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CONTRIBUTIONS POUR LE 8e CONGRES DE LA LCR

PCF : l'audace ou le saut dans le vide

· Critique communiste, n° 62, avril 1987 · p. 33-34 · 1 564 mots

AGUIRRE, LAURENT, MANUEL

(Tendance appelée par dix membres du comité central)

".!-f>•~ ·>.,· . 1 A crise ouverte que traverse le PCF est d'une importance historique considérable modifiant les conditions de construction d'un parti révolutionnaire. Depuis soixante ans, le PCF a été le principal cadre d'activité des travailleurs les plus conscients en même temps que le plus impitoyable laminoir de tous ceux qui voulaient réellement mener une action révolutionnaire.

Notre espoir a toujours été que les travailleurs, les militants se détournent de ce parti pour construire avec nous une véritable force révolutionnaire. C'est avec amertume que nous voyons depuis huit ans un PCF déclinant, rejeté vers la marginalité, sans que ce déclin ne voie parallèlement le développement des forces révolutionnaires. Aujourd'hui, pour la première fois, de la crise du PCF émerge une opposition frontale à la direction qui rencontre un large écho dans de nombreuses couches militantes.

Nous devons peser toute l'importance d'une telle situation sans pour autant que la boussole qui guide notre action ne devienne folle comme à proximité d'un aimant. Or, c'est aujourd'hui le danger qui nous guette. Tant dans ses propositions pour le congrès que dans Rouge et Critique communiste, notre direction envisage à court terme la possibilité d'une fusion avec le courant oppositionnel communiste s'il décide de quitter le PCF faisant comme si les conditions politiques étaient réunies ou en voie d'être réunies.

L'appréciation positive du document des camarades rénovateurs et de la dynamique de regroupement qu'ils constituent sont à la base de cette proposition. Autant nous pensons indispensable une politique d'action et de débat communs avec ces camarades, autant nous sommes en désaccord radical avec l'analyse et les conclusions que tire notre direction. a) Les positions des camarades rénovateurs dessinent-elles une perspective pour un authentique parti révolutionnaire ?

Les principaux éléments positifs du document sont : - une rupture avec le stalinisme, mais qui est partielle et confuse. Le jugement sur la politique de Gorbatchev, présentée comme une rupture avec le passé, montre les limites de la compréhension de ce phénomène ; -une condamnation de l'acceptation par le PCF de la force de frappe française ; - la rec;onnaissance de la place indispensable de la lutte des femmes ; - des développements sur l'auto-organisation, ce qui constitue un aspect nouveau pour des camarades issus du PCF.

Mais cette dernière prise de position est entachée d'une grave limite quant à la portée stratégique de la lutte pour l'auto-organisation. Pour les camarades rénovateurs, l'autogestion, l'auto-organisation se mêlent allègrement à la gestion de bouts d'Etat bourgeois, par les élus notamment. La reprise de l'idée du PCF quant aux possibilités de développement d'espaces de contre-gestion dans l'entreprise constitue aussi une limite pour une lutte efficace contre les attaques patronales.

Enfin, les limites, pour ne pas dire l'absence, de critique claire de la participation gouvernementale du PCF ne peuvent que susciter de sérieuses interrogations quant à la profondeur des convictions énoncées dans ce texte. Nous ne pouvons pas non plus faire l'économie d'un jugement sur l'absence totale d'intervention de l'opposition lors des derniers conflits, l'attitude dans de tels conflits étant décisive pour juger des convergences pratiques.

Si ce document marque une nette rupture avec la direction du PCF, son contenu ne peut être défmi que comme réformiste de gauche. Une tentative de donner à une nouvelle version de l'Union de la gauche un contenu de combat. Et même s'il recouvre des préoccupations très différentes, la dynamique de ce texte ne présente pas de tendance intrinsèque à aller vers la gauche.

Les affirmations parfaitement réformistes sur l'Etat ainsi que sur la place et le rôle des élus dans les institutions où ils siègent montrent bien la place et le rôle clé qu'occupe cette catégorie de militants dans le regroupement des camarades rénovateurs. b) Refuser la perspective d'une fusion pour continuer à convaincre.

Au total, ni les positions politiques exprimées ni les actes accomplis par ces camarades ne correspondent aux critères que nous avons collectivement définis lors d'autres rapprochements pour envisager une fusion. Dans les conditions politiques actuelles, une organisation fusionnée dont les militants qui s'en réclament se contrediraient régulièrement lorsqu'il s'agira de faire des propositions aux travailleurs serait une organisation inefficace. Pire, la paralysie ou l'éclatement la guetterait à la première échéance politique sérieuse.

La force des révolutionnaires, comme l'ont souligné les dernières luttes, tient à leur existence indépendante qui leur permet de défendre l'intégralité de leurs positions sur le champ politique. Très secondairement à leur seule force de conviction intellectuelle.

Dans la lutte des cheminots ou contre le racisme, le rapport des forces fait que pour tous les militants ouvriers il n'existe que deux voies clairement matérialisées, celle défendue par les organisations réformistes et celle défendue par les révolutionnaires. L'existence de la LCR et sa capacité d'intervention et de débat sont la garantie que les camarades rénovateurs aient effectivement ce choix vivant sous les yeux. La disparition de celle-ci donnerait un avantage absolu à la politique et à la pratique réformistes et handicaperait considérablement les possibilités d'évolution vers des positions révolutionnaires des camarades rompant aujourd'hui avec la direction du PCF (et pas seulement d'eux, d'ailleurs). Il faut par ailleurs préciser ici que nous devons nous garder de résumer notre politique vis-à-vis du PCF à une seule démarche à l'égard des rénovateurs car il existe au sein du PCF nombre de militants critiques qui ne se reconnaissent pas dans ce courant. c) Les propositions que doivent faire les révolutionnaires aux communistes rénovateurs : débattre et collaborer pour l'action.

Nous devons tenter de mettre en place des rencontres à tous les niveaux et débattre de tous les problèmes auxquels les travailleurs sont aujourd'hui confrontés. Y compris de la nécessité de construire un nouveau parti révolutionnaire qui défende jusqu'au bout les intérêts immédiats et historiques des travailleurs.

Si, avec les camarades rénovateurs, nous voulons tracer une perspective crédible pour les travailleurs, il faudra aussi les uns et les autres tirer les leçons du passage au gouvernement des socialis-

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tes et des communistes : blocage des salaires, remboursement des nationalisations, licenciements dans la sidérurgie et chez Talbot et vote de soutien à ce gouvernement de licencieurs, intervention colonialiste au Tchad et au Liban, maintien de la Kanaky comme colonie française. Quelles conclusions tirer de ce bilan quant aux conditions pour la participation des révolutionnaires à un gouvernement?

Voilà quelques-unes des questions dont nous devrons débattre. Le mieux pour faire tout cela, c'est d'organiser des rencontres militantes dans les entreprises, les localités, les départements, les branches où nous le pourrons.

Nous sommes aussi attachés à ce que les débats soient suivis d'actions militantes pour convaincre le plus largement de la mobilisation nécessaire. Pour cela, nous devrions tenter de nous concerter par exemple : - pour agir afin que les syndicats abandonnent sous quelque forme que ce soit leur engagement permanent dans une concertation avec le patronat qui rabote les revendications, pour qu'ils s'engagent dans le développement de mobilisations et de luttes unitaires en favorisant leur prise en charge par les travailleurs eux-mêmes au travers de leur comités de grève, de lutte ; -pour éditer, dans les entreprises en particulier, une propagande qui combatte pied à pied les illusions bourgeoises et réformistes sur toutes les questions que pose l'actualité et notamment la vie d'une entreprise ; - pour engager des campagnes communes de mobilisation des travailleurs, de la population pour des objectifs politiques précis comme l'antiracisme.

Ce type de collaboration et de confrontation nous permettrait d'attirer de nombreux travailleurs, militants syndicalistes qui n'ont pas l'une ou l'autre de nos tradition et trajectoire politiques.

C'est uniquement les convergences réelles de nos analyses, de la politique mise en œuvre et de la pratique concrète des militants de nos deux courants qui pourraient poser la question d'un rapprochement organisationnel plus important, d'une fusion. Procéder par le test de la pratique, c'est le plus sûr chemin pour nous rapprocher si cela est possible, et nous souhaitons que cela le soit. Conclusion :

L'étape présente est celle de la vérification que nous pouvons être en accord et agir un minimum sur des questions importantes afin de faire bouger la réalité. Le courant révolutionnaire est celui qui se sort le mieux de la période ouverte en 1968 parce qu'il dispose d'un programme et d'une politique qui lui permettent de répondre aux préoccupations des travailleurs après qu'ils aient fait l'expérience du passage des réformistes au gouvernement ; les dernières luttes l'ont montré.

Continuer à être en phase avec les leçons que tirent les masses des dernières années, en particulier dans la jeunesse scolarisée et ouvrière, tirer avantage encore plus de la crise des organisations réformistes supposent de faire en sorte que l'outil qui porte cette politique soit préservé jusqu'à ce qu'il puisse être porté et défendu par un nombre qualitativement plus grand de militants.

On ne peut, dès lors, que refuser une fusion dans une nouvelle organisation qui ne répondrait pas aux aspirations des travailleurs avec toute l'efficacité nécessaire à cause d'approximations politiques qui laissent la porte ouverte aux illusions réformistes.

Tant que l'essentiel du programme révolutionnaire n'aura pas la garantie d'être défendu de manière indépendante sur le champ politique, la construction de la LCR et le renforcement de son intervention resteront un outil essentiel pour avancer dans la construction du parti révolutionnaire.

Pour la Tendance appelée par dix membres du comité central

Aguirre, Laurent, Manuel

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