La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

OCTOBRE 1917 - OCTOBRE 1987

Histoire et « perestroïka »

· Critique communiste, n° 68, novembre 1987 · p. 15 · 532 mots

Octobre 17 - octobre 87

Histoire et « perestroïka »

1. cf Rougen° 1277.

2. in le Monde du 3 novembre !98 7.

rr Le passé 11 'est pas 1111 problé111e à part, 1111 problé111e par111i d 'auTres. Si on 1 évacue. iln :l'a pas de prise de conscience du présent 11 Recteur de l'Institut des archives historiques

G

ORBATCHEV s'était engagé à répondre, dans son discours pour Je soixante-dixième anniversaire de la révolution d'Octobre, à la question de <<rendre leur honneur et leur place dans l'histoire aux membres du premier comité central de Lénine, qui ont pratiquement tous disparu pendant la période stalinienne 1 ''· La réponse est venue. Malgré des rumeurs insistantes de " réhabilitation », Trotsky est renvoyé à l'enfer antilèniniste. l'image de Boukharine n'est qu'à demi-corrigée ... Et Staline n 'est pas déboulonné ! Bien que reconnu coupable de «culte de la personnalité >J -qui n'était pas <<inévitable J> - . des <<répressions "· de << l'arbitraire"· il est salué comme ayant su faire << triompher le léninisme '' (sic) face au trotskysme. On lui serait redevable des efforts d'industrialisation et de guerre. C'est réaffirmer la vieille ligne de partage, indélébile, entre le stalinisme et le combat révolutionnaire, et donc antibureaucratique, de Trotsky.

Les rumeurs sont. pour l'heure, démenties, et la transparence, dans ce domaine, a trouvé ses limites. Le constater n'est pas minimiser ce qui est aujourd'hui à l'œuvre en URSS. N'est-il pas décisif que ces rumeurs aient existé, témoignages d 'un grand débat qui s'ouvre au sein de la société soviétique sur son propre passé ? Pour paraphraser Michel Tatu - << Disons, pour simplifier, que le système soviétique doit changer et qu'en même temps il ne peut pas

Francis SITEL changer 2 . >J - , on pourrait dire que le peuple soviétique doit se rèapproprier son histoire et qu'en même temps il ne le peut pas.

Mais ce qui apparaît être, concernant le « système )), une contradiction indépassable, ne l'est pas au regard de l'Histoire. La vérité existe, d'une évidence telle que seuls la falsification la plus grossière et le crime ont pu l'obscurcir. La bureaucratie, ou plutôt une part d'elle, sait qu'il faut engager une réforme en profondeur, sous peine d'enlisement et de menace d'explosion. Elle s'efforce de maîtriser cette dynamique aux consequences imprévisibles. Dans ce contexte, la libéralisation idéologique est nécessaire. Voire souhaitée. A condition d'être, elle aussi, contrôlée ; en particulier dans ce domaine historique ultra-sensible.

Parions que Gorbatchev, qui déjà dénonce bruyamment les «forces conservatrices >J, échouera si ne fait pas irruption un mouvement venu du bas, et qui fasse éclater les carcans que lui-même prétend lui imposer. Certes. les travailleurs et la jeunesse soviétiques ont des soucis plus prégnants que ceux de la vérité historique. Mais si ce soulèvement se produit. il obligera à une totale transparence. Une nouvel élan de la révolution redonnerait alors tout son éclat à Octobre 1 7.

Ce qui fait que ce soixante-dixième anniversaire déborde déjà des rites. Lénine, Trotsky, Boukharine. Staline ... Autant de noms qui reviennent à la pleine lumière de l'actualité et invitent à une vaste remise au travail !

Pas question d'économiser notre peine, ni de bouder notre contentement...

Une erreur sur cette page ?