La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Restructurer la société industrielle, un programme faisable pour l'opposition

· Critique communiste, n° 66, septembre 1987 · p. 26-34 · 6 651 mots

Christian SCHMIDT. porte-parole des Grünen

Christian Schmidt nous avait donné une contribution pour notre numéro spécial consacré à Gramsci et aux questions de stratégie. Malheureusement, cet article nous est parvenu trop tardivement pour que la traduction puisse en ètre réalisée dans des conditions satisfaisantes. Nous nous sommes donc vus dans l'obligation d'en reporter la publication. Ce que nous faisons dans ce numéro de septembre.Nous nous excusons auprès de Christian Schmidt pour ce retard et nous le remercions chaleureusement de nous donner cette importante contribution.

Christian Schmidt a été élu en mai 1987, lors du congrès national des

Grünen à Duisburg, comme l'un des trois porte-parole du parti.

Critique conlllllltliste reproduit son rapport, sous une forme légèrement abrégée, à partir des documents du congrès national de Nuremberg de septembre

1986. Titres et intertitres sont de la rédaction.

Restructurer

Arec 8, 3 % des I'OiY anY élee/ions législali!'es dejamier 1987 efface au/oumanl à droile sous le goul'ememen/ chrélien-libéral de Kolil, mais aussi face â une opposilion social-démocrale qui ne !'OIIdrail que s àdapler ali.\" conlrainles du .\:rs/é/1/e d'une fa con dif(érel/le. les Gnïnen se soli/ a(flrmés comme élalll 1111 parli de gauche indépendanl qui représel/le poliliquemenl les aspira/ions des srndicali.\ll!!i criliques ainsi tflle celles des 11011\'eau.\· 1110/11'1!lllenls sociau.Y.

En seplembre 1986. lors de leur congrès nalional à Nuremberg el al'ec leur programme Restmcturer la société industrielle. les Griinen on/ /el/lé de dé1•elopper 1111 conlre-projel social à parlir de rel'endicmions nées des 11/0IIl'elllenls e.Ylra-parlemelllaires des demiéres années. el à parlir de projels de lois présenrés da11.1 les conseils m1micipau.\'. régional/.\' el au Parlemen!. A câlé du programme élee/oral des Gnïnen, que le couranl " realpolilik " a meme criliqué comme élanllrop e.\'/remisle â cause de ses prises de posilion re!•endiquanl de sor/ir de l'OTAN. d'oul'rir les/i-ollliéres au.\' immigral/ls, d'arrèrer immèdimellle/11 rowes les cenlrales nucléaires. le programme de re.\llï!Clllralioll défini! aujourd'hui f'iden/ilé programllla/Îlflle des Griinen COll/Ille èlan/1111 parli de gauche. Il a al!irè. en parliculier. /'aile gauche du " l'il!//.\ 1110111'1!11/elll social ". des srndica/s. 01i il 11 'es! pas seulemenr disculé par les mili!anls de base puiStflle la direclion de IIG Aie/ali (\:rndicat des mélallos) a pris posilion en fm 'e/11' de ce pro g ra 111111 e.

Le << Programme â cour/ /erme co111re le c/uimage. la misère el la po/lu/ion " reu/ 1110111rer des l'Oies tJui ,, seraient possibles dans la mesure où la volonté politique ne ferait pas défaut "· A celle (!11. il 11e se con/ellie pas de présen/er sur ce/Il diY-sepl pages 1111 calalogue de mesures en !'/te d'u11e lrans/imllalioll de la produclion industrielle. des srmclures écollomiques el de 1 èral social. mais il prou re aussi tf// 'on pourrai! les .financer. La gauche écolosociali.lle èlail Ici/Il d'abord asse:: sceplique(ace à ce pmjel. Ce programme de re/mcturalion prèse/1/e des co/1/radicliolls lorsqu ïl s'agil de définir les rapporls e111re d'une pan les " nouvel les formes de propriété sociale " des lllo! ·ens de produclion el, d'awre pan. " le mécanisme du marché comme moyen de régulation de l'économie "· Mais. sur/ou/, il jill récupéré par l'aile '' realpolilik >> du parli dam la perspeclh·e d'une <<alliance des ré/imna/eurs >> a1•ec le SPD: dàu('[/IIS /'on/ perçu. â lori. comme élan/ déjà 1111 pr(ljel réalisable pour 1111 goul'emement de coalilion SPD-Gnïnen.

Les éleclions législa!ires el régionales de /98 7 onlnwnlré lflll! les Griinen pell\'e/11 cenes croilre arec 1111 programme de restmc/uralion radicale nwis tf// ïls ne pelll'enl pas encore gagner ainsi 1111e majorilé sociale. Mais pour 1111 1/0II\'eau débal .s /ralégilflll!, tJlli doil m•oir lieu débul /988 lors d'u11 congrès nalional. le progra111111e de reslmcluralion res/era 1111 point de référence ce/lirai pour les di((érenles op/ions sur les alliances puliriques prises par les dif(érenls couranls du pani.

Dans son rapporl tJui a é!è présenlè en sep1e111bre 1986 co111111e conlre-pn!jel pour le prèa111bule du progra111111e de reslmcfw·afion. Chri.11ian Schmidl (ail ressonir en quoi ce pmjel de res/mc/urmion s'oppose au.\' progra111111es ré/(llïni.\ les socian\-délllocrales. Pour lui. celle res/lïlclll!'alion 11 'a rou/ d'abord aucune chance en lanlque pmgra111111e de gourernellie/Il. 111ais a bien plus la fonelion d'wie " ulopie concrèle "·

Page 27

1 nous resumons l'absurdite de la societe industrielle des annees quatre-vingt en disant que la degradation ecologique empire dans la mesure où les technologies se modernisent ; le chômage augmente dans la mesure où les investissements de modernisation augmentent ; et la pauvreté se repand de plus en plus dans la mesure où on fait de plus en plus pour une economie florissante et une explosion de profits ; alors il nous faut constater que la politique de tous les partis gouvernementaux depuis 1980 à Bonn visait essentiellement à soutenir et à renforcer ces tendances. Et ni le changement de gouvernement en 1982 ni le remplacement à l'interieur du SPD de Schmidt par Rau n'ont change quelque chose à cet etat de fait. Le SPD mise sur la modernisation écologique

C'est justement depuis que l'economie " s'est remise », depuis que les trusts allemands de l'électronique. de la chimie et de l'automobile fetent de veritables triomphes sur les marches mondiaux. depuis que des astronautes allemands partent à la conquête de l'espace. que la concurrence entre les partis gouvernementaux et le SPD se resume dans la question de savoir qui est le plus apte à assurer la conquête des marches mondiaux et qui prépare avec le plus de détermination la victoire des nouvelles technologies.

Il est manifeste que même les grands partis qui sont pour 1 'industrie et la croissance ont reagi politiquement aux scandales de la pollution et au defi ecologique dans son ensemble. Des déclarations en faveur de la défense de l'environnement sont, entre-temps, tout aussi courantes que celles que l'on entend en faveur des obligations sociales qui incombent à la propriété. Dans tous les programmes et les mesures de protection de l'environnement, que ce soient ceux du gouvernement ou du SPD, nous reconnaissons toujours un motif central qui est formulé ainsi : réconciliation de l'economie et de l'écologie. En clair. cela signifie que toutes les mesures sont approuvees tant qu'elles n'entrent pas en collision avec les intérêts de l'industrie concernant ses profits. D'ailleurs. le SPD a été le premier à reconnaître les chances qu'ouvre à l'industrie d'exportation de la Republique federale une " offensive écologique >> . Il a reconnu par exemple qu 'une rénovation de la politique des déchets toxiques est indispensable pour que l'industrie chimique puisse poursuivre à l'avenir. et à une échelle encore plus grande. la production de ses produits toxiques et surpertoxiques. Et il a reconnu qu'une " modernisation ecologique >> entraîne le développement de nouvelles techniques de défense de l'environnement qui ouvrent à l'industrie de nouveaux débouchés sur les marchés mondiaux. Le SPD a résumé cette stratégie de modernisation dans son programme Travail et elll'ironnement dont 1 'idée asociale centrale consiste à faire payer aux consommateurs des milliards dans un fonds de subvention qui sert à financer la modernisation écologique des entreprises industrielles et du service public.

Nous reconnaissons ici avec quelle perfidie l'idée de défense de l'environnement est pervertie en son contraire : ce qui avait commencé comme mouvement pour sauver la nature et défendre la santé humaine, contre les destructions et menaces industrielles. se dégrade en un programme de défense de l'environnement dont la principale preoccupation est de savoir comment peut être assurée la survie des productions industrielles les plus nocives. et comment conserver leurs chances d'exportation malgré les catastrophes écologiques et les protestations. Le programme social-democrate pour l'emploi : aucune solution

La conception suivante semble être d'une simplicite séduisante : maintenant que la société industrielle - avec près de trois millions de chômeurs- manque de travail et que. d'autre part. les problèmes de l'eau polluée. des bâtiments en décrépitude et d'autres dégradations se sont multipliés, il faudrait mettre sur pied des programmes spécifiques qui permettraient d'embaucher des chômeurs pour des travaux écologiques de réparation ou de mise en état. Etant donne que ces programmes sont conçus de telle sorte que toutes les autres productions antérieures continuent comme par le passé. et que tout nouvel investissement cree de nouveaux emplois. ils semblent être, d'un point de vue syndical. tout à fait séduisants. Dans cet esprit, le programme spécial de la centrale syndicale DGB promet la création et le maintien de centaines de milliers d'emplois.

Laissons tout d'abord de côté la question de savoir si ces pronostics se vérifieront. Mais d'emblée une chose saute aux yeux : à quel stade de maladie en est arrivée une société dans laquelle on fete comme une victoire le fait de réembaucher les gens qui ont d'abord été expulsés de la production des richesses industrielles. pour qu ïls se

Page 28

Mars 1983: l'entrée des députés grünen au Bundestag.

chargent ensuite de faire disparaître les dommages provoqués par cette industrie ! L'absurdité de la motivation qui se cache derrière une telle démarche -à savoir: " du travail avant tout ,, - nous est familière dans l'industrie de l'armement, où on justifie de nouvelles commandes de tanks ou de frégates par la création de nouveaux emplois, et où on refuse des propositions de désarmement en alléguant les emplois qui pourraient disparaître.

Ali est vrai que, dans les programmes pour l'emploi en discussion aujourd'hui, il ne s'agit pas de productions d'armes destructrices. Pourtant ce parallèle s'impose. car ces nouveaux programmes partent aussi du principe que des productions destructrices d'un point de vue écologique doivent ètre maintenues et qu'elles sont la base du « miracle de l'emploi >>. C'est ainsi par exemple que des " programmes d'investissements nouveaux ,, signifient que toutes les productions chimiques qui ruinent la santé et la nature sont maintenues. Et. pour qu'elles puissent continuer sans que l'écosystème s'effondre totalement, on modernise les systèmes de filtrage et de stockage des déchets. Sur le plan économique cela signifie que des coûts de plus en plus èlevès retombent sur la communauté pour maintenir la production de profits privés, et sur le plan écologique que les produits toxiques. résultant de la production industrielle, sont trimballés à droite et à gauche au lieu d'être stoppés à la source.

Les espoirs liés à ces programmes pour l'emploi de pouvoir ainsi combattre le chômage de masse de façon structurelle doivent être mis en doute. Car si on réalise que le chômage structurel va de pair avec des faiblesses régionales structurelles, comment faire pour que ce soient précisément ces régions les plus pauvres qui arrivent en tète des investissements publics? Et même en supposant qu'elles y arrivent et que dans dix ans elles aient une infrastructure parfaite. avec canalisation, centre-ville rènovè. décharge publique modèle. appartements avec les meilleures isolations thermiques, est-ce que tout ceci changera quoi que ce soit aux structures économiques de cette région ? Non certes. du moins tant que ces investissements ne sont pas liés à un concept de développement alternatif qui devrait s'affirmer contre les intérêts de croissance des centres industriels et leurs technologies.

Malgré toute la valeur que peuvent avoir. ici ou là, les mesures proposées dans les programmes pour l'emploi dans les domaines de la rénovation. des économies d'énergie. des moyens de transports publics, etc .. leur utilité est pourtant en partie abolie et même pervertie en son contraire si l'on préserve tous les objectifs politiques industriels antérieurs. Pas de restructuration sans suppression du capitalisme industriel

Si l'on admet que la pollution et le chômage de masse sont aujourd'hui les deux maux sociaux principaux. les Grünen pensent qu'il faut ajouter que la cause essentielle de ces maux réside dans le fait que dans le capitalisme industriel les bénéfices de la croissance sont d'autant plus élevés que l'on peut détruire la nature, se débarrasser des déchets toxiques sans la moindre vergogne et que l'on peut supprimer le travail humain en rationalisant sans le moindre scrupule en augmentant ainsi

Page 29

le nombre de personnes sans aucune garantie de revenus.

Imaginons. en revanche, un seul instant , que chaque entreprise soit obligée de continuer à payer les licenciés jusqu'à ce qu ïls retrouvent un emploi équivalent. Alors ce n'est pas seulement le problème du chômage qui disparaîtrait en un clin d'oeil. mais ce seraient les directions des entreprises elles-mémes qui encourageraient fébrilement la recherche de produits et de procédés de production alternatifs.

Ou imaginons que chaque entreprise soit obligée de faire disparaître les nuisances écologiques et les déchets résultant de sa production et de prouver avant méme le début de toute production qu'elle en est capable. Alors ni la production d'électricité nucléaire ni les substances contenant de la dioxine n'auraient jamais été permises et d'autres productions. telles que les emballages. seraient devenues si onéreuses que cette augmentation délibérée de la masse des déchets ne serait tout à coup plus rentable.

Ceux qui veulent vraiment faire quelque chose de décisif contre la pollution et le chômage de masse devraient soutenir ces deux " renvendications réformistes toute modestes >> : paiement intégral du salaire pour les licenciés et introduction d'un principe de " responsabilisation écologique )) comme mesures immédiates efficaces.

Mais dans le même temps il faut dire ce que signifient réellement ces mesures immédiates modestes: ce serait abandonner immédiatement le système économique industriel capitaliste. Car ce système est. entre autres, basé sur le fait que la production privée déterminée par le profit a le " droit )) de provoquer des dommages économiques et sociaux et de faire retomber leurs coûts sur la communauté .

Le programme de restructuration de la société industrielle présenté ci-après ne propose certes pas de solutions " simples >> et ne prétend pas non plus pouvoir so11ir à court terme du système industriel. Mais il s'oriente d'après les mêmes objectifs : la restructuration en un système économique qui respecte les cycles écologiques. qui intègre les valeurs sociales et écologiques dans les décisions économiques et qui , d'une façon générale, soumet toute décision économique à un contrôle démocrati-

Le point de départ théorique et pratique de nos revendications se trouvait et se trouve dans les objectifs qui ont étè thématisés ces dernières années par les différents mouvements alternatifs écologiques et sociaux.

Dans le chapitre " Politique énergétique >>, par exemple, nous avons repris la revendication du mouvement antinucléaire de l'arrét immédiat de toutes les centrales nucléaires. de la démocratisation des monopoles chargés de l'approvisionnement énergétique et de la mise en place d'alternatives qui économisent l'énergie et qui sont compatibles avec l'environnement.

Dans le chapitre " Politique des transports >>, nous avons rassemblé les revendications des innombrables initiatives contre la destruction du paysage par le béton et contre la ville conçue pour l'auto mobile, et nous avons montré comment on peut réaliser des alternatives qui évitent des dommages pour l'environnement et la santé en réduisant la circulation et en améliorant les moyens de transports publics.

Dans le chapitre " Politique de développement régional >> nous avons repris les revendications des différents groupes de travail d'entreprises et de syndicats réclamant un travail utile au lieu de la production d'armements. des plans d'embauche au lieu des plans sociaux. et nous avon s montré comment on peut trouver des alternatives à la politique actuelle d'implantation industrielle et de destruction des emplois en proposant des produits alternatifs. en changeant la politique d'investissement du secteur public et en soumettant les subventi ons économiques à un contrôle démocratique.

D'habitude. les partis politiques ne reprennent les revendications des mouvements sociaux et démocratiques - si tant est qu'ils le fassent- que pour leur enlever leur substance radicale en les " transposant >> à un niveau parlementaire. pour les édulcorer en les réduisant à ce qui est. parait-il. faisable. et en renvoyant la réalisation de leurs éléments centraux et essentiels aux calendes grecques.

Avec ce programme de restructuration nous avons suivi la démarche inverse. La quantité de revendications rassemblées ici renforce justement la conviction que toute politique de réforme - méme celle des petits pas - est condamnée à l'échec si on ne touche pas en profondeur à la politique de croissance du capitalisme industriel. Et. d'autre part. nous montrons qu'il est tout à fait possible de commencer ici et maintenant en posant des jalons essentiels pour une autre forme de développement sans que la destruction du capitalisme industriel soit un préalable nécessaire. Réorganisation des instruments d'Etat

Le défaut de la politique actuelle, économique. écologique et sociale. n'est

Page 30

pas du tout que l'Etat ait trop peu de moyens financiers et politiques pour diriger l'économie. Si l'on regarde de plus près, c'est plutôt le contraire qui apparaît. Ce qui saute aux yeux . ce sont les milliards qui ont en partie connu des hausses vertigineuses et qui sont versés sous forme de subventions. de commandes pour l'armée. pour la poste. pour la politique nucléaire et spatiale de l'Etat ; ou encore les règlements politiques qui assurent aux entreprises d 'approvisionnement énergétique le monopole. qui protègent les spéculateurs du bâtiment et qui permettent dans le domaine écologique que la production de produits toxiques continue malgré de nouvelles obligations et de nouveaux seuils de tolérance.

Ce n'est donc pas l'argent ou les possibilités d'intervention qui manquent. Ce qui compte. dans le fond , au plan de la politique de l'Etat, c'est de transformer d'un point de vue écologique et social ces instruments d 'intervention.

C'est pourquoi nous précisons dans ce programme comment une politique fondamentalement différente - ou l'Etat dirige indirectement l'économie dans le domaine des entreprises publiques et dans celui de la prévention et de la sécurité sociales - peut être le début de transformations fondamentales allant à l'encontre des tendances de croissance du capitalisme privé.

Dans le domaine de l'intervention économique indirecte nous demandons: -des interdictions. des obligations et des taxes; - la suppression des subventions pour certaines branches et certaines technologies (génétique, espace, garanties de l'Etat pour l'exportation, etc ... );

- la réorganisation de tout le système de subventions pour l'économie ; - la réduction du pouvoir des grosses banques ; - l'intervention dans la politique pharmaceutique et les revenus des médecins; - le développement des droits garantis par les conventions collectives et de la participation.

En somme, ces mesures visent à réduire ou à supprimer le droit du capital privé de disposer des investissements ou des aides à l'investissement de l'Etat. Le « droit >> des entrepreneurs de pousuivre n'importe quelle production. même celles qui sont mortelles, est aboli. La possibilité de faire porter par la communauté les frais des dommages provoqués est supprimée. Des moyens publics pour une restructuration écologique

Nous voulons que, là où des subventions sont accordées aux branches en crise, ces milliards ne soient pas des cadeaux aux capitalistes privés pour qu'ils puissent de nouveau rationaliser afin de remettre leur entreprise au niveau du marché mondial et faire de nouveau des profits, tandis que des centaines d'employés sont à la rue et les subventions de l'Etat perdues. Au lieu de cela, nous voulons dans de tels cas des aides financières sous forme de participations de l'Etat et nous réclamons que les rationalisations nècessai· res et les adaptations au marché mondial soient liées à des " plans d'embauche », à des projets de produits alterna· tifs qui soient élaborés avec les em· ployés eux-mêmes dans le cadre d'une politique structurelle régionale.

Page 31

Nous nous efforçons que les moyens mis à la disposition des subventions économiques soient reconvertis pour subventionner et développer des produits et des séries compatibles avec l'environnement et socialement utiles, et qui aient un effet important sur l'embauche. Nous escomptons que l'on puisse commencer par les investissements. dont nous parlons plus en détail ailleurs. dans les domaines de l'énergie alternative, de l'agriculture. des moyens de transport. de la construction et rénovation de logements. etc .. pour aboutir à une politique industrielle alternative qui se base sur ces investissements, dans les branches de la machine-outil. des techniques de l'énergie et de la défense de 1 'environnement. les matériaux de construction. la construction des véhicules ou les denrées alimentaires. Dans ce contexte. la politique d'investissement des entreprises publiques ou communales joue un rôle important. En les décentralisant et en les démocratisant. il faut les obliger à respecter cette politique orientée sur des critères écologiques sociaux. Les subventions de l'Etat sont de l'argent qui appartient à la communauté. C"est pourquoi leur distribution à des tierces personnes doit être soumise à un contrôle démocratique strict et elle doit être liée à des objectifs politico-économiques clairement définis. Pour garantir cela. il ne suffit pas de formuler cettai ns souhaits dans les lois concernant les subventions et les impôts tout en laissant faire le jeu des bureaucraties interètatiques et des bénéficiaires de ces subventions sans aucun contrôle sur les résultats. Puisque nous sommes pour que des moyens financiers publics soient investis pour une restructuration écologique. pour le maintien et la création d'emplois et pour une politique de développement régional autonome. les subventions et. d'une façon générale. toute incitation économique devraient profiter aux secteurs où un intérêt correspondant à ces objectifs peut s'articuler de façon démocratique.

Li où il s'agit de soutenir des grosses entreprises ou ce que l'on appelle les branches en crise. nous proposons la création de fonds par branche. Ces fonds doivent d'une part financer le travail de conseils structurels qui élaborent des concepts de développement alternatif et. d'autre patt. assurer la distribution des moyens nécessaires à la restructuration. sous forme de participations de l'Etat. Les conseils d"administration des fonds et les conseils structurels sont nommés par des représentants des employés concernés. Toute autre exonération d'impôts et toute subvention directe au plan national ou régional est remplacée par la création de fonds régionaux ou communaux. Leurs conseils d'administration et de développement régional sont nommés sur une base tripartite par les représentants des employés de l'endroit concerné. par les représentants d'organisations de consommateurs ou d'usagers ainsi que par les représentants des conseils municipaux concernes. Démocratisation des entreprises publiques

Dans les domaines de l'approvisionnement en énergie et en eau. du ramassage des ordures et des eaux usées, dans la politique des transports et du bâtiment ainsi que dans une bonne patt du système de crédit. l'Etat dispose traditionnellement par le biais des entreprises publiques d "importants moyens d'intervention économique directe. Aujourd'hui. leur politique est toutefois entièrement calquée sur les principes économiques de leur environnement qui est le capitalisme privé. Des instituts de crédit et des enteprises du bâtiment publics participent avec tout aussi peu de scrupules que le privé aux spéculations, les services de l'électricité et des eaux mènent une politique de croissance tout aussi néfaste que les entreprises privées en stimulant la consommation de courant et d'eau. Et dans d'autres secteurs les mêmes raisons qui poussent les entreprises publiques à s'adapter à la rentabilisation privée du capital font que ces entreprises sont maintenues dans un déficit chronique qui les oblige à avoir une politique des tarifs en conséquence : c'est ainsi que les transports en commun assurent indirectement les intérêts de l'industrie automobi le qui profite des transports individuels. et les entreprises d'approvisionnement en énergie et de récupération des déchets soutiennent leurs gros clients industriels par des tarifs préférentiels bon marché.

D'autre part. ces dernières an nées ont montré de façon de plus en plus flagrante la place importante qu'occupe ce secteur des entreprises publiques tant sur le plan écologique que sur celui de l'emploi. C'est ainsi que les Grünen ont déjà indiqué. dans leur programme économique de Sindelfinger de 198 1. qu'une politique économique et d'investissement fondamentalement différente dans ce secteur peut être le début d'une transformation fondamentale de la politique industrielle de croissance menée jusqu'ici. Le point de départ réside dans les revendications présentées et développées dans ce programme de restructuration pour un développement des transports publics et par chemin de fer. pour l'installation d\m système écolo-

Page 32

10 juin 1982: 250 000 personnes manifestent à Bonn contre les armes nucléaires et la \'isite de Reagan.

gique de récupération des déchets et des eaux usées ainsi que pour une restructuration et un renforcement de la construction de logements communaux à but non lucratif.

Nous réclamons en même temps une restructuration de fond en comble de ce secteur d'entreprises dans une perspective de décentralisation et de démocratisation. L'accent doit être mis sur la « communalisation ,, des entreprises d'approvisionnement en énergie et de construction de logements par exemple. ainsi que sur l'introduction de possibilités démocratiques données aux locataires, aux usagers. aux clients et aux initiatives communales pour influencer la politique économique de ces entreprises. Une politique sociale conçue comme politique d'émancipation

Le troisième grand secteur d'activité de l'Etat ayant des incidences économiques est la politique sociale. Les sommes énormes qui atteignent des milliards et qui sont dépensées par le biais des systèmes d'assurance sociale et les budgets publics ne peuvent pas faire oublier que la politique sociale n'est pas traitée comme une politique sociale au sens propre du terme. mais comme le budget restant après que toutes les affaires économiques ont été réglées et satisfaites. Dans les chapitres intitulés ,, Restructuration sociale ''· nous partons du principe que la division entre intérêts économiques prioritaires et affaires sociales secondaires doit d'abord être dépassée si l'on veut que la politique sociale puisse devenir un élément d'émancipation sociale. Dans le capitalisme industriel d'aujourd'hui. la séparation la plus répandue et socialement la plus néfaste est celle qui distingue d'une part le travail payé et. d'autre part. le travail ménager non payé. Cette division du travail qui se fait uniquement au détriment de la femme conduit à ce qu'une société industrielle organisée sur le modèle patriarcal peut s'approprier '' gratuitement ,, un travail socialement nécessaire sans le reconnaître pour autant comme activité économique. Au contraire. la politique traditionnelle de la famille a tendance à traiter les ,, femmes au foyer '' · qu'elles travaillent au-dehors ou pas, comme des cas sociaux dont l'Etat compense les pertes financières et professionnelles par des << revenus sociaux ,, d'un montant ridicule (allocations familiales , allocations d'éducation , tonds " mère et enfant '' · etc.). L'objectif de cette conception de la politique sociale de la famille est toujours en fin de compte de maintenir la division du travail selon les sexes aussi bien dans le ménage que dans les carrières professionnelles.

Dans ce programme de restructuration, nous poursuivons l'objectif opposé. La participation à égalité des femmes à l'emploi et à la formation doit être réalisée petit à petit par l'établissement de quotas réservés aux femmes dans l'emploi et la formation , et par des programmes de soutien aux femmes de la part de l'Etat. Par des congés avec garantie de l'emploi, des allocations pour la garde de l'enfant et la prise en charge des contributions versées à la Sécurité sociale, on doit faciliter la compatibilité de la profession et de la garde des enfants en bas àge. Il est à préciser que. lorsque les deux parents se chargent de l'éducation, les mises en congés ne sont possibles que si femme et homme les prennent à part égale. De plus. une allocation familiale de trois cents marks . indépendante des revenus. est prévue. et les possibilités de garde publique des enfants doivent être améliorées.

Le deuxième domaine dans lequel la subordination du social à l'économique a des conséquences de plus en plus catastrophiques est celui des revenus des retraités et des chômeurs, ainsi que les services publics. Dans les dix dernières années, ils ont été régulièrement 1 'objet de réductions à mesure que la situation économique se dégradait et que la dette de l'Etat augmentait. De cette façon . depuis 1980, des centaines de milliards ont été transférés du bas vers le haut, des services sociaux que l'on dit non productifs vers des activités économiques que l'on dit productives.

Avec ce programme de restructuration , nous refusons cette division entre << sujets économiques dignes de soutien ,, et ,, objets sociaux dont on peut se passer ,, . Nous refusons d'accepter que. dans une société où l'on peut sans sourciller financer des projets coùtant des centaines de milliards dans des secteurs aussi " productifs ,, que l'armement. les emballages. la publicité, des projets gigantesques dévastateurs. ou encore verser des milliards pour aider à détruire des denrées alimentaires. que dans une telle société il ne soit pas possible de financer les retraites et les allocations de chômage qui permettent une vie décente. Des experts. mais surtout des organisations de personnes concernées, ont calculé que dans des conditions de vie actuelles un revenu minimum de mille deux cents à mille cinq cents marks est nécessaire. Dans ce programme de restructuration. nous avons montré qu'un tel minimum garanti n'est pas seulement ,, justifié sur le plan moral '' · mais quïl est aussi tout à fait possible de le financer si l'on

Page 33

change en profondeur le systeme de production des richesses.

Dans le même temps. il est clair qu'un minimum social garanti pour tous est réalisable ou ne J'est pas dans la mesure où le rapport entre les revenus provenant des salaires et ceux provenant du capital diminue ou augmente et où le taux de chômage actuel diminue ou non. Pour ces deux questions la politique de négociation des syndicats et leur capacité à s'imposer prend un rôle central. Par une interdiction des Jock-out. par de nombreuses améliorations dans la législation du travail. par la remise en vigueur des droits protégeant les travailleurs qui ont êtè supprimés dans le cadre de ce qu'on appelle les incitations à J'emploi. il faut renforcer de façon sensible la position contractuelle des syndicats. Dans la lutte contre le chômage de masse nous estimons que la revendication syndicale de la réduction du temps de travail hebdomadaire. d'abord à trente-cinq heures. avec compensation salariale intégrale. est resolument la meilleure mesure et la plus efficace. Cette politique est à soutenir de la pmi de J'Etat par une suppression des heures supplémentaires prescrite par la loi ainsi que par des mises en disponibilité garanties par la législation du travail et financées par

Le troisième domaine dans lequel une restructuration sociale doit surmonter la division nètàste entre J'économique et le social est la politique de sante de J'Etat. Elle a abouti à ce résultat absurde : les domaines de la santé qui sont à mettre au chapitre " économie ''· donc les trusts pharmaceutiques. la construction d'instruments médicaux et les honoraires des médecins. ont connu une croissance inégalée ailleurs. tandis que les fonctions qui sont à mettre au chapitre " social "· tels que les services mèdico-sociaux. les soins et la prévention. sont souvent victimes de la politique de rigueur de J'Etat. C'est ainsi que. durant les dernières années. la santé et les soins médicaux se sont plutôt dégradés tandis que les coùts de la santé ont connu une montée vertigineuse.

Dans ce contexte. nous preconisons de mettre fin à cette explosion des coùts en limitant les revenus des médecins et la publicité pharmaceutique et d'utiliser une partie des moyens ainsi libérés pour une meilleure prévention (surtout dans la médecine de J'environnement et du travail). pour le développement de la thérapie sociale. pour J'amêlioration des soins aux malades et le développement de centres de santé.

Un des objectifs de ce plan de restructuration est de contrecarrer la propagande des politiciens de 1 ï ndustrie et je la croissance selon lesquels les alternatives à leur politique ne seraient pas faisables pour telle ou telle raison. La question du financement y joue un rôle prépondérant. C'est pourquoi. sans avoir la prétention absurde de vouloir présenter des budgets de rechange au niveau national. régional ou communal. nous avons concrétisé dans ce programme quels sont les leviers financiers qu'il faudrait mettre en oeuvre pour pouvoir assurer le financement des investissements écolo-sociaux proposés et les améliorations dans le domaine social. Faisable sur les plans technique et financier, pas encore politiquement

Dans certains domaines où un bilan précis sur le plan budgetaire semblait possible et souhaitable. nous J'avons fait. C'est le cas. par exemple. pour les conséquences financières des modifications du système d'impôts et de retenues sur les salaires. ainsi que pour les domaines où il s'agit avant tout de transferts internes de moyens budgétaires. par exemple pour les changements cie ce qu'on appelle les compensations des charges tàmiliales. pour les secteurs cie la santé. des transports . du logement et de J'agriculture.

Dans d'autres domaines. nous avons dù nous contenter par la force des choses de donner un cadre approximatif des dimensions financières cie ces mesures de restructuration. Car il va de soi que le financement d'une restructuration sociale ne dépend pas seulement de données planifiables sur le plan de la technique budgétaire. C'est ainsi qu'il serait par exemple certes possible sur le plan de la technique budgétaire de << transférer '' dans des domaines plus utiles les dépenses pour la défense qui se montent à environ soixante milliards de marks et que nous considérons comme absurdes et nuisibles. Mais. dans le contexte de la discussion générale sur la paix et J'armement. cette opération de technique financière n ·aurait guère de sens politiquement. Et il serait tout aussi peu dans nos intentions de réduire le budget cie l'armement d'un ou deux milliards pour des raisons de pseudo-réalisme. pour ainsi accepter le reste comme voulu par Dieu ou comme étant même politiquement raisonnable.

Pour ce qui est elu financement exact d'une restructuration sociale. ce sont les moyens financiers qui n'apparaissent dans aucun budget qui sont encore plus déterminants : par exemple ce sont les dizaines de milliards que Siemens ou Daimler Benz amassent aujourd'hui en argent liquide ou qui sont gaspillés pour une publicité insen-

Page 34

s ee. Bien entendu on ne peut pas dispo· s er en général de ces moyens par le biais d e la politique fiscale, et pourtant ils ne d oivent pas rester tabous dans le cadre d 'une restructuration sociale. La pro· p ortion dans laquelle le capital peut se p ermettre d'accumuler des profits, ou d e les gaspiller de façon improductive.

d épend, entre autres. de l'évolution des r apports de forces sociaux. Succès ou d éfaite lors de confrontations salariales j ouent pour la question du financement d 'une restructuration sociale un rôle t out aussi important que telle ou telle d écision de politique budgétaire. Par e xemple, si le capital réussissait, avec l' aide massive du gouvernement fédéral a ctuel, à introduire partout des contrats à durée limitée et du travail à temps p artiel sans garantie. et à réduire les s alaires en dessous du seuil de pauvreté e n brisant les possibilités de grève. alors t oute politique de l'Etat visant à assurer u n minimum << décent ,, pour les revenus sociaux serait vouée à l'échec. En r evanche, des succès dans les négociat ions sur les salaires et les conventions c ollectives, surtout ceux qui contribuent

-a réduire le chômage de masse. augmenteraient substantiellement les chan-

!A

~

!'"'

!"

., z

§>

("l

("l

'Jl ces de pouvoir imposer une restructura-

!: " :::: o.<

....

~ g-n

·tol

" 0 ~ ~ ëii 0 .. s>: ., t ion sociale et de pouvoir aussi régler le

;;

3 tol

9.

problème du financement des mesures

("l

C"::

.. "' tol de l'Etat.

" ., 0 ~"

Cl

""'

Cl

("l

;;

C"::

8 .., tol gtol

Au début. nous avons souligné que

.,.

c tol :::: r::

~

~· z ëii C":: z = i;

ce programme de restructuration est

:::: :::: tol "tol

0 o.

= ~tol

OC)

3 conçu comme un << programme à court

0

~~ g;. ::::

~

~

Cl

2 t erme ,, contre la pollution, les préjudi-

;! tol ~

0

!lr;::

~0

2 ces sociaux faits aux femmes. le chô-

"z

. " z:!d l:"l

(")t'"'

-

!lz

0 o-

3::

~

3 mage de masse et la pauvreté. Cela dit.

C"::

\A

(")t-l

3

"'

C')

l:"l

:> c

:>

:>

0

::1. ::::

c

..., i 1 nous tenait à coeur de prouver que

... 0 3 !!. c "' tol

2

;;;·

::. tol

,.. .. .r:>z t')

des alternatives sont tout à fait possi-

0

!i-l

- § 2. c

>

8 .., 8~

~ bles, du moins sur le plan de la techno-

0

~~

"'

:>

1 ogie. de l'économie et des finances. Ce

0

- -

~

3::

n'est pas seulement pour renforcer le

2.c-::

f;:j

~ n pouvoir de persuasion des propositions

~tol z

~ des Grünen. Car. depuis que le débat

- -

...

0 l:"l

-

0"!!

politique se concentre de plus en plus

N o.

u.

u.

o.

u.

., c ., .., c .., c .., c

3:'"

u.

a~

§ ..

sur les questions écologiques et techno-

:c'"

logiques et sur leurs alternatives possi-

00

.., ., -

.., 8 bles, ce fut toujours l'argument le plus

~

.,. ., .. • . ...

..... .....

u.

N u.

c

<< frappant '' des dominants et de leurs u.

c c c

"' représentants dans les partis de dire que la voie du capitalisme industriel est la

>

.. ~,!V~

..., ci'

"'tl

2 seule qui soit praticable. Il faut s'ac-

..., Q.

0

<'Il·

,..-a~

3 commoder des dangers et des scandales

:::1

3 oo 0 nn

('D

0

3

"' "'

~

0 n-

3 de la pollution car un abandon de l'in-

~::;ë!g

('D oog.dustrialisme qui les provoque serait t')

::r o;a !!l ~~>·

9.

équivalent à un retour à la misère et à

OO~Q.-:

f!l.

0~. 0 la pauvreté de l'ère d'avant l'industriali-

('D

:::~a sation.

g~

. ::r o.

Sur cette question de savoir ce qui

('D est réellement faisable et ce qui ne l'est

5"

pas. les débats technologiques des dix

"'tl tT1 dernières années ont apporté d'imporn tants éclaircissements. Lorsqu'au début du mouvement anti-nucléaire on réclamait l'abandon de cette technologie qui menace la vie elle-même. l'argument préféré des défenseurs de cette technologie était de dire que sans électricité d'origine nucléaire toutes les lumières s'éteindraient. Depuis, presque plus personne ne conteste que, avec des économies d'énergie. l'utilisation de la chaleur des centrales et des sources d'énergie qui se régénère. il existe bien des alternatives technologiques, qui d'ailleurs sont en même temps plus économiques. Mais il s'est avéré que l'introduction de telles alternatives n'est aujourd 'hui pas << faisable ••, tout simplement parce qu'elles entrent en collision avec les intérêts de croissance des trusts de l'énergie. de l'économie et des politiciens qui leur sont dévoués. donc que finalement ce sont des questions de pouvoir politique qui sont déterminantes.

La même expérience a été faite par les personnels qui, ces dernières années. face à l'augmentation de la production pour l'armement et aux menaces de licenciements en masse, ont fait des propositions de productions alternatives. Eux aussi ont dû se rendre compte que finalement ce n'était pas le manque d'alternatives techniquement réalisables et rentables au niveau de l'ensemble de l'économie qui rendait impossible l'abandon d'une logique de production basée sur le profit. mais que c'était tout simplement le refus des entrepreneurs et de l'Etat d'investir dans des productions qui s'opposent aux objectifs de croissance des trusts de l'armement et de l'énergie, ou qui sont « inintéressantes , pour des raisons de débouchés sur le marché mondial.

Dans ce contexte. nous aussi savons qu'entre ce que nous avons concrétisé dans ce programme sous forme de mesures immédiates technologiquement et financièrement faisables , en nous appuyant sur de tels mouvements. et ce qui apparaît faisable politiquement vu les rapports de forces sociaux donnés . il y a un gouffre énorme. C'est pourquoi il faut avouer que ce programme de restructuration a un caractère ambigu : il s'oriente d'après ce qui apparaît nécessaire et faisable vu la production de richesse actuelle et vu les alternatives technologiques existantes, mais pas du tout d'après ce qui. vu le paysage politique donné. apparaît politiquement faisable et réalisable au niveau de l'Etat. Si nous prenons au sérieux les revendications avancées dans ce programme, nous devons concéder que nous n'avons pas présenté un programme de gouver· nement pour les prochaines années, mais << simplement ,, un programme pour renforcer les mouvements d'opposition sociaux de notre époque.

Christian Schmidt Traductio11 de Jean-Pierre Renard

Une erreur sur cette page ?