E dernier numéro des Cahiers d 'étude et de recherche ( CER) vient de paraître. Numéro double de 64 pages, il porte sur les sociétés postcapitalistes, l'URSS et la Yougoslavie en particulier. Centré sur les rapports entre planification, mécanismes marchands et démocratie politique, ce Cahier aborde certaines des questions les plus brûlantes aujourd'hui, discutées de Moscou à Pékin, de Hanoï à La Havane.
Malgré le caractère ardu de la matière traitée dans ce Cahier, Catherine Samary réussit à présenter de façon à la fois claire et rigoureuse la nature et les enjeux des conflits d'orientation qui se déroulent actuellement en URSS. Elle revient sur de nombreuses questions de méthode, rejetant à la fois le modèle du plan bureaucratique hérité du stalinisme et le culte nouveau du marché ; culte nourri par les impasses de la planification soviétique (et de bien d'autres). Tout en restituant les données du grand débat économique que l'URSS a connu durant les années 1920, opposant notamment Boukharine et Préobrajensky, elle s'attache à tirer les leçons de l'expérience yougoslave. Elle présente et discute les thèses de nombreux chercheurs et théoriciens contemporains, occidentaux, soviétiques ou est-européens.
Dans ce CER n° 7-8, Catherine Sa mary reprend des cours qu'elle a présentés à l'institut international de recherche et de formation (IIRF). Les Cahiers sont publiés dans le cadre des activités de cet institut, situé à Amsterdam. Bien souvent, les CER publient, sous forme retravaillée, le sujet des conférences organisées dans les locaux de I'IIRF. Il s'agit donc, dans la plupart des cas, d'écrits originaux.
Systématiquement publiés en anglais comme en français, les Cahiers commencent aussi à paraître en espagnol (le numéro un - une étude d'Ernest Mandel sur la formation du marxisme- vient d'être publié en Uruguay et au Mexique). Ils prolongent ainsi l'effort de formation international engagé par l'II RF. "Formation" et "international" : ces mots résument deux des principaux objectifs que s'assigne cette nouvelle collection périodique. A l'occasion des séminaires organisés par I'IIRF et avec la parution des CER, il s'agit de reprendre un travail de formation fondamentale , d'emblée international par la diffusion, les auteurs sollicités, les sujets abordés et l'appareil critique qui accompagne les textes (bibliographies, documents et annexes, etc.). Si la majorité des CER déjà parus ont été écrits par des Européens, commencent à être publiés des auteurs japonais et latino-américains. L'éventail sera progressivement élargi de façon à donner une image vivante des expériences et des élaborations en cours dans divers pays et continents. Nous voulons en effet contribuer à accroître les échanges politiques et militants internationaux, trop pauvres (et notamment en France où l'édition est loin de briller par la rapidité des traductions). Il s'agit là, pour nous, d'un objectif très important.
C'est dans cette optique que nous publions parfois des textes déjà parus dans une langue, mais inconnus dans d'autres. Le CER n° 4 reproduit en français deux chapitres d'un ouvrage sur la théorie de la révolution permanente, écrit par Michaël Lôwy et originellement publié en Angleterre (dans New Le{t Book) . Le Notebook for Study and Research (NSR, l'équivalent en anglais des CER) qui lui correspond reproduit pour sa part le rapport de Daniel Bensaïd sur la stratégie révolutionnaire, paru initialement dans la collection Racines, aux éditions PEC-La Brèche. Le CER n° 6, pour sa part, présente (avec une introduction originale de Michaël Lôwy), divers textes sur les régimes populistes en Amérique latine, connus en espagnol mais pas en français.
Internationale par vocation, la formation assurée par les CER doit donc favoriser les études nationales comparatives. Nous avons par exemple publié une première analyse de l'histoire d'un mouvement ouvrier, avec l'étude de Muto lchiyo sur le Japon ( CER n° 5 ). Nous espérons publier durant la prochaine période d'autres études, portant notamment sur les mouvements ouvriers nord-américain et français.
Ce faisant, nous essayons d'introduire une démarche proprement politique, en combinant l'analyse de questions fondamentales (comme celle de l'indépendance de classe) avec l'analyse des conditions historiques concrètes qui conditionnent dans chaque cas particulier l'évolution des luttes, des consciences, des organisations et des mouvements. C'est précisément ce qu'a fait Muto lchiyo en étudiant l'évolution du mouvement ouvrier de son pays en rapport avec celle du capitalisme japonais (ainsi qu'avec l'évolution des relations entre impérialismes nippon et américain).
Sont parus dans les CER N° 1 : La place du marxisme dans l'histoire, par Ernest Mandel. N° 2 : La révolution chinoise, tome 1, par Pierre Rousset. W 3 : La révolution chinoise, tome Il, par Pierre Rousset. N° 4 : Sur la révol ution permanente, par Michaël Lëwy. N° 5 : Luttes de classes et innovations technologiques au Japon depuis 194 5 , par Muto lchiyo. N° 6 : Le populisme en Amérique latine, textes d'A. Gilly, H. Hirata, C. Vilas, PRT argentin, présentés par M. Lëwy. N° 7 : Plan, marché et démocratie: l'expérience des pays dits socialistes, par Catherine Samary.
On retrouve cette préoccupation majeure dans tous les Cahiers d'étude et de recherche, particulièrement dans ceux qui traitent directement de sujets historiques, comme le CER n° 1 (Mandel sur la formation du marxisme), n° 2 et 3 (Rousset sur le maoïsme), n° 5 (Muto sur le Japon), mais aussi dans ceux qui abordent des thèmes plus généraux, comme le CER n° 4 (Lôwy sur la révolution permanente), n° 6 (collectif, sur le populisme en Amérique latine) et n° 7-8 (Samary sur les sociétés postcapitalistes).
C'est l'une des raisons pour lesquelles nous essayons, dans les CER, d'intégrer et de présenter les débats et les données historiques telles qu'elles peuvent être connues aujourd'hui, en prenant notamment appui sur des recherches récentes, même quand l'étude porte sur des sujets" classiques" (comme la révolution chinoise). Tant en ce qui concerne les préoccupations (les questions que l'on se pose)
que les sources sur lesquelles on s'appuie, la formation politique doit être en permanence actualisée : en ce domaine, pas plus que dans les autres, on ne peut se contenter de routine.
La formation, fondamentale et politique, doit être critique, comme le marxisme luimême, en tant que discipline de pensée. Les
CER tentent de favoriser une telle éducation critique en s'ouvrant aux études nationales comparatives (qui suscitent souvent des questions incisives), en offrant un appareil de réfé-
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Notons, par exemple, que Carlos M. Vilas (dont un texte est publié dans le CER n° 6), un marxiste argentin indépendant, est actuellement un conseiller économique du gouvernement sandiniste nicaraguayen. Muto lchiyo,
1-quant à lui, dirige AMPO, une revue anti-impérialiste japonaise qui n'est rattachée à aucune des organisations de la gauche et de l'extrême gauche nippone.
Cette " ouverture " des Cahiers correspond
- aussi à une vocation de l'IIRF. A l'occasion des sessions de formation qu'il organise, cet institut favorise en effet les échanges entre stagiaires de pays et continents variés, d'histoires et de traditions diverses.
Avec la publication des CER, nous espérons contribuer à (re)constituer un appareil de formation et de recherche qui soit à la fois pratiquement accessible à des militants dans un nombre aussi grand que possible de pays, qui leur soit utile et qu'ils utilisent effectivement. C'est une entreprise difficile et qui demande du temps. Les Cahiers ont commencé à paraître voilà environ un an et demi. Huit numéros sont aujourd'hui parus en français et- bientôt- en anglais. Nous n'avons encore pu traiter qu'un nombre très limité de sujets.
Un nombre beaucoup plus important de questions ont été abordées durant les sessions d'études organisées par l'IIRF. Un véritable capital-formation se constitue ainsi, au fil des années. Pour que ce capital-formation ne s'évapore pas, comme c'est si souvent le cas avec des exposés oraux, il faut publier. Mais cela demande beaucoup de travail, pour que l'orateur devienne auteur! Il faut donc le temps.
Dans les prochains numéros, nous prévoyons de publier des études sur la fondation de la 1v• internationale, les révolutions bourgeoises, le stalinisme, la révolution cubaine, marxime et féminisme, la théologie de la libération, les débats sur la transition au Nicaragua, le syndicalisme français et nord-américain, etc. En l'état actuel de nos moyens, la publication des Cahiers reste encore aléatoire en espagnol ; un seul numéro est paru à ce jour. Or, l'espagnol (le castillan) est devenu la deuxième langue internationale, après l'anglais (le français étant aujourd'hui, disons, une langue provinciale). Il reste donc beaucoup à faire.
Une publication périodique comme les CER a, bien évidemment, besoin de la collaboration active de ses lecteurs. L'abonnement est une aide, pour la publication et pour le lecteur lui-même. Il nous est par ailleurs difficile de nous faire connaître en dehors de milieux restreints. Tout ce qui peut contribuer à élargir la diffusion des CER (comme des NSR en anglais) sera plus que le bienvenu : présentation de notre périodique dans d'autres revues, placement de dépôts dans de nouvelles librairies (en particulier dans les quartiers et en province), etc.
Nous avons aussi un pressant besoin des commentaires, critiques et suggestions de la part de ceux qui utilisent les Cahiers. Nous vous invitons donc à nous écrire, à l'adresse indiquée ci-contre.
Pierre Rousset
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