La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Pilotage à trois

Critique communiste, n° 71, février 1988 · p. 3 · 373 mots

Il a fallu attendre le 2 7 janvier 1 988 pour que le recours à la grève soit confirmé licite. La première chambre de la cour d'appel de Paris a infirmé, totalement ou pour partie, les jugements des tribunaux de Bobigny et Créteil qui avaient décrété la suspension des préavis de grève des syndicats nationaux des pilotes de ligne et des officiers mécaniciens. Quel symbole! Les voilà bien, nos modernes à tout crin, nos liberaux exacerbés, qui prétendent remettre en cause le droit de grève sans craindre de nous ramener un siècle en arrière. Nos partisans du « moins d'Etat )) , qui font appel aux juges pour frapper d'interdit une revendication et s'ingérer dans un conflit du travail. Nos experts en tous genres, techniciens et technocrates de haut vol, compétents incontestés, qui décident, balayant les arguments sur la sécurité, du pilotage à deux plutôt qu'à trois de l'Airbus A 320 au nom de ... la compétitivité ! Félicitons-nous que des magistrats, qui ont le sens du droit, rappellent que ce n'est pas à l'institution judiciaire de trancher du bien-fondé des revendications ouvrières. Mais n'oublions pas la menace toujours présente : il n'est pire ennemi de libertés chèrement conquises que nos prétendus libéraux. Le« désir politique» qui est le nôtre, pour faire écho à la forte idée de Patrick Tort, est d'abord signe de liberté. Notre premier dossier pour l'élection présidentielle lui est consacré. Pas la simple «liberté chérie>> qu'affiche, en sa nudité, le Parti socialiste ... Celle-ci prétend concilier liberté de grève des travailleurs et liberté de décision des patrons. Comme les magistrats de la cour d'appel de Paris qui soulignent que la direction d'Air-Inter « a seule pouvoir de décision pour faire voler les A 320 en composition d'équipage optimum de deux pilotes». Pour notre part, lorsque nous nous référons aux valeurs emblématiques de la démocratie, nous voulons un pilotage à trois: la liberté, oui, aux côtés de la fraternité et de l'égalité ! C'est dire que les libertés sont un bien trop précieux pour les laisser aux mains des magistrats. Que celles et ceux qui sont en mesure d'imposer égalité et fraternité s'en saisissent, pour ne pas se les faire dérober et qu'elles prennent leur vol ...

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