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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La troisième crise

· Critique communiste, n° 74, mai 1988 · p. 8-13 · 3 306 mots

La troisième cr1se

FRANCIS SITEL

Après l'enfoncement lent et sans fin dans la crise économique, suite à la crise majeure du mouvement ouvrier, depuis le 24 avril, l'inévitable est arrivé : la crise politique ouverte dont le score réalisé par Mitterrand ne va reporter qu'un temps les effets.

a

1 . Critique communiste n°51, avril 1986.

2. Interview de Le Pen, in

Valeurs actuelles, numéro du 2 au 8 mai 1988.

UELLE est la nature du choc produit le 24 avril au soir avec l'annonce du score de Le Pen ? La surprise de voir démentis, en hausse, les sondages les plus inquiétants n'explique pas tout. En fait, ce score a fait exploser les contradictions occultées par l'illusion de ce que d'aucuns saluaient, avec l'entrée dans la cohabitation, comme la nouvelle ère de l'alternance et du consensus.

Dans Critique communiste d'avril 1986, nous citions deux adeptes de cette philosophie politique, partant thuriféraires talentueux du président. Jean Daniel qui, dans le Nouvel Observateur. se félicitait d'une « révolution des mentalités à la base qui a conduit au tournant historique de la cohabitation au sommet ». Serge July qui faisait applaudir Libération devant le double exploit du septennat : avoir réduit le PCF et libéré la coalition RPR-UDF de son « hypothèque extrémiste •. Et nous commentions : « Il faut beaucoup de myopie et de perversité pour percevoir comme une harmonieuse symétrie du système ce qui en manifeste le déséquilibre. Derrière la brouillonne valse des cohabitants, les deux faits majeurs de ces élections sont bien la consolidation du Front national et la confirmation du déclin du PCF. Or, loin d'être des épiphénomènes, qui conforteraient la thèse d'un recentrage général de la vie politique, ils sont les révélateurs de ses contradictions, des évolutions brusques qu'elle peut connaître et des graves menaces dont elle est porteuse 1 • »

Les faux-semblants si systématiquement entretenus ont en effet volé en éclats. Sous l'impact des 14,39% lepénistes. On nous avait si longtemps seriné les anesthésiantes rengaines de l' • union nationale •, du • consensus • et de la • modernité marquant la fin des idéologies • que l'effet de souffle a été total.

Comme dit Le Pen : • Les hommes politiques de la droite ne m'ont pas vu venir 2 • » Il a surgi au milieu du jeu et, effarés, ils ont entendu l'écho effrayant de son discours de haine et d'exclusion, constaté l'inuption brute de l'idéologie la plus exécrable, le débordement ignoble du refoulé ...

LA MAREE BRUNE:

UNE RUPTURE POLITIQUE

Le Pen : 4 375 000 voix, 14,39% des voix, arrivé en tête à Marseille (28 %), à Toulon (27 %) et à Nice (26 %), arrive en tête de la droite dans quatorze grandes villes.

La première traduction de cette réalité est l'éclatement de la droite en trois morceaux de forces presque sensiblement équivalentes: le RPR (6 millions de voix, 20 %), l'UDF (5 millions de voix, 16,5 %), le Front national ( 4,4 millions de voix, 14,4 %). Ce qui, immédiatement, a signifié la défaite de Chirac. Les fantastiques moyens engloutis dans sa campagne et, surtout, la périlleuse expérience de la cohabitation l'auront amené à 20% des voix, guère plus qu'en 1981 (18,3 %), beaucoup moins que Giscard d'Estaing, le présidentiable de droite lors des scrutins précédents (28,3% en 1981 et 32,6% en 1974). Du coup, même l'opération de coulage de Barre, qui s'avère n'être distancé que de 3,4 points, est remise en question. Pour la stratégie présidentielle de Chirac, engagée dès 197 4 et jalonnée de coups de force et de trahisons, ce n'est pas un échec mais une faillite.

Plus gravement, pour la bourgeoisie, c'est son système même de domination politique qui se trouve déstabilisé. Cette fois, il ne lui faut plus simplement temporiser avec une alternance imposée, comme en 1981, mais faire appel à Mitterrand comme garant disponible des institutions. Car la base même du système, la coalition

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3. Le Figaro-magazine, conseJVatrice et son pilier gaulliste, a rompu. La droite, éclatée, est menacée d'exploser.

Au-delà de Chirac, le RPR est en question. Comme l'y invite d'Ormesson dans le Figaro Magazine : « Il faudra bien prendre à bras-le-corps le problème du Front national et lui trouver une solution, dans un sens ou dans l'autre. Le temps est venu des révisions déchirantes 3 • • Sauf qu'il peut se briser sur cette alternative. • Dans un sens ou dans l'autre? • L'un, . c'est la démarcation nette avec le Front national. Soit pour engager, avec les barristes, la recomposition d'un parti conseJVateur libéral, perspective généralement attribuée à Balladur. Soit tenter de renouer avec une base populaire pour reconstruire un parti de la continuité gaulliste, ambition que celle-ci est censée autoriser, projet dont on dit Séguin le défenseur. L'autre, c'est le retournement d'alliance : la rupture avec les centristes, invités à céder à leurs coupables inclinations vers Mitterrand, et une tactique d'embrassade avec le Front national avec le fol espoir de l'étouffer. Les fracassantes déclarations de Pasqua dans Valeurs actuelles indiquent clairement cette direction (cf. encart) .

Les questions sont ouvertes, les réponses demanderont du temps. L'important est de souligner qu'a échoué la tactique de Chirac-Pasqua consistant à assimiler certains thèmes du Front national pour récupérer son électorat. Comme échouera toute politique de ce type. Le phénomène Front national n'est pas intégrable par les appareils conseJVateurs : leurs projets de récupération ne font que les rendre perméables à la contamination. La lecture d'une certaine presse de droite permet de se convaincre du désarroi dans lequel se trouvent les • élites • bourgeoises, et ·aussi de l'affaissement moral qui les menace. Il aura en effet suffi de 14% de voix à Le Pen pour qu'une bonne partie des représentants patentés de l'une des plus puissantes bourgeoisies à l'échelle mondiale cède au délire xénophobe et sécuritaire, divague à propos de l'identité nationale menacée et de l'urgence de relever le taux de fécondité des Françaises ... Effarant! Quant à l'UDF, il va lui falloir digérer l'échec de Barre et savoir comment résister aux forces centrifuges animées par Mitterrand. Inévitables dès lors que ce dernier a gagné son pari d'être réélu sur une ligne centriste, elles vont se trouver exacerbées par les contradictions d'une droite éclatée. Certes, le premier souci des dirigeants de l'UDF ne peut être que de reconstituer une force crédible, condition de toute capacité d'initiative politique. Mais cette préoccupation, quasi existentielle, ne saurait répondre à . terme à la seule question qui vaille : quelle possibilité de politique indépendante entre une alliance de type • troisième force •, côté Mitterrand, et, côté Front national et RPR, la radicalisation extrémiste ?

Cette crise de la droite à présent ouverte est une crise majeure. Elle met en question tous les équilibres hérités du gaullisme et rend impossibles les subtiles transitions qui jusqu'alors avaient permis d'assurer la stabilité des institutions. C'est dire que Le Pen n'a pas épuisé les réseJVes 30 avril 1988.

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électorales que la désorientation de la droite classique va alimenter en permanence.

Mais le même Le Pen ne se satisfait pas d'avoir capté l'électorat populaire du gaullisme. Explicitement, il ambitionne de conquérir celui qui était anciennement communiste.

Les enquêtes de la SOFRES 4 ont mis en lumière le changement de composition sociale de l'électorat du Front national entre 1984 et 1987. Entre 1984 et 1986, les 18-34 ans passent de 31 à 39 % de cet électorat, tandis que les plus de 50 ans passent de 43 à 34%. Les catégories employés et ouvriers passent respectivement de 19 à 24% et de 18 à 26%, tandis que les cadres passent de 17 à 7 %, les inactifs et retraités de 30 à 21 %. Enfin, les • préférences partisanes • témoignent de l'accroissement de la part de ceux qui ne se revendiquent d'aucune autre que celle du

Front national (de 34 à 57%). On constate donc une série de phénomènes concordants au sein de cet électorat: un rajeunissement, une accentuation nette du caractère populaire, un affermissement de

• l'identité Front national • distincte des références traditionnelles gauche/droite.

Les sondages portant sur les intentions de vote ont indiqué que, si une grande part de l'électorat lepéniste est décidée à voter à droite, une petite fraction de celui-ci se considère comme de gauche et rejoint sans hésitation son camp au second tour, et qu'une autre fraction, de plus en plus importante, refuse les références gauche/ droite et se trouve disponible aussi bien pour l'abstention que pour l'un ou l'autre

4. Cf. SOFRES, «L'Etat des deux candidats en présence au second de l'opinion, clés pour tour. Réalité complexe dont on peut tirer

1988 », Seuil.

un enseignement : les capacités de polari-

5. Libération, 4 mai

1988.

sation du Front national sur un électorat populaire qui n'est pas traditionnellement de droite. Il faudrait déterminer la part des anciens électeurs de gauche qui, après le purgatoire de l'abstention, ont fait de nouveaux choix, oubliant ou non leurs références d'origine, des jeunes qui ont accédé au vote en ayant connu pour toute expérience politique que les dégâts de la gauche au gouvernement et pour toute perspective sociale que le chômage. La gauche, sous sa forme socialiste de représentation de l'Etat bourgeois, ou sous sa forme communiste de déclin et d'impuissance, n'apparaît guère en mesure d'offrir à ces couches sociales une alternative à la désespérance. De ce côté aussi, Le Pen peut compter sur des réserves qui, loin de se tarir, vont s'accroître avec l'aggravation de la crise et l'incapacité du gouvernement et des partis institutionnels à y répondre. LE CONSENSUS EN MIETTES:

LA RUPTURE IDEOLOGIQUE

Gérard Miller, psychanalyste, qui a tenu dans Libération la • Chronique des inconscients en campagne •, a indiqué pertinement : « A quoi tient la peur qu'inspire Le Pen ? A ce côté crâne, impitoyable, â ce refus sauvage de renoncer à quoi que ce soit. "Il ira jusqu 'au bout", disent de lui avec enthousiasme ses partisans. • Et : « Ce que le Front national appelle "identité nationale", c'est cette obscène et féroce passion pour soi qui pousse à soupçonner l'autre de tous les crimes 5 • •

·Sur le champ politique, cette compacité a ouvert une faille idéologique dont on mesure encore mal les effets. La force de Le Pen est de ne pas jouer le jeu des • valeurs • consensuelles que feint de respecter la classe dominante depuis plus de quarante ans, références cardinales d'une domination bourgeoise établie sur l'oubli de la collaboration avec l'occupant nazi et l'épreuve surmontée de l'OAS. La crise du RPR, c'est aussi l'obsolescence du gaullisme comme conservatisme irréductiblement démarqué du fascisme.

Le modèle de l'alternance, qu'on disait triomphant, c'était un unanimisme -ne laissant place qu'à deux variantes, l'une progressiste, l'autre conservatrice, d'une même politique - autour de l'idée d'une

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6 . Valeurs actuelles, numéro du 2 au 8 mai

1988,

France démocratique, patrie des droits de l'homme, ouverte au monde et pariant sur la modernité. Arguant du déclin du PCF, on prétendait renvoyer aux marges, et dénoncer comme archaïque, sinon totalitaire, toute contestation de cette pieuse image appuyée à une analyse de classe des réalités sociales.

La rupture est venue de l'autre bout du champ idéologique, témoignant d'une autre rupture, sociale elle. Le Pen parle pour ceux qui ne croient ni à la démocratie ni aux droits de l'homme, qui désirent une France se refermant sur elle-même, hostile à tout ce qui leur est étranger. Se sentant menacés par l'évolution économique contemporaine, ils sont prêts à céder à la logique totalitaire de prétendue union nationale à laquelle les invite Le Pen.

Le Pen s'accroche à l'extrémisme traditionnel d'une France coloniale, frustrée des profits faciles du pillage, crispée à ce qui peut en être conservé à tout prix comme en Nouvelle-Calédonie, aigrie de devoir payer le prix de ce qu'on lui dit être la • modernité •. Son succès est d'avoir su agréger ces vieux ressentiments aux frustrations, aux angoisses et à la désespérance d'une autre France: celle que travaille la crise capitaliste, avec son lot de chômage et de misère, son avenir à visage d'impasse.

Sa dénonciation de la classe politique, de gauche et de droite, comme responsable des échecs successifs à résoudre les problèmes du chômage et de la dégradation des conditions de vie, et confondue dans l'expérience de la cohabitation, engage un rejet global des références de celle-ci. Entendons son discours aux accents crépusculaires sur la 'd écadence de la France et ses appels à la survie.

Le racisme anti-immigrés a servi de catalyseur à toute l'opération. Il se développe aujourd'hui, de façon totalitaire, en une véritable • vision .du monde •, toute de fermeture, d'exclusion et de rejet, concentrée dans la politique dite de la • préférence nationale •. «L'explication centrale [de son succès] est que le Front national interprète l'aspiration instinctive du peuple français à sa propre survie, dans une situation de grand danger. Cette analyse me semble confortée par le fait que c'est dans les marches, sur nos frontières, que nous avons remporté nos plus grands succès : dans le Nord, en Alsace et sur la côte de la Méditerranée. Nous incarnons la réaction des frontières 6 ».

DE LA CONQUETE

Le Pen n'a pas épuisé ses possibilités de gains électoraux. Une droite défaite, une gauche divisée, incapable de répondre aux problèmes de la crise, en partie minée par les séquelles du colonialisme, le nationalisme et le racisme, lui sont terres de nouvelles conquêtes.

Mais la dynamique du lepénisme n'est pas seulement de progression électorale, elle s'inscrit dans une perspective qui est de conquête du pouvoir. Spécificité qui rend ineptes les thèses rassurantes qui veulent réduire le vote Le Pen à une simple variante d'un vote • protestataire •, communiste hier, lepéniste aujourd'hui. Et suicidaire le projet politique d'un Pasqua visant à rééditer avec le Front national la stratégie mitterrandienne d'union avec le PCF pour le réduire. Le PCF, feignant de contester le pouvoir capitaliste, sans vouloir véritablement le remettre en cause, était un facteur d'ordre; le Front national est un fauteur de troubles parce que, sans contester en rien l'ordre capitaliste, il veut véritablement le pouvoir. Il apparaît en mesure de mener à cette fin une double offensive combinée: d'une part institutionnelle, profitant de la crise de la droite pour s'incruster comme une force politique incontournable et, d'autre part, extra-parlementaire, car prétendant parler au nom des couches populaires broyées par la crise.

La bourgeoisie ne craint pas Le Pen, et sa cohorte hétéroclite de racistes, d'intégristes et de fascistes ; elle a peur de ce peuple qu'émeut les appels du Front national. Dès lors que Le Pen, demain, déciderait de tenter • l'aventure •, existe là l'énergie susceptible de transformer en forces matérielles des idées incongrues au regard de ses propres intérêts économiques et sociaux. En ce domaine, Le Pen s'est contenté jusqu'à présent de reprendre à son compte les versions les plus outran-

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cières du néo-libéralisme: suppression de l'impôt sur le revenu, liberté d'entreprise sauvage, dénonciation de l'Etat, de ses fonctionnàires (quand ils ne sont pas policiers) et de ses parlementaires (quand ils ne sont pas Front national).

Certes, Le Pen est bien incapable d'avancer de réelles solutions économiques, mais est-ce là son problème? N'empêche que ses • propositions • s'ajustent difficilement au reste du discours. Le Pen le sait sans doute, qui commence à dénoncer les abandons de • souveraineté nationale •, à parler de «l'inquiétude de nombreux agents économiques devant le grand marché européen •, bref, à mettre en question la perspective européenne, point fort du consensus entre toutes les autres grandes forces politiques. « Comme M. Mitterrand, MM. Chirac et Barre ont répété à l'envi un hymne à 1992: "L'Europe, l'Europe, l'Europe?" Je suis personnellement très inquiet de cette euphorie aveugle qui nous conduit au grand marché européen "en pagaille-couvrez". Je dis : soyons prudents, balayons devant notre porte, prenons conscience des nécessités économiques et des dangers auxquels nous allons devoir faire face. Bâtissons une nation puissante pour que l'Europe ne soit pas la confédération de nos décadences 7 • •

Face à la • préférence nationale •, il est clair que, concernant les mesures anti-immigrés, la précision «non européens •, ou « du tiers monde •, ne peut être qu'une fragile clause de style ; et que, pour un pays comme la France, l'objectif du «redressement national • s'allie mal à un 7. ibid. tonitruant attachement au libéralisme économique. Ce sont là contradictions par rapport à sa propre base et au regard des intérêts capitalistes, la bourgeoisie n'est pas prête, dans les conditions actuelles, à jouer la carte Le Pen. Celui-ci a encore toute liberté de se vautrer dans la démagogie populiste, sans souci de la cohérence de ses propos.

Pasqua, toujours subtil et modéré, accuse Mitterrand de porter en lui les « germes de la guerre civile •. L'outrance du propos ne saurait cacher l'aveuglement de l'esprit au moment où les «germes de guerre civile » apparaissent bien réels, en Le Pen. Imagine-t-on, par exemple, les conséquences d'une élection de celui-ci, fort de ses 28 % de voix, à la mairie de Marseille?

La menace est réelle. Elle peut être encore écartée. Tant que le recours à la violence n'est pas franchi, la brune nébuleuse peut être dispersée, tant reste fragile un agrégat qui n'a encore de réalité qu'essentiellement électorale. D'autant que le grand capital n'a en rien intérêt aujourd'hui à parier sur une solution aussi frustre quant à son projet politique, et dont les • propositions économiques • apparaissent tellement en porte-à-faux au regard des exigences d'un pays comme la France contemporaine.

Mais tout dépend du mouvement ouvrier. Rien n'aurait été possible pour Le Pen sans les errements de ses directions majoritaires qui ont conduit à un affaiblissement majeur et à un début de dispersion des forces sociales sur lesquelles elles s'appuient. La possibilité d'apporter une solution à la crise politique dans laquelle nous venons d'entrer est fonction de la capacité

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des forces vives du mouvement ouvrier de se ressaisir.

Les réponses possibles à une menace de ce type sont historiquement répertoriées. Tout indique que les directions majoritaires du mouvement ouvrier sont prêtes à rééditer les erreurs du passé. Le PCF apparaît désorienté par le problème, oscillant dans ses analyses et incapable de regarder en face la réalité des phénomènes à l'œuvre dans les villes qu'il dominait jusqu'à présent. Quant au PS, derrière Mitterrand, il s'engage dans une politique qui consiste à utiliser l'indignation et la crainte suscitées dans les rangs ouvriers pour justifier sa volonté de nouer des alliances avec la droite. Cette voie est celle de l'échec. Elle consiste, prétextant d'un possible et nécessaire élargissement du camp démocratique, à vider celui-ci de sa substance, en renonçant à la défense des revendications et à toute perspective de changement social. C'est-à-dire ce qui est à même de mobiliser les forces sociales en mesure de contrer l'offensive fasciste: celles de la classe ouvrière et de la jeunesse.

La situation qui s'ouvre va être dominée par l'exigence de l'affirmation d'une ligne de classe, unitaire et mobilisatrice, apte à déployer un large et efficace front démocratique, parce que solidement ancré à la volonté de lutte pour le changement ... La confrontation entre ces deux lignes va immédiatement apparaître à l'occasion de la dissolution de l'Assemblée, première échéance pour le PS au regard de sa politique d'ouverture à droite, et début d'une bataille de longue haleine.

En ce sens, l'élection de Mitterrand ouvre une situation qu'il convient de mettre à profit pour recomposer une force révolutionnaire, à même d'animer la remobilisation unitaire des travailleurs, d'engager un combat résolu contre toute forme de racisme, de nationalisme et d'exclusion, de reconstruire un projet de changement social offrant une perspective à ces combats.

Face au Front national, à la décomposition dont il est porteur, ces objectifs apparaissent de plus en plus comme marqués du sceau de l'urgente nécessité.

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