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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

PCF : les soubresauts

· Critique communiste, n° 74, mai 1988 · p. 14-15 · 1 087 mots

C

emme prévu, un complexe processus de décision s'est mis en marche au sein du PCF dès le lendemain du premier tour : consultation des comités fédéraux, comité central ouvert par un rapport fleuve de Marchais, adoption à l'unanimité, au terme de deux jours de discussion, d'un • Appel •: • Vous pouvez compter sur le Parti communiste français •. Pourquoi cette lourde machinerie ? Non pas pour débattre des raisons du nouveau recul subi par le PCF et des responsabilités de la direction dans la situation ainsi créée. Il s'agissait plus modestement de décider de la consigne de vote donnée par le Parti pour le second tour de l'élection présidentielle. • Les résultats du premier tour l'indiquent : l'issue va dépendre pour une large part du vote des électrices et des électeurs communistes. Si celles et ceux qui ont voté André Lajoinie s'abstenaient au second tour, la victoire de la droite serait assurée. Que le Parti communiste propose l'abstention est donc inconcevable. C'est pourquoi nous appelons les électrices et les électeurs qui, dimanche dernier, ont voté André Lajoinie et ont ainsi choisi le vote anti-Chirac et anti-Le Pen, à leur barrer la route le 8 mai. Cela implique de voter pour François Mitterrand. •

L'observateur extérieur est en droit de s'étonner. Il était clair, Marchais y insiste dans son rapport, que le PCF ne pouvait se fixer pour objectif d'être présent au s~cond tour qui, inéluctablement, allait se jouer entre Mitterrand et le représentant de la droite. La direction a expliqué, dès le comité central de février, qu'elle n'établissait pas un trait d'égalité entre l'un et l'autre. Et qu'elle se déterminerait • en fonction de ce qui sera le plus de nature à faire avancer les propositions de notre programme, voire le moins de nature à y faire obstacle ». C'était préparer les conditions de l'appel au vote pour Mitterrand. Par ailleurs, tous les sondages montrent que l'écrasante majorité des électeurs communistes était en tout état de cause déterminée à voter pour le candidat de gauche au second tour. Il ne restait donc plus au comité central, en avant-garde éclairée, qu'à suivre avec beaucoup de retard la décision des électeurs communistes. Toute autre décision ne pouvait être que suicidaire, amenant à se couper de cet électorat et à rompre totalement avec le PS, ce qui condamnerait définitivement toute possibilité de préserver quelques mairies lors des prochaines élections municipales.

N'empêche que, pour le comité central du PCF, l'évidence ne semble pas être allée de soi. Il a fallu longuement discuter et, dans l'expression publique, multiplier les restrictions mentales (cf encart au verso). Il est clair que nombre de militants et une partie de l'appareil renâcle et, sans doute, dans le • secret de l'isoloir •, n'endossera pas la « moindre responsabilité • dans ... l'élection de Mitterrand.

Telle est l'impasse dans laquelle, systématiquement, s'enfonce la direction du PCF. Depuis son départ du gouvernement, celle-ci s'est cantonnée à faire ingurgiter au Parti, à hautes doses, un antisocialisme primaire censé lui redonner santé et assurance révolutionnaire. Mais, à la veille du second tour, la direction doit affronter l'agressivité antisocialiste, ainsi étiquetée • révolutionnaire •, qu'elle a si ardemment alimentée. Douloureuses et disgracieuses contorsions ! Et quelque peu dérisoires au regard du problème posé : une nouvelle perte électorale, de 30 % par rapport à 1986, qui ramène le PCF à son plus bas score historique. En 1981 , le score de Marchais représentait une perte d'un quart de l'électorat communiste, en 1988 le score de Lajoinie représente un nouveau recul de plus de 50 % par rapport à celui de Marchais. Du coup, toutes les municipalités communistes sont en péril. Comme le souligne Gilbert Wasserman dans Politis, c'est moins un déclin qu'un • effondrement historique •.

Or, il est indéniable que le PCF a mené une campagne extrêmement vigoureuse, y compris en n'hésitant pas à aligner la CGT sur le vote Lajoinie, et qu'il existait un

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PCF: LES SOUBRESAUTS espace politique réel compte tenu de la politique du PS et de la campagne de Mitterrand. Les résultats obtenus n'en sont que plus acccablants. Ce problème, la direction Marchais refuse de l'aborder. Dans son rapport, le secrétaire général enregistre une perte de voix : " Nous perdons un peu moins de 700 000 voix et 3 % "· .. Le seul terme de comparaison adopté est celui des élections législatives de 1986. Ce qui permet d'expliquer le recul uniquement en fonction des difficultés spécifiques, pour un candidat communiste, d'une élection présidentielle. D'autant que, cette fois, c'est un véritable complot qui a été ourdi : censure, propulsion de la candidature Juquin par le PS, et même Le Pen ne semble avoir été là que pour affaiblir le PCF ... Car" l'objectif d'une neutralisation de notre parti, pour 1988 et pour après, est pour les forces du capital véritablement névralgique"· Voici pourquoi le score est en recul ! Les moyens mis en œuvre ont en effet permis de masquer la réelle remontée du PCF telle qu'elle est confirmée par les élections partielles.

L'explication est-elle rassurante? Peut-être. Anesthésiante, sûrement! Marchais " oublie " qu'il a été candidat à une élection similaire il y a sept ans, et que la comparaison s'impose entre les 15,3% de 1981 et les 6,8 % de 1988. Cet escamotage permet d'occulter deux questions lancinantes : pourquoi cet effondrement ? Que sont les anciens électeurs communistes devenus ? Questions dramatiques qui, toutes deux, renvoient à une même interrogation sur la politique et les responsabilités de la direction du PCF. Celle-ci se débat comme un beau diable pour s'en dépêtrer. En affirmant qu'il n'y a pas effondrement mais recul temporaire. Et en récusant l'angoissante interrogation : quel est cet électorat populaire qui a voté Front national?

La comparaison limitée à mars 1986 et le retour en force de la thèse du " glissement à droite de la société " permettent d'expliquer que les anciens électeurs communistes se sont abstenus ou ont voté Mitterrand. Ce qui veut dire que c'est un nombre infime qui a pu voter pour Juquin, et, surtout, qu'il est certain qu'aucun n'a voté Le Pen. Ce n'est pas voir l'évidence: le lien intime entre la progression de Le Pen dans les villes et banlieues ouvrières et la destruction du tissu social que signifie l'effondrement du PCF. Face au terrible problème ainsi posé, les • explications • de Marchais font figure de sinistres palinodies. Un refus de regarder la réalité en face qui fait penser aux ultimes sursauts de vie des agonisants.

F.S.

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