lOTHESES
SUR LA SITUATION POLITIQUE
ET LES TACHES DE LA LCR(SFQI)
(Texte présenté par 13 camarades du CC et de la CCC) " PRÉAMBULE
La double crise de 1' impérialisme et du stalinisme s'est traduite, depuis la fin des années soixante, par 1' explosion de nombreuses crises révolutionnaires et la chute des vieilles dictatures en de nombreux points du globe : de France en Italie, du Portugal à la Grèce, du Vietnam à 1' Algérie, de Cuba au Nicaragua, des Philippines à Haïti, de la Birmanie au Chili, de la Tchécoslovaquie à la Pologne, partout les peuples ont cherché la voie contre l'oppression et l'exploitation de l'homme par l'homme.
Les luttes de libération nationale, anticolonialistes, les révolutions en Chine et en Europe de l'Est, qui, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, avaient remis en cause l'ordre établi à Yalta, se sont produites en même temps que venaient à maturation des explosions sociales dans les pays capitalistes avancés et des crises aigu~s au sein des Etats ouvriers bureaucratisés.
La grande vague révolutionnaire de 1968 a été un tournant mondial et elle a ouvert une nouvelle période où les rapports de force, instaurés dans l'immédiat après-guerre, étaient remis en cause en profondeur par les nouvelles générations.
Tandis qu'un tiers de l'humanité vit dans des pays où la collectivisation des moyens de production 1 'a emporté contre la loi du marché; tandis que dans ces pays, les travailleurs se soulèvent contre la caste bureaucratique qui y a usurpé le pouvoir, l'impérialisme lui-même entre en crise, engendre des" revendications chez les millions de salariés, de chômeurs, de jeunes, qu'il ne peut satisfaire, 1 'impérialisme pille les maigres richesses des pays dominés et accule des centaines de millions d'êtres humains à la famine et à la misère. Ebranlé dans sa propre sphère, vaincu au Vietnam, contesté en Amérique Centrale, le puissant impérialisme US s'est orienté vers un militarisme exacerbé et une offensive économique sauvage contre les travailleurs et les peuples. Dépendants de cette crise économique mondiale, eux-mêmes paralysés par la faillite du système bureaucratique, les nouveaux dirigeants bureaucratiques de 1 'URSS, en retour, se sont engagés dans une négociation globale avec Washington, sur le dos des peuples, cherchent à imposer le désarmement de tous les conflits régionaux. Ce faisant, au plan intérieur, en URSS même, la politique dite de «perestroïka», nécessaire à la survie de la bureaucratie, mais en même temps provoquant des divisions en son sein, se développe sous la pression croissante des masses et donne prise à des contradictions explosives ayant leurs répercussions en chaîne dans tous les pays de l'Est mais aussi sur les différents appareils des PC européens.
Mais cette nouvelle tentative d'entente mondiale entre impérialistes et bureaucrates, pour endiguer les luttes de classes, pour canaliser les exigences des peuples dominés n'est pas du tout assurée du succès car le rapport des forces instauré par les luttes des ouvriers et des paysans, de la jeunesse, ces 20 dernières années, n'est pas inversé. L'internationalisation croissante du capital, du marché, se heurte en retour à l'internationalisation des luttes de classe, à leur interdépendance dans les différents secteurs de la révolution mondiale, luttes de libération nationales et sociales, révolutions socialistes et révolutions politiques antibureaucratiques.
Les· bourgeoisies européennes, dans ce contexte international, ne peuvent en rester au statu quo actuel, aussi essaient-elles à l'occasion de la mise en place de «l'Acte Unique» de 1992, de faire reculer les acquis sociaux et les règlementations du travail, d'imposer enfin une défaite d'ensemble au mouvement ouvrier, d'augmenter la productivité et lesmarges de profits de façon assez conséquente pour faire face à la concurrence inter-impérialiste, notamment celle des USA et du Japon. THÈSE N° 1
La période ouverte en mai 68 ne s'est pas traduite, en France, par un développement linéaire et croissant des luttes du mouvement ouvrier, mais un rapport de forces a été instauré, des conquêtes sociales ont été arrachées, une issue politique nouvelle a été sans cesse recherchée, au point que malgré des hauts et des bas dans la courbe des luttes grévistes et dans 1 'activité syndicale, les classes fondamentales, bourgeoisie et classe ouvrière, continuent un combat très serré, aucun des deux camps n'ayant réussi à 1 'emporter sur l'autre. Au cours de cette longue période on a assisté à une extension du salariat, constituant une majorité arc-boutée sur la conquête puis la défense d'acquis sociaux importants. De 68 à 77, les luttes ont été amples et profondes jusqu'à ce que les directions des grands partis ouvriers, alliés au sein de l'Union de la gauche, parviennent à les freiner et à les diviser. De 78 à 81, tout en continuant à se battre, les travailleurs ont cherché un débouché politique au plan électoral etc' est ainsi que la victoire de mai-juin 81 a été un effet différé de mai~. ·
Une fois majoritaires, les directions du PS et du PC ont gouverné pour le compte de la bourgeoisie et, après quelques concessions aux exigences des travailleurs, elles ont mis en oeuvre l'austérité exigée par le CNPF. De 81 à 86, la gestion gouvernementale par les deux partis ouvriers majoritàires, avec l'appui des directions syndicales, a abouti à porter un coup supplémentaire aux grèves et aux luttes ouvrières. Le nombre des chômeurs a continué d'augmenter jusqu 'à trois millions, il y a eu une désyndicalisation importante, une montée du racisme et des thèmes réactionnaires du Front national. Pour autant le patronat et la droite n'ont pas pu
30
infliger une défaite aux travailleurs. Dès 83, la jeunesse s'est remobilisée et c'est
1' explosion de décembre 86 suivie d'une vague de grèves ouvrières qui a donné un coup d'arrêt à 1' offensive de la droite revenue au pouvoir. Ce sont les mouvements
de grève de l'hiver 86-87 qui ont débouché lors des élections de mai-juin 88. Après 23 ans de droite, 5 ans de gouvernement de gauche faisant le jeu de la droite, 2 ans de libéralisme revanchard, la majorité des travailleurs et de la jeunesse a de nouveau battu la droite etc' est le signe profond d'un rapport de forces sur lequel nous devons nous appuyer. THÈSE N° 2
Alors que Reagan, Thatcher, Kohl l'ont emporté dans les autres grands pays capitalistes avancés et ont fait payer brutalement à la classe ouvrière la crise économique, (et bien qu'en France, la gauche au pouvoir n'a pas été en reste) la droite française, par deux fois en huit ans, s'est vue écartée du pouvoir après un règne de 23 ans sans partage. Le gaullisme, après le deuxième échec de Chirac, a reçu un coup redoutable, sinon définitif: menacé sur sa droite par le Front national, coupé des bases populaires traditionnellement encadrées par ce parti bonapartiste, louvoyant entre le libéralisme reaganien et une démagogie participationniste, le RPR est en crise profonde. L'UDF, toujours hétérogène, écartelée entre le Front national et les partisans de l'alliance avec le PS, est paralysée: le Parti républicain dirigé par Léotard, le CDS dirigé par Méhaignerie ont constitué des groupes parlementaires séparés, premier pas d'une scission qui mine la présidence de Giscard d'Estaing revenu in extremis pour tenter de sauver ce conglomérat. Eclatée en trois pôles de force presque égale, Chirac, Barre, Le Pen, aux dernières présidentielles, la droite ne se voit d'avenir qu'en retrouvant un leadership susceptible d'emporter l'élection décisive des institutions de la Vè République.
Tout cela ne se passe pas sans crises, scissions, ruptures collectives et individuelles au son de «1' ouverture» claironnée par Mitterrand, Rocard et le Parti socialiste. «On a essuyé à la fois Waterloo et Sedan» explique Seguin. Ainsi des éléments du CDS «vont-ils à la soupe» et Barre lui-même cherche-t-il à gouverner avec le PS, en échange de quelques concessions. Tandis que d'autres radicalisent radicalement leur discours pour mordre sur les terres électorales de Le Pen. Les passerelles entre leFrontnational, le RPR et 1 'UDF sont multiples, à tel point que le refus de 1' alliance régulièrement réaffirmé est difficile à tenir sur le terrain.
Mais aux élections régionales, municipales, cantonales, européennes de 83, 84, 85, la droite avait conquis de fortes positions locales qui ne sont pas annulées par les scrutins de mai-juin 88 et la déception populaire causée par le gouvernement Rocard, en se traduisant de nouveau par des abstentions de gauche, peut - en 1' absence de mobilisation sociale ample -laisser la place, lors de prochains scrutins, à de nouvelles avancées du Front national.
L'éclatement de la droite ne diminue donc pas la menace qu'elle représente. Le FN, raciste, fascisant, est une pression permanente sur la société française. Les libéraux et les gaullistes ont en commun de vouloir faire reculer spectaculairement le mouvement ouvrier et régresser les acquis sociaux. Et le CNPF, «parti de l'entreprise», milite pour réunifier cette droite, tout en contraignant la gauche à approuver ses exigences. Ainsi faut-il se garder d'affirmerque «la droite est K.O», comme le dit Mauroy, tout autant que «la société a viré à droite», comme le dit Marchais. La politique «d'ouverture» à la droite et de gestion de la crise du capitalisme ne peut, à terme, que la renforcer et alimenter la division au sein du mouvement ouvrier- comme on l'a vu lors des législatives de juin - et nourrir 1 'abstention commeaux cantonales de septembre 88. Au contraire, il faut utiliser les divisions et les paralysies actuelles de la droite pour lui porter des coups plus forts et, dans l'unité ouvrière et en développant les luttes, imposer un vrai changement. THÈSE N° 3
Le fait principal c'est la contradiction entre ces aspirations profondes des masses et la politique des directions des deux partis de gauche majoritaires.
31
Toute montée du mouvement des masses se traduit d'abord par un mouvements vers les organisations traditionnelles. En France ce fut vrai après mai 68. Le PS
profita de cet effet, notamment au plan électoral en gagnant la majorité absolue en 1981. Une telle poussée est évidemment contradictoire: les masses, en même temps qu'elles cherchent à les utiliser, portent la crise au sein des partis traditionnels. Leur succès même accroît les contradictions des directions. Les liens organisés de la social-démocratie avec le mouvement des masses sont beaucoup plus lâches que ceux noués antérieurement par les staliniens. Si le PCF a payé le prix de la crise du stalinisme, de sa politique de division et de sabotage des luttes, il n'y a pas pour autant de fatalité à son déclin, il demeure 1 'une des deux organisations réceptacles de l'exigence de changement à gauche. Ainsi les 5 et 12 juin, après la victoire du candidat PS, Mitterrand, (obtenue avec 8 %d'avance sur le candidat de droite) c'est une Assemblée nationale à majorité absolue de députés PS-PC qui a été élue (le PC progressant relativement de 6 à 11 %.)
Ces deux partis ont les responsabilités premières de la situation actuelle. Il est faux de prétendre comme le fait Marchais, que la croissance du PS correspond à un virage à droite de la société: derrière le PS, électeurs et adhérents cherchent à battre la droite et à favoriser une issue à gauche que le PCF n'a pas été capable de leur offrir.
Hier, de 71 à 77 et de 81 à 84, PS et PC canalisaient cette poussée des masses dans le programme de collaboration de classes de l'Union de la gauche. Ensuite, de 77 à81 etde84 à88,PS et PC sedivisaient,s'opposaientàtous les niveaux, empêchant le changement, faisant le jeu de la droite. Aujourd'hui le PS prône l'ouverture à droite, tandis que le PC mine le combat pour un véritable gouvernement de gauche. Tour à tour, et parfois côte à côte, ces deux directions mettent en avant une politique qui s'oppose aux aspirations de leurs électeurs et militants. Les dirigeants syndicauxsuiventcesvariationsduPSetduPCFcequiestàl'originedel'affaiblissement des structures militantes syndicales.
Cette politique des directions est, au fond, le principal obstacle qui empêche travailleurs et jeunes de tirer avantage de leurs luttes et de leurs victoires électorales ... C'est sur cette contradiction que nous devons nous appuyer au travers des mobilisations pour arracher les masses à l'emprise de la social-démocratie et des staliniens. THÈSE N° 4
Le PS est maintenant le parti électoralement dominant parmi les travailleurs, les femmes, la jeunesse. Sa genèse historique, sa place objective dans les luttes des classes, la nature et la continuité de son appareil dirigeant, la composition sociale de sa base militante et électorale, ses liens avec le mouvement syndical, tout cela le caractérise comme un parti ouvrier bourgeois. La longue histoire de sa direction contre-révolutionnaire nous conduit à exclure la possibilité que cet appareil puisse modifier les rapports de production capitalistes et conduire la révolution socialiste, tout au contraire.
Tout mouvement révolutionnaire victorieux devra arracher à cette direction, en la démasquant, en la faisant éclater, en la minorisant, les millions de travailleurs, de femmes, de jeunes qui la suivent encore aujourd'hui. Si des millions de travailleurs utilisent le PS comme un instrument contre la droite, ils ne font pas confiance dans la politique menée par la direction, ne se reconnaissent pas, par exemple, dans
«1 'ouverture» à droite. C'est de ce ressort qu'il faut jouer. Le vote «socialiste» n'est pas, quoique les dirigeants tentent de faire croire, un vote pour 1' austérité: d'ailleurs si la gauche et le PS ont reculé de 83 à 86 c'est à cause de cette politique d'austérité.
Il en a découlé une forte abstention populaire. Il y a une différence entre la puissante mainmise organisationnelle qui était celle du PCF dans les décennies précédentes où il était le principal parti ouvrier et le type de rapports plus lâches, moins susceptibles d'efficacité dans les luttes, qu'entretient maintenant le PS avec les travailleurs, avec les syndicats. L'appareil de ce parti est riche en contradictions, son contrôle organisé sur la classe ouvrière est plus faible, sa base populaire est d'autant plus perméable aux courants suscités par les luttes, ce qui crée un espace important pour séparer une authentique gauche, pour qu'elle se construise sans s'institutionnaliser, qu'elle opère des ruptures et, à l'occasion de grandes crises sociales, en rapport avec 1 'activité des révolutionnaires, bascule, par pans entiers, du côté de la révolution.
32
La place politique de premier plan occupé par le Parti socialiste exige à la fois la plus grande fermeté dans la lutte idéologique, une politique offensive de front unique, et la plus grande attention tactique pour se faire entendre et se lier aux
travailleurs et aux jeunes influencés par ce parti. THÈSE N° 5
L:! PCF est un parti en crise ouverte et approfondie, alors que la crise du PS n'est encore que latente. Ce parti stalinien qui a, naguère, contrôlé de façon incontestée la classe ouvrière, subit lourdement les effets de la crise internationale du stalinisme. De 45 à 68 il a été au premier rang pour tout ce qui a été des trahisons des luttes ouvrières et la continuité de sa pratique stalinienne l'a amené à se minimiser électoralement mais aussi syndicalement
De71 à 77,de77 à81,de81 à84,de84 à88,lePCFacumulé les inconvénients de ses zigzags politiques: il a d'abord freiné les luttes, puis a brisé l'Union de la gauche, la victoire électorale et l'accession au gouvernement pour diviser et entamer le procès du PS ; il a mis en avant en cette occasion un programme verbalement «plus gauche» que celui du PS mais s'est empressé d'y renoncer lorsque Giscard fut battu ; il approuva ensuite toutes les mesures de blocage des salaires et de rigueur jusqu'à ce que, les masses étant déçues et démobilisées par cette politique, il y renonce, quitte le gouvernementetcultiveà nouveau la division. Chacun de ces tournants a conduit davantage de travailleurs vers le PS.
Mais il conserve, ne serait-ce que parce qu'il est majoritaire à la direction de la CGT, une influence organisée encore importante dans des secteurs ouvriers décisifs. Aucune fatalité ne conduit ce parti à un déclin irréversible : il a des liens traditionnellement établis avec les travailleurs et malgré la politique de sa direction stalinienne, malgré le sectarisme, la division, une partie des travailleurs et de la jeunesse croient, en votant communiste, se prononcer pour une gauche radicale et combative.
Ses voltes-face ont cependant créé des strates dans 1' appareil dirigeant et dans la base militante : de profondes contradictions minent ce parti et, par tranches successives, des oppositions spectaculaires se font jour. Après les «rénovateurs», 1' existence de «reconstructeurs» prouve que des pans entiers peuvent rompre avec ce parti stalinien. Comment exclure de participer au gouvernement avec le PS le 8 mai 88 au soir et proposer l'Union de la gauche aux municipales de mars 89 ? Comment s'opposer à des crédits pour l'armée et défendre l'avion «Rafale» ? Comment prôner le SMIC à 6 OOOF et accepter le RMI à 2 OOOF ? Sur tous les terrains le PCF louvoie : entre une ligne sectaire au sein de la CGT et un attentisme forcé dans ses propres rangs à 1' égard de ses opposants. L'appareil ne sait comment trancher entre durcissement stalinien et suivisme à 1 'égard du cours gorbatchévien. L'appareil manoeuvre entre dénonciation du PS lié à la droite et appel au rassemblement à gauche avec le PS. Il y a ainsi une place énorme pour les révolutionnaires, à condition qu'ils mettent en oeuvre une ligne intransigeante pour l'unité et sans brader les revendications, pour influencer et détacher des secteurs corn batifs de ce parti.
Toute montée substantielle des luttes, des syndicats, toute crise sociale importante verra encore la direction du PCF se dresser contre les aspirations des masses.
Il en sera ainsi, pour le PC comme pour le PS ,jusqu 'à que ces partis traditionnels soient détruits etremplacés par un nouveau parti ouvrier révolutionnaire : ni l'un, ni 1' autre ne tomberont d'eux -mêmes. Mais pour arriver à cela il faudra influencer des millions d'électeurs et sympathisants du PC comme du PS : cela implique de se lier à eux, à leurs aspirations unitaires, à leur combativité sincère, à leur volonté de changement. Composant de la majorité de gauche à l'Assemblée, qu'ille veuille ou non, le PCF est devant ses responsabilités, tout comme le PS.
THÈSE N° 6
33
L'activité de la classe ouvrière, en matière de grèves notamment, a été largement stoppée par la trahison du PS et du PCF. Lorsqu 'ils sont venus au gouvernement,
après avoir fait quelques concessions sociales à la victoire de 81, PS et PC ont en effet organisé la rigueur, et mené la politique que leur dictait le CNPF.
Confrontés à cette austérité conduite par leurs directions traditionnelles, confrontés à leurs directions syndicales passives et complices, les travailleurs ont encaissé les coups, mais sans baisser les bras. C'est la jeunesse qui, la première, a contreattaqué, sur le terrain de 1 'antiracisme, de la mobilisation contre le Front national, puis contre le libéralisme chiraquien. De 84 à 86, une génération s'est levée, indépendante du PS et du PC, et c'est elle qui a donné un coup d'arrêt à Chirac en décembre 86. En l'occurrence, comme d'habitude, la jeunesse jouait le rôle de plaque sensible, révélatrice du redémarrage des luttes ouvrières de l'hiver 86-87 jusqu'aux grèves de· la SNECMA, de Michelin, de l'EDF, du printemps 88. C'est là le fond social de la défaite de Chirac et de l'élection de Mitterrand.
Comme un des effets de l'affaiblissement de l'emprise organisationnelle et politique des appareils bureaucratiques, on a vu de nouvelles générations, de nouvelles équipes militantes se doter de formes collectives, unitaires, démocratiques d'organisation de luttes. L'exemple des coordinations nationales de délégués des grévistes, élisant des responsables mandatés pour diriger les luttes s'est révélé remarquable et efficace, tant pour les étudiants et les 1 ycéens que pour les cheminots et les instituteurs. D'autant que cette auto-organisation ne se faisait pas fondamentalement au détriment du syndicat ni contre le syndicat, mais en remplacement des carences ou des blocages des directions syndicales. Nous appuyons une tendance à ce type d'auto-organisation, une aspiration à la démocratie et à l'unité. Sur des objectifs de luttes élevés, un an après les mouvements sociaux de l'hiver 86-87, cela s'est reproduit dans d'autres conflits, notamment celui à la SNECMA, Michelin, à 1 'EDF, mais aussi dans le bâtiment, 1' audiovisuel, la santé, avec les infirmières, les ASH, les postiers, etc ...
C'est cette poussée de la classe ouvrière et de la jeunesse qui permet d'affronter la politique d'austérité et d'alliance à droite suivie par le gouvernement de Rocard avec l'espoir de la battre en brèche. Alors que Rocard recherche l'alliance avec le CDS, avec l'UDF, avec la droite, nous nous appuyons sur cette poussée sociale pour qu'elle débouche sur l'exigence d'un gouvernement de gauche: consciemment, c'est à nous de tracer cette voie, d'opposer «unité ouvrière» à «Ouverture à droite», «gouvernement PS-PC» à «gouvernement PS-UDF». En nous appuyant sur les aspirations nettement à gauche manifestées en mai-juin 88, nous pouvons, au travers des luttes, comme lors des élections, tracer une orientation frontalement opposée à celle du gouvernement Rocard-Soissons.
Nous ne cultivons pas d'illusions : la politique de Rocard ne serait guère davantage orientée à gauche si ellen' avait l'alibi de la recherche de «1' ouverture». Nous nous opposons au programme de Mitterrand et de Rocard (<<La lettre aux Français») car il ne s'agit pas là d'une orientation de rupture avec le capitalisme mais d'une orientation de gestion du capitalisme. Tout comme nous nous opposons à la «couverture» de cette politique : la recherche d'alliances à droite, de ministres CDS, UDF. En nous opposant à «l'ouverture à droite» nous dénonçons en même temps la politique suivie par Rocard.
C'est au coeur même des luttes et en exigeant qu'il satisfasse nos revendications que nous oeuvrerons à opposer un gouvernement appuyé sur la majorité de gauche de l'Assemblée, à l'actuel gouvernement Rocard-Soissons, c'est dans ce clivage que se découpera une perspective d'unité et d'indépendance du mouvement ouvrier. Dans le PS. Dans le PCF. Dans le mouvement syndical. THÈSE N° 7
Il convient de concentrer notre agitation autour d'axes qui se déduisent de la situation immédiate, des aspirations des travailleurs et de la jeunesse.
Nous cherchons, par des mots d'ordre populaire, à nous faire comprendre par des
34
millions de travailleurs et de jeunes, et, ainsi à nous situer au coeur- et non pas aux marges- des préoccupations des militants dans le mouvement ouvrier tel qu'il est.
Dans la conjoncture présente, après les présidentielles, lors des municipales et dans l'agitation quotidienne, nous devons mettre en avant face à la politique du gouvernement Rocard et à celle du patronat :
1°) Des revendications unifiantes, immédiates telles que :
.le SMIC à6000F;
. 35 heures sans diminution de salaires ;
. défense de la Sécurité Sociale : gratuité des soins ;
. défense de l'école publique;
. démantèlement de toutes les lois scélérates de la droite (lois Pasqua, Pandraud, Méhaignerie, Séguin, Lamassoure) ;
. égalité des droits, égalité sociale, égalité des droits hommes/femmes, égalité des chances pour la jeunesse, égalité Français/Immigrés : droit de vote à tous ;
Mais aussi 1 'exigence du désarmement unilatéral immédiat, suppression de la force de frappe, des crédits à la loi de programmation militaire. Et aussi indépendance pour la Kanaky, les TOM-DOM.
2°) Un profil unitaire: l'exigence de l'unité syndicale à tous les niveaux, d'un syndicat unique et démocratique, de 1' unité d'action, 1' appel à 1 'unité de toutes les organisations ouvrières en premier lieu du PS et du PCF, la démocratie et 1' auto-organisation dans les luttes. Et aussi de 1 'unité CGT -CFDT -FO-FEN. Une volonté exprimée de réaliser l'unité dans les luttes comme lors des élections pour battre la droite.
3°) Une exigence politique au niveau du pouvoir: opposition au gouvernement Rocard-Soissons, à sa politique, à ses alliances à droite. Appel à un gouvernement formé à partir de la majorité actuelle de gauche dans le pays et à 1' Assemblée, dont nous exigeons, avec les travailleurs qu'il rompe avec la bourgeoisie, ses partis, ses hommes, ses institutions et satisfasse les revendications. Ceci implique, à partir des luttes, d'interpeller les directions du PS et du PCF, des directions syndicales, pour qu'une telle voie de rupture avec le capitalisme soit choisie.
Nous mettons cela en avant dans les luttes en reliant chaque combat, chaque revendication aux moyens unitaires qu'il faut mettre en oeuvre pour aboutir et au débouché politique qui en résulte au niveau du gouvernement
Dans les élections municipales, de tels mots d'ordre doivent être présents en lien avec la nature du scrutin, avec son caractère local, avec les questions concrètes qui permettent de toucher les électeurs.
Pour les élections européennes, il faut relier ces mêmes mots d'ordre avec le refus de l'Acte unique de 1992, l'exigence d'un Acte social unique, les revendications et l'unité pour battre les droites et faire entendre un courant pour l'unité et l'indépendance ouvrière en Europe. THÈSE N° 8
Notre démarche est celle du Front unique ouvrier. Nous cherchons à mettre en avant, en pratique, sur des mots d'ordre précis, correspondant aux aspirations des masses, des mouvements unitaires, démocratiquement conduits, allant jusqu'au bout pour obtenir satisfaction. Il faut avoir le souci dans chaque cas de rassembler, malgré les directions, 1' ensemble du mouvement ouvrier autour des revendications fondamentales mise en avant par les travailleurs ou la jeunesse. C'est par l' organisation de campagnes de masse nationales bien choisies que l'on peut le plus concrètement faire progresser (en dehors des grèves ou luttes) le Front unique ouvrier. Dès que de tels mouvements de masse naissent, croissent, les directions social-démocrates et staliniennes sont en porte-à-faux et nous pouvons mieux qu'elles nous faire entendre, nous lier aux mobilisations, consolider ou construire des structures démocratiques, soit temporaires (comités de grève) soit durables (des sections syndicales vivantes). Et au sein de tels mouvements, nous pouvons par un travail de politisation, d'éducation, gagner 1' avant-garde qui en émerge. L'exemple 35 de la mobilisation démocratique, unitaire, des jeunes en décembre 86 est une leçon. L'exemple des coordinations de cheminots, d'instituteurs en janvier 87 est une voie à suivre, ainsi que celle des infirmières, des ASH, des postiers, etc ...
Ceci implique une priorité au travail syndical, de masse, en profondeur pour construire et faire vivre des sections vivantes autour de 1' aspiration-clef à 1 'unité et de mots d'ordre uniftants, répondant aux aspirations élémentaires des travailleurs. Nous agissons avec constance pour l'unité d'action syndicale, pour faire mûrir 1 'exigence d'une centrale unique et démocratique rassemblant tous les salariés sur la base de la défense concrète, active, de leurs intérêts. Au cours des luttes, nous oeuvrons à impulser les assemblées du personnel, l'élection de comités de grève associant les syndicats, favorisant la prise en main collective, responsable, de la lutte par les salariés eux-mêmes .
. Dans la CGT, premier des syndicats, menacé par la politique de division, de manipulation des luttes par les staliniens qui la dirigent, nous défendons l'idée d'un grand syndicat de masse, unitaire, pluraliste, démocratique, appuyé sur les luttes. Nous nous opposons aux journées d'action télécommandées, non unitaires, ainsi «qu'aux coups de mains» imposés pour faire valoir le sigle CGT plutôt que d'oeuvrer à faire faire un pas en avant collectif de tous les salariés quel que soit leur degré d'organisation. Nous cherchons à faire vivre et débattre le syndicat comme reflet sensible des exigences de la base, comme instrument naturel de tout salarié quelle que soit son opinion politique, philosophique ou religieuse .
. Dans la CFDT, contre les méthodes bureaucratiques et le participationisme accru du noyau dirigeant à la gestion des affaires du capitalisme, nous luttons pour y défendre la conception élémentaire du syndicalisme de lutte des classes, revendicatif et indépendant. Là aussi nous y luttons pour 1 'unité d'action, sans préalable, sans exclusive : dès lorsqu'il y a revendication surgie de la base et soutenue par elle, nous prônons la lutte jusqu'au bout, pour gagner contre 1' adversaire patronal. Les intérêts de l'ouvrier et du patron ne sont pas conciliables, tel est l'essence des expériences de toute l'histoire du syndicalisme dans le monde, à défendre au sein de l'actuelle CFDT .
. Dans Foree ouvrière nous augmentons notre présence, car on ne peut imaginer réellement l'unité d'action ou une centrale unique et démocratique, sans que cette centrale soit associée. L'appareil de ce syndicat louvoie difficilement entre les pressions d'une base qui veut davantage «d'action»,- et pour cela, ne peut ignorer «l'unité d'action» avec la CGT et la CFDT- et la traditionnelle préférence de la direction pour les négociations à froid dans les divers organismes paritaires. Impulserl'exigencedeluttes,degrèves,c'estreconfrontercesyndicatàl'ensemble du mouvement ouvrier, c'est nourrir les débats en son sein .
. Dans la FEN, nous appuyons tout ce qui peut conserver et élargir la vocation unitaire de ce syndicat, contre la politique et les manoeuvres de ses directions. La FEN conserve une place particulière parce qu'elle a refusé la scission syndicale et nous la défendons en ce sens. Mais il reste à faire vivre réellement ses structures de base, à ne pas se replier sur les seules tendances, à affirmer son indépendance pour défendre les revendications des personnels, sans concessions, ni sur les salaires, ni sur la défense de 1' école publique. Nous valorisons le droit de tendance et cherchons à en faire un exemple meilleur pour tout le mouvement syndical .
. Dans les UNEF, nous luttons pour un grand syndicat, démocratique et indépendant unifié des étudiants- et pareillement pour un syndicat lycéen et collégien. Nous développons dans 1 'UNEF-ID une large opposition à vocation majoritaire contre la direction social-démocrate et ses différentes composantes. Il y a des revendications propres à la jeunesse en formation qu'il faut défendre pas-à-pas, par une présence régulière sur ce terrain dans les facultés et les lycées: c'est la meilleure approche de la masse du milieu, celle qui permet de le mettre en mouvement et, vu qu'il se politise très vite dès qu'il lutte, de gagner les éléments d'avant-garde à la construction des JCR (les JCR étant elles-mêmes investies dans le travail syndical, à fond, et se distinguant, en tant qu'organisation de jeunes liée à la IVè Internationale, par 1 'animation de campagnes politiques, le savoir faire dans les mobilisations de Front unique, l'éducation des militants d'avant garde émergeant du mouvement de
36
masse).
Cette conception globale d'un travail de masse selon une orientation de Front
unique est l'avenir de la LCR. C'est ainsi durablement qu'elle se forgera une nouvelle image au coeur du mouvement ouvrier. C'est ainsi profondément qu'elle dépassera ses difficultés chroniques actuelles.
Cette même conception de front unique, faisant vivre des organisations de masse, des comités, en fonction de buts précis, de thèmes délimités susceptibles de rassembler largement, conduit notre activité sur des terrains aussi divers que la construction de «SOS-Racisme», la construction d'un mouvement autonome pour les droits des femmes, le développement du mouvement an ti-apartheid en Afrique du Sud, la solidarité permanente avec la révolution nicaraguayenne, l'activité antimilitariste, pour le désarmement et pour les droits démocratiques des soldats. Chaque fois, en tenant compte des spécificités, en adaptant les mots d'ordre, nous avons la même méthode globale de Front unique.
Un exemple est la construction de «SOS Racisme» comme organisation de masse, antiraciste, unitaire et indépendante. Par ses campagnes sur des thèmes populaires, par la continuité de ses initiatives sur une période de plusieurs années, «SOS» s'est taillé une audience de masse qui a donné un coup d'arrêt à l'extrême-droite et a pesé notamment dans la jeunesse, par les grèves de décembre 86. Le bilan de 1' existence de SOS est positif, nous y militons en priorité pour construire l'association, mais nous y avons une responsabilité particulière pour y développer la démocratie, pour y populariser une politique unitaire sans exclusives et y défendre jusqu'au bout les revendications. THÈSE N° 9
Les élections sont un terrain de la lutte politique entre les classes. Elles sont 1 'occasion de campagnes politiques centrales qui nous permettent de nous faire connaître et de nous construire en défense des intérêts historiques des travailleurs. C'est en toute indépendance que nous élaborons, à partir de notre programme et de nos analyses de la situation politique des plate-formes adaptées à chaque éché~mce électorale. Nous ne sommes pas enfermés dans un cadre d'alliances permanent qui conditionnerait nos plate-formes ou nos candidatures. Au coup par coup, nous décidons de la meilleure façon de nous présenter, de faire partager notre conception de l'unité ouvrière, des luttes, des institutions, etc. Ainsi la LCR avait-elle à l'occasion de la présidentielle, en soutenu P. Juquin sur la base de «3 axes», résumant à ce moment-là ce qui pouvait être un véritable discours populaire pour une campagne de masse. A l'avenir, cette méthode doit être adaptée :
A. Pour les municipales de mars 1989, nous élaborons indépendamment la plateforme politique qui nous semble appropriée: nous sommes pour des listes d'unité ouvrière indépendante de la bourgeoisie, indépendantes du gouvernement de coalition Rocard-Soissons.
La première condition claire, inscrite au frontispice de tout accord, c'est-à-dire le refus de 1' ouverture, c'est le refus de 1' alliance avec la droite et la critique à 1' égard de la politique du gouvernement Rocard, c'est la première chose que nous exigeons pour discuter ensuite d'une liste.
Cette plate-forme pourrait être discutée à tous les niveaux. Notre projet est cependant national et pas seulement municipal. Nous entendons présenter des listes sous un même label autour d'un appel commun dans le plus grand nombre de communes possibles - en évitant autant que possible la dispersion des listes défendant la même politique. Pour qu'une telle démarche ait un sens, il n'est pas pensable de ne pas avoir de grandes références communes :
37
10-
. 35 heures sans diminution de salaire.;
. Indexation des salaires sur les prix, rattrapage du pouvoir d'achat ; . SMIC à 6 000 F ; contre le RMI de Rocard, pour un RMI égal au SMIC . défense de l'école publique: fonds publics à l'école publique;
. défense pour tous de la Sécurité Sociale ;
. droit de vote pour les immigrés ;
. égalité des droits hommes/femmes ;
. défense de l'environnement ;
. abrogation de la loi Méhaignerie.
20-
. soutien aux luttes des travailleurs, des jeunes ;
. soutien à l'unité et à la démocratie syndicale;
. appel à l'unité des organisations ouvrières contre la droite,
. engagement au désistement pour battre les listes de droite au 2ème tour.
JO •
. opposition à la politique etaux alliances conduites par le gouvernement Rocard : non à l'ouverture à droite ;
. gouvernement de gauche issu de la majorité de gauche pour un véritable changement, pour le socialisme ;
. pas de participation à des listes comprenant des bourgeois, hommes de droite, pas de désistement pour des listes de «gauche» dirigés par des bourgeois.
Nous proposons à nos partenaires potentiels, sans exclusives, de discuter d'une telle plate-forme et nous sommes prêts à la négocier à condition que les éléments indispensables, selon nous, à une vraie politique de gauche ne soient pas supprimés.
Nous cherchons à avoir des élus : pas par des compromis ni par des accords sans principes mais en tant qu'élus de listes indépendantes, d'unité ouvrière, sans ambiguïté dans la critique de la politique du gouvernement Rocard, sans participer à des listes cautionnant «l'ouverture à droite».
Au premier comme au second tour, tout dépend de la plate-forme politique ci-dessus résumée, que nous mettons en avant : nos alliances et notre tactique y sont totalement subordonnées.
Nous proposons cette plate-forme à toutes les forces concernées :
1 °) Si les directions de LO, du MPPT, du Mouvement des Rénovateurs Communistes, de laFGA, du PSU acceptent de répondre à nos offres de rencontre, de débat, d'accord sur une plate-forme de ce type, nous chercherons à constituer des listes communes partout où cela se pourra, en référence à un sigle et une plate-forme nationale.
2°) Si· des sections ou des militants du PS et du PC en opposition ouverte à la politique gouvernementale et «à l'ouverture à droite» acceptent le débat et la participation à des listes communes, nous sommes prêts à passer un accord pour peu que la clarté soit faite sur cette plate-forme.
3°) Si les CIPUNPAG ou ce qu'il en reste au lendemain des Assises des 3-4 décembre 1988, approuvent une telle plate-forme, nous travaillerons ensemble pour les municipales.
Le paragraphe ci-dessous sera soit remanié, soit enlevé et transformé en annexe, en motion séparée d'ici au Congrès
«Mais la question des CIPUNPAG se pose différemment dans la mesure où, à l'automne 88, nous en sommes encore partie prenante :ces "comités" ont changé de nature et de composition depuis leur lancement à l'occasion de la campagne présidentielle de Pierre Juquinfin 87, début 88. Ces comités n'ont toujours pas de plate-forme politique mais sont traversés de courants inconciliables. Ces comités tendent à se survivre et à s'organiser mais sans avoir la base d'une force politique durable nouvelle. LaLCR entend conserver toute son indépendance à l'égard des CIPUNPAG, elle n'entend pas se plier à une décision majoritaire de ceux-ci, elle ne reconnaît pas leur exécutif ou leur coordination comme étant représentatifs. Aussi nous proposons notre plate-forme municipale à la discussion des comités. de leurs Assises, mais en précisant à quelles conditions et selon quelles modalités nous entendons en discuter :
- l'attitude par rapport au gouvernement Rocard et à sa politique d'ouverture
38 n'est pas négociable;
-les revendications clefs ne sauraient être révisées en baisse dans la plate-forme;
- l'exigence de l'unité contre la droite, du désistement doit être présente;
-les listes présentées localement doivent être rattachées à un label national et une plate-forme de référence nationale, nous ne saurions participer à un "patchwork" de listes et de plate-formes au profil incohérent ("vert et rouge", "arc-en-ciel", et "Union de la gauche").
Si le débat et les décisions des CIPUNPAG permettent l'accord, sans exclusives à l'égard des autres partenaires susceptibles de s'associer, nous ferons des listes communes. Si tel n'est pas le cas, les organisations, les comités composant ce regroupement issu de la campagne présidentielle passée de Pierre Juquin agiront chacun de leur côté».
B. Pour les élections européennes de juin 1989. Notre démarche est guidée par les mêmes principes. D'abord l'élaboration d'une plate-forme :celle adoptée par le CC de la LCR en juin 88, soumise au SU et au CEl de la IV Internationale .
. Contre l'Acte unique de 92, pour un Acte social, pour l'harmonisation des législations sociales par le haut. C'est le thème central.
. Pour les revendications clefs;
. pour l'unité internationale dans les luttes;
. pour battre les droites, pour gouverner à gauche, pour 1 'Europe des travailleurs et de la jeunesse.
Une campagne d'agitation politique. Pas une campagne vert-rouge, arc-en-ciel, rose, tous azimuths. Un point de vue de classe, pas un point de vue interclassiste.
Nous soumettons cette plate-forme à tous nos partenaires, notamment aux Rénovateurs, Lü et le MPPT, mais aussi au PSU, à la FGA, et à tout groupement qui pourrait être concerné par la discussion et la constitution d'une liste sur de telles bases.
Cette méthode pour nouer telle ou telle alliance lors d'échéances électorales est une question de principes : en aucun cas nous ne commençons une négociation sans avoir préalablement, publiquement et en toute indépendance, notre plateforme politique en tant que LCR.
Ensuite, nous voyons quel type de compromis si cela s'avère nécessaire, quels candidats soutenir, quelle tactique, tout en respectant les principes fondamentaux de notre plate-forme indépendante.
Ceci dit, nous avons un préjugé sur la nature de nos alliés : il convient de nous tourner vers des groupes, forces, courants qui ont une influence sur les larges masse ou sont en prise réelle avec la crise du mouvement ouvrier et non pas à priori sur des secteurs dits «avant-garde large» ou «alternatif», ou «à gauche de la gauche». Un tel enfermement nous coupe de la large majorité des travailleurs, des femmes, des jeunes qui votent par millions PS et PCF. THÈSE N° 10
Nous avons le souci de faire passer le programme de la LCR (SFQI) dans l'action, de former et de recruter des cadres expérimentés au travail de masse sur une ligne de Front unique et tout à fait liés aux préoccupations quotidiennes des travailleurs et de la jeunesse d'aujourd'hui.
La LCR (SFQI) est 1 'instrument indispensable pour cela. Elle est, comme section indépendante de la IV Internationale, ayant accumulé des acquis théoriques et pratiques irremplaçables, le cadre unique aujourd' hui, pour construire une direction, sélectionner et former des militants d'avant-garde.
L'analyse politique et les orientations en matière de travail de masse, sur tous les terrains, exposées dans les présentes thèses, n'ont de sens qu'à la condition de renforcer d'abord la LCR, de la réorienter et de la dynamiser à nouveau.
Nous nous tournons vers les larges masses influencées par le PS et le PC. Nous oeuvrons à faire naître des contradictions entre les aspirations des masses et les directions de ces organisations.
Nous proposons pour la LCR une méthode de construction basée sur une démarche de Front unique ouvrier, comme elle ne 1' a jamais pratiquée jusque là, durablement et méthodiquement. Nous proposons de rompre avec une orientation erronée vers «la gauche de la gauche» et de prendre toute notre place au coeur du mouvement ouvrier tel qu'il est, d'y faire reconnaître notre efficacité en même temps que la justesse de notre programme.
Nous pensons, par notre histoire et notre programme, être le noyau de la construction d'un parti révolutionnaire.
Théorie et pratique sont liées. Sans théorie, pas de parti révolutionnaire. Mais sans
39
illustration pratique de la théorie, sans définition commune des tâches, sans accord sur une politique concrète de Front unique, une nouvelle majorité, une nouvelle direction de la LCR ne pourrait se constituer sérieusement et agir durablement.
Inversement, une conception pragmatique, purement tactique et immédiate des tâches qui ne se situerait pas clairement dans une même projet de construction révolutionnaire aboutirait à un gaspillage, à une usure des forces actuelles de la LCR (SFQI).
C'est pourquoi ce présent projet de 10 thèses se complète par un projet de thèses sur «la construction du parti». Les 13 camarades qui, au CC de la LCR, présentent ces deux projets de thèses complémentaires sont à 1' ouverture du débat de congrès, le 22 octobre 1988, non seulement le regroupement le plus important numériquement, mais le seul qui présente en cohérence deux documents sur les deux points à 1' ordre du jour du CC.
Note Ce texte a été voté par 12 camarades du CC et 1 camarade de la CCC.
40