La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Redonner un sens à la construction de la LCR

Critique communiste, n° 78, novembre 1988 · p. 41-54 · 9 814 mots

L'ENJEU DU IXÈ CONGRÈS DE LA LCR (XXXÈ DE LA SFQI)

REDONNER UN SENS

A LA CONSTRUCTION DE LA LCR

(Texte présenté par 6 camarades du CC et de la CCC)

La LCR est en crise. Ce n'est pas nouveau. Mais jamais sans doute, depuis deux décennies, notre parti n'a été aussi près d'atteindre un point de non-retour.

Les manifestations de la crise sont connues : une organisation qui voit s'effriter lentement mais sûrement ses effectifs, dont les instances de base, ses cellules, se meurentd'ennui,dontlapresseestpeuetmaldiffusée ... etquin'estdoncplusvécue par la plupart de ses militants et de ses sympathisants comme le levier indispensable pour leur intervention, pour la construction du parti. Il en résulte une perte de substance politique et programmatique qui ouvre la possibilité de dérapages en série et à tous les niveaux. La question de la direction- comment est dirigée 1' organisation et pour quoi faire -concentre de manière explosive tous ces symptômes.

Quiconque prétendrait trouver dans la situation objective 1 'explication à cet état de fait commettrait une faute majeure. Il n'est pas vrai que la situation est défavorable pour les révolutionnaires, ni à court terme ni même à l'échelle du

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moyen ou long terme prévisible. Nous n'avons pas été confrontés à une longue période de reculs et, depuis l'hiver 1986-1987 au moins, les développements sociaux inscrits dans la réalité des rapports de forces nous ont donné maintes occasions de mettre en oeuvre et de faire valoir notre politique. Il faut en conséquence rechercher ailleurs, dans les choix d'orientation majoritaires, les causes d'une aggravation sans précédent de la crise du parti. 1. AUTOPSIE D'UNE CRISE

La crise actuelle de la LCR s'est ouverte avec le Vllè Congrès (novembre 1985) après avoir connu ses premiers développements au niveau du comité central un an plus tôt, en septembre 1984. Ce qui était alors en jeu, c'était la politique dite de 1' alternative par opposition à celle dite du petit parti d'action.

A 1' époque, les camarades majoritaires ne «voyaient» pas, disaient-ils, entre ces deux orientations des contradictions insurmontables ... La vie et les faits ont tranché. Par glissements successifs, mois après mois, CC après CC, les acquis de la politique de construction mise en oeuvre après la scission de 1979 et poursuivie- avec des hauts et des bas - jusqu'en 1984, ont été remis en cause. Et même si la politique concrète de l'alternative fut un fiasco retentissant, elle n'en resta pas moins la référence obligée- quant à ses fondements- de la direction ( «recomposition à froid, à gauche de la gauche, à /a faveur de médiations-détours»).

C'est dans ce contexte que le Vlllè Congrès (mai 1987) et dans la foulée la Conférence nationale de novembre 1987 s'engagèrent dans un soutien pratique et sans condition à la campagne réformiste de Pierre Juquin. Il n'était pourtant pas difficile de prévoir- certains camarades l'ont fait- le cours politique qu'allaient suivre J uquin et la majorité des forces engagées derrière lui et avec la LCR dans les comités.

Mais il y eut pire : 1' engagement pris par 80 % de 1 'organisation de «tester» à cette occasion la possibilité de construire une nouvelle force politique à l'issue de la campagne. Se trouvait ainsi confirmé le risque que la perte de substance consécutive à l'application de l'orientation de l'alternative ne débouche sur un dérapage majeur.

Et du dérapage majeur à la théorisation de celui -ci, il n'y a qu'un pas que certains camarades ont allègrement franchi dans le débat sur la construction du parti, dessinant les contours d'uncourantliquidateurqui s'assume en tant que tel. Pour ceux-ci, le mieux que puissent espérer les révolutionnaires aujourd'hui en France, en Europe (et ailleurs?), c'est la construction d'un parti centriste, et encore s'agit-il d'un optimum qui ne sera peut-être même pas atteint. Logiquement, ces camarades propose~t que nous nous attelions à la construction directe de ce parti au mieux centriste, au pire réformiste, puisque ce serait à 1' ordre du jour.

D'autres camarades ont perçu le danger, y compris dans les rangs de la direction mais, par trop préoccupés à justifier leurs propres erreurs, ils en sont venus à accréditer une approche «théorique» de notre propre histoire qui nous tire très loin en arrière. Au nom d'un «trotskysme non sectaire» (qu'est-ce que le «trotskysme sectaire» ?) et de la recherche de médiations-détours ou de médiations-raccourcis, ils présentent une vision qui n'est pas dégagée du lourd héritage entriste et des déviations «pablistes» concommitantes à celui-ci ; ils préconisent entre deux médiations, entre deux aventures, la construction de la LCR, mais le font comme s'il s'agissait d'un mal nécessaire, d'une sorte de parenthèse en attendant que la situation s'éclaircisse sur le front des médiations. Un projet de construction sur la durée est incompatible avec une telle vision de la tactique de construction, qui est parfaitement inadaptée à la construction d'un parti qui soit toute autre chose qu'un simple courant d'idées. Les faits confirment amplement cette perte de substance, y compris au sein du noyau de direction réputé «historique» C'est précisément des rangs de la majorité qu'est venue par exemple s'imposer une conception et une politique adaptationnistes dans l'intervention en direction du parti social-démocrate. Le cours pour le moins ambigu quant aux problèmes que nous pose le gorbatchévisme -le «chiche»-, par exemple, a exactement la même origine. Il s'agit du danger principal dont doit s'écarter le parti au travers de son IXè Congrès : le

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renoncement, revendiqué ou non, à la construction de la LCR sur la durée, comme organisation révolutionnaire indépendante, comme organisation communiste ouvrière, avec ses implications concrètes, politiques et idéologiques.

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2. VINGT ANS APRÈS •••

En proie à une démoralisation profonde, beaucoup de camarades tirent implicitement un bilan largement négatif de deux décennies de construction de la LCR comme organisation indépendante. Combien de fois n'entend-on pas des propos du genre : «On a tout essayé depuis vingt ans et nous en sommes toujours au même point, voire nous avons même régressé ... » Voilà pourquoi il importe de reprendre, une nouvelle fois, la question de notre bilan à bras le corps.

Nous devons souligner en premier lieu que la situation actuelle de 1' organisation n'est que dans une certaine mesure le produit de facteurs objectifs. Avec la situation que nous avons connue depuis 1968, nous pouvions nous construire. Certes, en 1' absence d'événements majeurs de la lutte des classes, nous ne pouvions certainement pas construire à froid un parti révolutionnaire de plusieurs dizaines de milliers de membres. En revanche, la construction d'une force deux fois, trois fois plus forte que la LCR actuelle- en terme d'effectifs et d'implantation- était objectivement à notre portée. Remarque qui n'est pas de détail car chacun peut imaginer ce qu'une force dynamique, correctement centralisée, disons de quatre à cinq mille membres, largement implantée dans la classe ouvrière et disposant d'une organisation de jeunesse correspondant à son rayonnement, serait en mesure de faire dans la situation politique que nous connaissons. Que 1' on songe aux luttes de 1' hiver 1986-1987 ou bien encore au printemps dernier, si nous avions développé par rapport à la SNECMA une activité comparable à ce que nous avions fait en 1973 par rapport à Lip ... Cela modifierait à l'évidence le paysage politique général et il ne se trouverait probablement pas grand-monde dans nos rangs pour remettre en cause une tactique de construction mettant au centre la construction d'un parti indépendant.

Il faut donc s'entendre, en allant à l'essentiel, sur nos échecs des vingt dernières années. C'est sans doute la condition pour qu'apparaissent clairement les questions qu'il faut résoudre à 1' avenir si nous voulons remettre la construction de la LCR sur de bons rails.

Ces échecs ne sont que très partiellement imputables à des problèmes d'orientation politique au sens étroit où on 1 'entend généralement dans nos rangs (analyse de la conjoncture politique, définition dans ce cadre de mots d'ordre généraux, consignes et campagnes électorales, formule de gouvernement, etc.). Ces questions ne prennent pour les révolutionnaires une importance décisive que lorsqu'ils sont en mesure de décider du cours réel des choses par ce moyen, autrement dit dans des situations assez exceptionnelles. Le reste du temps, quand nous sommes le plus souvent cantonnés à un travail de propagande et d'éducation, même à une échelle large, entrecoupée de phases d'embellie où nous pouvons passer directement à l'agitation de masse, mieux vaut naturellement avoir la politique la plus juste possible ... mais son degré de correction ne détermine pas directement notre construction sur la durée. C'est au plan du projet pratique de construction que se joue d'abord et avant tout l'affaire. Nos échecs- évidemment toujours relatifs, en particulier par rapport aux autres courants révolutionnaires - dans la jeunesse et dans la classe ouvrière 1' attestent. 2.1. Dans lajeunesse

Nos échecs sur ce plan sont sans doute de ceux qui ont le plus marqué une génération qui avait trouvé ses marques politiques à partir de la place qu'elle avait su gagner dans la jeunesse. Notre capacité réelle à intervenir dans la gestion des luttes jeunes ne saurait se confondre avec le fait de se construire en tant qu' organisation d'avant-garde parmi les nouvelles générations. C'est précisément cette incapacité à polariser au-delà du conjoncturel la radicalisation jeune et à construire une authentique organisation qui aboutit à la réalité actuelle des JCR. Il n'y avait pourtant aucune fatalité à ce qu'il en soit ainsi.

La politique suivie ces quatre dernières années par la LCR, de l'alternative à la campagne Juquin, la concentration quasi exclusive des forces jeunes dans les

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facultés selon la pente de la plus grande facilité et la volonté de la direction de la Ligue d'accrocher à n'importe quel prix les wagons jeunes au convoi de ces politiques ont forcé le trait jusqu'à la caricature.

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2.2. Dans la classe ouvrière

L'échec est au moins aussi patent Le sort réservé au vieux serpent de mer du tournant vers 1' industrie en témoigne. D'où, trop souvent, un sentiment largement répandu parmi ceux «qui ont donné» à tel ou tel moment de notre histoire que ce fut toujours en vain ... Et il est vrai que jusqu'alors la vague déferlante des résistances a toujours fini par devenir dominante, emportant à chaque fois une bonne partie de 1 'ouvrage patiemment construit précédemment Nous ne repartons pas fort heureusement à chaque fois de zéro, mais face aux maigres acquis que nous conservons après chaque phase de régression pèse l'immense gâchis, difficilement quantifiable, de la démoralisation et de la perte de crédibilité du projet lui-même.

Pourtant, s'il est une question qui devrait nous unifier, c'est bien celle de la nécessité du tournant pour une implantation dans les entreprises dans sa dimension stratégique. Pour être candidat à la direction de la classe ouvrière, pour battre en brèche 1 'influence des réformistes et orienter le combat de classe vers la conquête du pouvoir, encore faut-il que les révolutionnaires soient implantés là où se dénouent ces problèmes. Tout le reste - le comment faire - peut et doit être (re )discuté en permanence, mais à partir de cette approche générale. En vingt ans, nous pouvions, nous devions par un effort volontariste et durable modifier le gros de notre implantation pour en changer le centre de gravité et mettre au coeur de notre dispositif 1 'implantation dans la classe ouvrière industrielle ... Nous ne l'avons pas fait principalement parce que la direction ni dans sa totalité ni même dans sa majorité n'a pu ou voulu se résoudre à un tel choix qui heurtait de front sa manière particulière de concevoir l'intervention politique et la construction du parti.

Au bout du compte, 1 'organisation est extrêmement perméable à 1 'illusion qui consiste à espérer que tel raccourci, que tel détour peut nous dispenser d'une politique de construction, définie et appliquée sur la durée, dans la classe ouvrière.

De plus, nous avons beaucoup régressé dans la dernière période par l'effet combiné d'un coursopportunisteetd'un centre de gravité de l'activité qui s'est situé bien loin des entreprises.

La discussion sur la tactique de construction du parti pour le IXè Congrès s'ouvre dans ce contexte précis où l'affaiblissement constant de l'organisationdepuis que la majorité de sa direction a décidé à 1' automne 1984 de 1' engager dans l'impasse de l'alternative- nourrit les théorisations les plus dangereuses.

Signe tout à la fois d'une désorientation profonde, d'un aveuglement coupable et de méthodes inacceptables, la direction n'a d'ailleurs pas hésité à proposer de faire l'impasse, pour le congrès, sur la tactique de construction du parti. En outre, cette question qui divise profondément les rangs de la section française rebondira inévitablement dans le cadre de la préparation du Treizième Congrès mondial. Les débats, les différenciations qui s'opèrent dans d'autres sections ou groupes de l'Internationale, notamment en Europe, renvoient à la même question de la tactique de construction, même_ si les termes concrets du débat varient bien évidemment d'un pays à l'autre. 3. L'ACTUALITÉ DE LA RÉVOLUTION

Si 1 'histoire de toutes les sociétés humaines jusqu'à nos jours se confond avec celle de la lutte des classes comme le proclame le Manifeste communiste, le vrai visage du capitalisme sénile de la fin du :XXe siècle confirme plus que jamais la vieille alternative entre socialisme ou barbarie. Le siècle quis' achève aura en effet connu bien des drames historiques dont le moindre ne fut pas la trahison de 1' espoir qui s'était levé pour des dizaines de millions d'hommes et de femmes en octobre

1917.

L'étranglement de la première révolution prolétarienne victorieuse, la destruction méthodique par Staline du Parti bolchevik et de 1 'Internationale communiste, la confiscation par la bureaucratie du pouvoir conquis et détenu pour la première fois de 1 'histoire humaine par la classe ouvrière organisée dans les soviets devaient imprimer un cours tragique à 1 'histoire de ce siècle.

Dans la première partie de celui-ci, les forces contre-révolutionnaires purent de ce fait endiguer les poussées des masses au prix de défaites sanglantes pour le prolétariat devant Mussolini, Tchang-Kaï-Chek, Hitler ou Franco que n'ont pu totalement annuler jusqu'à ce jour les victoires ouvrières depuis 1943. Le système capitaliste continue en effet à se survivre dans ses citadelles principales, aux Etats-Unis, au Japon et dans la Vieille Europe capitaliste notamment. L ' impérialisme

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maintient sous le joug de sa domination barbare des centaines de millions d'êtres humains dans les pays dominés. Le pouvoir bureaucratique lui-même n'a pu se maintenir durablement en URSS, en Chine qu'à la faveur de cette situation que

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n'avait pu prévoir aucun dirigeant révolutionnaire depuis Marx. Là réside la raison objective, la base matérielle qui a permis que renaissent de leurs cendres, avec une force apparemment renouvelée et en dépit de leur faillite, les théories et perspectives réformistes, les staliniens et les sociaux-démocrates, joignant partout leurs efforts à ceux des capitalistes pour désarmer le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière.

Cependant, l'actualité de la révolution se fait plus pressante depuis le milieu des années quatre-vingt, entrant en écho avec la levée de nouvelles générations dans les trois secteurs de la révolution mondiale.

A l'Est,les développements récents tant en URSS que dans les autres «démocraties populaires» annoncent une nouvelle poussée de la révolution politique. Ni les réformes économiques sous le label de la «perestroïka» ni même le cours de coexistence pacifique suivi par l'équipe de Gorbatchev ne sont de nature à différer durablement une telle poussée. La part prise par la nouvelle génération ouvrière dans les grèves du dernier été polonais témoigne, entre autres événements, de l'ampleur de la radicalisation et du champ nouveau quis' ouvre pour la construction de partis révolutionnaires, de sections de l'Internationale dans ce secteur de la révolution mondiale.

Dans les pays dominés, en particulier ceux qui ont connu un processus rapide d'industrialisation qui a fait naître une classe ouvrière urbaine jeune et puissante, la poussée des mouvements de masse a contraint à des transitions démocratiques aussi fragiles qu'instables, que le nouveau contexte de coexistence pacifique entre l'Est et l'Ouest est censé raffermir. Mais c'est compter sans l'approfondissement de la crise générale de l'économie capitaliste qui engendre un peu partout des situations explosives et, là encore, ouvre le champ pour la construction de forces révolutionnaires indépendantes dont témoigne par exemple l'expérience de construction de nos camarades du PRT au Mexique.

Dans les métropoles impérialistes, la crise qui perdure souligne avec force l'impérieuse nécessité d'une solution de rechange socialiste. A l'heure où les forces capitalistes du Vieux Continent tracent sous la bannière de l'austérité la perspective de leur Europe, entité économique et politique supra-nationale, bâtie sur le dos des travailleurs et des peuples, il y a mieux à faire qu'à désespérer de la lutte de classe. D'autant que le regain de luttes ouvrières face à la politique d'austérité dans plusieurs pays durant le premier semestre de 1988 (RFA, Italie, Portugal, Grande-Bretagne, France ),le maintien de courants non prolétariens ancrés dans une problématique d'opposition au système (tels les Grünen en RFA) et la crise profonde de la domination des partis réformistes dans le mouvement ouvrier témoignent des possibilités ouvertes pour une politique et une intervention directes des révolutionnaires parmi les masses, sous le drapeau des Etats-Unis socialistes d'Europe.

Les réformistes qui parlent de «mutations», de «nouvelle révolution industrielle» pour décrire l'approfondissement de la crise capitaliste, espérant grâce à cette opération de camouflage bénéficier des faveurs des classes bourgeoises qu'ils servent avec zèle, parient de manière totalement irresponsable sur une «sortie douce de la crise». Pour les jeunes et les travailleurs,l' actualité de la crise a en effet un tout autre visage: celui de l'explosion du chômage, de la généralisation de la précarité de l'emploi, des mesures d'austérité sur les salaires, des coups portés contre la protection sociale, qui rendent compte de l'impossibilité d'amender ce système d'exploitation. La crise capitaliste, c'est encore la course aux armements, le massacre de l'environnement à la tronçonneuse du profit, sans compter la renaissance de courants xénophobes et racistes qui préparent le terrain pour une attaque d'envergure contre les droits démocratiques. Dans ces conditions, il est bien difficile d'occulter l'enjeu véritable de la situation : soit les capitalistes infligeront une défaite majeure à la classe ouvrière, soit cette dernière trouvera les moyens d'imposer ses exigences ; mais dans tous les cas l'affrontement est inévitable.

Prétendre dans ce contexte que le clivage réforme/révolution ne serait plus aussi pertinent que jadis, c'est confondre le champ clos des débats en compagnie des revenus de tout, et surtout du socialisme et de la révolution, avec ce qui se joue pratiquement aujourd'hui dans la classe ouvrière, en particulier chez les jeunes où le maillage des réformistes est beaucoup moins serré qu'il ne l'était il y a quelques années encore.

Nous devons tout au contraire centrer notre propagande et notre agitation de masse autour de l'actualité pratique de ce clivage pour le temps présent. Nous devons de plus montrer en quoi la solution socialiste est la seule capable d'intégrer les aspirations de l'ensemble de la société, comme par exemple celles concernant l'environnement ou l'antiracisme. C'est sur ce terrain que nous pouvons gagner au combat révolutionnaire de la classe ouvrière ceux qui se mobilisent de manière

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radicale sur des terrains comme l'écologie, les droits de l'homme ou la paix. Les réformistes sont incapables avec leur politique de répondre à ces aspirations.

Encore faut-il que vive dans les rangs de la classe ouvrière une orientation, et donc

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une organisation pour la porter, capable de fournir une alternative révolutionnaire aux vieilles directions. Telle peut et doit être notre ambition. 4. DANS UNE SITUATION CHAOTIQUE ••• un nouvel espace pour les révolutionnaires

Les traits généraux de la situation qui confirment l'actualité d'une perspective révolutionnaire au plan international se retrouvent dans la situation française, sous la forme d'une combinaison naturellement particulière.

La montée en puissance de 1' activité gréviste de la classe ouvrière qu'attestent les statistiques faisant état d'un doublement du nombre de journées de travail perdues pour fait de grève au premier semestre de 1988, en pleine période électorale, apporte un démenti cinglant à tous ceux qui doutaient de la capacité de la classe ouvrière à engager une contre-offensive contre la politique d'austérité. Ces grèves ne sont pas le fruit de journées d'action sans lendemain, mais bien celui de luttes de masse. Le recours quasi systématique à des formes diverses d'auto-organisation confrrme en outre un niveau de conscience élevé. Les conflits engagés dans de nombreux secteurs sur les salaires dès le printemps de 1988 et qui s'amplifient aujourd'hui font apparaître la nécessité d'une perspective d'ensemble, unifiante, pour gagner sur les revendications face au gouvernement et au patronat. C'est pour une large part dans cette réalité de 1' activité ouvrière que s'ancre 1' actualité de la grève générale, mais elle répond également à la situation qui prévaut au plan que 1' on dit plus directement politique, celui des institutions étatiques, après la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République et les législatives de juin 1988 dans un tout autre contexte que celui de mai-juin 1981.

La situation qui s'ouvre sera en effet forcément marquée par une grande instabilité sociale et politique, déterminée par la corn binaison de plusieurs facteurs. 4.1. Une crise profonde des partis bourgeois

La bourgeoisie a été incapable de mettre à profit les deux années suivant mars 1986 pour restructurer son assise politique et sociale. La volonté chiraquienne de mise sur pied d'une politique à la Thatcher (dénationalisations, attaque frontale du mouvement ouvrier, «valeurs nationales» ... ) s'est heurtée de plein fouet aux grèves de l'hiver 1986-1987, moins de dix mois après le 16 mars. L'équipe Chirac fut dès lors paralysée dans la poursuite de son offensive. Aussi, même si le patronat a continué à porter des coups à la classe ouvrière, les difficultés du RPR, bridé par la cohabitation et le rapport de forces global, sans oublier le discrédit pour le «libéralisme» qu'a représenté le krach boursier, ont contribué à maintenir la bourgeoisie dans une prL~onde crise de direction politique, stigmatisée par la percée du Front national qui mord largement sur l'électorat populaire de la droite et se nourrit en partie de cette crise. Le contexte de 1' après-élection avec le coup tenté et réussi par François Mitterrand et Michel Rocard sur la Nouvelle-Calédonie, le refus de Barre et des «centristes» d'envisager une longue cure d'opposition alors qu'ils partagent les objectifs et l'essentiel de la politique conduite par le PS, ont encore accentué la crise de direction bourgeoise, ouvrant la voie à une possible radicalisation à droite de certains secteurs.

Le vote pour le Front national dans les consultations politiques nationales est en effet d'abord un vote de radicalisation de la petite-bourgeoisie, base électorale des partis bourgeois. Mais cette radicalisation sur les thèmes racistes, nationalistes, sécuritaires polarise autour de la petite-bourgeoisie un électorat populaire, ouvrier, dont une partie vient de 1' électorat gaulliste, mais d'autres soit de 1 'abstentionnisme ouvrier croissant depuis 1982, soit de l'électorat socialiste et communiste dont beaucoup ont voté Le Pen au premier tour de la présidentielle, Mitterrand au second. Il en résulte un double enjeu pour les révolutionnaires et le mouvement ouvrier : faire échec frontalementau développementd 'un parti fascisant; réorganiser sur une base de classe les éléments ouvriers dévoyés.

Si, jusqu'à ce jour, Le Pen a été incapable d'organiser les travailleurs, ou même d'adopter un discours démagogique anticapitaliste, sous le gouvernement Rocard, ce volet antigouvernemental, anti-parlementariste peut se développer sur la base d'une crise du mouvement ouvrier. La volonté du Front national de manifester le

1er Mai, le début de mise en avant de revendications sociales (solde égale au SMIC pour les appelés ... ), le nettoyage interne auquel s'est livrée la fraction groupée

46 autour de Stirbois rendent compte de ce risque. On ne pourra s'y opposer efficace-

ment qu'en traçant la voie d'un combat unitaire et anticapitaliste de la classe ouvrière s'opposant frontalement au consensus gouvernemental de gestion de

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1' austérité patronale. C'est pourquoi il importe que le combat antifasciste, loin de se limiter de la dimension démocratique que représente notamment la bataille pour 1' égalité des droits, nécessaire mais totalement insuffisante, se charge d'un contenu de classe indispensable. Rejouer des coalitions de Front républicain ou de Front populaire, rejouer Amsterdam-Pleyel face au Front national, en passant par pertes et profits la politique anti-ouvrière du PS et du gouvernement, ne ferait que démobiliser la classe ouvrière qui constitue le seul rempart réel devant 1 'éventualité d'une poussée fasciste de masse sur le terrain de la crise. 4.2. Une crise non moins profonde de l'ensemble du mouvement ouvrier politique

Jamais sans doute l'écart n'a été aussi grand entre l'apparence formelle des résultats électoraux et la réalité pratique de 1' encadrement de la classe par les partis réformistes dont témoigne entre autres phénomènes la désaffection croissante pour les organisations syndicales.

Ainsi, électoralement, les partis ouvriers ont gagné les échéances principales de la présidentielle et des législatives, avec une avancée très confortable de Mitterrand sur Chirac et un gain appréciable par rapport à mars 1986 dans les deux cas. Mais cela ne saurait occulter l'ampleur de la crise de direction qui sévit dans le mouvement ouvrier où les partis traditionnels ont vu leur autorité reculer de manière inexorable. Au plan électoral lui-même, si le passage d'un grand nombre d'électeurs du PCF au PS ne peut être interprété comme le signe d'un «glissement à droite», il n'en constitue pas moins un affaiblissement- qui va s'accentuer- du niveau d'organisation de la classe ouvrière par les réformistes. Le PCF représente une tradition d'organisation, vieille de plusieurs dizaines d'années, des travailleurs dans l'entreprise et le quartier. La social-démocratie ne représente rien de semblable et son gonflement électoral ne modifie en rien cette faiblesse d'implantation. Parallèlement, dans tous les derniers conflits significatifs, de Chausson et de la SNECMA aux mouvements de la rentrée 1988 dans la santé et l'audiovisuel, la perte de contrôle des réformistes est manifeste et, conséquemment, l'espace plus grand qu'il n'a jamais été pour les révolutionnaires, à condition qu'ils interviennent directement en jouant dans ce cadre leur rôle d'avant-garde, c'est-à-dire qu'ils indiquent clairement les voies et moyens pour gagner, ceux de la mobilisation unitaire et du mouvement d'ensemble vers la grève générale.

Tout cela résulte d'une crise de confiance des travailleurs dans leurs partis traditionnels, même si celle-ci n'a pas encore débouché sur un gain direct des révolutionnaires au plan politique, par exemple à 1' occasion d'échéances électorales.

Rarement, en effet, depuis vingt-cinq ans, les travailleurs auront attendu si peu de changement dans leurs conditions de vie de l'accession de partis ouvriers au gouvernement. L'absence de trêve électorale et d'>~tat de grâce» l'a amplement confirmé. Le vote du 8 mai 1988 pour Mitterrand, massif chez les travailleurs, aura vraiment été un vote «anti-crise», un vote «anti-Le Pen». Si les communautés immigrées et de jeunes issus de 1 'immigration ont poussé un «ouf» de soulagement de crainte de voir Chirac président aggraver encore leur situation et si les jeunes ont massivement plébiscité Mitterrand comme un «rempart démocratique», dans son ensemble la classe ouvrière sait qu'elle n'a rien à attendre de favorable de ce gouvernement, même si elle avait tout à craindre d'une victoire de la droite. Mai

1988 n'a été en aucune manière le remake de mai 1981. Et, face aux mauvais coups de la rentrée, la riposte ouvrière ne s'est pas fait attendre. 4.2.1. DuPCF ...

La crise endémique du PCF a des coordonnées multiples, tant internationales que nationales, même si les secondes sont aujourd'hui largement plus déterminantes que les premières. C'est une crise qui vient de loin et qui appelle inévitablement de nouveaux développements. Pour autant, celle-ci est marquée par des phases d'aggravation qui peuvent et doivent être des moments privilégiés de notre intervention en direction des militants de ce parti. La phase qui s'achève avait été provoquée par l'onde de choc des résultats électoraux de mars 1986. Il était tout à fait possible d'en sortir avec un gain de plusieurs dizaines de militants ouvriers

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gagnés au marxisme-révolutionnaire, gain qui pouvait dans une certaine mesure modifier tant notre implantation que notre image dans une série d'entreprises et de localités importantes. Mais, pour cela, il aurait fallu intervenir directement en tant

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que parti dans cene crise pour y porter une bataille de clarification autour des questions clés qui établissent une claire ligne de partage entre réformistes et révolutionnaires. Ce n'est pas ce qu'a fait la LCR. Sa direction a préféré accompagner, voire susciter une cristallisation sur des positions intermédiaires, au départ réformistes radicales, du «conglomérat hétéroclite» que constituait la mouvance rénovatrice. Elle n'a pas hésité à soutenir, sans un mot de critique, des campagnes réformistes comme celles d' Amicabile en Meurthe-et-Moselle ou celle de Juquin auplannational,accréditantdanslesrangsdenotrepartietautourdeluil'idéed'une évolution à gauche -la trop fameuse dynamique - naturelle et quasi inéluctable du courant rénovateur.

Les faits ont tranché et condamnent une nouvelle fois ce cours politique opportuniste. Le résultat est en effet doublement négatif : d'une part nous ne ressortons pas en tant que parti renforcés, mais affaiblis de cette aventure ; d'autre part, nous sommes désormais confrontés à un courant cristallisé sur des positions réformistes et en voie de satellisation dans 1' orbite du PS, ce qui constitue un obstacle supplémentaire sur la voie de la construction du parti. Sans compter que d'autres petites forces réformistes comme le PSU ont pu à la faveur de cette situation se refaire un minimum de santé aux dépens des forces révolutionnaires.

De la même manière, il serait tout aussi irresponsable de répéter les mêmes erreurs aujourd'hui en direction du courant dit des «reconstructeurs». Ce courant dont l'acte de naissance- sa contribution à la conférence nationale du PCF -le situe plus à droite que la mouvance des rénovateurs et leur manifeste en leur temps établit un lien direct entre la «perestroïka» qui agite le PCUS et l'état soviétique et son propre projet par rapport au PCF. Il se réclame d'une politique eurocommuniste où la référence aux luttes de la classe ouvrière et de la jeunesse est étroitement bornée à l'horizon de la participation gouvernementale. Il n'y a donc rien de révolutionnaire dans tout cela, mais plutôt une logique- qui se veut raisonnable- d'autoréforme du parti, contre le groupe dirigeant actuel... en appelant à la rescousse le souvenir de Waldeck Rochet Leur projet, pour l'heure encore flou, de constitution d'une tendance doit être apprécié à la mesure de ces références politiques. En revanche, cette nouvelle fissure au sein du PCF ouvrira sans doute des possibilités d'action commune pour les militants du PC avec les révolutionnaires sur des objectifs précis comme cela se produit après chaque ébranlement du monolithisme du parti stalinien. Nous devons donc tout en restant prêts à saisir toute éventualité qu'offrirait une brusque aggravation, toujours possible, de la crise du PCF, remettre le cap sur une intervention en direction de l'ensemble des militants de ce parti, en leur proposant l'unité d'action chaque fois que possible autour d'objectifs précis et en menant avec les plus avancés d'entre eux un débat sans concessions sur les objectifs stratégiques, le programme et la politique des révolutionnaires. 4.2.2. à la crise ... à venir du PS

Le Parti socialiste connaîtra lui aussi inévitablement une crise. Il est devenu le parti électoralement dominant dans le mouvement ouvrier. Il gère l'austérité patronale avec le concours de la droite. Il n'est donc pas difficile de prévoir des différenciations en son sein à l'heure où le mouvement social se réactive. Cela dit, encore faut-il apprécier correctement la portée réelle de ces différenciations : seront-elles de nature à produire une poussée à gauche de certains secteurs de ce parti qui nous intéresseraient? C'est le premier problème, et il appelle une réponse catégorique. Aucun des regroupements internes actuels ne met en avant les lignes de force d'une différenciation politique susceptible d'entrer en écho avec les préoccupations de l'avant-garde ouvrière. Il n'y a effectivement aucune raison de valoriser tel ou tel de ces groupements. Tous se situent explicitement sur le terrain du réformisme le plus plat, quelques soient les différences qui les séparent. Et, en la matière, il n'y a jamais de génération spontanée.

Dans ces conditions, toute perspective éventuelle de travail de fraction dans ce parti, et à plus forte raison celle d'un «entrisme» profond en son sein, est non seulement vouée à l'échec mais forcément génératrice d'un cours d'adaptation au réformisme. Loin d'innoculer le «virus bolchevick» à un secteur, fût-il très minoritaire, de cene formation, la présence de révolutionnaires en son sein ne pourrait servir que de courroie de transmission pour les pressions les plus malsaines sur l'organisation indépendante. Deux autres arguments de poids militent contre cene perspective que la LCR se doit d'écarter résolument à l'occasion de son IXè

Congrès.

Le premier tient à ce qu'est en vérité le Parti socialiste, une machine électorale aux liens des plus distendus avec la classe ouvrière. Dès lors, pour y être efficace,

48 des révolutionnaires devraient quitter le terrain politique de la lutte des classes pour

se porter sur celui des institutions étatiques, de la commune à 1 'Etat national. C'est une différence fondamentale ave:c, par exemple, le travail dans les organisations de

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base du PCF end' autres temps. Lesecondestencore plus fondamental et en quelque sorte principiel. Y aurait-il des différenciations positives au sein du PS, ce qui n'est pas le cas, que cela ne changerait rigoureusement rien à la nécessité d'agir en tant que parti constitué de manière séparée et indépendante, pour faire évoluer les secteurs concernés vers une rupture réelle avec le réformisme, toute autre politique ne pouvant engendrer que l'effet inverse à celui escompté.

Au terme de ce tour d'horizon dans un mouvement ouvrier en crise profonde, où l'influence et surtout le maillage organisationnel des réformistes ne sont plus ce qu'ils ont été, une double conclusion devrait s'imposer à la LCR comme à toutes . les forces révolutionnaires. Il y a bien un espace, un créneau pour la construction d'une force révolutionnaire substantiellement plus implantée que ne le sont aujourd'hui toutes les organisations existantes. La place que les militants de ces organisations ont acquise, par-delà leurs différences, dans les luttes sur le terrain rend la chose possible et nécessaire en liaison avec les phénomènes plus profonds qui agitent la classe ouvrière telle recours en voie de généralisation à des formes d'auto-organisation. Aussi, rien ne peut justifier aux yeux des travailleurs qui se radicalisent en rompant avec le réformisme, non pas même l'existence séparée de plusieurs organisations, mais l'éparpillement des forces révolutionnaires au plan des échéances politiques, par exemple électorales, quand ils savent que, sur le terrain, c'est l'unité de ces forces et elle seule qui permet de battre en brèche efficacement l'influence et la politique des réformistes. Cette leçon vaut pour toute la période qui s'ouvre.

La LCR, pour sa part, doit la faire sienne, en regardant la réalité en face : d'un côté la collaboration toujours possible, y compris si elle doit être conflictuelle, avec les militants de Lutte ouvrière, voire du PCI, quand ils' agit de se battre sur le terrain de la lutte des classes ; de l'autre, un compagnonnage douteux avec des individus, des forces ou courants qui sont le plus souvent absent du terrain des luttes ouvrières ou jeunes et qui n'ont d'autre objectif que de combattre l'influence et la politique des révolutionnaires. Voilà les termes du choix premier que doit faire le IXè Congrès en ce qui concerne la tactique de construction, un choix essentiel parce qu'il détermine tous les autres ... 5. Nos TÂCHES 5.1. Sur le terrain social

Les tâches des révolutionnaires dans un contexte marqué par la crise générale du mouvement ouvrier et les possibilités de se construire que cela leur ouvre doivent s'articuler autour de quelques points forts qui dessinent un profil de masse sans ambiguïté.

C'est en tout premier lieu dans les luttes de masse de la classe ouvrière et de la jeunesse que nous pouvons et devons faire nos preuves. La LCR doit agir comme une force organisatrice des grèves et des mobilisations. Dans la propagande et l'agitation, elle défend inlassablement les revendications unifiantes, du type« 1500 F pour tous, garanti par l'échelle mobile des salaires, avec un revenu minimum égal au SMIC pour ceux qui sont privés d'emploi ou de ressources», dans le contexte actuel des mobilisations prioritaires sur la question des salaires. En oeuvrant par tous les moyens à l'extension des conflits, elle trace dans la foulée la seule perspective politique, mobilisatrice et unifiante face au gouvernement et au patronat, qui soit à la hauteur de l'enjeu, celle d'un mouvement d'ensemble vers la grève générale. Ce faisant, elle n'ignore pas l'éventualité de la mise en avant dans 1' agitation d'un mot d'ordre de gouvernement du type «Gouvernement PS-PC sans ministres bourgeois» dans le cours même de la mobilisation, mais seulement si ce mot d'ordre peut alors prendre un sens utile aux yeux des travailleurs en lutte, pour dénouer à chaud une crise politique ouverte. Faute de quoi, un tel mot d'ordre, avancé à contre-temps, reste une formule abstraite, sans rapport avec la réalité sociale et politique vécue par l'écrasante majorité des travailleurs. Ceux qui y ont recours en tout temps, et tout lieu, croyant ainsi répondre à la nécessaire politisation de l'activité sociale de la classe ouvrière, risquent fort en effet des' en détourner au profit d'une pseudo-politique de Front unique, au contenu avant tout institutionnel,

- FU électoral par exemple - particulièrement droitière et néfaste dans ses conséquences pratiques.

Les militants de la LCR ne se contentent pas de défendre une autre orientation

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pour les luttes; ils la mettent en oeuvre ens' adressant à la masse des travailleurs sans jamais subordonner celle-ci à l'accord préalable d'autres forces, courants ou individus avec lesquels ils travaillent par ailleurs, par exemple au plan syndical.

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Cela passera désormais souvent par la mise en place de comités de mobilisation minoritaires au départ, nécessaires pour organiser le noyau combatif, qu'ils' agit de tourner alors vers la masse des travailleurs. La multiplication des coordinations l'indique assez clairement.

Nous sommes dans ce cadre les partisans inconditionnels d'un recours systéma· tique à l'auto-organisation sous toutes ses formes, au nom de la supériorité absolue de la démocratie ouvrière sur toute autre forme d'organisation. Nous oeuvrons en conséquence à la mise en place d'authentiques comités de grève, élus démocratiquement, indispensables dans la perspective de leur coordination et de leur centralisation au plan vertical à l'échelle d'un groupe, d'un trust, d'un secteur, et à plus forte raison au plan horiwntal à l'échelle d'une localité ou d'une région.

Le comité de grève ne se réduit pas au front uni des organisations syndicales; ce n'est pas d'abord le moyen de réaliser l'unité de ces dernières. Il structure l'ensemble des travailleurs, brisant même momentanément et la division et l' extériorité de la masse des travailleurs quant aux décisions sur la direction de la lutte. Il s'agit de la structure qui réalise l'existence de la classe, rendant chacun conscient de la force et du pouvoir de l'action collective. C'est une arme redoutable de prise de conscience politique et d'amélioration du rapport de forces. Il faut tendre à ce qu'il devienne la direction effective de la grève et imposer sa reconnaissance aux directions syndicales comme au patronat, voire au gouvernement dans le cadre d'un mouvement national.

La centralisation nationale des comités de grève jouerait en outre un rôle réellement révolutionnaire en remettant en cause les formes traditionnelles de la démocratie bourgeoise et ferait peser le poids direct de la classe ouvrière face à l'Etat bourgeois.

En se situant donc sans ambiguïté possible dans l'opposition au gouvernement Mitterrand-Rocard, nous sommes ceux qui défendent jusqu'au bout les revendications ouvrières et jeunes, oeuvrent à la multiplication et à l'extension des conflits, se battent pratiquement pour la grève générale et mettent en avant toutes les formes possibles d'auto-organisation. Telle est la carte de visite, le profil des révolutionnaires, de la LCR, pour la prochaine période. 5.2. Sur les autres terrains d'activité

L'intervention des révolutionnaires ne se réduit pas à leurs tâches sur le terrain social, qui constitue cependant l'essentiel de leur carte de visite aux yeux de la masse des travailleurs. Ainsi, nous risquons dans la prochaine période, compte tenu de la situation, d'être particulièrement sollicités au plan de l'activité internationaliste en solidarité avec les luttes de masse qui se mènent dans les trois secteurs de la révolution mondiale, à commencer par le combat pour l'indépendance de la Kanaky et des autres possessions françaises d'outre-mer. L'émergence de luttes de masse en Europe de l'Est, spécialement en URSS, en raison de l'importance décisive qu'elles revêt, nécessite également un soutien actif. Enfm, nous devons nous attacher à lier pratiquement, concrètement, les luttes et combats que nous engageons à ce qui se passe de manière similaire dans d'autres Etats de l'Europe capitaliste.

Ceta dit, pour qu'une telle activité soit efficace, encore faut-il se donner les moyens qu'elle «fasse du bruit>> et que les leçons politiques principales qui s'y attachent soient tirées à chaque fois par le maximum de ceux et celles quis' engagent activement dans la solidarité. C'est pourquoi, en règle générale, ce n'est que ponctuellement, pour une initiative de mobilisation ou pour une campagne précise datée dans le temps, que les révolutionnaires peuvent dégager l'essentiel de leurs forces pour ce travail. Dans ce cas, c'està tous les niveaux, à commencer dans les entreprises, qu'une telle ac ti vi té devient prioritaire. Cela exige donc du temps et des moyens spécifiques, autrement dit la maîtrise de réelles campagnes, judicieusement sélectionnées, au nom du bon vieux principe «Mieux vaut moins, mais mieux». Naturellement, le travail régulier de camarades spécialisés dans le suivi de ces questions est indispensable pour pouvoir, le moment venu, servir de base à l'investissement de tout le parti, mais il s'agit bien de deux niveaux d'activité différents.

L'échéance du bicentenaire de la Révolution française et l'évolution du contexte international vers une coexistence pacifique entre l'impérialisme et la bureaucratie, sur la toile de fond de la crise, militent en faveur d'une unification possible de notre profil autour du contenu de classe précis querevêtaujourd 'hui la lutte pour la paix et les libertés, avec en point de mire les initiatives prévues par le gouverne-

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ment français en juillet 1989 (Sommet des sept et forum Nord-Sud). De la lutte pour l'égalité, contre toutes les restrictions à la libre circulation des flux migratoires, jusqu'au combat pour l'annulation des dettes des pays dominés, nous pouvons en

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effet unifier notre propagande et notre agitation pour les rendre plus claires et plus efficaces, notamment dans la jeunesse. Les récentes manifestations de Berlin contre le FMI annoncent suffisamment clairement la réactivation d'un mouvement anti-impérialiste de masse sur ces thèmes, en Europe, impliquant avant tout les nouvelles générations. Les jeunes révolutionnaires doivent en être le moteur, y compris en France. 5.3. Au plan des échéances politiques centrales

Dans une période ordinaire, ce qu'il est convenu d'appeler des échéances politiques centrales relève le plus souvent du calendrier électoral. Malheureusement, sans aucun doute ... Mais aussi longtemps que ceux d'en haut pourront continuer à gouverner comme avant, il en ira forcément ainsi. Il serait donc stupide pour des révolutionnaires de ne pas saisir ces occasions où les travailleurs font malgré tout plus de politique qu'à l'accoutumée pour se faire entendre et faire progresser leurs idées, même si le terrain reste pour nous miné.

En revanche, il est parfaitement malsain de voir la vie d'une organisation révolutionnaire rythmée par le calendrier électoral, comme c'est le cas pour la LCR depuis plusieurs années. Il y a deux raisons principales à cet état de fait avec lequel nous devons rompre : en premier lieu; nous n'avons pas à proprement parler de tactique générale pour les questions électorales, ce qui est une erreur ; en second lieu, chaque échéance ou presque donne lieu à un débat où se mêlent des considérations de tactique électorale et d'autres sur la tactique de construction du parti.

Depuis 1984, la direction prétend à chaque échéance électorale avoir trouvé la médiation qui permettra de faire un pas en avant dans la construction du parti, testée au travers de la campagne électorale correspondante. Il en fut ainsi avec l'alternative pour les législatives de mars 1986; il en fut ainsi avec les comités Juquin à l'occasion de la dernière présidentielle ; et la prochaine échéance des municipales est abordée par la direction avant tout de ce point de vue. Il s'agit d'une méthode totalement erronée car, s'il est vrai que notre parti peut se construire - de manière non prioritaire- y compris en participant à des campagnes électorales, il est certain que le test d'une activité commune à ce même plan ne peut être en aucune manière un critère opérant, suffisant pour apprécier les éventuelles conditions de fusion et de regroupement avec d'autres forces. C'est évident lorsqu'il s'agit de forces révolutionnaires, à plus forte raison quand il s'agit de forces qui ne le sont pas. Faute de quoi 1' on entretient la pire confusion, au risque de créer de nouveaux obstacles dans la voie de la construction du parti et à celui de ne pas exploiter de manière offensive les opportunités de campagne commune avec d'autres, quand elles sont ouvertes.

Il n'y a en effet aucune raison de principe pour que les révolutionnaires, sur la base de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font, ne passent pas d'accord conjoncturel, explicite, avec des forces qui ne le sont pas, en vue d'une campagne électorale sur quelques points précis, au travers d'un bloc, d'un front ou d'une coalition définis comme tels. A chaque occasion, nous devons voir à travers quel éventuel cadre unitaire nous pouvons le mieux nous faire entendre, voire avoir des élus même si ce n'est pas une priorité, et quel bénéfice politique nous tirerons pour notre parti d'une telle alliance. Dans tous les cas, évidemment, cela suppose que nous gardions une totale liberté de parole et d'action. C'est d'ailleurs le seul moyen, en annonçant lacouleuraudépart,denepasêtresuspectéunjouroul'autre-commec'estàchaque fois arrivé! -d'entretenir secrètement de noirs desseins sectaires à l'encontre de nos partenaires, desquels en règle générale nous ne pouvons pas répondre et pour lesquels en conséquence nous n'avons à prendre aucune responsabilité devant les travailleurs. Ce n'est évidemment possible que sur la base d'une conception des campagnes électorales à l'opposé de celle qu'entretient la direction de la LCR.

Une campagne électorale, c'est la possibilité de faire passer à une assez large échelle quelques axes et mots d'ordre d'agitation qui ne réclament pas de longues explications si l'on veut que le message soit reçu cinq sur cinq.

Ainsi, pour les prochaines municipales, nous devons adopter le profil d'une opposition irréductible à 1' austérité patronale gérée par le gouvernement Rocard et les conseils municipaux PS-PC; nous devons être porteurs des exigences mises en avant dans les luttes à propos des salaires ou du RMI. C'est pourquoi s'impose 1 'absolue nécessité de refuser par avance quelque accord que ce soit avec les partis réformistes qui en sont comptables aux yeux des travailleurs. Une fois posée en ces termes, l'équation est facile à résoudre : au plan national, un accord n'est envisageable pour une campagne commune au premier tour qu'avec les autres

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forces révolutionnaires.

Quant aux européennes, il importe d'adopter un profil de masse similaire contre la construction de l'Europe capitaliste qui signifierait à coup sûr une dégradation

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des conditions de vie et de travail du plus grand nombre, en refusant le piège réformiste d'un acte social européen prétendant féconder la construction de l'Europe- toujours capitaliste!- d'un contenu positif pour notre classe.

Une fois fixé le cadre général d'une tactique électorale correspondant à 1' étape actuelle de construction du parti et ses limites, nous pourrions agir à chaque fois de la manière la plus efficace, sans perdre de temps en d'interminables débats internes sur le bon choix, qui sont tout à la fois meséducatifs et stériles. 6. PouR TRANSFORMER LA LCR EN PETIT PARTI D'ACTION: 3 priorités indissociables.

Pour que la LCR devienne un auÜlentique petit parti d'action, qu'elle soit en mesure de peser pour son propre compte sur le champ politique, dans les luttes et dans la crise du mouvement ouvrier, il faudrait une transformation radicale de ce qu'est aujourd'hui notre organisation.

Au moment où 1' évolution de la situation politique permet de battre en brèche, dans les faits, les doutes sur la possibilité de construire une organisation communiste ouvrière, une organisation léniniste, nous devons tendre à homogénéiser nos rangs, sur la base d'une vision commune de notre propre construction. C'est le seul moyen de faire reculer politiquement la cartellisation et la tendance à 1' éclatement politique et organisationnel du parti.

Nous devons mettre au centre de notre intervention une politique visant à conquérir la direction effective des mouvements de masse. Le développement de 1' auto-organisation est une condition extrêmement favorable pour que cet objectif se réalise, au moins partiellement, à la condition cependant que nous disposions d'une implantation de parti acquise dès avant 1' éclosion et la généralisation de telles conditions en faveur desquelles nous luttons pied à pied contre les forces réformistes. Mais, même avec la multiplication d'éléments d'auto-organisation - qui nécessitent une bataille permanente-, il ne suffit pas de faire les bonnes propositions au bon moment pour ouvrir la voie à la généralisation et à la centralisation et pour se construire en tant qu'alternative concrète aux vieilles directions.

Il faut disposer d'une implantation, même modeste, dans les entreprises, d'une force connue des travailleurs pour ce qu'elle dit, mais surtout pour ce qu'elle fait pratiquement. 6.1. Des noyaux communistes dans les entreprises

Les problèmes de construction ont souvent buté sur ce que nous appelons la centralité ouvrière. Toute l'évolution de la situation sociale démontre, s'il en était besoin, que 1' on ne peut pas faire l'impasse sur cette question. Elle est en effet à plus d'un titre décisive. Elle relève d'une conception stratégique sur le rôle et la place de la classe ouvrière dans le processus révolutionnaire. Elle relève d'une tactique de construction qui vise dès aujourd'hui à disputer la direction de fractions de la classe aux appareils réformistes : c'est à partir de ce qui se passe dans les entreprises, sur le terrain, que se noue le rapport des forces entre les révolutionnaires et les réformistes. Elle conditionne la défmition d'un centre de gravité pour le travail de l'ensemble de l'organisation et notamment pour ce qui concerne le travail de direction. Elle conditionne l'homogénéisation de l'organisation autour d'une vision commune de sa propre construction, au-delà des divergences d'analyse, en ce qu'elle définit des objectifs communs à tous qu'il s'agit d'adapter à tous les niveaux, celui de la section, de la fédération ou de la région, au plan national. Elle conditionne enfin une démocratie interne vivante partant de la réalité d'une pratique commune, centralisée, qui seule permet de vérifier accords et désaccords.

52 En terme de choix, cela signifie que notre intervention politique à 1 'entreprise

doit être la priorité absolue avec, comme enjeu, l'implantation de la LCR, de ses sections, de ses fédérations disposant de leurs propres bastions. La remontée des

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luttes sociales et la crise généralisée du mouvement ouvrier politique en renforcent et la nécessité et la possibilité. Nous devons donc intervenir sur des aspects très divers mais en sachant intégrer ces questions dans une activité politique continue de parti. 6.2. Une organisation de jeunes révolutionnaires

La construction d'une organisation de jeunes révolutionnaires, politiquement solidaire de la LCR et de la IVème Internationale doit être une priorité pour l'ensem ble de la LCR. Elle doit être un instrument pour orienter la radicalisation large de la jeunesse vers la mobilisation aux côtés de la classe ouvrière. Elle doit constituer une école du parti pour ses membres. Elle doit permettre un recrutement permanent du parti et ainsi assurer la continuité d'une génération à 1' autre. Dans la situation présente, nous sommes très loin du compte sans que la situation objective - celle des jeunes en particulier- puisse être appelée en renfort pour justifier cet état de fait où les JCR apparaissent trop souvent comme une force marginale parce qu'elles le sont. Il faut donc réorienter le travail en direction des jeunes en commençant par remobiliser les rangs du parti dans ce but. La mise en place de campagnes de masse dans la jeunesse qui doit constituer la norme en terme de mode d' intervention pour une organisation de jeunes exige tout à la fois la collaboration politique et l'investissement pratique des directions et des militants de la LCR à tous les niveaux. De plus, 1' ensemble de 1 'intervention «jeune» du parti n'est pas réductible à la sphère d'activité des jeunesses qui doivent avoir pour cible les 15/20 ans. Pour n'en prendre qu'un seul exemple, la mobilisation dans la santé, exigeait une forte dimension «jeune» en direction des écoles d'infirmières qui était avant tout du ressort de l'organisation adulte. Voilà pourquoi, une conférence d'organisation commune au parti et aux jeunesses doit-être convoquée d'ici juin 89 avec pour objectif la redéfinition et le renforcement du travail de notre courant en direction de la jeunesse. 6.3. Une intervention de parti

S'il y a accord sur cette méthode de travail, et ces priorités cela implique aussi de définir à partir d'elles 1 'ensemble de notre système directionnel et de définir aussi le cadre d'initiatives politiques dépassant le cadre du travail à l'entreprise d'une part, celui du travail jeune d'autre part. Il s'agit d'apprendre à traiter toutes les questions de manière à les expliquer à un public large non convaincu. Il est en effet très important que la LCR se profùe nationalement sur 1' en sem ble des terrains, sur toutes les questions, ce qui ne veut pas dire qu'elle intervient de façon militante sur toutes ces questions.

Ce qui est valable à 1' échelle nationale 1' est aussi au niveau local où nos sections doivent savoir coupler une apparition locale comme petit parti et des choix d'intervention sur quelques questions sur lesquelles nous faisons peser toutes nos forces. Puisque notre objectif est de mettre les travailleurs à la tête de toutes les mobilisations sociales et politiques avec les méthodes de la lutte de classe, et que pour le faire il faut construire le plus possible de noyaux communistes, la question du tournant, de la prolétarisation est au coeur des conséquences de cette politique globale de construction.

La prolétarisation, ce n'est pas simplement 1' embauche pour avoir des militants dans les entreprises ; c'est une méthode d'intervention et d'organisation globale de la Ligue qui met au centre 1 'effort pour aider les cellules d'entreprise. Que ce soit sur les questions d'élaboration (formulation, rythmes de campagne), d'investissement prioritaire des meilleurs cadres de 1' organisation dans les entreprises et dans 1' encadrement des cellules des grosses concentrations, pour ce qui concerne les choix proprement organisationnels. 6.4 Pour la centralisation politique: Des moyens organisationnels adaptés, cellules, directions locales et nationales

La LCR souffre d'un mal chronique : l'absence de centralisation politique 53

aggravée par le cours suivi depuis quatre ans. Sans centralisation des expériences, des discussions, des interventions, il n'y a pas collectivisation du capital théorique et pratique de 1' organisation sur la base de laquelle devrait s'élaborer le point de

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vue global du parti. Tenter d'y remédier, affirmer une volonté politique de direction pour faire travailler toute l'organisation sur la base d'une centralisation utile des choix d'orientation arrêtés collectivement, est essentiel pour combattre la cartellisation et donner à tous les moyens de 1 'efficacité dans 1' élaboration comme dans l'intervention.

Notre approche programmatique, notre conception du parti devraient nous conduire à privilégier sur toutes les autres instances la cellule - sur les lieux d'intervention- et les directions horizontales (DV, CC), investies par leur élection de la légitimité de 1' organisation. Il faut restituer aux cellules leur rôle primordial, pour collectiviser au premier niveau l'intervention des militants, en ayant le plus souvent possible recours à la pratique des bilans écrits d'intervention. Cela a des conséquences multiples : du point de vue du type de cellule que nous constituons pour 1' intervention (taille, ancrage dans un milieu précis, moyens de 1' intervention politique, etc.), du point de vue du travail quotidien de direction pour alimenter politiquement les débats de ces cellules (faire en sorte par exemple que la «Lettre Rouge», les bulletins intérieurs de compte rendu de CC ou de DV soient conçus dans ce but).

Au plan des directions intermédiaires, il faut cesser de tout confondre. Y compris dans le cadre d'une priorité clairement affmnée aux instances horizontales, celles-ci ne peuvent pas être toutes considérées sur un pied d'égalité. Il n'y a pas grand chose de commun entre une direction de fédération disposant d'une certaine implantation, du type de celles des grandes villes de province ou de la région parisienne, et les DS de villes, petites ou moyennes, qui ne sont pas le fait de choix d'implantation. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu'il n'y ait pas des localités où nous sommes faiblement implantés et où nous souhaitons nous développer pour des raisons politiques ... Notre problème, c'est, dans ce cadre, de trouver les moyens de mettre sur pied des instances intermédiaires du type direction régionale qui puissent être dans les deux sens de réels relais entre les cellules d'une part, le CC et ses commissions de travail, d'autre part. A ce stade de notre développement, la plupart d'entre elles ne correspondent pas à de vraies entités politiques. Mais y renoncer pour ce motif serait passer du même coup à côté de ce qui peut être centralisé.

La condition première de la mise en oeuvre d'une politique de construction audacieuse, c'est la volonté politique qui doit animer la direction centrale mais aussi le réseau de direction au sens large. Cette volonté ne dépend pas du caractère plus ou moins trempé de ses membres, mais de la cohésion collective sur la base d'une ligne effective de construction. Actuellement, les axes constitutifs pour une ligne de construction qui corresponde à nos possibilités sont claires: centralité ouvrière, intervention jeunes et priorités, rôle des cellules et des directions horizontales au plan de la centralisation politique de 1 'intervention et homogénéisation sur cette base de 1' organisation. Il reste que tout cela ne se fera pas sans impulsion centrale. C'est pourquoi il nous faut placer au centre des préoccupations la défmition du rôle du comité central dans ce cadre, c'est-à-dire sa capacité à maîtriser de bout en bout l'élaboration de l'orientation pour l'intervention et la construction de 1' organisation, le suivi de la mise en oeuvre pratique des décisions prises et, sur la base de bilans véritables, la vérification des accords et désaccords, seule m~thode pour les dépasser réellement.

Ce n'est que dans un pareil cadre, autrement que par de vaines proclamations d'intention, que la féminisation de l'ensemble du réseau directionnel pourra trouver un début de solution, avec l'objectif affmné de parvenir à une parité homme/femme à tous les niveaux de direction, à commencer par le Comité central. Il en va de même pour l'intégration de jeunes afin de conjuguer continuité et rajeunissement des cadres. Il en va de même enfin pour assurer 1' intégration dans les directions, à commencer par le CC de nos meilleurs cadres ouvriers, intégration indispensable à une élaboration conforme à nos positions. Certes les trois problèmes sont de natures différentes et sont le produit de facteurs spécifiques, mais leur résolution commune exige une politique globale de construction articulée, pour l'ensemble du Parti.

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