La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Génération, générations...

· Critique communiste, n° 63, mai 1987 · p. 26-27 · 1 340 mots

L

Génération,

A série de livres sur le mouvement de la jeunesse de décembre 1986 a commencé. C'est très normal après un si grand événement.

Q UI . d. u1ge . ? ....

Personne, on s'en charge nous-mêmes 1•

C'est le titre de la première parution, le 2janvier 1987, signée Daniel Gluckstein. Il commence par la formule <<Mai 68 c'est vieux, décembre 86 c'est mieux ; pour être reprise par des milliers de poitrines, il fallait qu'il s'agît d'autre chose que d'une rime improvisée. )) Il affirme que c'était prévisible dès le 16 mars 1986 parce que le phénomène abstentionniste ouvrier n'était pas synonyme de passivité.

Considérant 1981 comme «un produit différé au plan électoral du 1968 )), il juge que, en décembre 1986, après « la trahison du mandat)) de 1981 par le PS et le PCF, la classe ouvrière a été sur le point d'opérer sa jonction avec les étudiants et les lycéens. La conclusion de Gluckstein est : <<Le surgissement de la grève générale est devant nous. ))

L'analyse du projet Devaquet et surtout l'historique des débats parlementaires sont intéressants, et puis on vient, page 141, à la question qui semble la préoccupation principale de l'auteur : << Oû donc était le PCJ ? )) (Le titre ne mentionne pas le MPPT.) << Les militants du PCJ n'ont à aucun moment cherché à se mettre en avant)), assure, modeste, Gluckstein pour mieux mettre en valeur son jugement : le mouvement a été entièrement spontané. Et, << tout au long de la grève générale, FER et PCJ s'abstiendront d'éditer leurs propres tracts dans les facultés et les lycées)) (sic!) Selon lui, << les dirigeants )) représentant << le mouvement étaient

Gérard FILOCHE nettement plus à droite que lui )) ( Gluckstein critique sévèrement l'UNEF-ID, Convergences socialistes de J.-C. Cambadélis et Questions socialistes de J. Dray et I. Thomas).

Et les militants FER et PCI ? << Savoir attendre : telle est leur ligne de conduite )) (page 158 ). Un peu plus loin, D. G., quand même, informe ses lecteurs que les membres du bureau de la coordination étudiante étaient à l'UNEF-ID, au PS, à la LCR ... « Des militants du PCJ ? Bien sûr, il n y en avait paS))! (page 244). Le livre se termine sur les minutes d'une réunion où D. G . défend assez bien Trotsky et le trotskysme mais où il use d'une malhonnêteté (une double citation confuse de l'Humanité et de la Tribune de l'économie) pour s'attaquer à Lutte ouvrière et à la LCR.

Quel est le but du livre ? Truquer la vérité et faire croire que puisque le PCI et la FER n'ont pas dirigé ... personne n'a rien dirigé ! Coup de jeune 2

Ce n'est pas le cas du livre, bien écrit, de Laurent Joffrin. Celui-ci explore les origines du mouvement et n'y voit pas que de la simple spontanéité : < < Début novembre, bien avant le moindre commencement de grève, Harlem Désir et Julien Dray, les deux principaux animateurs de SOS-Racisme, rencontrent un journaliste de Libération. Le projet Devaquet, disent-ils, ne passera pas comme une lettre à la poste. JI va y avoir une résistance. Et, devant le scepticisme de leur interlocuteur, les deux compères décrivent par le menu l'atmosphère de certaines facultés, l'ambiance de certains lycées, qui annonçaient déjà, à lïnsu de toute la presse et des autorités, ce que pouvait réaliser la nouvelle génération. C'est un fait: SOS-Racisme est, avant novembre 1986, la seule force politique importante à avoir compris puis mobilisé

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La nouvelle génération. la génération morale .ii (page 13.) Le problème est que Joffrin explique un peu tout cela par le miracle des paroles des chansons du «Top 50>>. Pour lui, ce sont les enfants d'E. T. et de Mitterrand, d'Harlem Désir, des fanzines de BD, de NRJ, de Bob Geldorfqui se sont heurtés à Pasqua, à Chirac et au libéralisme. <<Le gouvernement s'avisait de trier entre Mohammed et Christophe : de demander à l'un s'il est bien Français alors qu'il l'est comme l'autre, qu'ils parlent tous les deux en verlan, chahutent les mêmes profs, regardent les mêmes émissions, passent ensemble les mêmes soirées. 11 De ce fait, << le libéralisme a pris un coup de vieux 11. << Les libéraux au pouvoir sont des libéraux en képi. 11 Vingt ans après, c'est l'héritage des soixante-huitards : << Comme naguère les nordistes et les sudistes, ils gagnent aujourd'hui parce qu'ils sont les plus nombreux 11 (les <<enfants de Lennon et de Lénine 11). Au cours d'une assemblée générale du mouvement, note Joffrin, on a entendu prononcer <<Mai 68 11 cinquante-deux fois en trois heures de discussion. Le « témoin 11 a ètè transmis d'une génération à l'autre ... Cette génération est « démocrate 11, « morale 11 et elle redonne des « valeurs 11 à la gauche qui avait perdu les siennes : « Hosannah ! Le seigneur, Tonton et Saint-Harlem en soient remerciés. Sans qu'ifs bougent le petit doigt, voilà les socialistes remis en selle, rhabillés de pied en cap et fa citrouille intellectuelle plutôt flétrie qui leur servait de programme changée en carosse doctrina/ d'un coup de baguette étudiante et magique. 11 Pour L. J., auteur de La gauche en voie de disparition, c'est «le retour du social 11. SOS génération 3

Vient ensuite SOS génération de Julien Dray. Tout commence à Villetaneuse. Et le rôle des « potes )), Isabelle Thomas, Thaïma Samman, est largement mis en relief, jour après jour, dans le mouvement. C'est vivant et informatif sur les discussions, les embarras, le «flair>> des dirigeants de SOS-Racisme. La photo de Paris-Match qui fera perdre quelques voix à « Isabelle-la-coqueluche 11? « On me permettra de penser que si un mec avait été photographié dans une attitude équivalente, il n'aurait pas déclenché les mêmes réactions haineuses. lei intervient l'inavoué, elle est une dirigeante du mouvement qui s'affirme en tant que femme ... JiJu!ien Dray décrit ce qui s'est passé, « vécu de l'intérieur 11, et c'est un avantage sur les deux précédents livres ; c'est fait sans sectarisme, avec une masse d'anecdotes (même si elles sont d'inégal intérêt). C'est moins bon lorsque Julien Dray retrace son itinéraire, du lycée de Noisy-le-Sec, de la loi Debré (l'immense mobilisation de 1973) à la faculté de Villetaneuse. Les faits sont traités à la légère, notamment en ce qui concerne l'histoire de la LCR et de l'UNEF. Heureusement qu'il y a le chapitre bilan de SOS-Racisme: <<SOS est indépendant. Totalement.

L 'adhésion n 'implique qu'une chose: l'antiracisme. Sa charte. Y vient qui y veut. Aucune carte n'est demandée à personne. 11 En conclusion, Dray analyse la « génération sociale 11 de 1986, née en 1968. Il dégage 1968 de l'imagerie gauchiste et décrit la « génération de l'école publique 11, « les enfants de fa pilule et de l'ordinateur 11, les « enfants de Renaud, de Coluche, de Goldmann, de Bedos 11, les filles à la première place ( «là où des femmes s'imposent et animent, d'autres femmes se lèvent 11), la génération « Sécurité sociale 11 et la <<génération démocratique 11. Pour conclure sur le « rêve 11 des potes, l'unité et la démocratie, pour «militer heureto: 11 et finir... «comme une véritable grande force tranquille 11.

De son passé, Julien Dray dit : «J'ai couru, couru du lycée à la fac, avec la LCR, la Quatrième Internationale ( ... ) pour me retrouver dehors et j'ai choisi de rejoindre le Parti .socialiste; ( ... ) je ne renie rien de ce parcours échevelé. 11 Ce qui manque dans ce livre effectivement échevelé, c'est, pour le moins, une vision politique globale : à courir le marathon, on épuise ses forces en vain, même si, tout au long du parcours, le public applaudit. Quid du PS ? Quid de l'avenir? Pour les «potes 11, pour la «génération socialisée 11, 1 'avenir c'est important, non ?

Gérard Filoche 1. Ed. Sé1io, 256 pages, 70 F. 2. Ed. Ar1éa, 176 pages, 65 F. 3. Ed. Ramsay, 176 pages, 65 F.

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