Phénomène spécifique de cette élection si l'on en croit les experts qui scrutent les sondages, le grand nombre d'indécis et la complexité de leurs hésitations. Faut-il que, de reniements en cohabitation, les programmes politiques des uns et des autres aient été systématiquement brouillés et estompés! Mitterrand en appelle à la« paix civile» et au «rassemblement», face à un Chirac qui affiche sa dynamique placidité pour faire pièce à la stoïque rondeur de Barre. On a entendu Lajoinie, qui ne craint pas d'en appeler à l'alignement de la CGT derrière sa candidature, expliquer que la vraie ligne de partage de la gauche isole le seul PCF du reste du monde. Et Edmond Maire, prétendant parler au nom de la CFDT, qui renvoie gauche et droite dos à dos. La confusion portée à son comble n'est pas signe de santé démocratique. D'autant que, pour tenter de convaincre les hésitants, on gaspille des milliards au service de slogans creux. L'argent ruisselle et la politique se stérilise. Est-ce ainsi, hypocrisie supplémentaire, qu'on croit combattre un Le Pen qui se repaît de ce genre de pourrissement ? Il est plus qu'urgent de remettre le débat politique sur ses pieds. En le plombant des vrais problèmes : le droit de vote pour les immigrés à toutes les élections, l'objectif du plein emploi, l'éradication de la pauvreté, l'abandon de la force nucléaire française, la libération des femmes, le droit à l'indépendance des Kanaks .. . Parce que nous sommes déterminés à battre la droite - et nous ferons tout au second tour pour qu'elle le soit-, nous le montrerons au premier tour en émettant, comme dit Pierre Juquin, un vote «à gauche, à gauche, à gauche toute! » Oui, le 8 mai, sans hésitation, nous militerons pour que soit battu le candidat de la droite, fondé de pouvoir au grand patronat. Non pas qu'une sévère défaite de la droite fasse automatiquement une bonne victoire des travailleurs -la cuisante expérience de 1981-1986 est dans toutes les mémoires!-, mais parce qu'au regard des intérêts des travailleurs et de leur mobilisation, c'est de meilleur augure. Oui, le 24 avril, le premier bon augure, qui prépare au mieux le second, ce sera le vote pour Pierre Juquin. Un vote qui s'oppose radicalement au consensus mou des« grands)) sur la nécessaire austérité, sur le souhaitable respect des institutions, sur l'indispensable soutien à la politique impérialiste. Consensus gros de toutes les recompositions que nous mitonne Mitterrand pour une nouvelle majorité de gauche accueillante à la droite. Un vote d'avenir parce qu'il est promesse de mobilisation. Oui, le 24 avril, sans hésitation, nous votons Pierre Juquin !