La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Pour une nouvelle organisation politique

Critique communiste, n° 78, novembre 1988 · p. 55-68 · 9 180 mots

(Texte présenté par 3 camarades du CC) PRÉAMBULE Les coordonnées générales de la situation

L'enjeu du congrès est de ftxer 1' orientation de la LCR dans une situation marquée par le développement inégal d'un processus de recomposition du mouvement ouvrier. Ce processus, quelles que soient ses difficultés et ses limites, représente pour nous le cadre dans lequel doit s'inscrire la LCR, non seulement en tant que cadre d'activité et de débat, mais aussi comme cadre plus général, visant l'émergence d'une nouvelle force politique. Quelle que soit 1 'issue pratique et organisationnelle d'un tel processus, la manière dont la LCR s'y investira conditionnera pour une large part son avenir. D'où la nécessité de ne pas déconnecter notre intervention dans ce cadre et le débat du congrès des questions stratégiques aujourd'hui posées aux révolutionnaires. Pour notre part, c'est dans la continuité des positions que nous avons déjà défendues sur les conditions et le contenu d'une alternative socialiste autogestionnaire que nous soumettons ce projet de thèses.

Les mutations du capitalisme et leurs conséquences

La longue phase d'expansion qu'a connu, avec l'ensemble des pays capitalistes développés, 1' économie française, de 1945 au milieu des années 70, s'est traduite par un bouleversement de la structure de classe de la société. Au déclin de la population active agricole et des couches traditionnelles de la petite bourgeoisie a répondu un essor sans précédent du salariat. Aujourd'hui, le monde du travail,

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l'ensemble de ceux et celles qui pour vivre doivent vendre leur force de travail, représente environ 75 % de la population active française.

Cette extension du prolétariats' est accompagnée d'un processus de différenciations croissantes en son sein. Le poids de la classe ouvrière industrielle directement productive s'est réduit au profit d'une augmentation du nombre d'employés, techniciens, cadres moyens, travailleurs intellectuels. Ces différenciations croissantes constituent à 1' évidence un obstacle à 1' émergence d'un projet de transformation socialiste de la société porté par une large majorité de travailleurs.

Qui plus est, la crise du capitalisme, ouverte au milieu des années 70, se traduit par l'accentuation des divisions au sein du monde du travail. Celui-ci est aujour· d'hui affaibli par un chômage structurel de masse, représentant environ en France 10 %de la population active. Outre le chômage, le développement du travail précaire souligne que la crise du capitalisme se traduit pour, des millions d'êtres humains, par un phénomène d'exclusion sociale, produit de la négation par la bourgeoisie du droit à un travail et à un revenu décent.

La crise structurelle internationale que nous connaissons depuis 15 ans produit la plupart des effets classiques des crises précédentes du monde capitaliste : limitation de la demande solvable, austérité salariale, concurrence accrue, impossibilité d'une relance coordonnée et durable. Mais elle se caractérise aussi par 1 'impératif d'un remodelage d'ensemble des processus productifs et de 1' organisation du travail, de restructuration des rapports sociaux de production. L'impossible ajustement de ces derniers aboutit à une dégradation lente, grosse de décompositions sociales, sans que des tendances perceptibles de transformation des rapports salariaux ne laissent deviner l'ébauche cohérente d'un nouvel ordre productif.

Ces transformations du capitalisme entraînent, entre autres conséquences, une crise profonde du mouvement ouvrier. Les batailles perdues ou non livrées, la division entretenue par les directions syndicales, ont renforcé, dans de larges secteurs du prolétariat, le désarroi et la démoralisation. Cette crise du mouvement ouvrier a des aspects organisationnels, essentiellement au niveau du mouvement syndical. Profondément divisé, le mouvement syndical ne regroupe plus que quelques 12 % du salariat. Mais elle a aussi une dimension stratégique. Pour des millions de travailleurs, l'incapacité du mouvement syndical à faire face à l'offensive de la bourgeoisie, le bilan désastreux, en terme de changement social, de la présence du PS (et du PC) au gouvernement après 1981, ont considérablement éloigné toute perspective crédible de transformation radicale de la société.

Cette crise n'atteint pas uniquement les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier. Elle affecte aussi le projet révolutionnaire de la IVè Internationale, projet qui, au-delà de ses acquis théoriques incontestables, ne saurait aujourd'hui suffire à l'élaboration d'une orientation pour le renversement du capitalisme et la transition vers une société socialiste. Le projet marxiste-révolutionnaire souffre en particulier d'un grave retard dans l'analyse des transformations sociales et politiques dues aux mutations du capitalisme et de 1' absence d'hypothèse stratégique sur la nature d'un processus révolutionnaire victorieux dans un pays capitaliste développé, marqué, comme la France, par plusieurs décennies de démocratie bourgeoise.

Les transformations des Etats bureaucratiques

Une dimension complémentaire de la crise actuelle à l'échelle internationale réside dans les transformations qui affectent aujourd'hui la politique des Etats bureaucratiques, l'URSS en particulier sous la direction de Gorbatchev. L'acuité de la crise des rapports sociaux, les dysfonctionnements chroniques d'une économie sous gestion bureaucratique ont conduit la partie la plus moderniste de la bureaucratie à conclure à la nécessité de réformes politiques allant dans le sens d'une certaine démocratisation. Par les effets sociaux qu'il peut induire, comme par la modification probable des rapports des Etats bureaucratiques avec 1' économie et le monde capitaliste, ce cours politique constitue une donnée importante de la situation mondiale.

Une stratégie de convergence des combats anticapitalistes

Le processus de différenciations croissantes dans le prolétariat souligne, plus encore qu'hier, la dimension stratégique de la lutte pour la réalisation de son unité. Face aux objectifs de la bourgeoisie, à la remise en cause d'acquis sociaux, à la multiplication des exclusions sociales, la défense en toute occasion du rassemblement et de 1' unité du monde du travail est essentielle. Mais cette unité ne se réalisera pas spontanément ou par le seul effet de luttes anticapitalistes. Elle implique la

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reconstitution à une échelle de masse d'une conscience de classe prolétarienne, elle implique de redonner crédit à un projet de transformation radicale de la société.

Enfin, le développement au sein du capitalisme de nouvelles contradictions qui

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ne recoupent pas mécaniquement la contradiction capitaVtravail, même si elles n'en sont pas déconnectées, 1' émergence depuis les années 70 de mouvements sociaux (mouvement des femmes, mouvement écologiste, mouvement de la jeunesse) soulignent la nécessité de la convergence de ces mouvements avec le mouvement ouvrier, qui ne saurait prétendre aujourd'hui être le seul acteur de la transformation de la société. Le féminisme et l'écologie en particulier représentent aujourd'hui deux dimensions incontournables de tout projet révolutionnaire émancipateur.

Ces coordonnées générales de la situation, au premier plan la crise du mouvement ouvrier et celle du projet révolutionnaire, soulignent la nécessité pour la LCR de 1' adoption d'une nouvelle stratégie, rompant avec le choix fait en 1968 de construction de la LCR comme organisation révolutionnaire indépendante sur la base d'une délimitation théorique et programmatique issue d'une phase antérieure de l'expérience ouvrière. Aujourd'hui, face à la crise du capitalisme et des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier, face aussi au bilan des organisations d'extrême-gauche, des forces diverses témoignent de la nécessité d'un renouvellement des pratiques politiques et des références programmatiques : courants de gauche de la social-démocratie, Democrazia proletaria en Italie, courants verts dans divers pays européens, équipes syndicales à la recherche de réponses alternatives, courants militants issus d'autres expériences ... En France même, l'apparition du courant communiste rénovateur, le développement des comités de soutien à lacandidature de P. J uquin soulignent pour la LCR la nécessité d'une insertion dans les processus derecomposition du mouvement ouvrier qui prenne en compte toutes ces dimensions. Cela signifie aussi qu'une perspective politique doit être développée :celle de la construction d'une nouvelle force politique, anticapitaliste, autogestionnaire, féministe et écologiste. 1. LA SITUATION POLITIQUE AUJOURD'HUI

La victoire de Mitterrand et le succès relatif du PS aux législatives, ont permis à ce parti de revenir au gouvernement. Mais ces succès sont intervenus dans des conditions différentes par rapport à 1981. 1. L'éclatement de la droite et la montée du F N

Nous assistons aujourd'hui à une véritable crise de direction politique dela droite, renforcée par la victoire de Mitterrand en 1988.

La défaite de Chirac a non seulement brisé sa tentative d'imposer son leadership sur la droite, mais elle a déstabilisé le RPR : le gaullisme comme culture politique, permettantd' opérer une jonction entre une partie dynamique de la classe dominante et certaines couches de la petite bourgeoisie traditionnelle, tout en gardant un certain ancrage populaire, s'est effondré. Face à la crispation d'une fraction de la droite, un centre essaie de se structurer pour apparaître comme un point d'équilibre et de passage pour les combinaisons parlementaires. Il traduit aussi la volonté de fractions des couches dominantes de jouer effectivement, au vu de son bilan, en particulier en matière de gestion de la crise, la carte de l'alliance avec la social-démocratie.

Devant cette relative paralysie de la droite et devant aussi l'incapacité du mouvement ouvrier à offrir une alternative et des perspectives face à la crise, le Front national est apparu comme un pôle dynamique à l'extrême-droite.

Il exprime les effets sociaux de la crise (chômage, précarité, marginalisation, crise urbaine) et l'approfondissement des divisions sociales (racisme). Il reflète également des phénomènes politiques comme les frustrations accumulées par 1 'impérialisme français, la levée des tabous qui masquaient 1 'existenced'unedroite profondément réactionnaire (problèmes de la Résistance, du nazisme, de 1' antisémitisme) et l'élargissement du fossé entre le mouvement de la société et la représentation politique et parlementaire.

Le «phénomène» Le Pen est encore essentiellement électoral, dans le sens où un ancrage social encore limité ainsi que les conditions des luttes de classe ne permettent pas à court terme la généralisation d'une implantation fasciste de masse

(même si dans certaines régions des scores de plus de 20 % traduisent des enracinements locaux plus profonds). Pour autant, et contrairement à certaines analyses

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autorassurantes, les dernières législatives confirment l'existence d'un électorat stabilisé autour de 10 %, en accord avec les thèmes de Le Pen. Les prochaines élections municipales peuvent être l'occasion pour le FN de trouver une assise

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institutionnelle et donc d'élargir son audience. Il continuera d'exercer une pression importante sur le RPR et 1 'UDF en se présentant comme 1' opposant le plus résolu et le seul défenseur des valeurs traditionnelles de la droite, tout en recherchant des alliances pour faire reconnaître sa place. 2. Le Parti socialiste et l'élargissement de son espace politique.

Le PS est aujourd'hui la première force sur 1' échiquier politique. Le renforcement de l'audience politique de la social-démocratie apparaît aujourd'hui comme une donnée durable qui renvoie à des facteurs profonds.

La victoire de Mitterrand en 1988 a traduit le refus, dans une majorité du salariat, des outrances libérales et réactionnaires de la droite, 1' attachement maintenu à la préservation des acquis sociaux essentiels. Cet élargissement de 1' espace politique de la social-démocratie est aussi un produit indirect des transformations sociales issues des mutations du capitalisme, et en particulier du développement de couches sociales, éloignées des valeurs traditionnelles de la petite-bourgeoisie ou de la bourgeoisie, mais conduites à raisonner leur avenir dans le cadre de la perpétuation du système capitaliste. Cet élargissement réfracte aussi 1 'étape actuelle de la crise et les formes des offensives bourgeoises et patronales. Ces offensives ne prennent pas la forme d'un affrontement centralisé visant le démantèlement des acquis sociaux essentiels et recèlent des marges de manoeuvre suffisantes pour s' accommoder de modes divers d'exercice du pouvoir politique, dont l'alternance entre gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates. Enfin, cet élargissement renvoie à la crise historique du PCF, aux aberrations et au sectarisme de sa politique, et à l'absence d'alternative crédible à gauche. Dans ces conditions, la perspective politique proposée par le PS apparaît crédible à une large partie de son électorat qui, par résignation ou par adhésion, en accepte la signification, celle d'une gestion de la crise et de la modernisation capitalistes. Le passage du PS au pouvoir de 81 à 86 a d'ailleurs marqué une étape significative avec 1 'abandon aujourd'hui assumé de toute politique de rupture sans que cela provoque de remous significatifs en son sein.

Cela ne signifie pas qu'aucune différenciation ne s'opèrera dans ce parti. Elles sont prévisibles, ne serait-ce parce qu'une série de questions demeurent ouvertes, telle choix entre l'approfondissement des alliances à droite et le maintien d'un certain cadre d'alliances électorales avec le PCF. Par ailleurs, la crise endémique de l'Etat-providence déstabilise les politiques social-démocrates traditionnelles et confronte à terme ces partis à la difficile gestion de 1' équilibre entre la préservation d'une base populaire et la prise en charge des restructurations capitalistes. A 1' étape actuelle de la crise, ces contradictions ne sont pas explosives. Cela, outre 1 'état de la vie interne au sein du PS, et les limites politiques du mouvement social explique la portée limitée des différenciations aujourd'hui perceptibles. Le développement d'une éventuelle aile gauche au sein du PS supposerait à la fois une réactivation du mouvement social, et une maturation des composantes potentielles d'un tel courant qui devraient s'avérer capables de dépasser le stade de batailles ou critiques internes ponctuelles, ou des seules alliances d'appareil, pour contribuer sur le fond politique et programmatique à l'émergence d'un nouveau projet socialiste.

Par ailleurs, le poids électoral du PS n'a pas aujourd'hui de traduction directe en terme de structuration de la classe ouvrière et d'encadrement de la société civile. Mais 1' individualisation des rapports sociaux, les formes et le contenu de 1' adhésion à la perspective social-démocrate, n'imposent pas à court terme un tel encadrement. Cela d'autant plus que des relais existent, même s'ils ne prennent pas la forme traditionnelle du modèle social-démocrate d'Europe du nord : dans les syndicats, même s'ils opèrent sur le fond d'une crise générale du syndicalisme ; dans la jeunesse, la social-démocratie a acquis une audience non négligeable confortée par des courants tels l'UNEF-ID ou les animateurs de SOS-Racisme. 3. Le déclin historique du PCF

Malgré une bonne résistance aux dernières législatives, due à un ancrage local encore solide dans certaines régions et au refus d'une fraction de l'électorat de gauche des alliances à droite, et même si des rémissions passagères sont possibles,

58 le PCF n'est pas sorti d'une crise et d'un déclin de longue durée dont les

déterminations sont toujours à l'oeuvre : incapacité du PCF à s'adapter aux transformations du monde du travail, effets particuliers de la rétraction, sous le choc

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de la crise et des mutations du procès de travail, de ses bases industrielles d'implantation; incohérence d'une ligne en zigzags passant de l'opportunisme au sectarisme ; incompréhension et refus du pluralisme, de l'unité et de l'autoorganisation dans les mobilisations ; bureaucratisme interne, mise en tutelle des organisations de masse, chauvinisme. En arrière-fond se profile aussi 1' alignement sur les Etats bureaucratiques de 1 'Est et le bilan tiré à une échelle de masse de ces Etats, c'est -à-dire une dimension fondamentale de la crise historique de la référence communiste. L'effet Gorbatchev n'est pas en tant que tel susceptible d'enrayer ce déclin; d'une part parce que la direction actuelle ne peut en intégrer pleinement la .logique, dangereuse pour sa survie; d'autre part parce que la politique de Gorbatchev implique des accords directs avec les partis sociaux-démocrates, et que le relais que pourrait représenter le PCF en la matière n'est que de peu d'intérêt.

La tactique adoptée aujourd'hui par la direction vis-à-vis du gouvernement Rocard (soutien ou critiques ponctuelles sans participation) est motivée essentiellement par le souci de la direction de ménager le PS en vue des élections municipales.L'optionenfaveurdelistesd'UGs'imposeeneffetdèslorsquelePCF souhaite préserver ses implantations locales, ou plutôt éviter leur disparition. Mais la combinaison d'un communisme municipal et d'une orientation faisant alterner soutien à des mesures et démarcation sur d'autres points, mais sans perspective politique et gouvernementale, ne représente pas une orientation susceptible sur le fond d'enrayer son déclin. C'est tout au plus une modalité d'adaptation à cette logique de régression qui peut tout à fait d'ailleurs déboucher sur de nouveaux tournants.

Conjoncturellement la marge de manoeuvre de la direction Marchais est accrue par le score limité de la candidature Juquin et le fait que le Mouvement des rénovateurs communistes n'a pas fait la preuve qu'il était possible de construire une deuxième organisation communiste apte à véritablement disputer son audience au PCF. La bataille de la «Reconstruction interne» est aujourd'hui plus difficile. Dans ce cadre, il est probable qu'au moins une fraction significative de ce courant choisira d'inscrire ses perspectives dans le cadre du PCF en choisissant de se positionner sur des questions telles que la démocratie interne, l'unité avec le PS, une orientation plus cohérente vis-à-vis du gouvernement Mais il ne faut pas exclure la perspective de reprises en main bureaucratiques, d'exclusions, pour l'après-municipales, qui conduiraient alors à de nouveaux départs.

4. Les Verts

L'écho électoral non négligeable de la candidature de Waechter signale la disponibilité de 1' électorat vis-à-vis des thèmes écologistes. S'exprime aussi par ce biais un certain refus du capitalisme et de son mode de développement, et une certaine défiance notamment au sein de la jeunesse vis-à-vis du PS et du jeu politique. Forts de ce relatif succès électoral, les Verts se sentent confortées dans une logique d'auto-affirmation et dans une ligne éloignée de toute perspective de convergence avec les forces à la recherche d'une alternative socialiste. Mais cette ligne est aussi, en un sens, le produit des retards et lacunes du mouvement ouvrier (y compris révolutionnaire) dans le domaine de l'écologie politique. En fait cette dimension apparaîtaujourd 'hui comme une dimension nécessaire de la refondation d'un projet socialiste.

5. Les forces à gauche de la gauche

Du point de vue de l'existence d'une gauche révolutionnaire, la situation d'il y a un peu plus d'un an était celle d'un éclatement de ses composantes et d'une marginalisation politique accrue ( cf.les résultats électoraux de 86). Cette situation trouvait, entre autres, son origine dans 1' épuisement des tentatives d'affirmation de 1 'extrême-gauche d'origine trotskyste, et dans 1 'impasse de tentatives de contournement du mouvement ouvrier et des questions politiques centrales, type Arc-en-Ciel. Avec la mise en mouvement autour de la campagne Juquin d'un arc de forces politiques (rénovateurs, LCR, PSU, FGA) et de militant( e )s associatifs, syndicalistes, féministes, écologistes, antiracistes, s'est amorcé un processus nouveau qui a mobilisé beaucoup plus largement que ne pouvait 1 'espérer isolément chacune des composantes engagées dans ce processus. Ce processus est encore très fragile mais il est urgent de comprendre qu'il représente aujourd'hui la seule possibilité de contribuer à l'émergence d'une alternative politique à gauche. S'orienter dans ce processus, lui donner une issue positive n'est pas affaire d'abord de tactique, cela suppose une orientation fondamentale, éclairée par les principaux enjeux devant lesquels sont aujourd'hui placés les révolutionnaires. 59

6. Le renouveau des luttes sociales

L'inflexion dans les coordonnées sociales de la période, sensible à partir des luttes

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de l'hiver 1986, a été conftrmée et ampliftée au cours de ces derniers mois. Le réchauffement du climat social s'est traduit par un accroissement des journées de grève en 1988 dans un ensemble de conflits salariaux.

Ces luttes n'annulent pas le recul subi depuis le début de la crise, en matière de pertes d'emploi, de division du salariat, de dérèglementation, de montée du chômage et du travail précaire.

Mais elles témoignent de la détermination d'une partie croissante du prolétariat large à ne plus subir des pertes de pouvoir d'achat. Leur caractère massif, unitaire, le fait qu'elles se soient souvent conclues par des avancées significatives contribucrnt. avec la possibilité de luttes victorieuses, à amorcer une modiftcation des rapports de forces globaux.

L'un des traits caractéristiques de ces luttes aura été la persistance et le développement des formes d'auto-organisation et particulièrement des coordinations. Ces dernières sont vraisemblablement en train de devenir une référence durable dans la culture et la conscience du monde du travail. Surgies dans un contexte de crise du syndicalisme et de discrédit des organisations syndicales, leur force est d'offrir dans les luttes une forme d'organisation supérieure : souveraineté des Assemblées générales, caractère directe de la démocratie ainsi réalisée, possibilité de contrôle d'implication, de responsabilisation donnée à chacun, transparence des décisions; toutes ces fonctions, remplies aujourd'hui par les coordinations sont manifestement perçues comme nécessaires pour gagner.

Le caractère partiel et corporatiste des luttes, leur séparation d'avec une perspective de transformation sociale réfractent les traits généraux de la période, la méftance à l'égard des «récupérations politiques», la difficultés à concevoir et mettre en oeuvre des solutions politiques centrales. Elles témoignent des limites des expériences politiques et sociales cristallisés au sein des jeunes générations. Mais elles indiquent également la profondeur des aspirations démocratiques, le rejet des pratiques bureaucratiques, le désir d'une prise en charge de leur sort par les intéressés aux-mêmes. A ce titre elles constituent des points d'appui importants pour avancer dans la voie de l'autogestion socialiste et d'une nouvelle force politique démocratiquement autogérée II. LES REDÉFINITIONS NÉCESSAIRES 1. Un point de départ et deux exigences.

Nous prenons au sérieux la crise du mouvement ouvrier et celle du projet révolutionnaire. Les ignorer ou ne les considérer que comme des épiphénomènes conjoncturels ne serait pas témoigner de la ftdélité nécessaire vis-à-vis de la méthode et des acquis du marxisme révolutionnaire. Car c'est leur rendre service que de les soumettre non pas tant à la critique rongeuse des souris qu'à celle de l'histoire. Toute autre position nourrit le conservatisme et ne peut que générer à terme· au pire le dogmatisme, au mieux le pragmatisme. Or il ne sufftt pas aujourd'hui d'être pragmatique. Il faut raisonner les redéfinitions nécessaires.

Et cela d'autant plus que la crise du mouvement ouvrier et du projet révolutionnaire ont des dimensions profondes, structurelles, stratégiques.

Elles sont d'abord le produit des transformations du capitalisme et du salariat, des bouleversement qu'elles induisent dans les procès de travail, les modes de vie, les identités collectives.

Elles sont renforcées par la crise actuelle, les offensives bourgeoises, les défaites déjà enregistrées par le monde du travail. Elles sont redoublées par le bilan des Etats bureaucratiques, la rupture du lien entre les luttes de libération nationale et l'émancipation sociale, l'absence de tout modèle, l'obscurcissement de toute perspective de rupture socialiste internationale et plus généralement le brouillage des cartes historiques.

Elles sont rendues plus aigu~s par l'échec des stratégies d'auto-affirmation recherchant l'émergence d'un parti révolutionnaire à audience de masse par développement autour d'un noyau.

Ces facteurs de crise ne seront pas surmontés par la seule réactivation des luttes sociales. Une telle réactivation n'empruntera pas en tout état de cause la voie d'une généralisation et d'une centralisation posant le problème du pouvoir. Les luttes

60 récentes ont d'abord mis en évidence une volonté d'auto-organisation, une déftance

par rapport aux appareils politiques et syndicaux, le souci de «voir le bout de ses actes», de se mobiliser et de gagner sur des objectifs tangibles. Les luttes de la

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jeunesse, à 1' école ou contre le racisme, ne débouchent pas directement sur l'adhésion à un projet socialiste de rupture. Il existe à l'inverse une certaine déconnexion entre 1' engagement dans des mobilisations et 1' adhésion explicite à un projet et une organisation politiques. Dire cela signale en même temps un enjeu important : parvenir à créer une jonction entre les luttes telles qu'elles peuvent aujourd'hui se dérouler, ceux et celles qui les animent, et les éléments disponibles de la génération précédente. Il ne s'agitpaslàd'un voeu pieux,maisd'unenécessité pour la conduite et le succès des luttes partielles et la reconstruction dans les entreprises et les localités d'un réseau fonctionnel permanent d'équipes militantes. Cette jonction n'est pas spontanée en effet, elle suppose qu'on y consacre du temps, des efforts, elle implique aussi souvent un renouvellement des pratiques politiques et syndicales. En ce sens aussi les luttes, en elles-mêmes, ne résolvent pas les questions stratégiques posées aux révolutionnaires.

De tout cela découlent deux exigences .

. La nécessité de redonner crédit à un projet révolutionnaire, d'une redéfinition stratégique des buts et des moyens du socialisme à l'aube du XX/ème siècle ;

. la nécessité d'oeuvrer à la recomposition du mouvement ouvrier.

Ces deux exigences sont inséparables : prétendre oeuvrer à la recomposition sans avancer sur les questions stratégiques serait au mieux se limiter à une politique unitaire conjoncturelle, mais peu efficace, car dénuée de toute perspective de moyen et long terme, et ne pouvant répondre aux interrogations et doutes qui traversent aujourd'hui la conscience de milliers de militants et de militantes. Et prétendre s'engager dans la redéfinition d'un projet socialiste sans lier cela à une démarche de mobilisation, de regroupement, de convergence, serait oublier que les idées ne transforment le monde que si elles sont portées par des forces sociales et politiques. 2. Pour un nouveau programme

Historiquement, les ruptures anticapitalistes ont été le produit de trois types de dynamique : 1 'effondrement d'un appareil d'Etat autocratique dans une situation de guerre et la prise du pouvoir à l'occasion d'un processus révolutionnaire rapide et brutal ; 1' occupation d'un pays par les armées staliniennes ; la transcroissance d'une lutte anti-impérialiste dans un pays dominé. Aucune de ces situations n'est prévisible dans un pays capitaliste développé.

Les transformations du capitalisme et des modes de vie, le niveau culturel des salariés, le caractère complexe des sociétés modernes, la légitimité acquise par les institutions démocratiques bourgeoises, les imbrications de l'Etat et de la société civile font que la victoire éventuelle d'un processus révolutionnaire ne pourra être que l'issue d'une crise révolutionnaire de longue durée qui, loin de se limiter à une phase d'affrontement centralisé pour le pouvoir d'état, se déploiera aux divers niveaux du fonctionnement et de la régulation de la société. Considérer celan' est pas nier le moment nécessaire de l'affrontement pour le pouvoir, sans lequel il ne peut y avoir d'engagement véritable de la construction d'un autre type de société répondant à une autre logique sociale. C'est comprendre que la complexité des sociétés modernes impose de disposer de réponses et de formes d'action adaptées à la diversité de ces niveaux. C'est donc une condition, tant pour une mobilisation révolutionnaire que pour jeter les bases d'une réorganisation socialiste. Celle-ci en effet ne se réduit pas à un basculement du pouvoir politique ; elle suppose un remodelage de 1' ensemble des fonctions économiques et des relations sociales, qui impliquera lui-même avancées, reculs, expérimentations et un remodelage qui ne peut être qu'un processus conscient.

Il faut pour cela une démarche d'ensemble, qui ne peut être que celle de l'autogestion socialiste, comprise non seulement comme le contenu que nous voulons donner au socialisme, mais aussi comme une dimension fondamentale de la stratégie révolutionnaire elle-même.

Cette référence n'invalide en rien la nécessité d'une organisation d'avant-garde, elle la confronte même à des exigences accrues tout en transformant ses fonctions. Plus s'accroît en effet le degré de complexité sociale, culturelle, technique de la société, plus est mis en évidence le caractère nécessairement multiforme d'un processus de transformation révolutionnaire, et plus s'accroît aussi l'importance des fonctions de synthèse pratique, politique et programmatique. A partir de là, le rôle premier d'une organisation révolutionnaire doit être, par la qualité de son programme et par ses initiatives, d'aider pratiquement et politiquement l'autoorganisation des travailleurs. 61

Un nouveau programme, c'est aussi la reconnaissance de la pluralité des sujets de la transformation sociale, et donc le respect de 1 'autonomie d'activité, d' élabo-

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ration de mouvements sociaux sur divers terrains dont les logiques ne s'identifient pas spontanément avec celles du mouvement ouvrier, fut-il révolutionnaire.

Le féminisme en premier lieu représente une dimension fondamentale de la remise en cause des expériences du passé, d'une part, mais aussi de tout projet émancipateur. Ce qu'a représenté et ce que continue à représenter le féminisme, c'est une critique radicale des formes et du contenu de l'oppression spécifique concernant la moitié du genre humain, des modèles organisationnels, des rapports à la politique et au pouvoir, des programmes, qui ignorent cette oppression et l'entretiennent, des structures profondes de la société et des comportements individuels et collectifs qui la génèrent et la reproduisent. L'intégration véritable d'une dimension féministe, la reconnaissance de la portée d'un mouvement autonome, ne sont donc pas affaire de circonstances, elles ne limitent pas à l'adjonction d'une série de revendications, elles impliquent une conception d'ensemble du changement social et des modèles politiques et organisationnels visant à l'influencer.

L'écologie à un autre niveau, est elle aussi porteuse de remises en cause et de renouvellements importants. Posant la question des fmalités de la croissance économique, de l'utilité sociale de la production, de la maîtrise collective de la technologie, de la prise en compte sur le long terme des impératifs de la protection et de 1' amélioration de 1 'environnement, elle représente, quelle que soit 1 'expression organisée des Verts aujourd'hui, une dimension nécessaire de tout projet socialiste et condamne les programmes ou les organisations qui ne feront pas 1' effort pour intégrer pleinement cette dimension.

Un nouveau programme, c'est aussi 1' actualisation d'un corps de revendications transitoires et la rupture avec une conception purement dénonciatoire, abstraite et en ce sens négative, de ces revendications.

Pour ne prendre qu'un exemple, il est clair, aujourd'hui, que le seul mot d'ordre de «zéro licenciement» ne peut répondre aujourd'hui à la question du chômage de masse, ni sur le plan de la cohérence, ni sur le plan de la mobilisation. C'est une redéfinition d'ampleur articulant la réduction du temps de travail, le droit à des reconversions contrôlées par les travailleurs, la généralisation du droit à la formation et aux requalifications, la création d'emplois socialement utiles, qu'il faut envisager avec une préoccupation permanente de déboucher sur des mobilisations sociales.

Le seul jusqu' auboutisme revendicatif ne répond pas à la situation : et ce n'est pas céder sur la défense pied-à-pied des droits, des acquis, des revenus du travail, que de comprendre que cette défense acquerra d'autant plus de force, de crédit idéologique et politique, qu'elle sera éclairée par une élaboration et des contrepropositions sur les solutions face à la crise. Et c'est en ce sens que démarche revendicative et démarche propositionnelle doivent mutuellement se féconder, doivent être l'objet d'une nouvelle articulation qui illustre en quoi et comment le monde du travail est historiquement appelé à se porter candidat à l'exercice du pouvoir dans l'entreprise et la cité.

Ajoutons que l'internationalisation croissante des économies accroû la force de cette exigence. C'est en particulier le cas à l'échelle européenne où le stade déjà atteint par 1 'internationalisation des forces productives et du capital rend caduc tout projet pour une alternative socialiste qui serait raisonné dans un cadre national. Le cadre européen est aujourd'hui d'autant plus important qu'il est pour une large part le cadre nécessaire et potentiel de la recomposition des forces dans le mouvement ouvrier. 3. Une méthode pour la recomposition

Il n'y aura pas de recomposition porteuse d'une issue positive à la crise du mouvement ouvrier sans convergence d'expériences politiques et sociales diversifiées. Cela découle d'abord de ce que les composantes potentielles de la recomposition sont diverses et de ce qu'aucune d'entre elles ne dispose d'acquis et d'une légitimité tels qu'elle puisse les présenter comme le socle ou le cadre achevé de la recomposition. Cette convergence est complexe : parce que les traditions d' ignorance mutuelle sont fortes, parce que la situation générale des luttes de classe est difficile, parce que les composantes potentielles sont hétérogènes et cela d'autant plus qu'elles ne se limitent pas auxfrontières traditionnelles du mouvement ouvrier.

Rendre efficace la convergence suppose le pluralisme. Sa reconnaissance ne se limite pas à une option unitaire. Elle renvoie d'abord à la nécessité de fédérer des

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expériences et au-delà des cultures politiques diverses mais qui ont toutes des briques à apporter à 1 'édifice. Mais elle renvoie aussi aux tâches de demain, c'est-

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à-dire non seulement à la possibilité de faire travailler ensemble des courants hétérogènes par leur trajectoire et leur histoire, mais aussi à la nécessité d'aller au-delà de la cohabitation, d'oeuvrer à une synthèse enrichie de ces expériences, dans un processus de longue haleine. La reconnaissance du pluralisme en ce sens, devient, dans les processus auxquels nous sommes et seront confrontés, une condition de l'efficacité et de la rigueur politique. C'est en particulier une dimension nécessaire pour mener le débat stratégique dans de bonnes conditions.

Reconnaître la nécessité de la convergence et du pluralisme implique aussi de reconnaître la nécessité de l'expérimentation. Cela signifie en particulier que toute attitude qui prétendrait fixer les bornes et le contenu de larecomposition sur la base d'a priori et indépendamment de l'expérience collective du mouvement doit être bannie. Cela implique aussi de reconnaître la nécessité pratique des diverses dimensions d'un processus de recomposition et de convergence; bien sûr l'action collective, la participation aux luttes, 1' engagement dans les mobilisations, 1 'animation de campagnes répondant aux exigences de l'heure; mais aussi le débat stratégique, et de telle façon qu'il ne soit pas mené de manière académique, que son objectif ne soit pas de précipiter les clivages, mais de contribuer à une progression collective, à 1' émergence d'une identité enrichie par rapport aux identités partielles, renvoyant à des phases particulières de 1' expérience du mouvement ouvrier, et enfin la confrontation aux échéances politiques, au champ politique tel qu'il est structuré, si tant est en effet que la recomposition n'opère pas sur un terrain vierge. 4. Les échéances électorales et le rapport aux institutions.

C'est dans ce cadre en particulier que se pose la difficile question des échéances électorales et du rapport aux institutions. Leur rôle est en effet aujourd'hui incontournable vu leur place dans les formes de la domination politique bourgeoise, dans la régulation sociale, mais aussi dans 1' engagement et le déroulement des luttes et dans les voies concrètes de la recomposition. Se battre pour une présence contestataire dans les institutions électives, les utiliser comme des lieux de contrepropositions sociales, des points d'appui pour les mobilisations, au niveau de luttes locales ou régionales, bref rechercher vis-à-vis d'elles et en leur sein une amélioration du rapport de forces de l'auto-activité des travailleurs et des mouvements sociaux est une dimension nécessaire aujourd'hui d'une stratégie pour le socialisme. C'est aussi une étape qu'il ne faut ni surdimensionner ni ignorer dans l'avenir à court terme des forces qui se sont manifestées à 1' occasion de la campagne présidentielle.

*Pour les municipales, le mouvement des comités pour une nouvelle politique à gauche doit se doter d'une plate-forme politique concrétisant au niveau local ses objectifs généraux : abandon de la politique de rigueur qui ne pèse que sur les travailleurs; droit de vote des immigrés; revenu minimum au niveau du SMIC et refus de 1' exclusion sociale; droit au logement, à la santé, protection de 1 'environnement, contrôle sur les industries à risques, refus de la construction des centrales nucléaires, développement des transports en commun et des énergies alternatives; développement de la démocratie locale, d'une nouvelle citoyenneté dans la perspective de la prise en charge par les habitants et les travailleurs des problèmes de la commune.

Les comités doivent servir de cadres politiques unitaires pour présenter nationalement des listes à gauche de l'Union de la gauche. Ce cadre peut être élargi à d'autres forces en fonction d'un accord sur la plate-forme politique dont les objectifs sont incompatibles avec toute alliance d'ouverture à droite. Pour des raisons d'efficacité, vu le mode de scrutin, et parce que nous devons avoir des élus locaux pour asseoir la crédibilité d'une force politique nouvelle, un accord de répartition pourra être cherché localement ou régionalement, avec les Verts ou d'autres forces d'extrême-gauche.

*Les élections européennes doivent être 1 'occasion d'affirmer une nouvelle force politique à gauche se plaçant dans 1 'espace stratégique nécessaire aujourd'hui à la recomposition du monde du travail. Elles peuvent servir à lancer une nouvelle campagne politique centralisée dépassant le mouvement d'opinion déclenché au moment de la campagne de Pierre Juquin. Des liens doivent être tissés avec les forces européennes à gauche des partis ouvriers traditionnels, en particulier avec

Democrazia proletaria et les Verts allemands, dans la perspective d'une convergence de nos forces sur des axes communs à l'échelle de l'Europe : 63

- pour une autre logique économique face à la gestion de la crise capitaliste :

réduction massive du temps de travail, création d'emplois socialement utiles, droit

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à la formation permanente pour tous, revenu minimum décent pour tous et refus de 1 'exclusion sociale;

- pour un programme européen de défense de 1' environnement et de sauvegarde des équilibres écologiques, pour la maîtrise par les populations de leur cadre de vie, pour une sortie programmée du nucléaire;

- pour une Europe reconnaissant le droit des régions à 1' autonomie;

-pour une Europe de 1' égalité réelle entre femmes et hommes, égalité qui devrait se retrouver dans la constitution paritaire des listes; contre les discriminations sexistes à l'embauche et dans la formation; pour l'avortement libre et gratuit pour toutes;

-pour le droit de vote des immigrés et 1' égalité des droits à 1' échelle de 1 'Europe;

-pour une Europe du désarmement, banissant l'arme nucléaire;

- pour une Europe solidaire du Tiers monde, annulant sa dette, mettant en place des politiques de coopération fondées sur les besoins des populations;

-pour une Europe solidaire des luttes d'émancipation, en Pologne, au Nicaragua, en Afrique du sud;

-pour un Acte unique social et écologique européen étendant et unifiant les droits des travailleurs, les législations sociales, les politiques de 1 'environnement sur les dispositions nationales les plus avancées. III. UNE NOUVELLE FORME D'ORGANISATION POUR UNE NOUVELLE STRATÉGIE l.LacandidaturedeP.Juquinàl'électionprésidentielleaeuuneffetextrêmement positif illustrant par la pratique les conditions de la recomposition du mouvement ouvrier. En quelques mois se sont constitués plus de 600 comités de soutien, regroupant des militants d'origines diverses, dont 50 % de non-organisés. Le caractère d'emblée pluraliste de la campagne d'un candidat issu du mouvement communiste rénovateur révélait son effet d'entraînement organisationnel. Du point de vue programmatique, de nouvelles propositions ont vu le jour :parité hommesfemmes pour tous les postes de responsabilité, annulation de la dette du Tiers monde, RM ; , les 35 heures ou le droit de vote pour les immigrés suscitaient le débat sur les moyens concrets de les faire appliquer (séparation citoyenneté-nationalité, contrôle de 1' embauche d'effectifs en cas de réduction du temps de travail). D'autre part le travail effectué dans les diverses commissions a permis de sortir du cadre traditionnel revendicatif incantatoire pour tendre à proposer des solutions alternatives.

2. Le mouvement ne pouvait se renforcer qu'en s'affirmant de façon totalement autonome par rapport au PC et auPS et en se démarquant des échecs de la stratégie d'Union de la gauche de 1981-1986.

Le score obtenu (2 %) a traduit un effet d'opinion significatif ( 600 000 voix) mais limité. En particulier il ne démontrait pas une capacité du mouvement à dépasser dans 1' opinion le vote populaire radical de LO et le vote écologiste. Malgré le caractère novateur de ses réponses sur bien des points, il n'a pas su dégager une série limitée de revendications qui répondent à la fois aux préoccupations de son électorat potentiel (syndicalistes oppositionnels, féministes, partie des écologistes, jeunes issus du mouvement de décembre 86) et permettre, dans un même temps, à une large frange de l'électorat traditionnel de la gauche de se reconnaître dans des propositions répondant à ses préoccupations quotidiennes. Le caractère par trop abstrait de la campagne n'a pas permis que se dégage un courant significatif qui puisse se reconnaître dans une telle candidature.

Cependant, les comités de soutien, constitués durant la campagne, n'étaient pas de simples comités électoraux. Il s'agissait de comités politiques réagissant aux événements politiques qui suivirent la campagne: compréhension des responsabilités du nouveau mouvement face au vote Le Pen, manifestation pour l'indépendance de la Kanaky et soutien au FLNKS après le massacre d'Ouvéa, bataille réussie pour un 1er mai unitaire, présentation de 60 candidats aux législatives pour commencer un travail d'implantation politique locale, malgré les réticences des communistes rénovateurs. Là où les militants des comités étaient implantés localement, les scores électoraux furent supérieurs à ceux enregistrés par P. J uquin.

3. La vie concrète des comités a montré que le problème posé est celui de la

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construction d'une force politique nouvelle à gauche de la gauche. Mais la façon dont le problème se pose est radicalement nouveau par rapport au vieux schéma d'unité des révolutionnaires porté par laLCR dans les années 70. Il ne s'agit pas de

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confronter divers courants politiques, d'apprécier les convergences et les divergences pour déboucher sur des compromis supposés viables dans une organisation commune. Il s'agit de participer à un processus de recomposition dans lequel chaque force doit accepter de se transformer, dans lequel il s'agit d'accepter de travailler en commun à l'émergence d'une nouvelle force politique, synthétisant différentes cultures politiques en présence.

4. La constitution des comités a montré des aspirations neuves quant aux règles de fonctionnement d'une nouvelle organisation politique et la volonté d' expérimenter ces nouvelles règles. L'exigence programmatique d'une égalité totale entre les hommes et les femmes dans la société a conduit les comités à adopter le principe de la parité pour la coordination élue. Ce principe répond aux aspirations des femmes qui souhaitent participer égalitairement à la vie politique. Il doit être défendu par les marxistes révolutionnaires qui doivent lutter pour son application à tous les ni veaux de responsabilité. L'exigence de la démocratie et du contrôle sur les responsables élus a aussi conduit les comités à adopter le principe de la révocabilité des élus.

L'expérience des comités a confirmé la nécessité de choix politiques à partir de positions différentes. La convergence de cultures politiques diverses conduit nécessairement à la diversité des positions - majoritaires comme minoritaires. Celles-ci doivent s'exprimer publiquement au nom de principe de transparence de 1 'organisation politique qui n'est pas un corps séparé du prolétariat mais une de ses formes autour d'un des avant-projets possibles pour le monde du travail.

5. La constitution des comités pour une nouvelle politique à gauche pose le problème d'une force politique nouvelle. Elle ne le résoud pas. L'insuffisance du score électoral de Pierre Juquin a freiné la dynamique enclenchée lors du lancement de la campagne présidentielle. Elle montre les difficultés à affirmer une force originale, à gauche, dans un espace politique déjà fortement occupé.

Depuis la fin de la campagne présidentielle, on note un affaiblissement numérique significatif des comités de l'ordre de 50 %. Les comités se maintiennent surtout dans les localités; ils diminuent fortement sur les entreprises, même si se maintiennent des réseaux militants; ils n'ont pas réussi à s'implanter dans la jeunesse malgré un écho important de la campagne, à son début, à 1 'Université.

Les organisations politiques soutenant la campagne Juquin n'ont pas joué un rôle globalement dynamique. Au contraire, certains militants politiques se sont désengagés de la campagne ou ont accentué les tendances centrifuges. La direction nationale des rénovateurs communistes a été plus préoccupée par la construction de son mouvement que par celui des comités, perçus comme de simples comités électoraux ou comme un vivier pour recruter. Après les présidentielles, elle a privilégié les contacts avec les reconstructeurs, à l'intérieur du PCF, contre l'affirmation des comités comme force politique. Une partie des communistes rénovateurs a manifesté son désaccord avec une telle attitude, en continuant à construire les comités et en soutenant les candidats des comités aux législatives. Mais les élus communistes rénovateurs ont le plus souvent gardé une totale autonomie vis-à-vis des comités, négociant pour leur compte leur participation à des listes d'Union de la gauche aux municipales.

Une fraction de la LCR a refusé publiquement de s'investir dans les comités; tandis qu'une autre tendance affirmait vouloir faire éclater le mouvement à la réunion nationale de juin et aux Assises de novembre. Enfin, devant le courant d'opinion favorable aux Verts, certains militants des comités ont adhéré au parti vert.

Dans ces conditions difficiles, le mouvement des comités ne peut aujourd'hui prétendre constituer la force politique porteuse d'une alternative socialiste autogestionnaire dont le monde du travail a besoin. Mais, s'il ne veut pas perdre tout le capital politique engrangé depuis l'annonce de la candidature Juquin, il doit faire avancer le processus constitutif de cette nouvelle force politique. Il doit rester ouvert à d'autres composantes de la recomposition en cours. Il doit démontrer ses capacités à rassembler et à s'élargir par des campagnes politiques, une insertion militante dans les luttes sociales, une implantation locale.

6. Malgré les difficultés et les remises en cause qu'elle suppose, nous sommes favorables à la poursuite de l'objectif de la reconstruction d'une nouvelle organisation politique, dans la mesure où la dynamique demeure celle d'une alternative socialiste face aux partis de la gauche traditionnelle. Nous prenons en compte les opportunités de larecomposition du mouvement ouvrier dans la situation politique;

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mais aussi l'état actuel du mouvement social, de la LCR et le fait que la radicalisation politique est loin de favoriser les organisations d'extrême-gauche.

La perspective de la LCR doit être la construction d'un parti politique, à gauche

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de la gauche, dont le fonctionnement organisationnel soit radicalement nouveau par rapport aux modèles existants: porteur d'un nouveau programme etd 'une nouvelle stratégie de transition, offrant une alternative socialiste autogestionnaire à la crise du capitalisme, intégrant les apports de 1' écologie, du féminisme etdu mouvement de la jeunesse.

7. Le processus qui conduira à la naissance d'un tel parti n'empruntera pas les voies classiques du clivage réforme/révolution. Des batailles d'idées entre courants politiques sont nécessaires articulant décisions conjoncturelles et perspectives stratégiques. Il est donc utile qu'un courant marxiste révolutionnaire, large, ouvert, s'y exprime et s'y organise pour établir les liens nécessaires avec les expériences antérieures du mouvement ouvrier et pour contribuer à une actualisation d'une stratégie pour le socialisme autogestionnaire.

Ce courant construira la nouvelle organisation et respectera ses règles démocratiques de fonctionnement. L'objectif de ce courant ne serait pas de faire de l'entrisme comme une fraction disciplinée dans une organisation réformiste. Il serait de contribuer à construire cette nouvelle force politique et d'y être un ferment pour la progression collective à partir de cultures politiques diverses. IV. AVANCER AUJOURD'HUI VERS UNE NOUVELLE FORCE POLITIQUE

1. Depuis maintenant de nombreux mois, la LCR a été amenée à s'engager dans un processus de recomposition dont nous avons depuis longtemps expliqué qu'elle ne maîtrisait pas 1' ensemble des éléments.

Il apparrut plus clairement encore aujourd'hui que, loin de saisir l'importance stratégique des phénomènes de recomposition que représentent la mise en place de plusieurs centaines de comités regroupant organisés et inorganisés, la politique développée par la LCR tient plus, dans le meilleur des cas, d'une acceptation quelque peu contrainte d'une politique unitaire, faisant suite à celle déjà préconisée dans des domaines aussi variés que la regroupement de 1' extrême-gauche trotskyste ou le rapprochement avec LO. Mais elle ne témoigne pas d'une volonté consciente de s'engager résolument dans la construction d'une nouvelle force politique dont les contours ont déjà pu être dessinés lors de la première réunion nationale des comités en juin 88.

2. Aujourd'hui il n'existe que deux possibilités face auxquelles il va bien falloir trancher. Soit la LCR se déclare publiquement partie prenante de la recomposition en cours et met 1 'en sem ble de ses moyens politiques et organisationnels au service de cette recomposition, en considérant qu'ils' agit là d'une priorité; soit elle accepte de ne la considérer que comme un nouveau détour dans son histoire, avant de retrouver le droit chemin de la construction du noyau du futur parti révolutionnaire. Trop souvent la LCR a été amenée à changer de ligne politique, au gré des retournements conjoncturels de la situation sociale ou des rapports de force internes. Il apparaît très clairement aujourd'hui que les enjeux de ce congrès, loin d'être académiques, ont peut-être, pour la première fois depuis de nombreuses années, une réalité palpable, pour nous mêmes, et pour plusieurs milliers de personnes que nous avons côtoyées ces derniers mois.

Nous avons touché du doigt ce que pourrait être une nouvelle force politique, dans un pays capitaliste avancé, à l'étape actuelle de recomposition du mouvement ouvrier, qui dépasserait les frontières de notre seule organisation./l nous appartient de décider si nous allons continuer à donner corps à cette première tentative depuis plus de dix ans de regrouper les forces se réclamant d'une autre politique à gauche; ou si nous allons abandonner un processus qui reste encore certes très fragile mais qui a su prouver à diverses occasions déjà sa maturité politique et son désir de dépasser les clivages partisans. Tel est l'enjeu de ce congrès. Ne pas tenir compte des conditions qui président à larecomposition d'une gauche révolutionnaire, aussi difficile soit la tâche, ne pourrait que nous être préjudiciable, si ce n'est suicidaire. Le «noyau prolétarien» faisant jonction avec les luttes ne permettra pas la transcroissance de la LCR en authentique parti révolutionnaire. Le processus actuel tel qu'il a été initié par la candidature de Pierre Juquin est incontournable. Il est beaucoup plus simple de noircir les difficultés inhérentes à une telle démarche que d'avancer des propositions concrètes de construction engageant l'ensemble de l'organisation. Il est plus simple de se réfugier, une fois n'est pas coutume, dans

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notre virginité révolutionnaire, que d'affronter avec courage les récifs d'un phénomène qui sous bien des aspects ne correspond pas au schéma que nous nous faisons de la marche vers une future gauche révolutionnaire.

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Il convient au contraire de partir de l'expérience réelle de milliers de militants, organisés ou non, afin de proposer les premiers éléments de réponses dont nous disposons. Car nous le savons : la question lancinante pour certains de la nouvelle force politique, des moyens pour y parvenir, a été et sera plus encore à 1 'ordre du jour dans les comités. Elle fait pour ainsi dire partie de la réalité objective.

3. L'initiative politique de Pierre Juquin, se prononçant pour une avancée significative vers une nouvelle force politique à gauche par la naissance aux Assises des comités de fin novembre, d'un mouvement politique indépendant, doit être considérée comme positive. Le maintien du premier capital militant des comités, en bonne partie des inorganisés, nécessite en premier lieu une bataille pour 1' adoption aux Assises d'un texte d'orientation politique. Celui-ci devra préciser le projet stratégique du mouvement- pour nous la construction d'une société socialiste autogérée -et son positionnement comme force radicalement à gauche, indépendante tant du PS que du PC. Les thèmes essentiels de la campagne de Pierre Juquin peuvent constituer le premier point d'appui pour 1' élaboration de ce texte. Mais il faut aller plus loin, et la LCR peut, dans ce cadre, jouer un rôle de premier plan par la mobilisation de ses acquis théoriques. L'absence d'adoption d'un tel texte aux Assises placerait les comités dans une situation d'incertitude complète quant à leurs choix politiques et donc quant à leur avenir organisationnel. Sans première précision des choix stratégiques, le projet de maintenir les comités comme simples cadres unitaires de campagne s'avérerait vite une illusion, et se traduirait par un affaiblissement progressif du mouvement.

La construction du mouvement des comités, comme première avancée vers une nouvelle force politique, implique aussi des choix organisationnels. La LCR doit donc répondre positivement à la proposition de Pierre Juquin de donner au mouvement les moyens nécessaires à son fonctionnement (finances) et proposer la mise en place de moyens d'expression propres (presse, sigle national). Construire le mouvement politique indépendant des comités, c'est aussi pour la LCR participer pleinement à la direction qui devra être élue aux Assises. Les Assises des comités doivent déboucher sur des choix pour avancer vers la construction d'une nouvelle force politique à gauche, anticapitaliste, autogestionnaire, féministe et écologiste. Se pose dès lors la question des organisations politiques, impliquées dans le mouvement. Leur participation sans ambigüité à la construction d'une nouvelle force politique est indispensable. La LCR, en particulier, apportera au processus la capacité d'intervention collective de ses militants dans le mouvement social et les acquis du marxisme révolutionnaire. Le stade de construction du mouvement des comités n'implique pas, pour le moment, le dépassement des organisations parties prenantes du processus. Dans une premier temps, les militants des organisations doivent avoir un statut de double appartenance au mouvement et à leur courant politique propre, cette double appartenance permettant la mise au service du mouvement des acquis des organisations. Mais, dès maintenant, la LCR doit affirmer sa volonté de participer pleinement à la recomposition et se prononcer publiquement pour la perspective d'un dépassement des différentes organisations parties prenantes du mouvement des comités.

4. La question d'une nouvelle force politique est d'ores et déjà d'actualité. Celle du mouvement rouge-vert a été mal posée. Si nous sommes partisans d'une force politique qui crée les conditions d'une convergence rouge verte (mais aussi d'une convergence avec le féminisme, les aspirations de la jeunesse, les luttes internationales ... }, nous pensons par ailleurs que celle-ci ne peut se satisfaire d'un vague mouvement informel alors que le champ politique français reste structuré par des forces politiques. C'est pourquoi quelque soit le nom de la force politique nouvelle qui verra le jour, celle-ci jouera le rôle d'un parti politique, elle connaîtra un certain degré de centralisation politique et de formalisation des règles de fonctionnement.

S. Le courant communiste rénovateur est aujourd'hui confronté à la question de sa définition programmatique et organisationnelle. Il a un rôle essentiel à jouer :

celui d'être le lieu d'accueil des militants critiques issus de la crise de déclin du PCF.

En revanche, il serait illusoire de croire qu'une organisation regroupant essentiellement des militants issus du PCF pourrait être «le lieu» de la recomposition révolutionnaire du mouvement ouvrier. Comme il serait vain pour le mouvement des communistes rénovateurs de croire qu'il pourrait transposer au niveau national le rapport de forces politique local dont il dispose dans certaines poches par le biais 67 de ses élus. Car cette recomposition a besoin d'un cadre pluraliste du point de vue des cultures politiques pour aboutir au renouvellement nécessaire. D'autre part, la crise de tous les partis communistes en Europe démontre que le mouvement social

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est à la recherche d'autres formes politique que celles des PC démocratisés. C'est pourquoi les marxistes révolutionnaires ont une responsabilité particulière pour convaincre les communistes rénovateurs de s'inscrire et de participer à la reconstruction d'une nouvelle organisation à gauche de la gauche dans laquelle ils seront un des courants.

6. Nous raisonnons sur les prochaines échéances électorales du point de vue du mouvement actuel derecomposition. Ceci implique que laLCR ne pratique pas une politique qui consisterait à mettre en avant la présentation de ses propres positions, pour les confronter à 1 'ensemble des forces politiques, LO, PCI... afin de trouver le partenaire conjoncturel pour telle ou telle échéance, mais qu'elle privilégie la constitution du mouvement de recomposition.

Nous considérons par ailleurs que ceci doit passer par la constitution de listes indépendantes à partir des forces rassemblées dans les comités constitués pour la campagne de Pierre Juquin. Ces listes sont mieux à même de répondre à la situation politique, même si une telle option nationale doit passer par un débat au sein de chaque comité, et qu'en aucun cas cela ne doit être une cause de rupture. Conclusion

Nous croyons à la nécessité d'une nouvelle force politique. Mais nous ne croyons pas que celle-ci verra le jour par un quelconque phénomène de génération spontanée ; le rôle des organisations politiques est déterminant. En effet le cadre actuel de recomposition que constituent les comités aussi important soit-il n'en reste pas moins fragile. Leur transcroissance est liée à la fois au niveau général de 1' action revendicative et au degré d'engagement des différentes forces politiques qui le soutiennent. Ces deux facteurs ont leur rôle à jouer. A nous de peser de tout notre poids.

Note: Ce texte a été voté par 3 camarades du CC

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