttes politiques et sociales dans lesquelles s'implique le parti révolutionnaire visent l'unité la plus large de la classe, et par là même la plus grande unité possible de sa conscience,la diversité actuelle des organisations de classe, manifestant l'hétérogénéité des niveaux de cette conscience, ne peut s'atténuer qu'en fonction du mouvement d'homogénéisation opéré au travers des luttes. Tout au long d'un tel processus, les fronts de classe les plus divers s'imposeront.

Mais ce que montre notre propre expérience d'organisation, telle que rappelée plus haut, c'est qu'à l'intérieur même de la conscience marxiste révolutionnaire, des disparités tactiques, voire stratégiques, apparaissent, et sont sans doute inévitables dans la phase de recomposition que nous vivons. Dans une organisation beaucoup plus large que la nôtre, il est évident qu'elles seront également présentes. Comme nous l'avons vu, ces disparités ont une potentialité de rupture. Le problème qu'elles posent ne peut trouver à terme que deux solutions :soit le "régime" du parti permet la coexistence de ces disparités dans le cadre d'une problématique générale commune, soit il faut admettre la séparation en organisations différentes au-delà d'un certain seuil de divergences sur l'action, et renvoyer la résolution de l'action commune par et dans des fronts.

La première solution est sans doute la meilleure. Mais comment éviter l'impuissance du fédéralisme et sa propre lutte pour le pouvoir, plus cachée mais aussi réelle ?

Très certainement en limitant ce pouvoir central, centraliste, ce que, non seulement permettent aujourd'hui les moyens matériels modernes de communication et la légalité politique bourgeoise, mais aussi et surtout ce que permet et exige le niveau culturel des militants prolétariens qui s'exprime par le succès et la généralité de la revendication d'autogestion.

Les directions des organisations prolétariennes, et d'abord de la nôtre, doivent être simplement des exécutifs de décisions précises limitées majoritaires. Elles ne peuvent valablement se donner pour autre chose que la représentation d'un courant temporaire, et ne peuvent prétendre représenter- et encore moins juger - le tout dont elles ne sont qu'une partie.

L'unité d'une organisation révolutionnaire dans une période ni révolutionnaire, ni même pré-révolutionnaire, mais de préparation aux conditions de la révolution, exige une telle souplesse qui -notre expérience le prouve - n'empêche en aucune manière l'action centralisée qui, en tout état de cause exige la conviction de tous les participants.

Une telle limitation de pouvoir, avec total abandon du monopole de l'information et de la discussion à étages cloisonnés, est aussi la condition de la plus large formation de militants vraiment responsables, capables de pensée autonome et d'initiative, de décision.

La discussion et l'élaboration théorico-politique ne doivent plus être limitées à des séquences de temps qui les séparent du temps de l'action, en fonction de décisions de sommet, mais doivent s'opérer dans une liaison permanente avec l'action, scandée par le rythme même et les besoins de celle-ci.

Le degré de centralisation de l'action doit être décidé par l'organisation elle-même en fonction des besoins ressentis dans l'évolution des événements sociaux eux-mêmes. Le véritable lien dialectique de la démocratie - non seulement dans le débat mais dans l'expérimentation locale, régionale, de milieux, et de thèmes - et la centralisation pour des actions générales, ne peut être uniforme en permanence, mais doit être adapté aux situations et aux rythmes de l'action.

Délimitée de la masse de la classe, une organisation de ce type serait pourtant, par sa souplesse, en symbiose avec elle dans la totalité de ses secteurs. Sa propre pratique, non directive, la rendrait à la fois plus sensible au propre enseignement de la classe en soi, et plus capable de la "guider" sans tenter de la manoeuvrer et de lui imposer des choix non arrivés à maturité.

L'époque de la conscience autogestionnaire a besoin d'un parti révolutionnaire lui-même démocratiquement autogéré, et donc débarrassé de tout esprit de discipline militaire et de toute lutte pour le pouvoir, principale source de crises. 6.3. UNE SOLUTION "ALTERNATIVE"

Tous les échecs des organisations prolétariennes de notre temps, y compris de la nôtre, tiennent en dernier ressort à leur inadéquation aux conditions nouvelles du monde du travail et à l'évolution régressive-progressive de sa conscience. Toutes les recherches vivantes se font dans le sens esquissé plus haut. L'orientation vers ce qui a été appelé l'Alternative, et dont les éléments

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apparaissaient jusqu'il y a peu de mois comme très maigres et très dispersés, prend désormais consistance avec l'évolution rapide des "rénovateurs" du PC.

Toutefois, le succès d'un regroupement révolutionnaire qui peut être très large exige de chacune de ses composantes potentielles une analyse autocritique courageuse de sa propre expérience. La continuité que nous représentons, en dépit de sa richesse, ne peut pas être considérée comme ayant seule été épargnée par les outrages du temps et des traverses de l'histoire. L'adoption par les autres de ce que nous avons porté souvent seuls, et que nous pouvons transmettre, y compris avec un certain enrichissement, aura d'autant plus de chances d'être facile et complète que nous l'aurons épuré nous-mêmes de ses scories et que nous présenterons l'héritage sous bénéfice d'inventaire. Il serait paradoxal, mais non impossible, que ceux qui ont partagé des erreurs beaucoup plus graves que les nôtres, nous dépassent par les leçons qu'ils sont capables d'en tirer. La dialectique de l'histoire connaît de tels paradoxes. C'est donc sans présomption et "corn-suffisance" que nous devons nous engager dans la nouvelle phase de recomposition des forces socialistes qui s'ouvre devant nous.

Notre meilleure préparation à la participation à cette recomposition d'une force politique révolutionnaire, serait de l'aborder comme un mouvement ayant surmonté sa crise chronique par une courageuse refondation.

Telle serait en outre la meilleure défense du rôle de l'avant-garde. Plus s'accroît la complexité de la société et par là même celle d'un processus révolutionnaire qui ne peut se réduire aux modèles du passé, plus s'accroît en même temps l'importance de la fonction de compréhension et synthèse comme condition des initiatives. Mais plus aussi l'exercice de ces fonctions requiert de soumettre à cela les modèles organisationnels. En guise de conclusion ...

Nous indiquions, en préambule de ce projet, qu'il est des périodes où des redéfinitions sont nécessaires, pas seulement théoriquement mais pratiquement. Pour imparfait que soit ce document, il l'illustre à diférents niveaux, depuis le programme du socialisme jusqu'à la construction d'une force révolutionnaire, en passant par l'activité dans les luttes, avec leurs multiples implications.

Elles sont urgentes pour la LCR.

Si des conservateurs ou des bureaucrates peuvent toujours croire "qu'il n'est pas de problème que son absence de solution ne finisse par résoudre", des révolutionnaires qui entendent véritablement jouer leur rôle doivent être persuadés d'une chose : l'accumulation de retards, d'hésitations, de crispations, dans la période de crise et de mutations que nous connaissons, ne peut que générer des effets cumulatifs, à termes destructeurs. Loin en effet de ménager l'avenir, elle conduira à une compréhension appauvrie de la réalité, loin de préserver les acquis elle conduira à les figer dans une orthodoxie aux pieds d'argile, loin de nous armer dans la recomposition du mouvement ouvrier, elle nous en rendra spectateurs.

Si le débat du congrès a un sens, c'est de nous permettre de progresser collectivement dans la compréhension de ces enjeux. Ils sont décisifs. On peut choisir de les ignorer, mais il n'est du pouvoir de personne d'empêcher que le prix de cette ignorance soit alors très lourd, et que la facture nous soit présentée plus vite qu'on l'attendait.

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