La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Résolution politique

· Critique communiste, n° 61, mars 1987 · p. 3, 5-7, 9-11, 13-15, 17-20 · 4 738 mots

PRESENTEE PAR LA MAJORITE DU COMITE CENTRAL

1. La réactivation du mouvement de masse.

2. Une phase d'instabilité politique prolongée.

3. La crise généralisée du mouvement ouvrier.

4. L'orientation des révolutionnaires pour la mobilisation unitaire et l'auto-organisation.

5. Une politique active pour oeuvrer à la recomposition du mouvement ouvrier.

6. Une candidature présidentielle anticapitaliste.

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LA REACTIVA TI ON DU MOUVEMENT DE MASSE 1. ) La fin de l'année 1986 et le début de l'année 1987 représentent un tournant dans la situation française. La conjugaison des mobilisations de la jeunesse scolarisée et des mouvements de grève ou de lutte de la SNCF, de l'EDF, de la RATP, des instituteurs, traduisent une réactivation du mouvement de masse, une inflexion de la courbe des luttes. Au-delà, en provoquant un changement du climat social dans le pays, elles bouleversent les conditions des luttes politiques et sociales.

Ce changement de situation produit des effets décisifs. Le succès du mouvement des étudiants et des lycéennes a montré qu'il était possible de gagner face à un gouvernement qui, depuis le 16 mars, confronte les salariés à une entreprise systématique de destruction de leurs droits et conquêtes. Le combat collectif, les méthodes traditionnelles de la lutte des classes reprennent vigueur et crédit. L'appatition de plus en plus fréquente de formes d'organisation démocratique des luttes a fait émerger une alternative au blocage des appareils bureaucratiques. Ces processus d'auto-organisation, la tenue d'assemblées générales souveraines, le développement de comités de grève ou de coordination ont joué un rôle essentiel dans la mise en branle de secteurs entiers, dans la préservation de l'unité, de la cohésion, de la souveraineté des travailleurs en lutte.

En conséquence, la riposte ouvtière face aux agressions patronales et gouvernementales - qui semblait auparavant difficile - apparaît désormais possible et nécessaire. De nouveaux secteurs s'en trouvent encouragés pour déclencher des luttes.

La perspective d'une mobilisation d'ensemble, pour la satisfaction des revendications, pour faire céder le gouvernement, voit progressivement grandir sa crédibilité. Parallèlement, dans le mouvement ouvrier, le désarroi et l'attentisme laissent lentement la place à un large débat sur le bilan des années passées et les perspectives pour la classe ouvrière.

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2.) L'ensemble de ces éléments se situe pourtant toujours dans le cadre général de la crise économique. Depuis le milieu des années 1970, et surtout depuis 1981, sous les effets conjugués des attaques de la bourgeoisie et de la politique des directions réformistes, la classe ouvrière s'est trouvée rejetée sur la défensive. Il en est résulté, au moins jusqu'à la fin de l'année 1986, un reflux de la combativité, un recul du niveau d'organisation, un approfondissement de la division sociale et politique, une baisse du niveau de conscience dans certaines fractions du prolétariat. Dans le même temps, l'offensive patronale contre les salariés obtenait des succès, jetant les bases d'une attaque encore plus brutale contre l'emploi, les salaires, la protection sociale.

Aujourd'hui, ces traits négatifs continuent à marquer de leur empreinte les conditions d'activité de la classe ouvrière. Ils font surgir encore bien des obstacles à l'entrée en action de certaines de ses fractions, notamment dans le secteur privé. Amplifiés par la tactique des directions réformistes, ils retardent l'unification du front de classe et rendent souvent difficile la coordination des luttes. 3.) L'enjeu des prochains combats est donc bien de savoir si les travailleurs trouveront, sur la base des développements récents, les voies de leur contre-offensive ou si la classe dominante parviendra à marquer d'autres points.

Il n'en reste pas moins que, pour la première fois depuis de longues années, dans le contexte de la crise, un gouvemement bourgeois s'est vu contraint de reculer devant un début de remobilisation sociale. La coalition au pouvoir se trouve plongée dans des difficultés politiques qui mettent à nu la fragilité de ses positions sociales. Cela ouvre une phase d'affrontements politiques et sociaux pouvant déboucher sur la mise en échec du gouvemement Chirac.

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UNE PHASE D'INSTABILITE

POLITIQUE PROLONGEE 4.) Cette situation a pour toile de fond un approfondissement de la crise de direction de la droite. Reflet de l'instabilité qui affecte la domination bourgeoise depuis de longues années, la majorité parlementaire ne dispose pas de projet politique cohérent, adapté au contexte actuel de crise comme à l'état réel des rapports de forces sociaux, répondant aux intérêts des secteurs performants du capital et susceptible d'unifier autour d'eux un bloc social dépassant largement les couches traditionnellement acquises au camp bourgeois.

Tous ces éléments se concrétisent en une instabilité politique permanente. Divisée, ne disposant que d'une faible avance à l'Assemblée nationale, soumise au harcèlement de l'extrême-droite, la droite doit accepter, au plan institutionnel, la cohabitation avec un président socialiste. En brisant la coïncidence des majorités parlementaire et présidentielle, qui faisait jusqu'alors la solidité de la Ve République, ce trait distinctif de l'après-16 mars rend précaire la position et l'autorité de l'équipe gouvernementale. Dans le même temps, la coalition RPRUDF se trouve en permanence soumise aux pressions contradictoires des clans qui agissent en son sein, aucun d'entre eux ne se trouvant en mesure d'assurer son hégémonie sur ses concurrents. Enfin, les difficultés des grandes formations bourgeoises se reflètent dans la poussée électorale du Front national. L'avenir de ce dernier, écartelé entre une possible transformation en parti ouvertement fasciste et une éventuelle intégration à la droite traditionnelle, sera donc déterminant pour la situation du camp bourgeois.

Dans ces conditions, la prochaine élection présidentielle mettra à jour le débat d'orientation qui agite souterrainement la classe dominante face à la crise et au mouvement de masse. Elle opposera l'appareil chiraquien aux composantes de la droite qui cherchent, derrière Barre, à lui opposer un projet, une stratégie et un système d'alliances alternatifs. Les rapports de forces que cristallisera le scrutin constitueront des facteurs essentiels pour l'évolution ultérieure du bloc réactionnaire.

En attendant, à la chaleur de grandes secousses politiques ou sociales, voire d'une dégradation brutale du contexte économique, cette ir.stabilité peut tourner à la crise politique et mettre en cause l'équilibre gouvernemental lui-même.

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LA CRISE GENERALISEE

DU MOUVEMENT OUVRIER 5.) La phase actuelle confirme et amplifie l'une des caractéristiques essentielles des dernières années : la crise généralisée du mouvement ouvrier. Cette situation, qui prend une véritable dimension historique, touche toutes les formations et s'assimile à une mutation. Son issue, pour incertaine qu'elle demeure, modifiera profondément la structuration politique et syndicale du prolétariat, les relations entre ses organisations, les liens établis entre les masses et les appareils bureaucratiques.

La crise capitaliste et l'offensive bourgeoise, l'impuissance des directions traditionnelles à leur opposer un projet à la hauteur des enjeux, ainsi que le bilan de l'expérience gouvernementale de la gauche, ont en effet conduit à l'éclatement des cadres stratégiques jusqu'à présent dominants dans le mouvement ouvrier. Au 'terme d'un cycle d'expériences politiques des travailleurs, partis et syndicats se retrouvent dépourvus de véritables projets, contraints de gérer au mieux une situation transitoire. Le mouvement ouvrier subit parallèlement une transformation de sa conformation traditionnelle : renforcement et recentrage de la social-démocratie, déclin accentué du PCF, redéfinition des rapports de forces internes au mouvement syndical.

Au stade actuel cet ébranlement s'il ne prend pas la forme de fractures verticales, se traduit par des secousses majeures et des évolutions à gauche dans les organisations traditionnelles. Ce qui n'exclut pas que les éléments de confusion et de désarroi, produits de la situation des dernières années, puissent simultanément favoriser des glissements à droite dans un ceitain nombre de secteurs. Des phénomènes hétérogènes de recomposition apparaissent. Commençant à tirer le bilan des expériences vécues par la classe ouvrière au cours des deux dernières décennies, diverses fractions militantes cherchent une issue à l'impasse stratégique caractérisant les grandes organisations. Ces tendances ne peuvent qu'aller en s'amplifiant, au fur et à mesure qu'émergera, sous l'impact du renouveau des mobilisations sociales, une nouvelle génération.

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6.) Ce bouleversement se trouve à l'origine d'une perte d'emprise grandissante des appareils réformistes sur les masses. cette désaffection amplifie les contradictions internes des organisations traditionnelles . Et elle génère une volonté de plus en plus massive de prendre ses affaires en main, de contrôler le déroulement des luttes, d'imposer l'unité des travailleurs et de leurs organisations face à la division entretenue par les directions, de mettre fin aux pratiques de délégation de pouvoir. L'aspiration à l'auto-organisation constitue aujourd'hui l'un des principaux leviers d'une bataille pour l'unité et la mobilisation ouvrières et, partant, la régénération des organisations syndicales. Elle devient par là-même, une question centrale pour l'intervention des révolutionnaires. 7.) La crise du mouvement ouvrier se concrétise entre autres, par l'approfondissement des contradictions au sein des partis ouvriers. Le Parti socialiste vit ainsi à l'heure d'une tension qui nourrit des secousses, des affrontements et qui peut réactiver à court terme des débats qui ne sont gelés qu'en apparence. Ceux-ci s'organiseront vraisemblablement autour de deux questions. La première est la question aujourd'hui essentielle, des alliances à droite. La seconde est la question fondamentale de la préservation de l'identité ouvrière et social-démoçrate du parti ou de sa transformation en "parti démocrate" à l'américaine, fonctionnel pour l'alternance et aux liens distendus avec le mouvement ouvrier. L'impact de la réactivation du mouvement social et les développements d'une opposition au sein du PCF ont favorisé les tentatives de constitution d'un courant se situant à gauche dans le PS. La tentative de cristallisation autour de Jean Poperen connaissait certes des limites. Mais parce qu'elle était ciblée sur le problème essentiel pour l'avenir du PS - la question des alliances à droite - et parce qu'elle représentait une fissure non négligeable au sein de l'appareil de ce parti, cette tentative représentait un premier pas extrêmement important dans le processus de constitution d'une gauche socialiste. La capitulation, face aux diverses pressions institutionnelles, de son principal prot'!goniste, entraîne démobilisation et découragement. Pour l'essentiel cependant, cette première secousse a confirmé la place objective qui existe pour un courant de gauche à l'intérieur du PS et la volonté de nombreux militants de se battre pour cette perspective. Le compromis passé pour le congrès de Lille ne règle à l'évidence aucun des problèmes posés : ils ne pourront que rebondir autour de l'échéance présidentielle.

Mais c'est au sein du Parti communiste que les ébranlements s'avèrent les plus considérables. Le déclin historique de ce parti est le produit de la crise du stalinisme et du bilan des pays du "socialisme réellement existant", de la faillite de l'Union de la gauche à laquelle il s'est longtemps assimilé, de l'incapacité de sa direction à le doter d'un nouveau projet cohérent, du discrédit que lui fait subir sa politique acharnée de division. La crise d'identité et d'orientation qui en résulte et qui provoque une régression constante de son audience dans le pays, engendre un vaste mouvement de contestation interne. Celui-ci affecte les piliers fondamentaux du PCF : ses élus, ses relais syndicaux, son appareil, sa base ouvrière. Conjugués au redémarrage des luttes et aux pressions de la social-démocratie, ces processus ne peuvent que susciter des clivages au sein du courant "rénovateur" sur son avenir comme sur ses délimitations politiques et stratégiques. L'évolution en ce sens d'un courant significatif du PCF peut de ce point de vue modifier les conditions concrètes de la construction d'un parti révolutionnaire en France. 8.) L'ébranlement du mouvement ouvrier se réfracte tout particulièrement dans le mouvement syndical. De manière conjointe, la rupture de l'Union de la gauche _ (perspective recueillant une adhésion de masse parmi les cadres syndicaux) et l'irruption de la crise capitaliste ont profondément désorienté toute une génération de syndicalistes membres des directions intermédiaires des confédérations.

La fonction même du syndicalisme est objet de débat, pendant qu'une frange croissante de la classe ouvrière considère discrédité le syndicalisme pratiqué par les bureaucraties. Des rapports d'un type nouveau apparaissent entre masses et syndicats. Le vote pour les syndicats ouvriers ne sig_nifie pas adhésion, et les -suffrages vont à l'équipe syndicale recueillant la confiance des travailleurs. dans le même temps, les syndicats d'entreprise connaissent une tendance à l'autonomisation par rejet d'appareils nationaux jugés inutiles, coûteux, politiciens.

Quand le mouvement de grève le permet, les travailleurs n'hésitent pas à mettre les syndicats sous contrôle des structures démocratiques dont ils se sont

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dotés. L'écart grandit donc entre les suffrages recueillis par les syndicats ouvriers, les adhésions réalisées par ces syndicats, leur capacité de contrôle sur les travailleurs en grève.

Le syndicalisme peut connaître une régénérescence s'il intègre dans sa relation avec les travailleurs l'aspiration unitaire et démocratique rencontrée dans les conflits. De ce point de vue, les militants syndicaux attachés aux positions de classe et de masse peuvent trouver un terrain favorable contre les appareils qui leur font face s'ils appuient leur démarche oppositionnelle sur ce mouvement d'auto-organisation. Les appareils des confédérations ouvrières chercheront à intégrer le mouvement d'auto-organisation de manière à le contrer, le manipuler, le manoeuvrer.

C'est pourquoi l'auto-organisation constitue bien un enjeu immédiat au sein même du mouvement syndical.

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L'ORIENTATION DES REVOLUTIONNAIRES POUR LA MOBILISATION UNITAIRE ET L'AUTO-ORGANISATION 9.) Dans le contexte présent, l'orientation des révolutionnaires vise en premier lieu au développement d'une ligne de résistance de classe, pour reconstruire un rapport de forces favorable à la classe ouvrière et créer les conditions d'une contre-offensive qui puisse mettre le gouvernement en échec et, à terme, préparer son renversement. Pour cela, la LCR défend en permanence la nécessité de la mobilisation unitaire des travailleurs, de l'unité dans et pour les luttes, afin d'obtenir la satisfaction des revendications, de briser l'offensive capitaliste.

Dans leur travail quotidien, les militants de la LCR s'efforcent de lever les obstacles à cette perspective, ils favorisent la formulation unitaire des revendications, impulsent les formes de lutte et d'action permettant l'unité des salariés et la démocratie la plus large. A travers cette action, ils s'efforcent de faire mûrir l'idée d'une riposte coordonnée de la classe ouvrière, d'un mouvement d'ensemble prolongé, d'une grève générale qui serait l'arme la plus efficace pour gagner sur les exigences ouvrières, chasser la coalition au pouvoir et affirmer l'indépendance du mouvement de masse. 10.) Sur cette ligne, face à une division qui demeure l'un des principaux obstacles à l'entrée en action de larges secteurs, la LCR s'adresse aux directions politiques et syndicales de la classe ouvrière pour qu'elles s'unissent au service de l'indispensable combat, sur la base des revendications mises à l'ordre du jour par les luttes elles-mêmes et de l'aspiration unitaire qu'elles révèlent. Mais les militants de la LCR ne se contentent pas d'interpeller les directions majoritaires. Ils s'efforcent, chaque fois que possible, d'oeuvrer à la réalisation effective de mobilisations unitaires, même partielles et sur des objectifs limités. Ce faisant, ils cherchent à susciter une dynamique d'élargissement et de convaincre d'autres fractions de la classe ouvrière du caractère indispensable de l'action. En s'adressant directement à tous les travailleurs, aux militants des partis et syndicats ouvriers, ils les appellent à rassembler leurs forces pour le combat dans l'unité. Ainsi aident-ils aux décantations à l'oeuvre en permettant aux militants critiques du PS et du PCF, des syndicats, de vérifier dans la pratique qu'il existe une autre voie que la résignation ou l'attente passive des échéances électorales.

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11.) C'est dans cette ligne générale pour l'unité ouvrière et le front unique des organisations ouvrières que s'inscrit le développement systématique de toutes les formes d'auto-organisation.

Dans un contexte marqué par une division exacerbée, celles-ci deviennent de plus en plus fréquemment une condition permettant de lever les hypothèques bureaucratiques pesant sur les luttes. Elles constituent la réponse la plus adéquate au discrédit des directions réformistes ainsi qu'à la régression de leurs capacités d'encadrement de la classe ouvrière. Elles représentent un levier pour aider à l'unification des travailleurs autour de leurs revendications et, par là, un moyen supplémentaire de gagner.

En s'appuyant sur les exemples récents d'auto-organisation, la LCR entend donc susciter, chaque fois que cela s'avère possible et en fonction des conditions concrètes, des intersyndicales responsables devant les travailleurs, des assemblées générales souveraines, des comités de grève, des coordinations élues et révocables où syndiqués et non syndiqués puissent parvenir à une forme supérieure d'unité et de démocratie. Ce qui impUque un infléchissement de son intervention, non du point de vue de l'orientation générale, mais de sa mise en pratique.

Si la LCR rejette toute position consistant à présenter l'auto-organisation comme la seule représentation d'une frange radicale ou comme un moyen de contourner la bataille pour l'unité des travailleurs et de leurs organisations, elle s'oppose simultanément à toute conception réduisant les comités de grève à de simples instruments de pression sur les organisations syndicales. En impulsant l'auto-organisation, ses militants et militantes s'appuient sur les travailleurs les " plus avancés ou les plus combatifs (syndiqués et non syndiqués) et cherchent à faire émerger des éléments de direction alternative aux bureaucraties syndicales. Ils mettent dès lors, au coeur de leur activité, l'unité et la démocratie et impulsent toutes les formes d'organisation pouvant renforcer la mobilisation, à commencer par les comités de grève élus en assemblées générales qui, s'ils sont réellement représentatifs, constituent le meilleur moyen de mettre en déroute les manoeuvres réformistes.

Dotés de cette approche, les militants de la LCR préparent en permanence l'auto-organisation des travailleurs. Ce qui concerne tout à la fois les propositions qu'ils formulent dans les syndicats et leur disponibilité à prendre, dans les entreprises, toute initiative susceptible de regrouper un courant pour ' l'auto-organisation. 12.) En bouleversant les coordonnées de la situation politique et sociale, la réactivation des luttes provoque aussi une plus grande disponibilité de nombre de militants ouvriers, au débat et à l'action avec les révolutionnaires. Pour accélérer ces évolutions, favoriser les décantations, il convient de chercher à 1 construire les cadres politiques susceptibles de faire passer ces militants au stade : d'une action publique commune. Cette dernière servirait de pont entre les combats partiels du moment et le terrain politique central. Il est possible de cristalliser aujourd'hui un tel processus autour de la nécessité de l'unité dans les 1 luttes, du combat unitaire des travailleurs et de leurs organisations contre Chirac et son gouvernement, de l'organisation démocratique des luttes.

C'est dans ce sens que la LCR a contribué au lancement d'un appel de militants représentatifs pour l'union dans les luttes, afin de renforcer la volonté d'auto-organisation et de combat des travailleurs. En fonction des développements de cette activité, ensemble, des militants socialistes, communistes, syndicalistes, révolutionnaires, pourraient aussi faire entendre leur voix, pour l'union dans les luttes et les élections contre Chirac et son gouvernement, pour préparer un avenir où les travailleurs ne se verraient pas spoliés des fruits de leur victoire, mais se donneraient la garantie, par leur propre action de classe, d'imposer une politique qui corresponde effectivement à leurs aspirations. 13.) Cette démarche, la LCR l'oppose en permanence aux orientations du PS et du PCF. Face à une social-démocratie enlisée dans le marécage de la cohabitation, à un PC qui se complait dans un sectarisme sans issue, elle montre que l'objectif d'une mobilisation unitaire, pour en finir avec les attaques de la réaction et des possédants, peut seul faire renaître l'espoir, favoriser les luttes et leur donner un débouché politique correspondant réellement ~ l'intérêt des travailleurs.

Construire l'unité pour et dans la lutte représente en effet le moyen le plus , sûr de mettre à l'ordre du jour le remplacement du gouvernement Chirac par un gouvernement qui satisfasse les revendications de l'heure, qui rende des comptes à ses mandants, qui soit aussi fidèle à la classe ouvrière que l'alliance

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RPR-UDF l'est à la bourgeoisie. Ainsi les travailleurs pourraient en finir avec le libéralisme, sans pour autant subir à nouveau le type de gestion gouvernementale de la gauche entre 1981 et 1986. Même avec une nouvelle majorité de gauche et un gouvernement du PS et du PCF, la lutte sociale est la seule locomotive du changement, la seule garantie pour les travailleurs de faire aboutir leurs aspirations.

Pour donner toute sa cohérence à cette orientation, la LCR doit plus que jamais faire vivre une perspective de transformation radicale de la société. C'est pourquoi elle lie constamment ses propositions d'action à la défense d'un projet socialiste. Dans les conditions présentes, ce dernier vise à développer les réponses stratégiques et programmatiques adéquates aux discussions d'orientation qui partagent le mouvement ouvrier, à populariser, dans ce cadre, un ensemble de solutions ouvrières pour sortir de la crise et à jeter un pont entre l'état actuel des luttes, du niveau de conscience et l'objectif du pouvoir des travailleurs.

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UNE POLITIQUE ACTIVE POUR OEUVRER A LA RECOMPOSITION DU MOUVEMENT OUVRIER 14.) La crise du mouvement ouvrier, la radicalisation et les évolutions multiples qu'elle engendre, renforce la nécessité, pour la LCR, de se doter d'une politique active visant à accélérer les recompositions, à favoriser les clarifications, à démontrer la nécessité d'un nouveau parti pour les travailleurs, seule réponse adaptée à la faillite de la gauche réformiste.

Cette action, opiniâtre et permanente, suppose en premier lieu d'intensifier l'intervention en direction des militants des organisations traditionnelles, politiques et syndicales. En les confrontant à leurs propositions de front unique, les militants de la LCR cherchent à engager avec eux un dialogue sur les tâches de l'heure face à la crise capitaliste et aux attaques de la droite. Ce qui constitue le meilleur moyen d'aider aux nécessaires clarifications. 15. ) Dans l'ensemble des centrales syndicales où ils sont présents (CGT, CFDT, FO, FEN), les militants de la LCR combattent en faveur d'un redressement basé sur la défense des revendications et des intérêts des travailleurs. Ce qui passe par la lutte pour l'unité ouvrière et notamment pour l'unité d'action syndicale, la mobilisation, la démocratie syndkale et la démocratie ouvrière la plus large. De ce point de vue, la pratique démocratique de masse devient un outil essentiel pour forger l'unité ouvrière et assurer le succès des luttes.

Les militants de la LCR travaillent à la réorientation du syndicalisme. Cela concerne à la fois la participation aux batailles qui se déroulent dans chaque confédération pour en contester la direction aux réformistes, l'insertion dans tous les cadres unitaires de mobilisation permettant d'impulser l'unité d'action systématique des organisations syndicales, le développement de formes de regroupement des militants unitaires et de lutte de classe.

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C'est ainsi qu'ils favorisent la construction de la tendance syndicale de lutte de classe qui est un de leurs axes stratégiques. C'est ainsi également qu'ils opposent aux manoeuvres de division des états-majors, la seule perspective répondant réellement à l'intérêt des salariés : une centrale unique et démocratique, défendant en toute indépendance leurs aspirations. Il s'agit de créer les meilleures conditions pour engager le débat sur le nécessaire débouché politique du combat de classe, et lier les propositions d'action aux réponses ouvrières pour en finir avec l'austérité. 16.) Qans une situation marquée par l'approfondissement des contradictions du Parti socialiste, la LCR intervient systématiquement en direction des membres de ce parti. Elle travaille en commun avec eux, dans les luttes comme dans les campagnes unitaires. Elle engage le débat avec les responsables de l'opposition socialiste en gestation et avec tous les militants en rupture avec la politique de leur direction, sur la base de ce que devrait être une politique conséquente : unité ouvrière contre la droite et le gouvernement, renforcement de l'autoorganisation démocratique des luttes, popularisation d'une orientation anticapitaliste face à la crise, développement d'une politique internationaliste contre l'impérialisme et la bureaucratie. 17. ) La crise du PCF constitue un enjeu de première importance pour les révolutionnaires. La LCR intervient systématiquement en direction des membres du PCF, pour travailler en commun avec eux, dans les luttes comme dans les campagnes unitaires. Ses militants participent activement à toutes les structures de débat ou d'action créées à l'initiative de militants communistes ou d'autres (cercles "M", cercles Gramsci, universités communistes, collectifs unitaires, etc.). Elle engage le débat avec les responsables de l'opposition et avec les militants en rupture avec leur direction, sur les thèmes de ce que devrait être une politique communiste conséquente : unité ouvrière contre la droite et le gouvernement, renforcement de l'auto-organisation démocratique des luttes, popularisation d'une orientation anticapitaliste face à la crise, développement d'une politique internationaliste contre l'impérialisme et la bureaucratie. La LCR est persuadée que la construction d'un parti ouvrier révolutionnaire passerait par des processus de recomposition traversant les deux grandes organisations politiques traditionnelles du mouvement ouvrier. C'est aujourd'hui de l'évolution de l'opposition communiste que dépend pour l'essentiel l'apparition d'une telle opportunité. La LCR pour sa part s'affirme disponible pour la construction d'une même organisation, dès lors que les conditions en seraient réunies et que les accords politiques sur les grandes tâches de l'heure le rendraient possible. 18. ) Plus généralement, les coordonnées de la crise du mouvement ouvrier fondent la nécessité de la démarche unitaire globale impulsée par le LCR. Cette dernière entend répondre à des phénomènes éclatés de maturation et de radicalisation, ainsi qu'aux problèmes que se posent nombre de militants ouvriers, après cinq ans de gouvernement de la gauche réformiste, et à l'aube d'un nouveau cycle de luttes sociales.

Au stade actuel et sans spéculer sur les formes que prendra la recomposition, la LCR met résolument en oeuvre cette problématique. Elle propose ainsi l'unité d'action et le débat à toutes les forces et courants qui y sont disposés. Elle formule des propositions de campagnes et d'intervention propres à permettre une activité commune et l'affirmation d'une force en rupture avec les directions traditionnelles. Dans le même esprit, elle participe aux regroupements ou collectifs locaux, dès lors qu'ils rassemblent des forces militantes significatives, contribuent à l'affirmation d'une orientation anticapitaliste et stimulent le débat politique entre militants d'horizons divers.

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UNE CANDIDATURE PRESIDENTIELLE

ANTICAPITALISTE 19. ) Echéance politiquement centrale, l'élection présidentielle va dominer la situation des prochains mois. Certes, la nature même de ce type de campagne électorale contribue à maintenir un décalage entre les aspirations ouvrières nées des luttes et leur traduction dans les enjeux centraux de la campagne. Par contre, celle-ci sera l'occasion pour les travailleurs de sanctionner le gouvernement et la droite, de manifester leur rejet de la politique libérale.

Dans la continuité de son engagement et du rôle de ses militants dans les mobilisations sociales, ce doit être, pour la LCR, l'occasion de défendre son orientation et d'accroître l'impact de ses propositions. Contre la politique des directions traditionnelles et en conformité avec son action depuis le 16 mars, sa plate-forme s'ordonnera autour des points suivants : . Contre les attaques de la droite et du patronat, contre l'austérité, l'inégalité et le racisme, pour la satisfaction des revendications . . Pour l'unité dans les luttes des travailleurs et de leurs organisations, sans exclusives et sans préalables, afin de chasser la coalition de droite au pouvoir . . Pour une politique de rupture avec le capitalisme permettant aux travailleurs de n'être plus victimes des capitulations des grands partis de gauche.

Pour le second tour, dans la continuité de sa politique de front unique, la LCR appellera à battre la droite, combattra pour le désistement inconditionnel et le rassemblement de toutes les voix sur le candidat du parti ouvrier arrivé en tête au premier tour. Tout en développant sa critique des orientations de la gauche réformiste, elle combattra une division qui, sous couvert de désaccords politiques, ne peut que favoriser le candidat bourgeois.

En cas de victoire du candidat de la gauche, la LCR se battra pour la dissolution de l'Assemblée nationale. A l'éventualité d'une majorité de "centre-gauche", c'est-à-dire d'une alliance du Parti socialiste avec une partie de la droite, elle opposera la nécessité d'une majorité ouvrière, d'un gouvernement

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du PS et du PCF, sans m1mstres bourgeois. En fonction de l'expérience accumulée entre 1981 et 1986, elle appellera simultanément les travailleurs à ne compter que sur leurs propres forces pour imposer une politique réellement conforme à leur volonté de changement.

La LCR prend donc dès maintenant toutes les dispositions pour assurer la possibilité de sa candidature présidentielle. 20. ) L'élection présidentielle doit permettre d'affirmer de façon large et crédible, une force à la gauche du PS et du PCF, de faire vivre une perspective anticapitaliste, d'avancer dans le rassemblement de tous ceux et celles d'accord avec cette politique. Confrontés à l'offensive des gouvernants, ayant fait l'expérience de la faillite des projets du PS et du PCF, de nombreux travailleurs, de nombreux militants ne se résignent pas. Ils doivent pouvoir exprimer nettement, dans les urnes, leur refus de la droite mais aussi des orientations de la gauche réformiste, manifester leur volonté d'unité sur la base des exigences ouvrières, voter en faveur d'une politique qui réponde effectivement à leur attente.

C'est pourquoi la LCR se prononce en faveur d'une candidature unitaire anticapitaliste. Dans les mois qui viennent, elle déploiera une large activité publique en ce sens sur la base de ses propositions politiques, et discutera avec tous ceux susceptibles de partager cet objectif.

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