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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

A l'extrême gauche : Trotsky se retourne dans sa tombe...

· Critique communiste, n° 74, mai 1988 · p. 16 · 783 mots

A campagne de nos camarades de Lutte ouvrière leur a permis de tenir, comme ils nous y ont habitués, toute leur place dans cette campagne. Les 2% de votes en faveur d'Arlette Laguillier confirment la permanence depuis quinze ans d'un courant radical, qui refuse le capitalisme, dans sa gestion de droite comme dans sa gestion de gauche. Il s'agit d'un vote de classe sans ambiguïté, et tous les révolutionnaires ne peuvent à ce niveau que se réjouir de son existence.

LUTTE OUVRIERE OU

LES DANGEREUSES DERIVES

Mais les problèmes politiques commencent au-delà de ce constat positif. Une nouvelle fois, Arlette Laguillier s'est contentée d'une campagne de propagande et de dénonciation sans perspectives. La campagne de 1988 ressemblait comme une sœur à celle de 1981 et à celle de 197 4. Et nous pensons qu'une nouvelle fois la politique de nos camarades de Lutte ouvrière n'a pas répondu aux problèmes concrets que se posent les travailleurs et les militants. Quelle alternative nous propose-t-on face au désarroi du mouvement ouvrier, sinon purement et simplement d'adhérer à Lutte ouvrière qui petit à petit, au fil des ans, se gonflerait au fur et à mesure de nouvelles couches militantes ? Si un tel raisonnement avait un sens, pourquoi les scores d'Arlette Laguillier restent-ils si égaux à eux-mêmes depuis toutes ces années?

Ce caractère atemporel de la politique de Lutte ouvrière est devenu éclatant entre les deux tours et pose tout de même de graves questions. Arlette Laguillier avait annoncé avant le premier tour qu'elle ne se désisterait pas au second tour en faveur de François Mitterrand. C'est avec stupeur que nous avons vu que l'événement majeur du 24 avril, les 14% du Front national, n'avait pas troublé un instant la position de nos camarades. Certes, la politique de la gauche au gouvernement, gérant loyalement la crise sur le dos des travailleurs, n'a pas été pour rien dans la montée de l'extrême droite. Mais de là à en déduire qu'il est indifférent pour les travailleurs de se retrouver ou non avec Chirac et Pasqua au gouvernement, avec Le Pen arpentant les antichambres pour leur dicter ses conditions, c'est véritablement faire preuve d'un terrible aveuglement. Bien que sans illusion sur la politique de Mitterrand, conscients que c'était avant tout dans le développement d'une alternative à gauche que se trouvait la vraie réponse à Le Pen, des millions de travailleurs n'ont heureusement pas suivi les sirènes abstentionnistes implicites du PCF ou explicites de Lutte ouvrière. Ici, le vote de classe, élémentaire, pour faire barrage, le temps d'une élection, au Front national, n'était pas du côté de Lutte ouvrière. Les mêmes positions de principe en apparence de bon sens ont abouti à une aussi grave erreur quant au droit de vote des immigrés. Une chose est d'affirmer qu'en général ce n'est pas le droit de vote en lui-même qui permettra aux travailleurs de mettre fin à l'exploitation capitaliste. Autre chose est de refuser de voir l'importance d'un droit démocratique, 1c1 et maintenant, comme avancée dans la lutte. En considérant le droit de vote pour les travailleurs immigrés comme un faux problème, Lutte ouvrière a pris le risque de se retrouver en fort mauvaise compagnie, avec tous ceux qui s'y opposaient. Le sectarisme gauchiste peut ainsi faire bon ménage avec l'opportunisme le plus grave, et conduire à se retrouver, au mieux, avec la • fausse gauche • que l'on dénonce si fort par ailleurs.

Restent les perspectives pour le futur. Si l'on en croit l'appel d'Arlette Laguillier pour le second tour, nos camarades de Lutte ouvrière ne les envisagent qu'avec les militants du PCF, parce que ce parti serait encore paré des vertus d'un • vrai • parti ouvrier. Plus que quiconque, nous sommes attentifs à l'unité dans les luttes avec tous les courants du mouvement ouvrier, et nous pensons qu'une force nouvelle à gauche devra aussi répondre au désarroi des militants du PCF. Mais à l'heure où ce parti s'effondre inexorablement dans une agonie sans espoir, à l'heure où tant de militants ne se reconnaissent plus dans les formations politiques traditionnelles, voire même dans les organisations syndicales, la politique de Lutte ouvrière laisse beaucoup de monde de côté. Nous, nous pensons qu'une alternative révolutionnaire, pour être crédible, doit s'efforcer de répondre aux interrogations de toutes les couches et de tous les courants, et qu'il ne doit pas y avoir de laissés-pour-compte. Une telle démarche, qui prolonge celle du front unique dans la lutte, nous semble infiniment plus fidèle à ce que fut jadis le combat de Léon Trotsky et de la 1v• Internationale. L'avenir, nous en sommes sûrs, permettra de trancher.

F.D.

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