La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

L'unité et l'action

· Critique communiste, n° 67, octobre 1987 · p. 39-40 · 1 047 mots

L

E mouvement ouvrier ne se désintéresse pas des affaires relatives à sa sécurité devant les aléas de la vie. Il ne s'est pas contenté de la mise en place de la Sécurité sociale en 1945. Il a essayé par de multiples voies d'en combler les lacunes notamment au niveau des prestations. C'est ainsi qu'ont vu le jour par voie d'accord de branche ou d'entreprise une multiplicité de caisses de retraites complémentaires et aussi de caisses de prévoyance pouvant combler les remboursements de prestations médicales mais aussi les indemnités journalières de la Sécurité sociale qui ne s'élèvent qu'à la hauteur de 50% du salaire. Très souvent ces conventions prévoient un financement salarié et patronal comme pour la Sécurité socaile. Cet état de fait a trouvé son aboutissement en quelque sorte dans l'accord interprofessionnel de mensualisation de décembre 1977 qui souhaitait que de nouvelles garanties sociales, notamment en cas de maladie, soit acquises au personnel ouvrier. La loi de mensualisation qui s'en est suivie a donc étendu à l'ensemble des salariés certaines garanties planchers comme le maintien du salaire (à 90 % du salaire brut, pendant un mois et les deux-tiers pendant les 30 jours suivants) après trois ans d'ancienneté. Même ce minimum légal est souvent amélioré dans les conventions collectives. Une étude portant sur l'année 1986 montre qu'une grande majorité de salariés acquiert le droit à l'indemnisation après un an d'ancienneté. 80 % des salariés de l'industrie bénéficient d'un droit à indemnisation après un délai de carence qui n'excède pas trois jours. Cela indique à coup sûr une fois de plus la tendance générale de la classe ouvrière à se doter de moyens collectifs de protection.

Si les salariés se sont battus pour augmenter les droits de sécurité ce n'est sans doute pas pour assister au naufrage de la Sécurité sociale, elle-même. Il fut un temps où la défense de celle-ci figu-

Alain NAZIER rait en bonne place dans les accords interconfédéraux. Après les ordonnances scélérates de 196 7, la CGT et la CFDT avaient mené une campagne pour leur abrogation. Curieusement, ils n'ont pas utilisé le formidable rapport de forces de mai 1968 pour exiger ce retrait. Il fallait sans doute se presser de désamorcer une situation qui sentait le souffre. Malgré cette dérobade des appareils syndicaux, le gouvernement revint sur le ticket modérateur de 5 % qu'il avait institué, la 26e maladie longue et coûteuse que vient de supprimer Séguin vit le jour et beaucoup de décrets d'application des ordonnances restèrent dans les tiroirs.

En 1973, la CGT et la CFDT constataient de nouveau les reculs imposés à la Sécurité sociale par les gouvernements de droite et décidaient d'une campagne commune « afin d'organiser une riposte de masse et d'imposer des solutions positives aux problèmes que posent la protection sociale et la santé ». Parmi les revendications essentielles avancées, on pouvait lire : ((Le retour immédiat au remboursement à 80% et 100 % des dépenses de santé et l'exonération totale du ticket modérateur 1 pour les longues maladies et les personnes àgées, afln d'aboutir rapidement à la gratuité des soins, ( ... ) la nationalisation par ailleurs de lïndustrie pharmaceutique, ( ... ) lïndexation des allocations familiales sur les salaires, un minimum de retraite qui ne devrait pas être inférieur au SMIC revendiqué .... » Toute la plate-forme d'alors est d'actualité. Une méthode à reprendre

En 197 4, deux journées de protestation furent organisées par vingt-trois organisations dont la CGT, la CFDT, la FEN, le PS et le PC, les mutuelles, etc.

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contre le projet gouvernemental de compensation entre les régimes des salariés et ceux des non-salariés et les conditions d'une médecine à trois étages. En 197 6, un projet de tract commun était élaboré.

Nous sommes, hélas, loin de tout cela aujourd 'hui . Déjà les revendications sont souvent mises sous le boisseau comme si la furia séguinesque gommait les besoins des travailleurs en matière de santé. Lui démontre trés bien que la meilleure défense, c'est l'attaque. Car il y a des failles qui sous couvert de bon sens peuvent s'avérer grosses de dangers. Il est par exemple surprenant d'entendre Force ouvrière, qui se fait le champion de l'indépendance de la Sécurité sociale vis-à-vis de l'Etat, réclamer par la voix de Bergeron en 1985 le rétablissement de l'impôt de 1 %. Pire, il admet comme n'importe quel Edmond Maire la certaine fiscalisation des allocations familiales. Alors on devient partisan d'une certaine étatisation maintenant? La CFDT s'est élevée contre le forfait hospitalier, contre la remise en cause de la retraite à soixante ans, etc., mais accepte une fiscalisation partielle telle que celle des allocations familiales -c'est-à-dire pour l'essentiel que les salariés paient à la place des patrons - reprend le leitmotiv des partisans du numerus clausw;, du nombre de médecins trop important pour les besoins de santé (sur quelle base une telle affirmation ?) , etc. Mais même de tels errements dans les « solutions » à apporter aux problèmes actuels (la principale solution consistant à lutter contre le chômage) ne devraient pas être un obstacle insurmontable à la bataille unie contre les mesures Séguin de réduction des prestations et de démantèlement de la Sécurité sociale.

Faire une grosse manifestation, un gros rassemblement chacun de son côté au printemps et parler d'autre chose à l'automne n'a jamais empêché labourgeoisie de dormir. Les mesures Séguin passent par la brèche de la division. Pour empêcher les mauvais coups de la droite contre la Sécurité sociale, il faut le vouloir vraiment. Une journée d'action témoignage est totalement inefficace. Ce qu 'il faut c'est préparer la mobilisation d'ensemble de la classe ouvrière, actifs, chômeurs, retraités pour l'abrogation de ces mesures jusqu'à satisfaction. Prétendre vouloir sauver la Sécurité sociale, l'améliorer et ne pas s'en donner les moyens, c'est une politique de gribouille. Faire un petit tour aux Etats généraux c'est accepter de donner une apparence de respectabilité à une opération de brigandage. Tout le monde sait bien qu'il ne peut rien ressortir de bon d'un tel miroir aux alouettes. Il y a mieux et plus sûr à faire : préparer la mobilisation nationale interprofessionnelle unitaire pour faire reculer le gouvernement.

Alain Nazier 1. On appelle ainsi la part qui reste à payer par rassure. Le ticket moderateur d'ordre public c'est l'interdiction aux mutuelles de rembourser celui-ci .

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