La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Face au programme électronucléaire français

· Critique communiste, n° 69, décembre 1987 · p. 10-13 · 3 964 mots

EAN Chanteur, directeur-adjoint du Service central de protection contre les rayonnements ionisants, a déclaré dans un entretien à la Vie électrique de mai 1986, à propos de Tchernobyl : ((Le nuage n'a jamais représenté un danger pour la population. )) Il est vrai que, si le 1er mai tout le territoire national était survolé par le nuage radioactif, le 2 mai un vent d'ouest le repoussait, de sorte que le 4 mai la situation était revenue proche de la normale. Cet incident fut minimisé par le gouvernement et le SCPRI, bien que le nuage ait laissé des traces dans le lait, les légumes, l'air ... Pourtant ce nuage a jeté le doute dans les esprits, y compris parmi une population jusque-là assez hermétique à la contestation nucléaire, à savoir les agents d'EDF-GDF. Le nuage de Tchernobyl

Partout, en Occident, des femmes et des hommes de bonne volonté, des journalistes, des scientifiques, des médecins, des ingénieurs expérimentés s'interrogent et s'inquiètent du bien-fondé de l'énergie nucléaire comme moyen de production d'électricité. Le phénomène s'est amplifié depuis l'accident de Tchernobyl. Celui-ci n'est pas le premier ; il fait suite aux accidents de Tchelyabinsk, au sud de l'Oural, en 1958, de Three Miles Island, en Pennsylvanie, en 1979, de la centrale de Tsugura, au Japon, en janvier 19 81... pour ne citer que les accidents les plus graves pour l'environnement et les populations concernées. Les risques occasionnés par l'énergie nucléaire paraissent de plus en plus inacceptables au regard de ses avantages. Le Danemark, la Suède, l'Autriche et les Philippines ont décidé d'abandonner cette forme d'énergie. Seules la France et l'URSS

Bernard GRANGEON maintiennent le cap sur leurs programmes initiaux.

Or il faut savoir que l'accident grave risque d'arriver, n'en déplaise à M. Pierre Tanguy, inspecteur général pour la sûreté et la sécurité nucléaire, pour lequel ((un Tchernobyl français paraît exclu)). Sa thèse s'appuie sur le fait que EDF a opté pour la filière des réacteurs à eau sous pression (PWR) pour son parc du palier de 900 MW à 1 300 MW. La seule exception notable est constituée par le surgénérateur de Creys-Malville, dans l'Isère. Or il est apparu que le point faible de cette filière résidait dans le refroidissement du cœur. Ce type d'accident est déjà intervenu à la centrale de Bugey le 14 avril 1984 (panne d'alimentation électrique) ou, plus près de nous, à la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux (gel de la Loire) en pleine grève des agents d'EDF-GDF, en janvier 1987. Ces incidents graves ont pu être maîtrisés grâce au savoir-faire du personnel de ces centrales. A Saint-Laurent-des-Eaux, les agents suspendaient leur grève pour faire face à la situation alors que, dans le même temps, la presse à la solde du gouvernement se déchaînait contre le$ (( nantis irresponsables )). En cas de perte de contrôle, il ne reste plus que les fameuses enceintes de confinement auxquelles on a ajouté des filtres à sable pour dépressuriser l'enceinte sans danger. Cette mesure de sécurité a pour but de limiter l'impact radioactif sur les populations et l'environnement.

Pourtant, ce bel optimisme est modulé par Gordon Thomson, conseiller en énergie nucléaire à Cambridge, aux Etats-Unis, qui explique dans Newsweek du 14 mai 1986 que laquestion n'est pas de savoir ((si tel réacteur est plus perfectionné que tel autre. La réalité, c 'est que n 'importe quel réacteur peut provoquer un accident grave à n'importe quel moment )). Dans ces conditions, est-il sérieux de laisser cette question vitale aux seuls techniciens et

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dirigeants d'EDF ou au gouvernement ? Alors que, sans nul doute, notre pays bénéficie d'une expérience unique au monde, puisqu'il existe près de deux cents centrales du type PWR en service sur la planète et que la plupart sont en France, aux Etats-Unis et au Japon. Le spectre du « nuage radioactif» nous impose de réfléchir et d'analyser la situation, en évitant de tomber dans le désarroi ou d'en arriver à refuser le progrès technique au nom de la préservation de l'espèce humaine. L'héritage

La France occupe le sixième rang mondial dans la production d'électricité, mais elle est la deuxième puissance pour ce qui est de la production d'électricité d'origine nucléaire, immédiatement derrière les Etats-Unis. En 1985, la production nationale d'électricité se montait à 328 1Wh. Le thermique nucléaire représentait à lui seul 213 1Wh, contre 52 1Wh pour le thermique classique et 631Wh pour la production hydraulique. Ces chiffres montrent que la population française et les industriels sont à plus de 65 % tributaires pour leurs usages de l'énergie produite par la fission de l'atome. Ce pourcentage donne à notre pays une spécificité particulière et unique au monde : nous sommes dépendants du bon fonctionnement de nos réacteurs nucléaires, qui jusqu'à présent ont eu la meilleure disponibilité mondiale, avec un chiffre de 83%.

Un tel résultat est le produit d'un vaste programme électronucléaire qui a été mis en chantier en 1970. Fin 1988 le pays sera doté d'une cinquantaine de réacteurs d'une puissance de 880 à 1 285 MW. Les centrales en cours d'achèvement de Nogent, de Belleville, de Cattenom 3, de Golfech, du contrat pluriannuel « 1300-2 », seront mises en service et couplées au réseau entre l'automne 1987 et la fin des années quatre-vingt. Le programme cher à Pompidou et à son ministre Giraud, actuellement ministre de la Défense nationale, aura été mené à son terme. La lutte des populations et des écologistes aura seulement permis de mettre en cause la centrale de Plogoff en Bretagne et le centre de retraitement des déchets radioactifs de Saint-Priest-La-Prugne dans le Massif central. Ces deux réalisations ont été abandonnées définitivement par décision de Mitterrand sur la lancée de la victoire de la gauche en 1981.

Pour les tenants du « non au nucléaire» la défaite a été scellée en 1977 avec la manifestation de Creys-Malville ; celle-ci a marqué l'incapacité du mouvement de réaliser son unité et d'opérer la jonction avec le mouvement ouvrier. Il est vrai que, pour la mise en place de ce vaste programme, la direction d'EDF et les gouvernements successifs ont bénéficié de la collaboration des directions de la CGT et du PCF. Pour sa part, la direction du PS n'a pas voulu être en reste, elle a parachevé le travail en divisant le mouvement contestataire, en réduisant le débat entre le « non au tout nucléaire » et le « non au nucléaire», en se montrant incapable de faire un choix entre les impératifs économiques et les questions de sécurité. D'un côté elle s'est efforcée de satelliser, par l'intermédiaire du PSU, le mouvement écologiste ; de l'autre, elle a préconisé, par la bouche du ministre de l'Environnement, (( d'éviter de dépendre du nucléaire en réduisant l'énergie consommée, plutôt que de produire davantage)). C'était, pour Huguette Bouchardeau, à la fois jouer les tartuffes et céder à la politique politicienne qu'elle disait pourtant rejeter. L'héritage est là, bien présent, témoignant du refus de mener une politique d'unité répondant aux intérêts des populations et des travailleurs associés à la construction des centrales.

EDF, sereine, ralentit aujourd'hui son programme, car les objectifs initiaux de consommation d'électricité ne sont pas atteints. Ce sont au maximum deux tranches nucléaires qui seront engagées dans les quatre prochaines années (1988-1991): Civaux 1 en 1989 et Civaux 2 en 1991 ; ainsi en a décidé le 26 juin 1987 le conseil d'administration d'EDF. L'hypothèse de consommation est fondée sur une croissance de 3 % par an, ce qui devrait donner une consommation « horizon 2000 » de l'ordre de 495 1Wh, les prévisions les plus pessimistes ramènent cette consommation à 425 1Wh. Il faut avoir conscience que ce programme est le résultat de vingt années d'efforts en matière d'investissements. La réalisation en ayant incombé à EDF, qui a financé l'ensemble des réalisations, il en résulte un endettement important pour l'entreprise nationale, correspondant à un an et demi de ventes d'électricité. Mais, pour Marcel Boiteux, ex PDG d'EDF, le pari a été tenu : les Français bénéficient du kWh livré le moins cher de la CEE. Dans le prix de revient du kWh, le coût d'un accident nucléaire du type Tchernobyl n'a évidemment pas été pris en compte, ni celui du démantèlement des centrales.

En 1970, Michel Hug était nommé par Marcel Boiteux à la direction de l'équipement d'EDF. Il avait pour mission de lancer la construction en série des centrales nucléaires. Cette nomination mettait fin à la guerre entre EDF et le CEA, mais en ouvrait une autre entre le groupe Creusot-Loire et la CGE pour l'octroi des parts du marché constitué par la construction de ces centrales. Les raisons d'un choix

Pompidou et son ministre Messmer tranchaient dans le sens de l'abandon de la filière graphite-gaz. Et ce malgré les protestations des ingénieurs du CEA et de celles du Parti communiste. Saint-Laurent-des-Eaux, d'une puissance de 480 MW, tombait en panne le lendemain de son inauguration. Marcel Boiteux, économiste brillant, en profitait pour plaider en faveur de la filière PWR. Cette filière présente l'avantage de requérir des ingénieurs au niveau «producteur», d'imposer aux constructeurs une standardisation poussée permettant une construction en série des centrales et de renouer avec la politique des «paliers» (en l'occurrence 900 à 1300 MW) qui, au cours des années cinquante, a fait ses preuves avec le thermique classique. Ces mesures avaient pour but de rendre compétitive la production d'électricité d'origine nucléaire face au pétrole d'un coût très faible à l'époque. Les ingénieurs d'EDF qui ont participé à la réalisation du programme hydraulique pouvaient être rassurés puisque leur avenir était garanti. Après l'aménagement de la vallée de la Durance, un nouveau défi technologique était engagé.

Dans le même temps, André Giraud restructurait le CEA. En 1972, il constituait le club des Cinq comprenant la France, l'Australie, le Canada, l'Afrique du Sud et la société britannique Rio Tinto Zinc. Ce club, qui a pour fonction de se pencher sur les problèmes de l'approvisionnement en uranium, devait décider d'être présent en amont et en aval de la chaîne de production. La COGEMA était créée. Elle est aujourd'hui la première société mondiale du cycle du combustible. Filiale du CEA, elle exploite, entre autres, l'usine de La Hague de traitement des combustibles irradiés, traitement qui a pour but la séparation des différents composants de façon à pouvoir en réutiliser certains (matière fissile : uranium, plutonium) et à stocker ceux qui sont inutilisables.

Le même décidait, en 1973, dans le cadre de la coopération internationale, la construction de l'usine civile d'enrichissement EURODIF, regroupant, aux côtés du CEA, Belges, Espagnols et Italiens. Il chargeait également EDF de construire la centrale du Tricastin, dans la vallée du Rhône, afin d'alimenter

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cette usine. Parallèlement, André Giraud, soucieux de faire passer la filière à neutrons rapides au niveau industriel, lançait le projet de Super-Phénix, qui fait suite au surgénérateur Phénix, installé à Marcoule, d'une puissance de 233 MW, et qui est couplé au réseau EDF depuis décembre 1973. La centrale de Creys-Malville, située à une cinquantaine de kilomètres de Lyon, appartient à une société anonyme, NERSA, constituée par EDF à 51 %, ENEL (société nationale italienne) à 33 %, SBK (société formée essentiellement par RWE, producteur allemand d'électricité) à 16 %. Cette centrale est équipée d'un réacteur à neutrons rapides où se trouve un mélange fissile-fertile de plutonium et d'uranium. Le refroidissement se fait par sodium liquide, produit qui présente l'inconvénient de réagir très violemment avec l'eau en présence d'air ou d'oxygène (la combustion de l'hydrogène formé par la réaction sodium-eau peut être explosive). Cette centrale présente la particularité de produire plus de matière fissile qu'elle n'en consomme. Elle permet de produire de l'électricité et du plutonium qui pourrait constituer un combustible pour les réacteurs PWR. Cette réalisation a eu l'avantage d'aplanir les divergences qu'avaient fait naître les décisions prises par Pompidou.

Ainsi; petit à petit, chacun trouvait sa place et son créneau. Le programme électronucléaire avait l'ambition de constituer un marché porteur pour les entreprises françaises, aussi bien au plan national qu'au plan international grâce à l'exportation: - le Commisariat à l'énergie atomique ( CEA), avec le cycle du combustible et la construction de Super-Phénix ; - EDF, qui devenait le premier producteur mondial d'électricité d'origine nucléaire; -Creusot-Loire, avec ses filiales du groupe Empain-Schneider, pour les chaudières nucléaires ; - le groupe CGE, d'Ambroise Roux, pour les gros composants électromécaniques (turbines, alternateurs) ; -le groupe Pechiney-Ugine-Kuhlman (PUK), qui travaille en collaboration avec le CEA, pour l'ensemble du cycle du combustible.

Par ailleurs, le CEA reste lié à l'armée, l'omniprésence de celle-ci dans l'industrie de l'uranium correspondant à la volonté de l'Etat de contrôler ce métal stratégique aux nombreuses utilisations militaires.

Une âpre bataille économique a fait rage de 1970 à 1974. Le «lobby » nucléaire, qui s'est mis en place, répond à une volonté du gouvernement et du patronat français. Ce choix a permis de développer une technologie de haut niveau, tout en assurant une forte compétitivité aux entreprises concernées, les frais d'études et de recherches étant supportés par les entreprises nationales que constituent EDF et le CEA. Le gouvernement a reçu le soutien du PCF qui, au nom de l'indépendance énergétique et de la grandeur de la France, a apporté son aval à cette politique. Les seules critiques de ce dernier portèrent sur l'abandon de la filière graphite-gaz, tandis qu'au nom du « Produisons français » il revendiquait un programme électronucléaire plus ambitieux. Les temps modernes

En 1990, le nucléaire devrait représenter 74% de la production d'électricité, le charbon n'en représentant plus que 6 %. Or EDF constitue le principal client des Charbonnages de France, et même le seul possible pour les produits secondaires qui sont utilisés dans les centrales thermiques. Cette politique a entraîné la fermeture de nombreux puits dans le Nord et le Centre-Midi. Toutes les centrales thermiques du palier 125 MW ont été fermées, et des réformes de structures ont été opérées à EDF pour mettre « sous cocon » trente tranches du palier 250 MW. Des régions entières sont touchées par ces choix, de nombreux agents EDF sont mutés et les suppressions d'emplois se multiplient aux Charbonnages de France. Face à cette situation, une convention nationale a été signée entre EDF et CDF. Elle prévoit la reconversion, dans les unités d'EDF, de cinq mille mineurs sur quatre ans, à condition que ceux-ci soient de nationalité française et âgés de moins de quarante ans. Les frais de reconversion sont à la charge des Charbonnages.

La production d'origine nucléaire devrait se situer en 1990 à 273 milliards de kWh, contre 125 milliards pour l'année 1983. Cet objectif amène EDF à installer sur Je territoire national une soixantaine de réacteurs. Dans cette perspective, l'hydraulique devient la deuxième source énergétique: 69 milliards de kWh en 1990, contre 66 en 1983. Pour placer sa production, EDF se lance dans une politique commerciale agressive. En ce qui concerne l'industrie: accélérer le chauffage de l'eau à l'électricité et promouvoir de nouvelles applications ; pour le secteur résidentiel et tertiaire : introduire une promotion active de solution bi-énergie.

Pour promouvoir cet essor commercial, EDF a modifié sa tarification. Un tarif vert, par exemple, a été mis en place à l'attention des industriels. Il est caractérisé par le développement de formules interruptibles par lesquelles l'industriel s'engage à stopper sa consommation d'énergie électrique, à la demande d'EDF, sur la base d'un forfait annuel. Ce tarif comporte une incitation financière afin que l'électricité soit utilisée pendant les heures creuses : heures de nuit, de week-end, d'été ... En fait, EDF inclut dans sa politique tarifaire ses contraintes de production afin de passer les pointes de consommation, et intègre les impératifs de production qu'imposent les réacteurs nucléaires. Astucieuse façon de faire correspondre offre et demande ! Il faut en effet savoir que la production d'origine nucléaire est difficilement modulable (le cycle dure environ quarante-huit heures). Celle-ci constitue la production de base ; l'hydraulique sert à répondre aux « pointes », dans la mesure où l'eau emmagasinée dans les barrages sert de réserve, son turbinage ne demandant que quelques secondes. D'ailleurs, certains barrages bénéficient d'installations de pompage qui permettent de remonter l'eau dans le barrage durant les heures creuses. Ces contraintes sont dues à l'incapacité de stocker l'électricité, ce qui implique que ce qui est produit doit être impérativement consommé. Lorsque la consommation est plus importante que la production, EDF opère ces délestages techniques que les grèves ont rendus célèbres.

Ces contraintes de production et tarifaires, couplées à une plus grande amplitude journalière d'utilisation des machines, justifient le recours au travail en semi-continu, en continu, en 4/9 ... Ce qui implique l'annualisation du temps de travail et des rémunérations : flexibilité, travail le week-end, étalement des congés, étoffement des équipes de travail de nuit, multiplication des contrats à durée déterminée, polyvalence, plurifonctionnalité ...

Mais EDF, dans sa course au placement d'électricité, ne peut se contenter de son monopole de distribution en matière d'éclairage ; elle veut concurrencer les autres formes d'énergie dans le domaine de la production de chaleur (campagne « tout électrique » ... ). C'est pourquoi elle recherche de nouvelles applications industrielles. Cela a permis Je développement de nouvelles technologies, très intéressantes pour une industrie de pointe comme l'aéronautique, et aussi la sidérurgie, la métallurgie, la chimie ou l'agro-alimentaire. Le chauffage indirect par résistances, la conduction, le séchage par pompes à chaleur, la recompression mécanique de vapeur, le rayonnement infra-rouge ou ultra-violet, les rayonnements haute et ultra haute fréquence , l'osmose inverse ultrafiltration ou les plasmas (gaz ionisés permettant des chaleurs entre 7 000 et 20 000°C) ... Autant de nouvelles

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applications pour des industries de pointe ! Dans ces conditions, l'électricité se trouve sans véritables concurrents : l'ère de la résistance a sonné au détriment de la flamme.

Ce choix implique une qualité de desserte réduisant au maximum les défaillances, les coupures brèves, les creux et les chutes de tension, les pertes par effet joule. EDF travaille activement sur des options techniques au niveau de ses réseaux moyenne tension et de ses ouvrages de distribution. Elle multiplie les postes sources, améliore la structure de ses réseaux en leur intégrant des interrupteurs automatisés (lAT), des réenclencheurs en ligne, des disjoncteurs « shunt », des indicateurs de défauts sur réseau aérien, etc. Une révolution technologique a lieu et est nécessitée par la généralisation de l'automatisation au niveau du processus de production, à l'informatisation de la vie et au développement de la bureautique. Toutes ces mesures ont pour but d'améliorer la productivité, la qualité des produits, et d'assurer une meilleure communication de la production à la distribution. Condamnés

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Le mot d'ordre « non au nucléaire! », cher aux écologistes, est-il réaliste ? Admettons-le. Concrètement, cela veut dire qu'il faut reconvertir tout l'appareil de production d'EDF et des constructeurs qui lui sont associés. Cette éventualité impose de mettre en chantier un programme énergétique de substitution et d'autres choix : charbon, fuel , gaz, solaire, biomasse ... Et d'évaluer son rythme et son financement. En tout état de cause, il restera à gérer les déchets « nucléaires » de La Hague, à démanteler les centrales nucléaires avec tous les problèmes que cela suppose de résoudre. Le coût en serait énorme et il faudrait obtenir un consensus avec les travailleurs concernés par les reconversions entraînées par un tel programme. A cela il faudrait ajouter la gestion des déséquilibres économiques locaux qu'entraîneraient fermetures et implantations de nouvelles unités. Un vrai cauchemar pour ceux qui s'engageraient dans cette voie !

Aussi, il paraît plus raisonnable et crédible de : -suspendre la construction des centrales nucléaires en construction ; - arrêter l'exploitation du surgénérateur de Creys-Malville, qui présente des risques importants en cas d'emballement du cœur et de maîtrise de feux de sodium;

- investir dans des mesures de sécurité et de radioprotection ; - donner des pouvoirs étendus aux salariés d'EDF dans les centres de production nucléaire, donner des droits aux représentants des populations avoisinnantes des sites ; - continuer avec des moyens amplifiés à investir dans la recherche de solutions technologiques visant à diminuer les risques, voire à se rendre maître de la fission de l'atome; - chercher d'autres sources de production énergétique afin de maintenir le potentiel économique des entreprises et remplacer progressivement les centrales existantes au fur et à mesure de leur obsolescence.

Condamnés à réussir : ce postulat montre avec beaucoup d'acuité que la société industrielle issue des révolutions bourgeoises du XIX' siècle est incapable, après avoir joué son rôle de développement des forces productives, de maîtriser son propre dynamisme. Collectiviser les intelligences, autrement que par les cercles de qualité, et planifier démocratiquement les besoins constituent des nécessités absolues. A notre sens, seule une société socialiste serait en mesure de relever ce défi en libérant la force de travail de la tutelle du capital. Certains écologistes ont tort de penser que le débat passe entre pollueurs et pollués ou, pire, par le refus d'une société de progrès scientifique. Cela est de l'obscurantisme: il ne suffit pas de remplacer Dieu par Satan pour réaliser une révolution sociale. Au mieux, cela donne des adeptes de la révolte, pas des artisans du changement.

Le 17 avril dernier, la centrale de Fessernheim fètait le dixième anniversaire du couplage de ses deux réacteurs au réseau électrique. Cent milliards de kilowatts-heures déjà produits, une durée de vie programmée jusqu'aux alentours de 2010 .. . D'après la direction d'EDF, la doyenne du palier 900 MW impose de remettre en chantier des unités de remplacement vers 1995 car, pour eux, (( aucune autre technique que le nucléaire n'est prête à prendre la relève avant vingt ans )). Comme quoi la question est loin d'être close !

Trois mille physiciens dans le monde travaillent à apprivoiser et à reproduire l'énergie du soleil à travers la fusion thermonucléaire. La libération d'énergie par ce procédé a vu le jour avec la mise au point de la terrifiante bombe H, laquelle n'est rien d'autre qu'un minuscule soleil dévastateur fonctionnant quelques secondes. Actuellement, l'Europe possède un outil pour s'acheminer vers une centrale thermonucléaire expérimentale. Cet objectif devrait être atteint vers la fin de ce siècle. Cet outil est un « Tokamak », invention soviétique, dénommé « Joint european torus », installé à Cuham près d'Oxford, en Angleterre. Dès 1988-1989, les cent cinquante millions de degrés celsius devraient être atteints, permettant d'allumer une réaction thermonucléaire auto-entretenue. Dans le même temps, des agents EDF travaillent, à Gennevilliers, sur le projet « Cybiam », afin de pouvoir implanter des centrales, thermiques classiques ou nucléaires, loin des fleuves et de la mer. En effet, le cycle thermodynamique binaire eau-ammoniac permettrait de se passer de « sources de froid » en utilisant l'atmosphère comme source froide, et l'ammoniac comme fluide. Une centrale pourrait s'implanter dans n'importe quel lieu, sans avoir à faire face aux contraintes actuelles. Une manière de contourner, grâce à la technique, l'hostilité des populations !

L'énergie, c'est en quelque sorte la vie, et le rêve une façon d'appréhender l'avenir. Dans ces conditions le débat sur les questions nucléaires n'est pas prêt de s'éteindre ; et, comme le socialisme, il est un défi qu'il nous faut relever. La contestation antinucléaire n'est pas de la responsabilité des seuls écologistes. Elle est une des composantes d'un combat d'ensemble: pour la prise en main par les travailleurs des leviers du pouvoir. L'avenir de l'humanité en dépend.

Bernard Grangeon MW : un mégawatt égale un million de watts (unité de puissance thermique).

TWh : un milliard de kWh. Production annuelle d'un réacteur de

1300 MW en régime de croisière :

1 300 MW multipliés par 6 200 heures égalent 8 TWh, soit 1,8 million de TEP (tonnes équivalent pétrole).

PWR : Pressurised Water Reacter

(réacteur à eau sous pression) utilisant la fission de noyaux d'uranium

235 (235 U) comme source de chaleur.

Le réacteur Superphénix comporte quatre à cinq tonnes de plutonium.

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