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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

BERLIN : 750 ANS

Berlin 1987 : Année de fête, année de lutte

· Critique communiste, n° 68, novembre 1987 · p. 33-34 · 999 mots

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NNÉE des sept cent cinquante ans de Berlin, 1987 aura aussi été celle de conflits sociaux d'une ampleur peu vue depuis longtemps. L'ambiance de festivités qu'a tàit régner la classe dominante n'a pu cacher la politique cynique de cette même classe, ni tromper ceux qui vivent et travaillent dans cette ville. « Kreuzberg, le secteur libre s'arrête ici »

Cette inscription sur les murs du quartier de Kreuzberg rappelle que celui-ci a été à deux reprises le théâtre d'interventions policières dignes d'un Etat militaire.

Le 1er Mai, le bureau de quartier de la Liste alternative * a été perquisitionné, sous le prétexte que cette liste était coorganisatrice de la campagne de boycott du recencement populaire. Une telle provocation mit le feu aux poudres. De véritables émeutes éclatèrent, notamment dirigées contre les banques et les grands magasins, considérés comme des symboles d'un système oppresseur. Des centaines de vitres furent brisées, des magasins pillés et incendiés. Pour la première fois, ce mouvement, â en croire tous les témoignages, n'engagea pas que les jeunes : de larges couches de la population y participèrent activement ou le soutinrent avec sympathie. Les clignotants étaient depuis longtemps au rouge dans ce quartier où habitent en particulier des familles ouvrières, turques et allemandes, beaucoup de jeunes, et où le taux de chômage est prés d'atteindre les 20 %. On sait aujourd'hui que la police a joué de la provocation pour, ensuite, occuper le quartier, procéder â des tabassages systématiques et à des inculpations par centaines.

Deux semaines après, â l'occasion de la venue de Reagan, la manifestation

Sabine LINDE contre la politique militaire des Etats-Unis, à laquelle participaient soixante mille personnes, fut encerclée dans le centre-ville. Cinq heures durant, les manifestants ne purent sortir que un par un, subissant alors un contrôle d'identité, dont ne fut pas exemptée Jutta Ditfurth dirigeante des Grünen.

En outre, Kreuzberg, ce quartier le dos au mur et dont les accès sont étroits, a été investi et bouclé pendant une journée, de manière à ce que les passages se fassent sous contrôle : scènes de guerre civile dans un « secteur libre d'une ville libre >> ! « Nous sommes indénombrables »

Pourquoi les Grünen, et un vaste mouvement autour d'eux, ont-ils menè campagne contre le recencement populaire du gouvernement Kohl ? La résistance contre ce projet peut se résumer en une idée simple : 11 nous ne voulons pas que ceux d 'en haut en sachent encore plus sur nous. ))

En Allemagne fédérale , quatre millions de personnes se trouvent en effet fichées dans les ordinateurs centraux, et ces innombrables informations sont sans vergogne utilisées, avec une efficacité redoutable, par la police. Au début de l'été, pendant les visites de Reagan et Chirac à Berlin-Ouest, les patrons des entreprises situées le long du parcours suivi par ces hôtes de marque furent invités à fournir les noms des ouvriers 11.faweurs de troubles )). Et ce, afin de compléter le fichier central et contrôler plus étroitement ces personnes.

Dans ces conditions, le boycott du recencement a connu un succès. au moins en ce qui concerne Berlin-Ouest. Sur vingt mille fonctionnaires de la ville requis comme « recenseurs >>, onze mille refusèrent. Dans plusieurs entre-

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prises de la fonction publique, des assemblées générales du personnel décidèrent de refuser la désignation comme ,, recenseurs ». Le boycott, qui se traduisait par le fait de ne pas remplir les questionnaires ou de les remettre aux comités de quartier, a atteint le seuil à partir duquel les experts estiment qu'une telle opération n'a plus de valeur significative. Le point culminant de la campagne fut la manifestation au cours E de laquelle vingt mille personnes vinz .. c Q rent apposer leurs questionnaires contre •QJ le mur, à un endroit où la police de Q..

Berlin-Ouest n'a pas le droit d'intervenir. Entre, d'un côté, l'Armée nationale populaire ne sachant que faire et, de l'autre. la police ouest-berlinoise ne pouvant rien faire. les manifestants n'avaient rien à craindre ... Jour de fête pour les propriétaires L'année où le gouvernement ouest-berlinois se vante des multiples avantages de la vie dans cette ville, un terme a été mis au plus important de ceux-ci : la réglementation des loyers. Jusque-là, les couches populaires pouvaient vivre à Berlin avec des loyers sans commune mesure avec ce qu'on connaît dans les autres grandes villes. Ainsi, les communautés d'après 1968 ont pu survivre parce que les loyers des grands appartements étaient abordables. Fini tout cela ! Le gouvernement Kohl a demandé à l'Assemblée berlinoise de rétablir la loi du marché. Malgré une 1nobilisation importante, ce fut chose faite au début de l'été. Le SPD. dans l'opposition à Berlin , après trente ans de régne, a voté la nouvelle loi. Au nom d'un argument de choc : malgré une hostilité de principe. il ne faut pas mettre en péril J'unité juridique de Berlin-Ouest et de la RFA (où les loyers sont libérés depuis longtemps) ... Féte ou pas : pas question de résister aux exigences de la classe dominante !

Deux autres événements de l'année à noter: Trois ouvriers de l'usine BMW sont menacés de licenciement ou de poursuites judiciaires : on leur reproche d'avoir participé à J'organisation de la grande exposition du DGB sur le mouvement ouvrier, laquelle jetait un regard critique sur J'histoire de l'entreprise. L'organisation de jeunesse de la secte Moon. ultra-réactionnaire et ultra-anticommuniste, a pu tenir son congrès mondial, avec vingt mille participants, dans une salle publique. Ceux qui protestaient furent matraqués par la police.

Est-il étonnant, dans ces conditions, qu'une bonne part de la population se soit montrée réticente par rapport aux festivités, les considérant comme hypocrites et dispendieuses ? Pour elle. une chose est sûre : en 7 51 comme en 750, il va falloir continuer à lutter !

Sabine Linde

* L'organisation berlinoise Alternative Liste fait partie des Grünen. Elle a obtenu plus de 10 % des voix lors des dernieres elections.

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