La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le marxisme aux Etats-Unis : Remarques sur un livre de Paul Buhle

· Critique communiste, n° 75, juin 1988 · p. 28-31 · 2 849 mots

M

ARX/SM in the USA*, de Paul Buhle, représente une bonne occasion pour s'approcher d'un domaine encore largement méconnu en Europe. Des ouvrages importants ont déjà été consacrés à ce thème, mais il s'agit dans la plupart des cas d'études universitaires 1 ; la démarche de Buhle, en revanche, est celle d'un historien militant, pour lequel reconstruire l'itinéraire de la pensée marxiste aux Etats-Unis signifie avant tout contribuer à la recomposition de la mémoire historique du mouvement ouvrier.

Il refuse l'idée, assez répandue en Europe, selon laquelle la classe ouvrière américaine serait politiquement arriérée et amorphe. S'il est vrai que, jusqu'à maintenant, elle n'a pas créé des organisations comparables par leur poids social et politique aux partis communistes et aux social-démocraties d'Europe occidentale, il serait faux d'y voir la preuve irréfutable de son arriération politique et idéologique. Déjà au siècle dernier, les socialistes américains s'étaient confrontés à de nombreux problèmes stratégiques -l'immigration, le racisme, etc.- que le mouvement ouvrier en Europe a découvert seulement dans les dernières décennies. Contre l'historiographie qui a toujours souligné l'incapacité des socialistes à briser le bipartisme américain, fondé sur deux pôles interchangeables exprimant les intérêts du grand capital, Buhle met en valeur la richesse de la tradition révolutionnaire de ce pays, qui peut être pleinement saisie à condition de laisser de côté les lunettes européennes, trop souvent utilisées pour regarder au-delà du Vieux Monde.

Cependant, cette • différence • du mouvement ouvrier américain, que Buhle considère comme allant de soi, demande une explication. De ce point de vue, l'approche de Mike Davis me semble beaucoup plus féconde. Elle refuse à la fois la conception classique du socialisme américain comme une • version arriérée • du socialisme européen et la théorie de l'american exceptionalism (Perlman, Cornmons), qui voit dans le trade-unionisme de Samuel Gompers le • destin naturel • du prolétariat des USA. Selon Davis, cette • différence • est avant tout le produit de

"l'impact cumulatif d'une série de défaites historiques de la classe ouvrière 2 " (en particulier le maccarthysme), mais relève aussi de certaines spécificités dans le processus de formation du prolétariat : en Europe, le mouvement ouvrier se forme à travers l'expérience des révolutions bourgeoises (1848), tandis qu'aux Etats-Unis les institutions démocratiques sont préexistantes à sa naissance ; la bourgeoisie américaine, qui eut l'avantage de ne pas se heurter à l'Ancien Régime, était socialement et culturellement hégémonique au x1x• siècle, ce qui entravait une affirmation indépendante de la classe ouvrière ; le prolétariat américain, qui connaît la répression de la police patronale (la Pinkerton) mais non pas le massacre de la Commune de Paris, ne voit pas clairement l'Etat comme ennemi de classe ; finalement, la classe ouvrière américaine est divisée dès ses origines par une hiérarchie ethnique, où le travailleur natif, protestant et qualifié (skilled) s'oppose au travailleur noir et à l'immigré, unskilled, et souvent catholique (irlandais, polonais, italien, etc.) ou juif. Cela dit, Buhle remarque à juste titre que le socialisme américain s'est développé dans une société ethniquement et culturellement pluraliste. Il souligne sa diffusion parmi les immigrés : aux paysans italiens, aux luftmenshn juifs, aux millions de parias arrivés de toute l'Europe sud-orientale, le marxisme présentait l'Amérique comme une • terre promise • qu'ils auraient dû transformer en " paradis socialiste mufticulturel • (p. 15). Selon Buhle, le marxisme ne pouvait pas s'implanter chez les immigrés comme véhicule d'assimilation, mais plutôt comme culture radicale à la fois internationaliste et nationalitaire, capable de mettre en valeur la dimension ethnique liée à la condition même de la classe ouvrière immigrée. Si l'on refuse cette interprétation, le développement des courants socialistes parmi les Allemands, les Irlandais, les Juifs ou les Italiens, entre la fin du siècle dernier et la Seconde Guerre mondiale, devient incompréhensible.

A côté du radicalisme des immigrés, Buhle redécouvre la tradition socialiste des Américains natifs, imprégnée de spiritualisme, de millénarisme et d'égalitarisme

Page 29

MARXISME AUX ETATS-UNIS chrétiens. Les utopies libertaires, importées dans le Nouveau Monde comme une sorte de mauvaise conscience du protestantisme bourgeois, nourrirent de sensibilité religieuse les mouvements radicaux natifs; le socialisme chrétien n'eut pas une large diffusion au sein du prolétariat industriel (syndicalisé et formé souvent d'immigrés), mais s'enracina profondément chez les femmes et les Noirs. D'après Buhle, il faudrait considérer ce filon théorique du radicalisme américain (Uppard, Ward) comme une version ante litteram de la théologie de la libération (p. 65).

Au tournant du siècle, les principaux théoriciens marxistes de langue anglaise étaient Louis Boudin et Daniel de Leon. Le premier s'imposa à l'attention en publiant The Theoretical System of Karl Marx ( 1907), un ouvrage où la sous-consommation était saisie comme l'aspect fondamental des crises cycliques du capitalisme. Mais sa contribution la plus originale et créative demeure la " théorie du gaspillage ", qui voit dans les dépenses improductives et antisociales du capitalisme (le militarisme, le colonialisme, la bureaucratie, etc.) les conditions de sa survie. Cette réflexion théorique marquera par la suite les élaborations de P. Barn et P. Sweezy, dont l'ouvrage le plus connu, le Capital monopoliste ( 1966), se fonde sur les mêmes prémices méthodologiques.

De Leon fut un dirigeant du Socialist Labor Party et le fondateur du premier journal radical de langue anglaise d'une certaine importance, l'hebdomadaire The People. Son interprétation du marxisme était marquée par le social-darwinisme et l'évolutionnisme spencerien auquel il devait sa formation culturelle. Il concevait le socialisme sur le modèle de la gens décrite par l'anthropologue Lewis Morgan et prévoyait la transition au socialisme en Amérique comme la conséquence naturelle du développement économique. Toutefois, l'œuvre de De Leon n'est pas dépourvue d'intuitions intéressantes: par exemple, il saisit assez rapidement le processus de bureaucratisation au sein du mouvement ouvrier et comprit que les appareils syndicaux auraient pu jouer un rôle conservateur, de frein à la mobilisation spontanée des travailleurs. En Europe, seul Rosa Luxemburg et, en dehors d'une optique marxiste, le sociologue allemand Robert Michels développèrent une réflexion analogue avant 1914. A l'école de De Leon se forma la principale figure du Parti communiste des origines : l'intellectuel italo-américain Louis Fraina. D'après Buhle, son adhésion à l'internationalisme léniniste et à l'idée des conseils ouvriers se combinait à une grave sous-estimation du pluralisme culturel de la société américaine. Attitude qui, par ailleurs, était partagée par le Parti communiste dans son ensemble. La révolution d'Octobre avait suscité les espoirs des immigrés, mais le Parti communiste fit preuve d'une incompréhension de fond de l'importance des traditions révolutionnaires des Noirs, des femmes et, plus généralement, des groupes ethniques minoritaires. Après l'échec de la grève de l'acier, en 1919, cette limitation pesa lourdement sur l'évolution du communisme aux Etats-Unis. Probablement le garveysme fut aussi la conséquence de cette limitation stratégique. Pendant les années vingt, le PC américain était presque exclusivement blanc et, comme l'a souligné J. P. Cannon, il abordait la question noire «avec une théorie dépassée, une orientation fausse ou indifférente et l 'adhésion, à titre individuel, de quelques Noirs de tendance radicale 3 ». Jusqu'à ce qu'ils considèrent les Noirs uniquement comme un secteur de la classe ouvrière, et non pas aussi comme une communauté opprimée, les communistes se bornèrent à observer de l'extérieur les grandes mobilisations inspirées par le révérend Marcus Garvey. Un tournant eut lieu en 1928 lorsque le Vie Congrès du Komintern lança le mot d'ordre d'autodétermination pour les Noirs américains. Aussitôt, les communistes se transformèrent! en parti de la black liberation et s'imposèrent bientôt comme la force hégémonique au sein de la population noire. Ce tournant du Komintern fut la condition nécessaire pour la rencontre, dans l'Amérique ébranlée par la grande crise, de l'intelligentsia noire et du marxisme. Le fruit le plus original et le plus intéressant de cette symbiose fut sans doute l'œuvre de W. E. B. Dubois, Black Reconstruction (1936), où les Noirs paraissaient pour la première fois comme des acteurs et non plus comme des figurants de l'histoire américaine.

Page 30

MARXISME AUX ETATS-UNIS

La radicalisation des intellectuels noirs ne fut pas un phénomène isolé. Sous l'impact de la crise et des puissantes mobilisations ouvrières qui s'ensuivirent, toute la culture américaine vira à gauche en s'approchant du marxisme. L'influence profonde exercée par le socialisme sur les intellectuels est attestée par un grand nombre de revues de l'époque. Buhle met en valeur la figure de Victor F. Calverton, le directeur de Modern Quaterly, une revue ouverte aux avant-gardes artistiques, au féminisme, à la psychanalyse et opposée au réalisme socialiste défendu par la stalinienne New Masses. Mais la composante la plus significative et la plus féconde de la culture socialiste américaine de l'entre-deux-guerres était représentée par la Partisan Review. Cette revue prônait une forme de modernisme radical basé sur le principe de la liberté la plus absolue dans le domaine de la création artistique et littéraire ; une orientation qui fut parachevée en 1938, avec la publication du • Manifeste pour un art révolutionnaire et indépendant • de Trotsky et André Breton. Produit de la rencontre d'un groupe d'intellectuels juifs issu du milieu du Menorah Journal (H. Solow, E. Cohen, L. Trilling) et d'autres marxistes indépendants (E. Wilson, P. Rahv, J. T. Farrel), Partisan Review constituait un espace ouvert au débat de la gauche révolutionnaire. Cet esprit indépendant et combatif l'amena à dénoncer les procès de Moscou et à soutenir la commission d'enquête présidée par John Dewey qui prit la défense de Trotsky face aux accusations staliniennes 4 •

Parmi les marxistes de cette époque, Buhle souligne l'importance de Sidney Hook, qui développa une réflexion philosophique néo ~hégelienne marquée par l'influence de Lukacs et Korsch. En revanche, il passe sous silence l'œuvre de Max Eastman, traducteur anglais de Trotsky et figure historique du radicalisme américain. A mon avis, ses écrits, imprégnés de pragmatisme et marqués par le refus de la dialectique, ne peuvent pas être ignorés puisqu'ils sont révélateurs d'une tendance profondément enracinée dans la tradition marxiste américaine.

De toute cette pléiade d'intellectuels, presque aucun ne restera lié au mouvement ouvrier après la Seconde Guerre mondiale. Ils connaîtront vite une déradicalisation profonde qui amènera beaucoup d'anciens communistes vers une attitude conservatrice, voire maccarthyste. Parmi les rarissimes intellectuels qui demeurèrent marxistes et révolutionnaires, je voudrais rappeler l'historien et philosophe George Novack, que Buhle cite incidemment mais qui aurait bien mérité de se voir consacré quelques pages dans un livre intitulé Marxism in the USA. Buhle situe symboliquement en 1940 -l'année de la mort de Calverton et de la publication du manifeste de Lewis Carey (Fraina) sur la " mort du marxisme • - le tournant dans le rapport entre le socialisme et les intellectuels aux Etats-Unis. Cette périodisation peut être acceptée, mais elle est expliquée en termes tout à fait simplistes et réducteurs : dire que • entre les années trente de gauche et les années cinquante conformistes s'était passé quelque chose qui avait contribué à baisser le niveau du débat politique» (p. 183) me paraît franchement insuffisant. Il faut donner un nom à ce • quelque chose •. En réalité, les symptômes d'une déradicalisation des intellectuels s'étaient déjà exprimés avant la guerre et ils étaient le produit d'un phénomène dont Buhle semble sous-estimer l'importance: le stalinisme. Deux événements en particulier parsemèrent la déception et le désengagement chez les intellectuels : les procès de Moscou et le pacte germano-soviétique de 1939. L'involution réactionnaire de l'intelligentsia confrontée à la réalité du stalinisme est reflétée de manière paradigmatique, me semble-t-il, par le cheminement de James Bumham (bien connu pour sa théorie de la • révolution de techniciens • et pour les critiques que lui adressa Trotsky). Pourtant, Buhle a raison de souligner que le marxisme de beaucoup d'intellectuels était superficiel et ne se distinguait pas qualitativement par rapport aux courants libéraux et progressistes préexistants. Pendant les années trente, la culture liberal put devenir de gauche tout en restant fidèle à elle-même, surtout grâce à la politique de soutien critique au New Deal, suivie par le Parti communiste sous la direction de Browder (une attitude qui n'était que la traduction américaine de la stratégie des fronts populaires). A ce propos, Buhle souligne le

Page 31

MARXISME AUX ETATS-UNIS caractère non marxiste d'un ouvrage comme The Rise of American Civilization (1930), de Charles Beard, où la classe ouvrière et les Noirs étaient pratiquement rayés de l'histoire des Etats-Unis, réduite en termes matérialistes vulgaires au processus de développement industriel.

La déception des intellectuels annonçait une rupture plus profonde de la tradition socialiste du mouvement ouvrier qui sera parachevée par le maccarthysme pendant les années cinquante (après une dernière vague de luttes ouvrières en 1947). Buhle reconnaît que, pendant cette nouvelle phase, le trotskysme fut le seul courant du mouvement ouvrier qui réussit à sauvegarder une continuité de la pensée marxiste jusqu'à la naissance de la nouvelle gauche dans les années soixante. Parmi ses précurseurs, il place, à côté des trotskystes, les intellectuels de l'Ecole de Francfort. En particulier, il souligne l'importance de deux livres : dans Dialectique de la raison (paru en traduction anglaise en 1949), Horkeimer et Adorno avaient mis en lumière les racines profondes du nazisme dans I'Au{kltirung du monde occidental et leur ouvrage trouva un large accueil, quinze ans après, dans les mouvements anti-autoritaires des étudiants ; de son côté, la lecture marcusienne de Freud (Eros et civilisation, 1955) établit les bases d'une symbiose entre le marxisme et la psychanalyse qui marquera toute l'expérience du féminisme américain.

Le radicalisme de la New Left, alimenté par les révoltes des ghettos noirs, par l'opposition étudiante à la guerre du Vietnam et par le féminisme, réussit à dépasser certaines limitations du socialisme de l'entre-deux guerres. A ce propos, Buhle porte le jugement suivant : • La nouvelle gauche commença là où l'ancienne s'était arrêtée : avec la question raciale et avec la culture populaire. Elle réinventa la question de la femme là où le Socialist Party avait échoué. Elle fut porteuse d'une critique morale et spirituelle de l'impérialisme qu'aucun mouvemnt léniniste n'avait été capable de formuler. Surtout, elle récupéra une utopie qui depuis les années vingt avait été regardée comme pathétique et indigne de considération révolutionnaire, mais qui resta profondément enracinée dans le caractère américain. •

(p. 256-257) Malgré ces potentialités, la nouvelle gauche avait des limites majeures : elle mobilisait les étudiants, les intellectuels, les Noirs et les femmes, mais ne fut pas le détonateur d'une révolte ouvrière (il s'agit d'une différence fondamentale non seulement avec les luttes des années trente mais aussi avec la nouvelle gauche européenne).

Toute la recherche de Buhle est traversée par une idée fondamentale que l'on pourrait résumer en ces termes : aux Etats-Unis, le marxisme n'a jamais été - sauf peut-être durant les années trente- la culture hégémonique du mouvement ouvrier, mais il s'est ancré plutôt chez les minorités et les groupes opprimés (les immigrés, les Noirs, les femmes, etc.). D'après Buhle, aux Etats-Unis, le marxisme a représenté avant tout • un véhicule des outsiders •, des • exclus • (p. 101 ). Il écrit que le thème de l'avènement d'une • société démocratique, multiraciale, multiculturelle et sexuellement égalitaire • parcourt comme un fil conducteur toute l'histoire du marxisme américain (p. 258). Il me semble qu'une simple énumération rapide des principaux marxistes suffit à confirmer cette thèse. A l'exception de quelques natifs (J. Reed, M. Eastman, auxquels il faut ajouter, pour son importance, le dirigeant ouvrier E. Debs), on trouve surtout des immigrés, des femmes et des représentants des groupes ethniques minoritaires : un Latine-Américain (D. de Léon), des Noirs (W. E. B. du Bois, C. L. R. James), des Irlandais (J. P. Cannon, J. T. Farell), des Allemands (F. Sorge, E. Weydemayer, P. Mattik, H. Marcuse, K. Korsch), des Italiens (E. Giovannitti, L. Fraina), une foule de Juifs d'origine est-européenne (A. Cahan, L. Boudin, S. Hook, J. Bumham, M. Schachtman, F. Morrow, H. Hisaacs, P. Baran, P. Rahv, G. Novack) et des féministes (E. Reed, R. Dunayevskaya). Comme l'a souligné Mike Davis, ce n'est pas l'anglais mais l'allemand et le yiddish qui ont été les langues dominantes dans l'histoire du marxisme aux USA 5 •

Enzo Traverse *Paul Buhle, Marxisme in the USA. Remapping the History of the American Left, Verso, London, 1987.

1. Par exemple, Daniel Bell, Marxian Socialism in the United States, Princeton University Press, 1968. Plus intéressantes sont à mon avis les études de David Herreshoff, The Origins of American Marxism ; From the Transcendentalists to De Leon, Monad Press, New York, 1973. Et Cristiano Camporesi, Il marxismo teorico nagli USA, Feltrinelli, Milano, 1973. 2. Mike Davis, Prisoners of the American Dream. Politics and Economy in the History of the US Working Glass, Verson, London, 1986, p. 7. 3. James P. Cannon, 1 pnm1 dieci anni del PCUSA, Jaca Book, Milano, 1977, p. 266, cf. aussi l'ouvrage fondamental de Mark Naison, Communists in Harlem During the Depression, University of Illinois Press, Urbana, 1983. 4. Voir à ce propos Daniel Aron, Writers on the Left, Oxford University Press, New York, 1977, et l'ouvrage récent de notre camarade Alan Wald, The New York lntellectuals. The Rise and Decline of the Anti-Stalinist Left from 1930's to 1980's, University of North Carolina Press, Chapel Hill/London, 1987. 5. M. Davis, Prisoners of the American Dream, p. 44.

Une erreur sur cette page ?