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Le Pen : les craquements sinistres

· Critique communiste, n° 64, juin 1987 · p. 4-8 · 3 716 mots

Francis SITEL Peut-être que vont se dissiper Les ombres qui nousfaisaient trembler '! Que les craquements sinistres Qui ces temps-ci nous inquiétaient N'avaient rien de vrai ? Bertolt Brecht Juin 1987, à moins d'un an de l'élection clé, Le Pen premier au hit parade des présidentielles ! Non qu'il ait aucune chance d'être élu, mais parce que, à la différence d'autres, il a réussi à propulser sa candidature à la une de l'actualité. Quelle différence avec des rivaux qui pataugent et brouillonnent lamentablement. A gauche : Mitterrand, impavide, dans le rôle voyant du non-candidat ; Rocard, fébrile, en intérimaire, et Lajoinie en hallebardier. A droite : Barre, toujours tortueux, Chirac, de plus en plus fulminant ; les deux « travaillant » ... à faire taire Léotard !

Le Pen, lui, plastronne et se pavanne. Hideux.

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N ne parle que de lui. Qu'im- de victoire en 1988. En mars 1986, porte que ce soit pour en dire avec 10 % de J'électorat, trente-cinq du mal : J'important est d'em- députés et cent trente-sept conseillers plir l'actualité. Ce ne sont pas les régionaux, le Front national s'incrustait mascarades autour de Jeanne d'Arc ni dans la vie politique française 1• Le les piétres prestations télévisées qui sondage SOFRES pour le Monde et expliquent ce succés, mais une double RTL, réalisé fin avril 1987, avant le prise de conscience au sein de J'opi- passage de Le Pen à Antenne 2, est nion. D'une part, le lepénisme est un venu confirmer cette réalité : 24 % fascisme. D'autre part, avec ses 10 % de d'appréciations positives et 9 % d'intenvoix, Le Pen semble d'ores et déjà tenir tions de vote (auquels il faut ajouter en main les clés de la prochaine élection 12% qui n'excluent pas de le faire) ... présidentielle. Ainsi se trouve-t-il propulsé au centre de la vie politique fran- « Il y a de plus en plus de gens qui çaise. Au moment où le procés Barbie se situent clairement par rapport à lui, ravive une mémoire historique torturée, commentaient Alain Rollat et Paul-Jacsalubre rappel que l'impensable a eu ques Truffaut 2• cela COI?flrme qu'il est lieu et que l'horreur indicible hante le devenu, depuis son premier grand succ·ês siécle. électoral des élections européennes de

Inutile de se le cacher: à la diffé- 1984, l'un des points majeurs de polarirence des autres, Le Pen a réussi son sation de la vie politique française. entrée en scéne. Il vaut la peine d'en Ensuite, si le Front national ne proobserver les raisons et les effets. gresse pas, il ne recule pas non plus. Il dispose d'un ancrage solide. >> Ce qui signifie trés clairement que, pour gagner L'inconnue les élections, la droite doit, sous une de l'équation forme quelconque, faire alliance avei: Le

Pen. Ce que confirme le fait que dans majoritaire de droite plusieurs régions les voix du Front national sont nécessaires à la majorité Pour la droite, Le Pen est incon- de droite 3• Lecanuet tire la conclusion tournable au regard de toute perspective lorsqu'il prône la <<discipline natio-

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Pour contrer l'influence de M. Le Pen

M. Jacques Chirac veut relancer la réforme du code de la nationalité

L'entrée en campagne de ,..--------------'----------1

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1-uHI- r._.,A·I-QUE ~-

~·érité "• inquiète de plus en ~· ÏMPOitT~ Q.UôÏQUt!

nale )) aux élections entre Front national et majorité.

Le coup d'éclat de Michel Noir est d'avoir dit tout haut cette simple évidence. En inversant les termes de la proposition : il faut refuser l'alliance avec Le Pen, au risque de perdre les élections. << La responsabilité d'un homme politique n'est pas seulement de gagner des élections pour exercer le pouvoir, écrivait-il dans le Monde. Elle est aussi de veiller à ce que nos sociétés n 'oublient pas les valeurs sur lesquelles elles sont construites. Pour cela, j'ai l'intime conviction qu ïlfaut être capable de dépasser les intérêts partisans et même d'accepter de perdre des élections, fussent-el/es présidentielles. Aucun gaulliste digne de ce nom n 'accepterait d'être élu en transigeant sur ses convictions les plus précieuses : la liberté, la tolérance et le respect de la personne humaine. 4 11

Le courage, par ailleurs réel, d'une telle déclaration doit être mesuré à l'aune de l'affaissement du chiraquisme. La seule politique présente de Chirac étant de se refuser à choisir. Ce qui constitue bien un choix, mais des moins glorieux ! Car on retiendra de ses propos la condamnation de Noir, invité à se taire ou à se démettre, et l'invitation à ne pas se couper des électeurs lepénistes : <<on constate qu 'un certain nombre de gens, exaspérés par les conditions de vie et par la situation de la société, se sentent attirés par un discours sommaire. Ceux-là ne doivent pas être rejetés. Ce sont des gens mécontents 5 !!.

Ainsi. au moment décisif, c'est la tactique Pasqua qu'appuie Chirac: celle du lepénisme sans Le Pen ... Politique de Gribouille qui , consistant à priver Le Pen de ses propositions en les mettant en œuvre, revient à légitimer celles-ci sans satisfaire -et pour cause ! - les aspirations réelles de l'électorat du Front national. Comme le soulignent les commentateurs, la faillite d'une telle tactique s'est avérée au plan électoral : appliquée avec constance et à grande échelle, elle n'a en rien réduit l'audience du Front national.

Mais le renforcement du Front national n'est pas la principale mesure de la nocivité de la politique gouvernementale en matière d'immigration et de libertés. Ce dernier n'est que la conséquence d'un double phénomène qui est le résultat direct des mesures Pasqua : la légalisation des thèmes lepénistes et, par ricochet, la radicalisation de l'électorat du Front national. Une telle politique ne peut, en effet, qu'aggraver les tendances de .fond qui travaillent cet électorat. Donner raison, dans les faits, à Le Pen, c'est crédibiliser ses propositions et confirmer l'efficacité du vote Le Pen. Faire la preuve pratique de leur inefficacité au regard des vrais problè-

M. Le Pen. accélérée par sa participation, le mercredi 6 mai . à " L'heure de n Qn, plus la majorité. M. Chirac veut réagir en privant M. Le Pen d'un de ses principaux chevaux de bataille: le code de la nationalité. JI désire que ce texte soit débattu au Parlement au mois de juillet. Cette proposition suscite l'hostilité d 'une partie de l'UDF.

(Lire page 8 nos informations et l'article de DANIEL CARTON.) J.a unr du .\/omit· lt• K anil 19K7. dt•,,in dt• Planltt. mes. c'est inciter à aller plus loin dans la surenchère raciste et sècuritaire. Bref, cela revient à préparer l'accession de Le Pen au pouvoir. Avec son habituelle impudence retorse, Le Pen en prend acte lorsqu'il évoque un Pasqua ministre de l'intérieur ... d'un gouvernement dirigé par lui !

Après tout, 18 % des sondés souhaient que Le Pen devienne ministre après l'élection présidentielle. Et rien ne dit que celui-ci ne sera pas, demain, en situation de dicter ses conditions avant de tenter de convaincre cette moitié de son électorat qui n'est pas prête à voter au second tour pour le candidat de la droite. Ce peut être des garanties quant à la préservation de son groupe parlementaire, ce pourrait être davantage ... Sordides marchandages qui ne pourront qu'accroître le discrédit de la « classe politique )) , comme on dit dans les journaux sérieux . Discrédit qui est un véritable arbre à tartines pour l'insatiable appétit de Le Pen.

Que valent, au regard de l'action concrète du gouvernement, de la part de tel ou tel , les pétitions de principes d'attachement à la démocratie? Genre main sur le cœur, pour Chirac, qui s'exclame : !< Je rappelle que j'ai eu une position constante de re.fits de cette idéologie. 11 Ou, pire, celle de Messmer, façon ancien combattant : << Les gens qui ont fait la guerre n 'ont aucun complexe à l'égard du problème du racisme, de l'antisémitisme ou de l'immigration. Ils n 'ont plus à faire leurs preuves. 6 11 N'est-ce pas oublier un peu vite que, dans les années quarante, lorsque la plus grande part de la droite française se

. ,.,._~~'---""" vautrait dans la collaboration, elle usait d'artifices semblables: dans l'ombre de Pétain. avec déjà une guerre d'avance comme label patriotique et assurance de civilité. grouillaient les rats. parfois déguisés en ministres, qui allaient anticiper et surenchérir sur les exigences antisémites des nazis '? Quant à l'élan de la Résistance. il fut celui non de la démocratie bourgeoise mais de la lutte contre l'oppression et pour l'émancipation sociale. Le discrédit de la classe politique

Lorsque monte la menace de la barbarie, les prises de position qui n'ont d'autre substance que de se revendiquer d'un passé mort et falsitlé sont de peu de poids. Seuls comptent les actes, au présent. Et. pour en revenir à Pasqua, qu'importe l'image jaunie du résistant en culottes courtes pour juger de la responsabilité d'un ministre qui évoque les trains destinés renvoyer les immigrés, à l'heure où. Le Pen attisant le racisme et Barbie étant jugé à Lyon, la mémoire collective se souvient des convois de la déportation ?

La droite, en cherchant à réduire l'audience du Front national par la récupération de ses thèmes. ne peut, répétons-le, que se discréditer irréversiblement. Et c'est pour cela qu'elle se divise. Au-delà des coordonnées personnelles, non-négligeables, se dessinent des projets en pointillé, perspectives encore floues des lignes de fuite de la faille qui vient de s'ouvrir en plein

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RPR.

cœur de la majorité, au sein même du

Chirac, obsédé par la conquête du pouvoir, voit-il l'incompatibilité croissante entre les deux solutions possibles, qui déchirent la droite : soit l'alliance, objective ou ouverte, avec l'extrême droite, soit le dégagement d'un centre démocratique libéral, intransigeant par rapport à Le Pen, et, le cas échéant, disponible pour un rapprochement avec le PS dans le cadre d'un nouveau septennat socialiste? Les louanges accentuées des qualités d'homme d'Etat de Mitterrand, de la part de Noir, comme les appels à la formation d'un << vrai centre 11, sous la plume de Simone Veil 7 , inclinent vers cette seconde direction. A l'opposé, la . politique de Pasqua fait le lit d'une droite que sa démagogie raciste rendrait prisonnière du Front national.

Futurs reclassements politiques au regard desquels, paradoxalement, la préparation de l'élection présidentielle joue un rôle de blocage. Comme le souligne Simone Veil, «l'élection au Sl![frage universel du président de la République est au contraire une d([flculté à surmonter 11, les deux candidats de droite << seront obligés l'un et l'autre de jouer sur le même éventail de clientèle 11. Mais, cette page aussitôt tournée, et quel qu'en soit le résultat, sonnera l'heure des bouleversements politiques. Pour la droite, derrière l'attitude par rapport à Le Pen, se trancheront d'autres choix : sur la politique vis-à-vis du mouvement ouvrier, sur la place de la France au sein de l'Europe et du système impérialiste ... Veil et la fraction de la bourgeoisie au nom de laquelle elle parle font montre d'une lucidité politique qui contraste étrangement avec l'aveu de sa marginalité relative et de son impuissance à peser sur les décisions politiques présentes.

Pour sa part, la gauche, derrière Mitterrand, apparaît prisonnière d'un schéma symétrique et inverse : passée maîtresse dans l'art d'utiliser le phénomène Le Pen pour diviser la droite et organiser son échec en 1988, elle se montre d'une myopie absolue sur les conséquences de la situation ainsi crèée et incapable de proposer une perspective sociale apte à contrecarrer la montée de ce courant. D'où · cette activité d'apprentis sorciers qui ne laisse d'inquiéter. ..

Evidence en ce qui concerne le PS qui. après lui avoir ouvert les grands médias et avoir démoralisé une partie de son électorat populaire. appelle à la mobilisation contre Le Pen sur des bases strictement démocratiques. Mais réalité aussi du PCF qui. outre ses carences sur le terrain de la lutte contre le racisme. ne peut prétendre à la fois faire passer la ligne de classe entre lui-même et le PS et s'engager clairement dans le combat antifasciste. Vieille leçon de l'histoire !

Bref, face à Le Pen, toutes les forces institutionnelles, quelles que soient leurs déclarations de principe, voire les sentiments véritables de tel ou tel, se consacrent principalement aux jeux politiciens. C'est oublier que, s'il s'agit de réduire la politique à la manipulation, le fascisme ne peut être que gagnant, parce qu'en ce domaine, par nature, il est le maitre !

Il convient, à ce sujet, de faire un sort à l'argument ayant trait à la proportionnelle. La droite, toutes composantes réunies, y compris Noir, accusent le PS et Mitterrand d'avoir donné au Front national sa représentation parlementaire actuelle. Le système de fausse proportionnelle établi par Mitterrand relevait bien d'une manœuvre audacieuse pour précipiter le groupe lepéniste dans les jambes de la droite et déstabiliser celle-ci. Mais croire qu'il suffit de revenir au scrutin majoritaire pour laminer le Front national et se dédouaner des concessions faites à l'extrême droite relève de l'infantilisme. La manipulation éhontée de la représentation parlementaire ne peut que dévaluer davantage la « démocratie ,, et radicaliser un électorat qui, représentant 10 % de la population, ne peut être réduit à si peu de frais. Curieuse médecine que celle qui consiste à briser le thermomètre pour faire tomber la fièvre !

De telles politiques et de tels débats permettent de prendre la mesure de l'incapacité de ladite classe politique à faire face au danger qui menace la société. Ce qui nous amène à l'essentiel : cette incapacité est celle de la droite et de la gauche à apporter le moindre début de réponse à la crise et à ses dégâts. Ce que souligne fort bien Jean-Marie Colombani dans son remarquable article « L'œuf du serpent ,, 8 : «Ni l'une ni l'autre ne veulent avouer qu 'elles sont coresponsables des déchirements progress(fs du tissu social, sous l'effet d'une crise qui dure depuis quatorze ans. M. Rocard plaide pour un "cordon sanitaire" autoltr de Le Pen. Certes. Mais encore faut-il pouvoir rendre l'espoir. Car M. Le Pen n'est peut-être que l'expression politique de tensions plus fortes qui commencent à sourdre. Une insécurité sociale (chômage, flexibilité, etc.) qui s'étend; une économie désespérément frappée d 'atonie; des distorsions de plus en plus grandes dans la répartition d'un effort dont on ne voit pas la fln. Le gouvernement de M. Chirac aurait alors rapproché ce seuil psychologique de l'intolérable. Si tel était le cas, le vote pour Le Pen risquerait d'être le dernier acte démocratique d'une partie de la France, celle qui est sinistrée. Au-delà, nos tickets, comme ceux des hommes qui nous gouvernent, ne seraient plus valables. 11

Le phénomène n'est pas autre chose, en effet, que la face noire de cette absence d'issue à la crise capitaliste, de ce refus d'apporter des réponses alternatives à la régression sociale dont sont porteuses les attaques patronales. Faute de projet de société, gauche et droite ne peuvent qu'osciller entre accomodements honteux et illusoires dénoncia-

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tions démocratiques du lepénisme. Et l'on entend, se faisant écho, les ((fausses solutions à de vrais problèmes '' d'un Fabius et le légitime (( mécontentement " de gens qu'on ne saurait (( rejeter" de Chirac. Dans ces conditions, les élans démocratiques des uns et des autres sonnent creux.

Progressivement se met en place une constellation de facteurs de nature à autoriser la montée du fascisme : une droite qui cède à d'anciennes et irrépressibles connivences, une gauche divisée et impotente dés lors que la situation exige des ambitions dépassant le niveau des opérations à courte vue. Le fascisme s'est toujours nourri de telles faiblesses. Sa force est de savoir, sur fond d'affaissement intellectuel et moral de la classe dirigeante, s'assimiler tous ces abandons. L'opinion l'a sans doute compris. Tel est le changement apparu en ce mois de mai, qui a modifié l'image de Le Pen. Les défis d'une menace

Le même sondage SOFRES indique que 55 % des Français considèrent que Le Pen représente un danger pour la démocratie (contre 50 % en octobre 1985, 43 % en mai 1984, 38 % en octobre 1983). Cette progression assez spectaculaire témoigne et de l'impact des campagnes du Front national et de la perception qu'en a aujourd'hui une majorité de la population.

Le Front national et Le Pen lui-même se trouvent placés devant un choix : ou s'efforcer de maintenir l'ambiguïté qui a permis leur succès en tant que force politique somme toute « respectable » -celle d'une droite « extrême » jouant honnêtement le jeu parlementaire-, ou s'engager dans une dynamique ouvertement fasciste, assumant le mépris de la démocratie et préparant l'affrontement avec le mouvement ouvrier. Les caractéristiques présentes de la crise, qui ne relèvent pas d'une logique catastrophiste du type des années trente, les jeux complexes de la cohabitation entre la gauche et la droite, et les difficultés du Front national à organiser une base de masse et militante poussent encore dans la première direction. A l'inverse, l'approfondissement progressif et destructeur de la crise, le discrédit croissant du personnel politique, ainsi que la logique propre du racisme invitent à la radicalisation. D'autant que le retour au scrutin majoritaire, qui représente une menace par rapport aux positions institutionnelles acquises, d'une part, et, d'autre part, l'accession au vote et à la vie politique d'un nombre croissant de jeunes Beurs sont suceptibles de constituer de puis-

Gare a la maree noire ... sants accélérateurs d'une telle évolution extrémiste.

En tout état de cause, bien naïf qui croirait qu'une force préfasciste ou fasciste n'est pas en mesure de gérer sur le long terme une telle contradiction. Tant qu'elle apparaît porteuse d'une solution, quelle qu'elle soit -c'est-à-dire tant qu'elle n'est pas elle-même touchée par le discrédit de la « politique politicienne » aux yeux de ses partisans-, elle peut jouer sur plusieurs tableaux et empocher les bénéfices d'attitudes apparemment contradictoires.

Tel est bien le cas aujourd'hui du lepénisme qui joue la respectabilité tout en insultant la presse, qui se revendique d'une politique économique néo-libérale et agite le spectre du SIDA pour instiller le racisme, la peur et l'ordre répressif... Le cynisme putride - celui du combat contre le (( racisme ant({rançais " et des mesures anti-(( sidai~ ques " -.n'est-ce pas la marque indélébile du fascisme ?

Un fascisme qui ne relève ni d'une seule époque ni d'une forme unique. La difficulté étant de savoir lire, dans ce qui n'est encore qu'un embryon, ce que pourrait être ia cristallisation dans nos sociétés d'une nouvelle barbarie en cette

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fin de siècle. La saisie du SIDA comme thème de propagande et la répulsion qui en a rèsultè en est une indication : elle réactive la vieille et irrationnelle alliance, sous le signe de la mort, du sang et du sexe pour justifier le rejet horrifié de l'autre ; en même temps qu'elle dessine des mesures, à la fois ancestrales et ètayèes aux techniques modernes, celles du flicage informatisé, de l'exclusion de masse et de la classification maniaque .. . Fantasmes d'une démence que la crise du système capitaliste peut appeler à se réaliser.

Car cette menace ne peut être comprise abstraction faite des tendances profondes à l'œuvre dans la crise. Ni des renoncements et abandons - sous couvert d' « adaptation»- par lesquels la « classe politique », à gauche comme à droite, prétend y répondre. C'est dire aussi qu'il n'est de riposte effective sans faire face à ces problèmes-là. En d'autres termes : la défense démocratique ne peut prendre corps qu'investie d'un contenu de classe.

Ne faire aucune concession à Le Pen c'est, par exemple, ne pas cantonner la bataille antiraciste à la dénonciation démocratique des « excès >> , de langage ou d'acte, du Front national. C'est combattre le racisme sous toutes ses formes, à commencer par celles qui sont institutionnalisées et légalisées par Pasqua et le gouvernement, et alimentées par l'idéologie néo-libérale de la compétition sans frein et de l'inégalité sauvage. Et lui opposer /'exigence radicale de /'égalité des droits. Base sur laquelle les forces motrices de la riposte antifasciste, celles qui assument la portée révolutionnaire d'un tel mot d'ordre et les méthodes de lutte qu'elle appelle, seront en mesure d'impulser le plus large front antiraciste, rassemblant toutes les forces sociales et politiques qui, quelles que soient leurs responsabilités dans l'état de fait actuel et leurs références idéologiques, veulent barrer la route à Le Pen .

De même, en ce qui concerne les autres questions, celles de l'emploi et des libertés, la contre-offensive ne peut être bornée au seul plan démocratique

AVEC MOÏ, LE.S EXPoi{TATi~S iRAiS~T BO~ T'AAIN! et relever d 'une simple conception défensive . Elle appelle un projet mobilisateur qui témoigne qu'une solution existe, dès lors qu'on prépare une transformation radicale des structures sociales. C'est une telle alternative à la régression sociale dont la crise est porteuse qui peut permettre l'affirmation et l'élargissement d'un mouvement de masse d'une intransigeance absolue face à Le Pen . Ce dernier se repaît de la décomposition d'une culture bourgeoise minée par la crise. C'est une autre culture, déjà en gestation, en particulier au sein de la jeunesse, faite d'acceptation des différences, féministe, égalitaire, éprise de justice sociale et démocratique, qui, offrant une perspective d'avenir, permettra de désintégrer la première en animant un nouvel élan de la société.

L'enjeu dépasse, et de beaucoup, la seule future élection présidentielle. Mais celle-ci, on le sait, constituera une échéance clé dans l'organisation de ce combat et, espérons-le, dans la réorganisation des forces ouvrières. On peut penser que le rapport de forces décisif se jouera dans la capacité du mouvement ouvrier à déployer de nouvelles lignes de combat et au sein de la jeunesse. En ce qui concerne cette dernière, les derniers mois, par les étonnantes conjonctions qui les ont marqués, pèseront lourd. N'ont-ils pas ètè dominés par l'affirmation d'une nouvelle génération politique, née du combat antiraciste et de l'exigence de justice sociale, qui aujourd'hui est invitée à renouer les fils d'une mémoire militante que trament les souvenirs du nazisme et de la résistance antifasciste ? Les leçons politiques de l'un et l'autre ne sauraient être perdues ...

Francis Sitel 1. ct: Critique comllllllliste n° 51. avril 1986.

2. Le Monde. 6 mai 1987. 3. Aquitaine. Franche-Comte. Languedoc-Roussillon. Haute-Normandie. Picardie.

4. Le Monde. 15 mai 1987. 5. Le Monde. 20 mai 1987 . 6. Le Monde. 21 mai 1987. 7. Le Monde. 23 mai 1987. 8. Le Mo11de. 19 mai 1987.

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