E 24 janvier : un mouvement national de soutien à Pierre Juquin existe, il s'est rencontré à Paris.
Le 1er février : des millions de téléspectateurs sont en situation de juger les propositions du candidat et le sens de sa campagne.
Double épreuve réussie : cette même campagne peut démarrer pour de bon. Il ne s'agit plus, en effet, de prouver qu'une telle candidature est possible, mais de convaincre le maximum d'électeurs et d'électrices qu'elle est utile, et même indispensable.
C'est une bataille qui est engagée. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer le tir de barrage d'ores et déjà déclenché. Avec la direction du PCF en chef artilleur.
Recensons les premiers obus utilisés : 0 La dénonciation, derrière le masque avenant du rénovateur, de l'apparatchik stalinien mal dégrossi. 0 L'augure que le " mouvement hétéroclite"· . qui appuie Pierre Juquin est condamné à un éclatement rapide. 0 L'étiquetage des propositions avancées dans le cadre de la campagne comme soit insuffisantes et ne constituant pas un programme, soit comme démagogiques et relevant du " poujadisme de gauche .. (version PCF dans le premier cas, version droite dans le second, avec des emprunts possibles de l'une à l'autre). 0 La révélation que l'annonce, d'emblée, de l'appel au vote pour le candidat de gauche présent au second tour est la preuve manifeste que Juquin est un agent du PS... Ou un inconséquent notoire, thèse symétrique suggérée par Olivier Duhamel lors de " L'heure de vérité ". 0 La promesse que cette candidature, pour sympathique qu'elle puisse être, est un phénomène éphémère et le mouvement qu'elle cristallise condamné à s'enfoncer dans une impasse.
Voilà qui mérite examen! Les animateurs de " L'heure de vérité " se sont efforcés d'enfermer Pierre Juquin dans le personnage de l'ex-dignitaire du PCF ... Moulinette jésuito-pétainiste bien rodée de l'obligation du repentir: il n'est de rupture avec le PCF sanctifiable sans gages donnés à l'anticommunisme virulent !
La réaction et la social-démocratie n'ont-elles pas meublé leurs salles de rédaction et leurs comités directeurs de ces bons repentis ?
MAIS QUI EST DONC JUQUIN?
La grande réussite de Juquin est d'avoir su déjouer ce piège. Sa "sincérité" et son "pouvoir de conviction "• enregistrés par le sondage éclair en cours d'émission, ont témoigné de sa capacité à se dégager de son passé. Et ce, sans reniement ni ressentiment. Il est clair que ses trente-quatre ans de militantisme et de responsabilités au sein du PCF l'ont mis en situation d'occuper la place qui est aujourd'hui la sienne, dès lors qu'il a manifesté le courage de rompre avec ce passé pour s'engager sur une voie novatrice.
Derrière la mise en accusation du passé, caricaturale dans la bouche de Dominique Jamet, c'est, en fait, l'avenir qui est éprouvé : Juquin, comme tant d'autres, confirmera-t-il qu'une fois rompu le cercle magique du stalinisme il n'est d'issue que de ralliement à l'ordre bourgeois ? Ce qui, en bonne symétrie, permettrait aux apparatchiks en fonction de confirmer l'adage qui veut qu'il n'y ait point de salut hors du parti.. . Afin que tout s'ordonne et que rien ne bouge.
Tel n'est point le cas! Juquin a su convaincre les téléspectateurs, qui ont, si l'on en croit le sondage, et surtout si l'on observe ce qui se passe, ressenti un " réel courant ", au nom duquel il parle. Voilà qui préfigure un beau succès pour un autre thème qui est que ledit courant est hétéroclite - une " macédoine .. , pour reprendre l'élégante formule de Fiterman -. et condamné à l'éclatement.
HETEROCLITE ? Le Petit Larousse nous informe que " hétéroclite " veut dire : " fait de pièces et de morceaux ; bizarre ..... . L'accusation a donc valeur . d'hommage involontaire : dénoncer la bizarrerie du mouvement, c'est déjà reconnaître son existence. Mais l'es-
Pierre Juquin à • L'heure de vérité • .
sentie! est ailleurs : le mouvement ouvrier français, bringuebalé d'Union de la gauche en division, de promesse de rupture en cohabitation, est confronté à des attaques majeures qui, le plus souvent, restent sans réponses. Ce que, nous, nous appelons recomposition devient possible ... Avec, en son cœur, la crise du PCF et le courant rénovateur comme produit positif de celle-ci. La diversité du mouvement qui se rassemble aujourd'hui, permis par l'initiative des communistes rénovateurs de proposer la candidature de Pierre Juquin, est un signe, non de faiblesse, comme le souhaitent ses détracteurs, mais de force. Ce qu'ils disent " hétéroclite " est un pluralisme obligé et souhaitable. Il faut en effet recomposer, redéfinir, rénover, reconstruire... Sur les décombres de la double crise capitaliste et du mouvement ouvrier. Et cela rend possibles des convergences impensables hier, nécessaires aujourd'hui.
Sont au rendez-vous de ce nouveau départ des courants et des sensibilités venus d'horizons divers : communistes, trotskystes, syndicalistes, socialistes, alternatifs, féministes, antiracistes, écologistes, pacifistes ... Cette bigarrure sied à un mouvement qui prépare une synthèse nouvelle. La tentation peut exister de prétendre réaliser, précipitamment, un dépassement qui n'est encore qu'un horizon. Au nom d'une dynamique juvénile, signe de modernité, elle-même garantie d'avenir. .. Ou en estompant la présence, au sein du mouvement, de composantes organisées, porteuses d'histoires, d'acquis et de savoir-faire différents, au nom d'une entreprise qui ferait table rase des passés. Disons clairement que ce serait une erreur de vouloir, artificiellement, réduire la diversité de la palette du mouvement réel. Nul n'en a le pouvoir. Personne ne peut le souhaiter. L'essence même de celui-ci, sa force, est d'être en mesure de faire converger ces ruisseaux et rivières qui font les fleuves.
Face aux attaques et insultes, aux crocs-en-jambe et coups fourrés, la meilleure défense de Pierre Juquin est dans la présence à ses côtés de ces militants prestigieux de la Résistance, de ces responsables politiques qui, exclus et rejetés par le PCF, n'ont pas capitulé, elle est dans ces dirigeants de mouvements de masse, grèves ouvrières, mobilisations de la jeunesse ou féministes, à qui ni le PCF ni le PS n'ont su ni voulu proposer une réponse politique en concordance avec leurs combats. Quant aux organisations qui militent dans la campagne, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu'elles en sont des composantes indispensables. Elles ne le résument pas à elles seules - loin de là, et fort heureusement! -, mais, sans elles, il n'y aurait pas de mouvement. Dans le domaine des perspectives, dont chacun se préoccupe, disons que le " dépassement .. , si dépassement il y a, ne se fera évidemment pas sans les militants qui ne sont pas organisés politiquement, et ne se fera pas non plus sans les organisations parties prenantes du mouvement actuel.
Le pluralisme, dont tous, légitimement, se revendiquent, et qui est vital, c'est aussi cela. Ici et maintenant. Si beaucoup pourrait être perdu dans d'inutiles tensions entre les composantes dans leur diversité, c'est que tout peut être gagné par la démonstration que ce pluralisme est signe de force, c'est-à-dire capacité à animer une campagne de masse, efficace, qui permette la cristallisation d'un puissant courant politique bousculant les coordonnées de la situation. Tel est bien l'enjeu actuel:
que la campagne prenne son deuxième souffle, parce que porteuse d'une politique globale et cohérente. C'est-à-dire qu'on passe de l'affirmation d'une candidature à une dynamique de campagne en mesure de convaincre très largement de l'utilité du vote Juquin.
ENTRE DEMAGOGIE
ET UTOPIE? La " nouvelle radicalité " précomsee par Pierre Juquin dans son discours du 24 janvier a suscité, déjà, bien des attaques. Le Quotidien de Paris n'a pas hésité à parler de " poujadisme de gauche " et a osé une odieuse analogie avec le lepénisme. Le PCF diffuse l'idée que Juquin n'a pas de programme (en oubliant allègrement ses diatribes contre les " programmes ", lorsqu'il s'agissait de tourner la page du Programme commun!), et Lajoinie, à l'émission " Sept sur Sept ", dénonce les positions démagogiques et irresponsables de Juquin sur le désarmement unilatéral (sic). Mais le sérieux est ailleurs : la perception de beaucoup que ces propositions sont " idéalistes ", partant sympathiques, mais largement utopiques. Toutes choses qui méritent réflexion et discussion.
Le problème est à resituer dans son contexte : les formidables dégâts cumulés de la crise capitaliste, de l'échec de l'expérience gouvernementale de la gauche et des effets délétères de la cohabitation, d'une part, et, d'autre part, l'entrée prochaine dans une nouvelle récession, avec son lot d'attaques et de drames pour les travailleurs. Traduction concrète de cette situation : un mouvement ouvrier désorienté, anémié et, de surcroît, divisé. D'où une urgence : faire bouger les choses ! Ce travail de reconstruction suppose des fondements : les exigences du combat de classe seules aptes à ancrer un redéploiement de la combativité ouvrière. Faisant litière de tous les doutes et des recentrages de tous ordres, il convient de replacer au centre de la perspective politique quelques " propositions phares ". Des revendications de haut niveau, non en ce sens qu'elles satisfairaient on ne sait trop quel désir gauchiste de la surenchère, mais parce qu'instaurant les références adéquates des ripostes nécessaires. Et ce, parce qu'en mesure d'entrer en résonance avec les aspirations des mouvements sociaux, actuels ou potentiels. On est donc loin des catalogues de promesses électorales et des " programmes communs " bouclés : alors que ceux-ci avaient pour fonction de transférer l'aspiration au changement des masses aux appareils politiques et aux machines électorales, il s'agit d'éclairer les voies de la mobilisation.
Le droit de vote aux immigrés constitue un bon exemple de ce qui peut et doit être fait. Hier, exigence de dignité et défi aux racistes, portée par quelques secteurs du mouvement antiraciste et assumée par quelques organisations, aujourd'hui question politique centrale, du fait que Pierre Juquin a osé la mettre au cœur de sa campagne. Ou : comment faire d'une revendication, légitime, mais infiniment minoritaire, un enjeu de société ... Il faudra bien que, progressivement, chaque force politique et sociale se prononce et s'explique. Ainsi, sans illusion sur les limites de cette simple revendication démocratique, s'érige une digue face à la marée raciste et se dessine une ligne de partage pertinente entre action et réaction.
Sur l'indépendance de la Kanaky, le démantèlement d'une force de frappe nucléaire aussi dangereuse que coùteuse, la place des femmes dans la société, l'annulation de la dette du tiers monde... de semblables démonstrations peuvent pren. dre corps qui tendent à une décisive relégitimation de ce que peut être et doit être une politique de changement.
Après " L'heure de vérité ", qui a jeté la lumière crue des sunlights sur les forces et faiblesses du discours de Pierre Juquin, le défi que la campagne doit relever pour prendre sa véritable dimension apparaît en toute netteté : opérer le même décapage et permettre le même réarmement en ce qui
Faire barrage a la droite.
concerne les préoccupations vitales de la classe ouvrière. Chômage, emplois précaires, travail à temps partiel et discriminations sexistes, petits boulots, extension de la pauvreté, baisse des salaires, refus du droit à la formation, démantèlement de la Sécurité sociale, autoritarisme accru .. . Est-ce là le destin des travailleuses et travailleurs, lorsque, face à la crise, le patronat s'accroche à ses profits ? Le prix obligé de la sacra-sainte compétitivité capitaliste? Bref, l'austérité est-elle un mal nécessaire ? Dans la logique des sacrifices du plus grand nombre pour satisfaire les privilèges de quelques-uns, Pierre Juquin a déjà enfoncé les premiers coins : les trente cinq heures sans diminution de salaire, le SMIC à six mille francs, l'exigence d'un programme anti-pauvreté et le revenu minimum garanti... Ce sont eux qu'il faut à présent articuler pour faire éclater la logique même de l'austérité. Cela suppose de lever les ambiguïtés qui planent encore : la bataille, qui ne saurait être menée sur le terrain piégé de la " crédibilité " économique, doit s'engager en sa véritable arène : contre la loi du profit, la défense des intérêts ouvriers ... Car la seule crédibilité des propositions avancées est, en dernière analyse, celle du rapport de forces.
Celui que seule peut créer, face à tout un système d'exploitation et de manipulation, la volonté des travailleurs mobilisés parce que convaincus qu'ils ont entre leurs mains les moyens du changement. Contre l'incroyable entreprise de régression sociale où nous entraîne le capitalisme en crise, ce que d'aucuns appellent " utopie " n'est rien de plus que la simple idée de progrès. Quant à la " démagogie ", elle est du seul côté de ceux qui, ayant trahi leurs promesses, croient malin de n'en plus faire et se contentent d'un sentencieux " faites-nous confiance, nous ferons au mieux ! " ... Nulle once de démagogie, ni ombre d'irréalisme lorsqu'on dit ce qui est nécessaire et qu'on indique les moyens d'y parvenir : le combat de classe. De tels objectifs appellent en effet l'unité syndicale, la mobilisation unitaire et démocratique, l'auto-organisation des luttes... Défense indispensable face aux attaques et préparation du socialisme autogestionnaire que nous voulons.
Le problème posé est bien celui de modifier les conditions politiques d'ensemble. Ce qui va au-delà de l'Hexagone, puisque les changements, ici, sont susceptibles d'impulser une dynamique à une échelle plus large : celle de l'Europe des 35 heures, celle d'une Europe dénucléarisée, permettant de poser tous les problèmes dans les termes nouveaux qu'appelle l'Europe des travailleurs à construire.
Toutes choses qui vont aussi au-delà des élections. Mais qui ne doivent pas empêcher de préciser les objectifs immédiats, proprement électoraux.
IL N'EST QUE LE PREMIER TOUR
QUI VAILLE? Pierre Juquin a annoncé d'emblée, et confirmé à " L'heure de vérité ", qu'il appellera à voter au second tour pour le candidat de gauche afin de battre la droite et l'extrême droite. La direction du PCF en fait des gorges chaudes, dénonçant dans cette attitude un aveu : Juquin travaille pour le Parti socialiste, il en est son " second candidat " ! On ne peut que comprendre les militants communistes qui ne sont pas prêts à approuver la politique de Mitterrand, celle des gouvernements Mau
Les enseignements de l'Union de la gauche. roy et Fabius, ni la politique passée, présente et future du PS. Une telle lucidité est indispensable. Elle l'était également hier, notons-le au passage, même lorsque la direction du PCF, présent au gouvernement jusqu'en 1984, expliquait que le bilan était meilleur que sous le Front populaire ou à la Libération ! Mais lucidité veut aussi dire différencier la situation qu'ouvrirait l'élection d'un candidat de gauche et celle qu'inaugurerait un septennat de droite. Dans l'un et l'autre cas les travailleurs ne devront compter que sur leurs propres luttes, mais dans lequel le rapport de forces sera-t-il le plus défavorable? Il n'y a pas d'échappatoire: ou bien on dénonce purement et simplement les élections, en décrétant qu'elles ne revêtent aucune importance - ce qui supposerait d'y opposer une perspective alternative valide immédiatement - , ou bien on doit dire clairement que, si au premier tour il faut affirmer quelle politique on veut, au second on appellera à rassembler toutes les voix de gauche pour faire barrage à la droite.
Dire cela n'est pas faire le jeu du PS, c'est défendre -sur l'incontournable terrain des élections - l'intérêt des travailleurs. Et il ne sert à rien de finasser, d'expliquer qu'on verra, ou, pire, de laisser entendre que, renvoyant droite et gauche dos-à-dos, on pourrait ne donner aucune consigne de vote. Bien malhonnêtes le candidat du PCF flanqué de son immuable secrétaire général qui se démènent comme diables en bénitier pour exposer qu'ils ne confondent pas la droite et le PS, jurer main sur le coeur qu'ils ont voté Mitterrand en 1981, tout en refusant de dire ce qu'ils pensent être juste de faire en 1988 ! Ou Lajoinie-Marchais sont décidés à tout faire pour empêcher le candidat de gauche de gagner, ou ils savent qu'ils appelleront à voter contre la droite. Mais, que ce soit l'une ou l'autre hypothèse, il semblerait honnête de la présenter à ceux dont on recueille les voix. L'attitude inverse ne relève-t-elle pas du détournement de votes?
Une question similaire mérite d'être posée au Parti socialiste concernant la dissolution de l'Assemblée en cas de victoire de son candidat. Dissoudre, ce peut être tenter de former une nouvelle majorité parlementaire de gauche. Ne pas dissoudre, c'est incontestablement préparer des alliances à droite, prolonger et aggraver la cohabitation. La question est d'importance. Elle appelle, maintenant, une réponse claire en bonne et due forme . S'y refusant, la direction du PS s'engage dans la même pratique détestable de la manipulation des votes.
Ni la direction du PCF ni celle du PS ne peuvent prétendre qu'elles disposeront, demain, d'éléments politiques a ujourd'hui inconnus qui leur permettront de trancher ce qu'elles prétendent taire aujourd'hui. Sur l'une et l'autre question les réponses doivent être immédiates. Pierre Juquin, en ce qui le concerne, les a données. Ce faisant, il ne travaille ni pour le PS ni pour le PCF, mais pour la démocratie la plus élémentaire : celle qui permet aux é lecteurs de connaître le minimum : c eux pour qui ils votent ont-ils ou non l'intention de faire le jeu de la droite ou de s'allier avec elle ? A la différence du vote pour le PS ou le PCF,
le vote pour Juquin ne se fera pas dans le brouillard. C'est le signe qu'il ira loin ...
PAUVRES CASSANDRE
Les dirigeants du PCF sont les plus ardents animateurs du chœur des Cassandre qui clame que la candidature Juquin est un phénomène marginal et éphémère, et promet au mouvement qui le soutient une mort prochaine, par enlisement, satellisation ou éclatement. Acceptons l'avertissement, pour mieux en refuser l'augure ! Le nouveau courant politique au nom duquel parle Pierre Juquin est à même de populariser des exigences clés du combat de classe. Il constitue l'indispensable élément dynamique du rassemblement nécessaire pour battre la droite. Mais, pour durer et développer toutes ses potentialités, il lui faudra se montrer encore plus ambitieux : s'avérer porteur d'une perspective politique réellement alternative à celles du PS et du PCF, ou, pour être plus exact, être capable d'opposer une perspective à leurs impasses. C'est le plus grand défi de cette campagne, parce qu'il oblige, concernant le passé, à réaliser la synthèse d'histoires différentes, et, pour l'avenir, d'opérer des démarcations radicales par rapport à des politiques qui ne sont encore que partiellement à l'œuvre. On comprend bien que tous les courants au sein du mouvement ne sauraient tirer d'emblée les mêmes bilans de l'Union de la gauche et de la politique gouvernementale du PS et du PCF, ni, a fortiori, s'accorder sur une stratégie à long terme qui permette de dégager aisément des pratiques communes face à telle ou telle échéance tactique dans les mois qui suivront l'élection présidentielle. D'autant que les grandes mobilisations sociales font défaut qui permettraient, au feu de tests fulgurants, de confronter les propositions des uns et des autres pour accélérer les redéfinitions nécessaires.
Il est pourtant possible - en tirant les grands enseignements de l'Union de la gauche, pour ne pas rééditer ses échecs-, d'avancer sur cette question décisive qui constitue jusqu'à présent le point le point le plus faible de la campagne. Parce que c'est elle qui peut consolider les autres : assurer les axes propositionnels en les inscrivant dans une perspective de changement global, garantir que le combat anti-droite ne se cantonne pas au champ électoral et n'est donc pas susceptible d'une récupération social-démocrate.
Les démarcations nettes par rapport au PS et au PCF sont présentes dans le livre de Pierre Juquin et dans son discours lors de la réunion nationale des comités de soutien, la référence aux mouvements de l'hiver dernier est riche de contenu : l'unité et la démocratie dans les luttes, l'autoorganisation, le combat résolu sur telle ou telle exigence dont la dynamique est le démantèlement du dispositif néo-libéral, dans toutes ses variantes ...
Ce sont les bases d'un projet qu'il faut construire dans toute sa cohérence, celui de la mobilisation, garantie qu'une nouvelle expérience de gauche ne saurait être la réédition des déboires de 1981-1986. Parce que, cette fois, les travailleurs sauront se donner les moyens de prendre en main le changement, d'imposer leurs revendications et d'ouvrir la voie à un gouvernement qui leur soit aussi fidèle que tous ceux que nous avons connus l'ont été à la bourgeoisie.
Le courant qu'il faut construire, autour d'un tel projet sera en mesure de se définir clairement et socialement et politiquement. Alors les oiseaux de mauvais augure, qui lui promettent une fin prochaine, devront déchanter, car ils comprendront que cette campagne n'était bien qu'un début...
Pour toutes celles et tous ceux qui se rassemblent derrière la candidature Juquin il reste dix semaines pour donner tout son élan à la campagne. C'est-à-dire convaincre des millions de travailleurs, de femmes, de jeunes, que le vote Juquin est un vote utile, nécessaire, et même indispensable. Parce que c'est le seul vote qui permet de dire oui aux exigences légitimes du plus grand nombre, d'exprimer le refus le plus résolu de la droite et de l'extrême droite, de peser pour que s'ouvre une véritable perspective de changement : celle de la confiance en ses propres forces pour le réaliser. ·
Francis Sitel