(Texte présenté par 1 camarade du CC) INTRODUCTION
Quatre questions doivent être impérativement traitées au congrès de la LCR.
- La modification importante de la situation internationale ces deux dernières années et plus particulièrement l'ouverture d'une nouvelle période politique dans les pays de l'Est, en URSS en particulier marquée par une relative libéralisation en ce qui concerne les droits d'expression ... et la reprise d'activité, de mobilisation des masses laborieuses de plusieurs républiques fédérées autour de la revendication nationale liée à la lutte pour les revendications sociales élémentaires.
- La remontée des luttes sociales sur le continent européen et la perspective de mise en place du marché unique en 1992 avec ses conséquences sur notre activité militante quotidienne, notre politique d'alliance dans les différents pays d'Europe.
- La stabilisation en France d'un système politique dans lequel la social-démocratie tient en main les rênes du gouvernement de manière durable avec les conséquences que ceci doit entraîner pour notre activité quotidienne notre démarche revendicative, notre politique de Front unique ouvrier jusqu 'à la question de: quel gouvernement voulons nous ?
- La crise approfondie du mouvement ouvrier de notre pays et les propositions indispensables aujourd'hui pour avancer dans la voie de la constitution d'un parti pour la révolution ....
1. L'ÉVOLUTION DE LA SITUATION POLITIQUE MONDIALE ET L'OUVERTURE D'UNE NOUVELLE PHASE DE LA RÉVOLUTION SOCIALISTE EN URSS ET DANS LES PAYS DITS «DE L'EST»
Plusieurs points caractérisent la nouvelle situation mondiale qui se met en place depuis ces dernières années.
De véritables révolutions ou guerres civiles ont touché des pays dits «sous-développés» aussi différents qu'Haïti, les Philippines, la Birmanie. Elles mettent en valeur l'attrait des simples revendications démocratiques «bourgeoises»: liberté d'expression, d'organisation, vie politique parlementaire «démocratique», pour aboutir à des mobilisations capables de renverser des dictatures souvent en place depuis des décennies. En l'absence d'autre système social de référence que les démocraties parlementaires occidentales ou similaires, faute de courants politiques organisés au sein de ces révolutions ayant suffisamment de poids pour faire le lien entre la mise en oeuvre des revendications démocratiques et la nécessité de la révolution socialiste, ces révolutions sont évidemment inachevées par essence (cf. Haïti, Philippines). Les victoires essentielles qu'elles remportent sont donc sujettes à des remises en cause à très court terme.
Ces «révolutions démocratiques» rencontrent le sentiment profond de la jeunesse - à l'échelle planétaire - pour l'égalité et la démocratie. Celle ci est sensible aujourd'hui à des causes comme la lutte contre 1' Apartheid en Afrique du Sud, pour la libération de Nelson Mandela qui portent ouvertement les symboles de l'internationalisme, de l'antiracisme, de la lutte du peuple noir contre la bourgeoisie de Prétoria.
La puissante aspiration à la démocratie est en manque de débouché ... Notre conception de la révolution permanente vers le socialisme doit être régulièrement popularisée en même temps que nous soutenons les luttes des masses populaires de ces pays. Ceci particulièrement en direction de la jeunesse.
Mais nous ne pouvons proposer les nôtres qu'en participant à plein titre à toute activité de popularisation et de soutien des peuples combattants. Qu'il s'agisse des peuples birmans, haïtiens ou de la lutte du peuple noir d'Afrique du Sud.
En ce qui concerne ce dernier pays, nous devrons faire un effort notable pour devenir partie prenante de toutes les activités militantes et culturelles de soutien à Nelson Mandela.
La jeune génération tend en effet à se saisir de ce symbole, au même titre que la jeunesse en Mai 1968 avait repris la lutte du peuple vietnamien et du FNL, comme symbole de la lutte des peuples opprimés contre l'impérialisme.
La modification de la situation politique dans les pays de l'Est et en URSS aujourd'hui constitue une modification fondamentale de la situation mondiale.
Pour nous, marxistes révolutionnaires, elle doit devenir un axe prioritaire de nos campagnes et interventions internationalistes. La Glasnost, la modification de la politique de ceux qui dirigent l'URSS d'abord, puis la reprise d'activité des masses de plusieurs républiques soviétiques combinant les grèves générales, les manifestations de masse, l'interpellation du système soviétique en place, transforment en effet durablement et en profondeur les paramètres des débats du mouvement ouvrier orgapisé et de notre intervention en son sein.
La chose est patente dans un pays comme la France dont le mouvement ouvrier est organisé «par rapport à l'URSS». La scission de Tours et l'adhésion à l'internationale de Lénine et de Trotsky restent la pierre angulaire de la séparation du PS et du PC, jamais dépassée.
Cette alternative se retrouve également dans le mouvement syndical séparant la CGT de la CFDT et de FO.
La crise ouverte par la politique de la Glasnost et la reprise d'activité des masses laborieuses dans plusieurs républiques soviétiques ouvre donc un champs nouveau à notre intervention permanente dans notre propre pays, qui va des campagnes pour la réhabilitation de Trotsky et de notre courant en URSS, aux campagnes de solidarité avec les revendications nationales avancées par les masses en Arménie, dans les pays Baltes ...
70 La stalinisation, meilleur instrument qui soit du chauvinisme grand-russe et de la
négation des particularités nationales a en effet renforcé les raisons de fond qui militaient déjà lors de la révolution d'Octobre pour la mise en place d'une fédération
des Républiques soviétiques respectant la réalité des nationalités.
Le socialisme ne se construit pas en niant l'histoire des peuples. C'est celle-ci qui dicte aujourd'hui en partie le lien entre les revendications nationales et les exigences du mieux vivre qui se trouvent à la base des grèves générales exemplaires, en Arménie par exemple.
Les communistes que nous sommes, doivent être les premiers à soutenir, populariser ces luttes et ces combats. En toute indépendance et en conservant toute liberté de critique, cela va de soi.
Nous devons en France populariser et donner notre point de vue sur la situation en URSS dans le cadre d'une campagne nationale de meetings de la LCR dans la plupart des villes où nous sommes présents.
Nous devons organiser des prises de contact surplace en vue de la solidarité active entre les travailleurs, travailleuses et les organisations de notre pays, les travailleurs, travailleuses mobilisés des républiques concernées et les organisations (comités .... ) dans lesquelles ils se reconnaissent.
Nous devons initier la constitution d'un comité de personnalités en défense du socialisme et des droits démocratiques des travailleurs, et des peuples en URSS.
Cette démarche est indissociable d'une campagne permanente pour que toute la lumière soit faite sur les effets du stalinisme et pour la réhabilitation de Trotsky et du mouvement trotskyste en URSS et dans le mouvement communiste internatio_. nal.
Nous nous adressons systématiquement dans ce cadre au Parti communiste français et à l'ensemble de ces militants.
Il est essentiel pour nous de renouer ainsi dans notre propre pays, publiquement, avec notre tradition d'origine : 1 'intervention sur tous les terrains, dans toutes les questions qui concernent la vie politique en Union soviétique.
La renaissance des perspectives politiques de notre courant en Union soviétique même enfin est la condition sine qua non de la réappropriation par les masses laborieuses de ce pays des perspectives de la révolution politique, anti-bureaucratique, qui peut seule permettre d'en finir avec l'hiver stalinien.
C'est dans ce cadre que nous soutenons toute conséquence positive de la Glasnost... De 1' ouverture des colonnes des journaux au début de démantèlement des arsenaux nucléaires. Mais cette politique de la direction Gorbatchev n'a de sens pour nous que pour favoriser la mobilisation des masses pour la reconquête du pouvoir politique dont s'est emparé la bureaucratie et son appareil} 'Etat soviétique et le Parti communiste. 2. LA QUESTION DE L'EUROPE ET L'ACTUALITÉ DES LUTTES OUVRIÈRES DANS LES PAYS DU CONTINENT •••
La perspective de constitution d'un marché unique européen en 1992 exprime d'abord la réalité du renforcement des liens industriels, commerciaux et financiers entre les différents états du continent européen.
60 %des échanges en moyenne des pays de la CEE s'effectuent dans le cadre delaCEE.
La concentration du capital industriel et bancaire mondial autour de trois pôles, Japon (Asie du sud Est), USA, Europe, s'accommode très mal de l'éclatement politique, géographique, douanier, législatif, institutionnel de ce dernier.
C'est pourquoi la constitution d'un ensemble européen unifié correspond à l'un des voeux les plus pressant du capital multinational. Ce souhait n'oppose pas, faut-ille souligner, les multinationales européennes aux multinationales japonaises ou US ... Les filiales de celles-ci en Europe ont en effet tout intérêt à la réalisation du marché unique. Au même titre que les multinationales qui ont un pays européen pour origine et dont le poids dans le groupe des 500 premières entreprises mondiales s'est renforcé cette dernière décennie.
La constitution du marché unique européen, la construction de l'Europe n'entraîne pas, cela va de soi, l'invalidation du rôle de chaque état national. Ceux-ci restent indispensables à la classe dominante sur le plan politique, culturel, idéologique, répressif.
Nous assistons, cet impératif national étant respecté, à la tentative de mise en place d'une superstructure administrative, politique et législative commune aux différentes bourgeoisies européennes, qui cherchent ainsi à rationaliser le cadre d'exploi- 71 tation des classes ouvrières des différents pays de la CEE.
Que le projet soit mené à bien dans son intégralité ou partiellement seulement ... dépend en grande partie des réactions des travailleurs, travailleuses concernées.
La marche vers le marché unique et en effet un processus mis en oeuvre depuis plusieurs années maintenant avec son lot d'attaques régulières aux conditions de vie et des travail des salarié(e)s de la communauté.
Il se traduit par la mise en oeuvre de politiques concertées et communes de rentabilisation/suppression des grands secteurs industriels tels que la sidérurgie, la navale ...
Il se traduit par le démantèlement partiel, les restructurations, la dérègulation des différents services publics des états de la communauté (postes, santé, chemins de fer ... ).
Il se traduit par des politiques d'uniformisation des conditions d'exploitation dans les entreprises des différents pays de la communauté. Dans 1 'industrie automobile, comme dans les banques, ou les hôpitaux.
Les bourgeoisies du continent appliquent ainsi des politiques identiques à leurs propres classes ouvrières qui consistent à accroître leur exploitation pour mieux les dresser les unes contre les autres dans le cadre de la concurrence accrue d'un marché unifié ...
L'uniformisation des conditions de fonctionnement de chaque état européen en ce qui concerne ses ressources et ses prestations : taxes, impôts, cotisations sociales, système de santé et d'éducation, retraite ... est dans ce contexte le pas le plus difficile à franchir.
Cet obstacle considérable à la mise en oeuvre en totalité du marché unique de 1992 n'empêchera pas toutefois 1' approfondissement du renforcement de la CEE, indispensable aujourd'hui au stade de concentration du capital multinational contemporain.
Ce prpnostic s'entend, cela va de soi, toutes choses demeurant identiques par ailleurs. De profondes mobilisations sociales, un nouveau krach boursier et ses conséquences financières et industrielles peuvent évidemment modifier la tendance à l'oeuvre actuellement.
Nous devons par conséquent faire de nos réponses à ce projet des bourgeoisies continentales un axe prioritaire de notre agitation propagande quotidienne dans ce pays.
Cette démarche nous est facilitée par deux facteurs essentiels.
Une remontée des luttes ouvrières en Europe, faisant apparaître des points de convergences possibles entre les classes ouvrières des différents pays de la communauté.
L'existence dans chaque pays de la communauté de sections de la IVè Internationale et d'organisations anti-capitalistes avec lesquelles nous travaillons de concert.
Ces dernières années ont été marquées par des luttes sociales exemplaires dans les différents pays de la CEE. Grève générale de la fonction publique en Belgique, grève de la sidérurgie en RF A, grève des enseignants en France, en Espagne, en Italie ... grève des transports ferroviaires en France, en Italie, en Espagne, grève dans la santé et dans l'automobile en Angleterre ...
Ces luttes illustraient en général quatres préoccupations communes :
- la défense des services publics existant contre leur dérègulation en court. Cette revendication est commune aux infirmières britanniques aux cheminots français ou italiens ... aux enseignants espagnols, aux postiers britanniques ...
-la reprise des revendications salariales, sensibles aussi bien chez les enseignants italiens que chez les infirmières britanniques, les métallurgistes français (SNECMA) ou les métallurgistes britanniques (Ford);
-la revendication de la garantie de 1' emploi et de la diminution du temps de travail face au chômage. Les luttes les plus avancées sur ce terrain restent celles des sidérurgistes en Allemagne, mais il faut rappeler 1 'importance de la grève générale pour les 35 heures au Danemark, passée quelque peu inaperçue;
- selon des particularités propres à chaque pays, ces grèves marquent enfin une volonté d'expression des grévistes qui échappe en tout ou partie aux organisations syndicales. Cette réalité se retrouve chez les cheminots espagnols, les sidérurgistes allemands, les métallurgistes britanniques.
Il serait faux de parler de tendances homogènes à 1' auto-organisation des luttes. Les expériences des COBAS italiens, des coordinations en France, des comités d'initiatives de citoyens dans la sidérurgie allemande sont sur ce point les expériences les plus avancées.
Ces axes revendicatifs et ces méthodes de lutte «démocratiques» expliquent d'ailleurs 1 'identité des plates-formes des oppositions syndicales lutte de classe qui existent aujourd'hui dans la plupart des pays européens, de la Suède à l'Espagne,
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en passant par la RFA, la France et l'Italie.
On retrouve dans chaque cas l'axe des 35 heures contre le chômage, la revendication salariale qui marque une reprise des revendications offensives, l'exigence de
la démocratie face à la crise d'organisation et/ou d'orientation des grandes organisations syndicales européennes.
Cette réalité sociale des mobilisations ouvrières fonde de nombreuses opportuni~ tés de prises de contact, d'échange d'expériences, voire de convergences dans l'action des travailleurs, travailleuses des différents pays de la communauté européenne.
Cette réalité est essentielle dans les combats que nous devons mener dès maintenant et dans les années qui viennent contre les plans de mise en place du marché unique européen. ·
«Notre» Europe n'est pas celle du parlement de Bruxelles, de ladérèglementation, du marché unique, mais celle des luttes des mineurs britanniques, des métallurgistes allemands, des cheminots espagnols, des enseignants italiens et des infirmières britanniques, des mobilisations des étudiants et de la jeunesse des différents pays d'Europe ...
Nous sommes contre les mesures de dérègulation planifiées par les bourgeoisies européennes et pour l'Europe des 35 heures, de l'indexation des salaires sur les prix, de la défense et de la sauvegarde des services de protection sociaux de retraite et d'éducation en vigueur.
Face à l'échéance de 1992/1993 et de mise en oeuvre du marché unique qui vise à «dresser» les travailleurs, travailleuses de chaque pays les uns contre les autres, nous avançons la perspective d'Etats généraux des travailleurs, travailleuses des différents pays d'Europe, membres de la CEE et de leurs organisations pour la défense commune de leurs droits et de leurs acquis.
Cette démarche devrait se donner pour but l'adoption d'une charte des revèndications communes des salarié( e )s de la CEE, des droits démocratiques de libre accès à tous et de libre circulation dans une «Europe sans frontières». Cette charte devra s'adresser aux travailleurs, travailleuses des pays de l'Europe dite de l'Est afin de les soutenir dans la lutte pour leurs droits démocratiques, comme aux travailleurs, travailleuses des pays «dominés» afin de leur apporter l'appui et la collaboration indispensable à la lutte pour leurs droits élémentaires face aux grands trusts multinationaux qui exploitent en commun les travailleurs, travailleuses de la planète.
Ces réponses à la mise en place du marché unique européen, appuyées sur les mobilisations dans les différents pays de la CEE nous permettront d'opposer concrètement la perspective politique d'une fédération des Etats unis socialistes d'Europe, à la constitution de la fédération des états capitalistes de la CEE, ~ 1 'Europe du Parlement de Bruxelles et des instances étatiques qui en dépendent.
Cette démarche est irremplaçable dans la bataille politique et idéologique que nous devons mener contre nos propres bourgeoisies.
Elle doit être illustrée sans cesse sur le terrain revendicatif, démocratique et social.
-Contre l'Europe du nucléaire et pour la mise en oeuvre et la réactivation des énergies «propres».
- Contre les législations anti-immigrés et pour l'égalité des droits, la libre circulation des personnes.
-Contre les discriminations sexistes et pour l'accès des femmes à tous les métiers, à salaire égal.
-Contre les discriminations sexistes et pour la parité hommes/femmes dans toutes les institutions électives.
- Contre l'Europe du gaspillage, de la spéculation financière et du chômage de masse. Pour la mise en commun des savoir-faire, des ressources matérielles, industrielles et techniques au service des besoins sociaux, sous contrôle des travailleurs, travailleuses.
- Contre l'Europe des banques et du capital, pour la renégociation des rapports avec les pays dits sous-développés, l'annulation de la dette, l'échange des savoir-faire et des technologies.
Nous entreprenons systématiquement dans ce cadre la constitution d'alliances des forces politiques en Europe susceptibles de partager tout ou partie de nos propositions. Les sections de l'Internationale présentes dans les différents pays européens ont à ce titre un rôle irremplaçable.
Les prochaines élections européennes seront la première échéance centrale permettant de tester cette politiqué dans la pratique. ·
La plate-forme adoptée par le Comité central de la LCR constitue la base
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indispensable de ces alliances. Elle nous laisse évidemment toute liberté pour développer l'intégralité de nos réponses, de nos revendications élémentaires à la perspective des Etats unis socialistes d'Europe.
En lien avec ces perspectives, 1 'Internationale réunira au plus tôt une conférence ouvrière des sections ou des membres de la IV dans les différents pays européens. Celle-ci adoptera entre autre une plaquette diffusable dans tous les pays de la CEE. Les principales sections de 1 'Internationale en Europe mettront en oeuvre une coordination régulière de leurs organes de presse . 3. LA NOUVELLE SITUATION
EN FRANCE ET NOS PROPOSITIONS DE MOBILISATION
Trente ans après la fondation de la Vè République sur la base d'un coup d'Etat et d'une profonde défaite du mouvement ouvrier, le système politique français a défmitivement été remis en cause par les dernières consultations électorales.
La social-démocratie est aujourd'hui le parti politique appelé a gérer pendant plusieurs années les intérêts du capital français. Le Parti communiste connait une crise irréversible. La droite traditionnelle connaît un processusd 'implosion qu'elle n'a pas, pour le moment, les moyens de maîtriser, aggravé par l'existence d'une parti d'extrême droite à l'audience significative.
Notre présence et notre influence sur le terrain politique institutionnel reste marginale.
Elle n'a pas de rapport avec 1 'audience de nos idées et de nos pratiques - seuls ou dans 1' action commune avec nos alliés -dans les mobilisations sociales. C'est une des contradictions essentielles que nous devons viser sans cesse à réduire.
Dans ce but nous prenons d'abord en compte les éléments suivants :
la crise d'organisation et d'orientation du mouvement ouvrier français- inédite -se traduit par une défiance massive des travailleurs, travailleuses à 1' égard des forces politiques ou syndicales censées les représenter. Cette réalité explique aussi bien le faible taux d'organisation des salarié(e)s de ce pays dans les organisations syndicales les plus «représentatives» que les phénomènes abstentionnistes les plus significatifs lors des consultations électorales. Les dernières législatives ou les cantonales.
Cette défiance politique n'entraîne pas 1' attentisme ou le calme social. Les luttes de l'hiver 1986-1987 ont au contraire marqué le départ d'un nouveau cycle de luttes.
Cette défiance politique est par contre à la racine de la volonté de contrôle de leurs luttes par les travailleurs, travailleuses. Elle est à la base du développement des formes d'auto-organisation qui on pris une importance inédite dans les luttes ces deux dernières années.
Les coordinations des cheminots, des instituteurs, les comités de grève de la SNECMA et la coordination des entreprises du groupe, la coordination des infirmières, constituent des pas en avant substantiel dans les traditions de lutte et d'organisation des travailleurs, travailleuses de ce pays.
Ces formes d'auto-organisation aujourd'hui sont liées à la réappropriation de revendications offensives autour de l'emploi, des salaires et des conditions de travail. Elles prennent place enfin dans le cadre d'une démarche de mobilisation unitaire généralement très attentive à la politique des organisations syndicales sur ce point.
Ces trois éléments : tendances à l'auto-organisation, forte volonté unitaire, revendications offensives constituent, selon nous, un ensemble indissociable pour gagner.
Nous avançons d'abord trois revendications essentielles dans le contexte de la crise actuelle, de la stabilisation du chômage liée à l'écrasement des salaires et au redressement significatif des profits patronaux.
-Aucun revenu minimum ne peut être inférieur au SMIC quelle que soit sa forme (indemnités, prestations, salaires).
-Le droit au travail pour tous impose la réduction du temps de travail de tous, les
35 heures vers les 30 heures.
-Les pertes de pouvoir d'achat cumulées depuis 1982 doivent être rattrapées intégralement, les salaires doivent être indexés sur les prix (comme le démontrent les résultats des entreprises, le blocage des salaires s'est traduit uniquement par la
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hausse des profits patronaux)
Ces revendications sont «ajustables» à chaque cas concret, à chaque entreprise.
Mais elles peuvent être symbolisées par trois chiffres : 1500 francs pour tous, 35 heures, 6000 francs minimum, toutes revendications qui se sont illustrées dans les luttes récentes.
Lutter pour conquérir ces revendications-là, passe par la mobilisation, l'unité d'action des organisations syndicales. Mais l'efficacité commande de ne pas laisser à celles-ci le monopole del' animation et de l'organisation des luttes. Le démarrage même de l'action aujourd'hui peut dépendre d'initiatives et de structures extra-syndicales. Des collectifs, comités de mobilisation, comités de base, voire des coordinations provisoires sont susceptibles de rassembler les militants syndicaux et les non/syndiqués qui ne pourraient pas prendre d'initiatives de mobilisation en commun, dans le cadre des organisations syndicales.
La crédibilité même de 1' action proposée peut être en jeu dans certaines branches, catégories, selon qu'elle est avancée par le/les syndicats ou par une structure regroupant des militants ou d'ex-militants qui ont gardé la confiance de leurs collègues de travail.
La possibilité de prendre les garanties minimum d'information, de coordination, d'unification des luttes dans le cadre d'une branche, voire d'un groupe d'industrie, afin d'être efficace dépend également de la mise en place de structures qui ne dépendent pas étroitement du cadre syndical. ·
Si l'action gréviste, démarre l'unité d'action ne tient que si les travailleurs, travailleuses, 1 'imposent et la contrôlent Toute lutte doit se doter aujourd'hui des formes d'auto-organisation indispensables : assemblées générales démocratiques et souveraines, comités de grève associant les représentants des organisations syndicales, les délégués «de la base», des syndiqués et des non-syndiqués sous contrôle permanent de leurs mandants, coordinations à l'échelle d'un groupe, d'un trust, d'un service public, d'une branche industrielle ou des services, coordination des sociétés de l'audiovisuel, des entreprises de l'automobile, ou des hôpitaux par exemple.
Ces mobilisations dans une entreprise, une société, un établissement au départ ne peuvent constituer un rapport de forces efficace que dans le cadre d'une politique de lutte coordonnée et généralisée.
Lutter pour gagner impose de globaliser les mobilisations à l'échelle du groupe, de la branche, de la Fonction publique, de l'ensemble des secteurs d'activité.
Nous cherchons en permanence, sans raccourci à faire cette démonstration dans la pratique. Cette méthode - la démonstration dans la pratique - est déterminante dans le cadre des luttes. Elle doit interdire d'opposer le développement d'une mobilisation dite «catégorielle», à la construction d'un mouvement dit «intercatégorie» dont les capacités mobilisatrices seraient moindres au début del' action. Cette erreur - que commettent systématiquement nos camarades de Lutte ouvrière -conduit en effet le plus souvent à l'effet inverse de celui recherché :elle limite la mobilisation de la catégorie qui démarre, et ne permet donc pas aux autres catégories de prendre exemple sur elle.
Ce cas de figure, courant dans certaines branches de la Fonction publique (Santé, SNCF, ... ) n'a généralement pas d'équivalent dans le secteur productif ou la mobilisation dans l'atelier, l'usine, regroupe les diverses catégories, dès le départ.
Dans le cadre de toute mobilisation nous luttons de toute façon contre l'enfermement catégoriel, l'illusion selon laquelle une catégorie lorsqu'elle lutte seule accroît ses chances de gagner. Il n'y aura pas de victoire durable possible sans préparation d'un mouvement d'ensemble, inter-professionnel, à l'échelle du pays, sur les revendications prioritaires.
Toutes les mobilisations aujourd'hui doivent oeuvrer dans ce sens. Elles permettent d'arracher des avantages limités ou de repousser momentanément des attaques dans l'immédiat. Elles favorisent en même temps les expériences de mobilisation indispensables à chaque secteur pour qu'une remobilisation d'ensemble voit le jour.
Cette démarche de mobilisation s'adresse à toutes les organisations politiques et syndicales qui sont censées défendre les intérêts des travailleurs, travailleuses .
Nous traçons ainsi en permanence le lien entre les mobilisations sociales, et le rôle qui devrait être celui des partis censés représenter les intérêts des travailleurs, travailleuses dans le cadre des institutions, municipalités, parlement, gouvernement. ..
Nous expliquons sans cesse que ces partis qui restentélectoralement les représentants des salariés, le PS et le PCF, ont les moyens de contribuer politiquement à la 75 satisfaction des revendications ouvrières s'ils s'appuient sur les mobilisations des travailleurs en cours.
Ces trois éléments, à savoir les revendications, les mobilisations en cours et la
majorité parlementaire conquise par les deux partis de gauche lors des dernières élections, sont pour nous indissociables.
Nous expliquons que nous serions favorables à la constitution d'un gouvernement d'unité des forces de gauche quis' appuieraient sur les mobilisations ouvrières pour satisfaire les revendications et réorganiser l'économie en fonction des besoins sociaux.
Un tel gouvernement au lieu de pratiquer une politique d'ouverture tirerait sa légitimité d'assemblées générales de travailleurs, de jeunes ... . Cette perspective gouvernementale nous permet de nous adresser concrètement à ceux qui sont influencés à des titres divers par les partis de gauche, en expliquant quelle serait la politique que devrait à notre avis développer un «gouvernement des travailleurs».
Cette proposition est opposée évidemment à toute politique d'ouverture. Elle est incompatible de bout en bout avec la politique du Parti socialiste qui a renoncé à toute remise en cause du système d'exploitation capitaliste. Elle est contradictoire avec la politique du Parti communiste qui ne peut s'accommoder d'une mobilisation de masse, contrôlant un gouvernement qui se réclame des travailleurs.
Cette perspective est différente de la simple revendication d'un gouvernement du PS et du PC, qui correspond à une exigence, une revendication immédiate lors de la formation d'un gouvernement issu de la majorité qui siège à 1' Assemblée ou lors des mobilisations sociales prenant à contre-pied la majorité PS, PC et le gouvernement d>>Ouverture» du PS à Matignon, par exemple.
Notre démarche consiste donc à lier les revendications élémentaires à la mobilisation dans 1' unité des travailleurs, travailleuses et de leurs organisations, à indiquer la voie de l'auto-organisation et du mouvement d'ensemble, à montrer en permanence les responsabilités et les moyens dont disposent les partis de gauche majoritaires au Parlement
La perspective d'un gouvernement d'Union s'appuyant sur les mobilisations ouvrières renoue avec la problématique de rupture anticapitaliste.
Nous développons sans cesse dans nos explications les raisons de fond qui justifient cette démarche. Les dernières années, particulièrement la politique mise en oeuvre par la gauche depuis 1982 démontrent parfaitement que toute concession au système dominant, le blocage des salaires ou l'indemnisation des sociétés nationalisées se retourne en arme contre les travailleurs.
Ces deux mesures ont permis le redressement des profits patronaux et alimenté la spéculation financière et la réappropriation des principales sociétés du capital in,dustriel et financier par les propriétaires des actions des entreprises nationalisées en 1982. 4. LA CONSTITUTION D'UN PARTI RÉVOLUTIONNAIRE AUJOURD'HUI
Il n'existe pas de méthode unique de construction du parti qui puisse être appliquée en tout temps :
-lors de la cri.s e des années 20, de la scission des partis sociaux -démocrates et de la constitution des partis communistes sous 1 'impact de la Révolution russe;
-durant les années 30 où l'entrisme dans la social-démocratie et les tentatives d'alliances avec des organisations centristes sont le lot de la naissance et du développement de la IV;
:durant les années d'après-guerre à l'heure du triomphe du stalinisme et de la politique entriste au sein des partis traditionnels et des jeunesses communistes ;
- à la fin des années 60 lors des ruptures révolutionnaires avec les partis traditionnels, portées par la jeunesse et la création d'organisations indépendante;
-aujourd'hui, alors que le mouvement ouvrier connait une crise de décomposition/recomposition profonçle, que les premiers éléments de la crise du PCF concrétisent à nos côtés ...
Lors de toutes ces périodes notre existence en tant que courant politique organisé, délimité sur la base de son propre programme était impérative.
Mais à chaque étape nous avons mis en oeuvre une tactique particulière de construction du parti révolutionnaire.
Les différentes méthodes de construction du parti révolutionnaire à 1 'oeuvre dans
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la IVè Internationale aujourd'hui, démontrent également qu'il n'y a pas de tactique universelle de construction d'un parti applicable partout.
Les camarades de la IV en RF A ont choisi de constituer un parti avec un courant
politique venu du maoïsme et mettant en oeuvre une politique de regroupement des socialistes révolutionnaires. En Belgique la section de la IV prône une unité d'action permanente avec le PC belge et le PTB (ex-mao) pour la construction du parti révolutionnaire. Les camarades britanniques, espagnols, italiens, brésiliens ou mexicains appliquent également des tactiques ad-hoc selon les pays.
Aujourd'hui en France, la défiance généralisée à l'égard de la politique des organisations traditionnelles, ne met pas pour autant à l'ordre du jour la transformation de la Ligue en parti révolutionnaire à influence de masse, se construisant et agissant sur la base de l'ensemble du programme de la IV Internationale ..
La nécessité d'une stratégie révolutionnaire précise pour rompre avec le capitalisme - qui est un acquis pour nous - est devenue totalement floue pour des dizaines de milliers de militants qui se conçoivent pourtant comme des «révolutionnaires».
Cette réalité repose sur une différence essentielle avec la constitution de la Illè Internationale : les générations militantes aujourd'hui ont certes connu des épreuves de la lutte des classes importantes. Mais rien qui soit similaire à l'expérience de la Révolution russe : une épreuve historique qui fasse référence. Les organisations parties prenantes de l'I.C provenaient alors du sein du mouvement ouvrier organisé (scissions des partis sociaux-démocrates). Il s'agit toujours pour nous de faire la jonction avec le gros des forces du mouvement ouvrier, après un long détour historique qui nous en a exclu physiquement
Ceci reste vrai, même si notre implantation et notre rôle au sein des mobilisations ouvrières aujourd'hui sont sans comparaison avec ce qu'il orit pu être depuis notre fondation.
Cette réalité de la crise du mouvement ouvrier français aujourd'hui doit nous amener à ne pas faire de l'accord avec la totalité de notre programme un préalable à la constitution d'une nouvelle force politique, d'un nouveau parti, avec ceux qui veulent rompre avec le capitalisme, aller vers le socialisme.
C'est ce constat qui était à la base de notre engagement dans le mouvement né autour de la candidature de Pierre Juquin aux élections présidentielles. Dans ce mouvement des comités, la plupart des militants sont à la recherche d'une forme d'organisation permanente. Ceux qui n'ontjamais été organisés politiquementou ceux qui ne le sont plus - considèrent ainsi que les comités sont pour le moment le seul cadre d'organisation disponible. Ils aspirent à leur développement, à leur transcroissance vers un mouvement national.
Nous n'avons pas une conception statique des processus de recomposition à l'oeuvre dans le mouvement ouvrier français. La constitution d'un mouvement, alternatif à la forme parti, reste pour nous un non-sens aujourd'hui comme dans le passé. Peser dans les rapports de force entre les classes, contre les partis bourgeois et face aux partis réformistes nécessite toujours un instrument, un outil qui rassemble des militants sur une plate-forme commune, pour l'action consciente. Un parti.
C'est cet objectif qui justifie notre participation au mouvement des comités.
Ce regroupement n'est pas le cadre exclusif de construction d'une nouvelle force politique en France. Mais l'une de ses constituantes.
A l'intérieur des comités nous proposons de construire un nouveau parti sur les axes suivants :
-L'objectif de la démocratie socialiste comme seule réponse valide au capitalisme en crise. L'appropriation collective des moyens de production et l'autogestion de l'économie par les travailleurs associés, sont, dans ce but, indissociables.
- La solidarité avec les luttes de tous les travailleurs à l'Est comme à l'Ouest.
-Le refus de toute forme d'exploitation, de sexisme, de racisme, d'oppression nationale, de chauvinisme.
-Le combat permanent pour l'auto-organisation dans les luttes sociales. La lutte jusqu'au bout, au côté des travailleurs, pour leurs revendications, dans l'unité ouvrière.
-L'opposition politique à toute gestion de la crise telles celles mises en oeuvre par la Gauche en Europe et particulièrement en France ces dernières années.
Nous visons à regrouper dans un même parti tous ceux qui rejettent la politique concrète des partis socialistes et communistes et comprennent que ces partis ne sont pas des instruments adéquats pour transformer radicalement la société.
L'évolution de ces militants est l'enjeu d'une bataille politique permanente. Au fur et à mesure de l'évolution de la lutte des classes, dans une situation où
s'expriment à la fois de nouvelles capacités de lutte et une défiance à l'égard des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier.
Ces axes politiques et cette perspective de construction d'un parti révolutionnaire dans la phase actuelle de crise du mouvement ouvrier constituent la seule méthode qui nous permette une démarche unifiée au sein des comités et à l'égard de tous nos partenaires organisés, Rénovateurs, Lutte ouvrière, MPPT, tout en nous adressant en permanence à des dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes inorganisés.
Cette démarche nous permet également de nous adresser en permanence à tous ceux qui militent aujourd'hui dans le PS et le PCF.
Dans ce parti nous devons accorder une importance de premier plan à l'ouverture d'un débat, d'un dialogue, avec tous ceux qui sont influencés par les «reconstructeurs», avec les membres et si possible avec les dirigeants de ce courant La constitution d'un parti révolutionnaire en France nécessite de la participation de fractions militantes aujourd'hui présentes et actives dans ce parti.
Nous avons quant à nous notre programme et nos références propres, que nous versons sans attendre au débat, et sur la base desquelles nous construisons notre courant
Les tâches rapidement énumérées dans les points 1, 2, 3 démontrent s'il en était besoin, pourquoi la construction de la LCR aujourd'hui est indissociable de notre activité pour la construction d'un nouveau parti dans lequel nous côtoyons et côtoierons d'autres courants politiques.
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