(texte présenté par 13 camarades du CC et de la CCC) PRÉAMBULE.
S'appuyer sur la nouvelle poussée ouvrière et la combativité de la jeunesse ...
Le fait marquant de ces deux dernières années est le tournant de la situation sociale et politique initié par la puissante mobilisation de la jeunesse en novembredécembre 1986. Sans le recul précipité du gouvernement Chirac et 1' assistance que lui ont apporté les directions officielles du mouvement ouvrier, la grève générale étudiante était sur le point de déboucher sur une grève générale nationale. Elle a été immédiatement suivie par des grèves de dimension nationale dans la SNCF et chez les instituteurs et institutrices. Depuis la remobilisation populaire ne s'est pas démentie.
La révélation de ce nouveau potentiel de combat des travailleurs et de la jeunesse a commencé à ôter, et pour une longue période, l'initiative politique à la bourgeoisie. Cette initiative politique, lentement reconstituée à l'ombre du pouvoir «socialiste», de la gestion de la crise capitaliste par les directions du PS et du PCF entre 1981 et 1986, se nourrissait autant de la crise et de l'affaiblissement du mouvement ouvrier organisé que de l'absence de luttes sociales significatives. La bourgeoisie entendait la consolider et la déployer après sa victoire aux élections législatives de mars 1986. Mais cet espoir aura été de courte durée. Même l'offensive idéologique néo-libérale, après s'être heurtée au mouvement de la jeunesse, à ceux des cheminots et des instituteurs, a trébuché sur le crack boursier, révélateur de l'extrême fragilité du capital financier qui domine et structure tout l'édifice capitaliste. Elle s'est finalement achevée dans les miasmes d'une campagne
électorale en 88 qui confmnait la fm de l'initiative politique du camp bourgeois et la poursuite d'une remobilisation populaire en profondeur. Les grèves du premier semestre 1988 dans la métallurgie (Chausson, SNECMA) et dans différents secteurs, suivie par la grande mobilisation gréviste des infmnières et la poussée sociale de l'automne, en marquant un net infléchissement vers le haut de la courbe des grèves par rapport à 1987, ont confirmé le tournant opéré fin 1986. Celui-ci s'est traduit sur le plan électoral par une imposante mobilisation ouvrière et populaire pour barrer la route à la droite et à l'extrême-droite, écarter Chirac du pouvoir, et donner une majorité à l'Assemblée nationale au P.S. et au P.C.F ..
Ce mouvement a de grandes chances de se renforcer, de gagner en ampleur et en conscience de ses objectifs de classe, de chercher une issue politique conforme à ces objectifs, donc opposée à «l'ouverture» à droite du P.S., et finalement d'accélérer les processus amorcés de recomposition du mouvement ouvrier. Car il se nourrit:
* de la profonde crise des partis traditionnels de la bourgeoisie, écartés durablement de l'exercice direct du pouvoir d'Etat, talonnés par un parti fascisant qui a tiré ses forces de leur impuissance, a fait voler en éclats leur cohésion interne et oblige les différentes fractions à se resituer et à se réorganiser en fonction de lui et des thèmes racistes et policiers qu'il porte;
*de la remontée des luttes ouvrières et des mobilisations sociales, d'une forte aspiration unitaire pour se mobiliser et lutter qui interdisent tout espoir «d'état de grâce» au gouvernement Rocard ;
*de la crise du P .C.F., qui libère des forces militantes que les dirigeants dissidents («rénovateurs» ou «reconstructeurs») auront le plus grand mal à canaliser. Car elles auront tendance à subir davantage la pression des luttes sociales à la base, de l'aspiration unitaire des travailleurs et de l'ac ti vi té des révolutionnaires en leur sein, que l'ascendant politique de leaders indécis et tacticiens;
* des caractéristiques de la plupart des luttes des travailleurs ou de la jeunesse depuis au moins 1986, luttes tirées en avant par les premiers éléments d'une nouvelle génération militante, qui descend progressivement sur l' arène sociale, en y exprimant et en cherchant à organiser les aspirations à l'unité (des syndicats, des syndiqués et des non-syndiqués), au contrôle démocratique (souveraineté des assemblées), à l'auto-organisation (comités de grève, coordinations), y compris à l'extension;
*de la perte d'hégémonie partielle dans ces luttes des appareils, en particulier syndicaux et stalinien, dont les objectifs, les perspectives et les méthodes se heurtent de plein fouet à ces aspirations, donc aux nouvelles équipes militantes, en général influencées, associées dans la lutte ou composées en partie par des militants révolutionnaires ou lutte de classe ;
*de la combativité de la jeunesse, de sa disponibilité à de grandes mobilisations sur les ·thèmes de l'égalité et de la justice sociales, qui ont de tout temps constitué l'antichambre de sa mobilisation et de son organisation aux côtés des travailleurs ;
* du rôle particulier, irremplaçable, des militants révolutionnairès parmi les animateurs des luttes les plus significatives depuis 1986 au moins;
*de la poussée révolutionnaire des peuples opprimés par l'impérialisme d'un côté, par la bureaucratie du Kremlin de l'autre, qui peut, à tout moment, modifier brutalement les paramètres de la situation internationale et nationale, et accélérer les processus révolutionnaires en Europe.
Mais la conscience de ces atouts ne doit pas être unilatérale. Au contraire, comprendre ce qui freine le tournant amorcé durant l'hiver 1986, son avance chaotique, ses contradictions, donne une idée plus exacte de ses rythmes de développement, des difficultés réelles qui ralentissent la remobilisation en cours et obscurcissent la conscience qu'en ont ses acteurs eux-mêmes:
a) La reprise des luttes est nécessairement lente et inégale après des années où elles ont nettement reflué.
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b) Bien que sa puissance sociale reste inentamée et incontournable par la bourgeoisie et le gouvernement, la classe ouvrière aborde la nouvelle conjoncture avec un handicap politique et organisationnel. Politique parce que sa conscience et
son indépendance de classe ont été diluées par l'intégration de ses partis traditionnels à la gestion de la crise capitaliste au plus haut niveau de l'Etat Et que ceci a favorisé des années d'offensive idéologique de la bourgeoisie, largement relayée par les appareils du mouvement ouvrier, contre le marxisme, contre la notion même de la lutte des classes et du caractère antagoniqtte des intérêts ouvriers et de ceux de la bourgeoisie. Organisationnel parce que l'effondrement du PCF n'est pas contrebalancé par un renforcement équivalent des organisations révolutionnaires. Et que, d'autre part, le recul de la syndicalisation est difficilement surmontable à froid, étant donné l'image donnée des syndicats par des bureaucraties ouvrières particulièrement sclérosées, éloignées des préoccupations ouvrières et des nécessités de la nouvelle période (là encore la faiblesse des révolutionnaires ne leur permet pas de changer cette image au niveau national, mêmes 'ils commencent à acquérir un poids significatif dans certains secteurs).
c) Dans ces conditions, la mobilisation de la jeunesse n • est pas encore marquée idéologiquement par les valeurs et les perspectives de classe d'un mouvement ouvrier qui s'est attaché à les piétiner lui-même.
L • ensemble de ces difficultés donnent la mesure de nos tâches. Mais celles-ci ne peuvent être dominées par celles-là. Bien au contraire. C'est en partant et en nous appuyant très fermement sur les potentialités de la nouvelle période, sur la remontée de la combativité ouvrière et sur celle de la jeunesse, que nous pouvons les définir et les assumer .
... .Non sur les préjugés et la fatigue des anciennes couches militantes.
Il faut se rendre à l'évidence : l'essentiel des anciennes couches militantes, à part celles des révolutionnaires, et même certaines d'entre elles, voient la situation à travers le prisme déformant de ces difficultés. Et elles subissent à la fois les contrecoups de l'effondrement idéologique du mouvement ouvrier officiel et la pression des préjugés et des argumentaires superficiels de ceux qui ont abandonné les idéaux de la révolution et du communisme.
La plupart des militants qui ne perçoivent pas ou n • apprécient pas à sa juste valeur le potentiel révolutionnaire de la période sont tentés de baisser la barre et de s'adapter à ce qui semble être, c'est-à-dire à une longue période d'accalmie et de collaboration de classes dominée par la social-démocratie.
C'est ainsi que dans un premier temps la crise du PCF tendait surtout à alimenter une opposition interne de type «eurocommuniste» d'un côté, l'électorat du P.S. de l'autre. Que cette tendance a partiellement été freinée par l'apparition et les débuts de structuration indépendante du courant des Communistes rénovateurs, sous l'impact direct des grandes mobilisations de l'hiver 86-87. Que par un effet de balancier compréhensible, l'éloignement de ces mobilisations (qui semblent à leurs yeux ne pas concrétiser leurs promesses), la dominance du contexte électoral, la faiblesse de la démonstration dans ce cadre de la campagne J uquin,les perspectives de plus en plus inconsistantes et aclassistes de celui-ci, la volonté délibérée de la majoritédeladirectiondelaL.C.Rd'autolimiterlabataillepolitiqueetidéologique vers eux et dans le regroupement autour de Juquin, ont poussé les dirigeants rénovateurs à se replier sur la bataille interne des «reconstructeurs» du PCF, avec en perspective un PC-bis de type eurocommuniste.
Tout ceci n'infirme en aucune manière notre appréciation du potentiel militant que la crise du PCF peut dégager pour la construction du parti révolutionnaire. Mais cela confirme que ce ne peut être un processus linéaire ; et souligne une dimension constamment reléguée au second plan par la majorité de la direction sortante de notre organisation. Les discussions et tractations de sommet, les concessions politiques à Juquin, aux alliés de la campagne présidentielle, aux rénovateurs, les phrases pour s'auto-féliciter d'une «bonne» campagne, de «vraies» convergences, etc ..... ne peuvent remplacer une bataille rigoureuse pour une compréhension commune des potentialités de la situation et des tâches immédiates. Or, dans les périodes de recomposition à froid (qui constituent toujours un laboratoire préparatoire aux processus plus massifs et rapides qui se produisent à chaud),les possibilités de la situation n • apparaissent pas de façon évidente, surtout pour des militants et des cadres éduqués dans le PCF, ou pour ceux qui reviennent à la lutte politique après quelques années de sommeil, et même pour des travailleurs, des syndicalistes et des jeunes impressionnés par l'opinion publique établie des commentateurs et des acteurs de la politique officielle. 81
Ouvrir les yeux d'au moins une partie d'entre eux sur ce que recèle la situation exige une bataille décidée des révolutionnaires sur tous les terrains : à travers nos
moyens de propagande, dans les organismes de masse (des syndicats aux comités), en faisant des démonstrations concrètes à travers des mobilisations unitaires et dans les luttes. La mobilisation de front unique pour le 1er mai, le rôle des révolutionnaires dans les grèves de Chausson, de la SNECMA et des infrrmières, ont été des démonstrations partielles de ce type. Mais la majorité de la direction sortante s'est refusée à les utiliser dans ce but Et surtout, elles ne s'inséraient pas dans une politique globale de la Ligue pour tirer les choses en avant, délimiter le chemin de classe à emprunter, en nous appuyant sur les nouvelles aspirations et la disponibilité des travailleurs et des jeunes. Mais au contraire dans une politique d'adaptation aux difficultés, aux préjugés de couches militantes sceptiques ou pseudo-réalistes, d'auto-limitation de la bataille politique nécessaire, qui situait notre organisation au même niveau que tous les autres partenaires- non révolutionnaires -de la campagne Juquin.
Or, si cette campagne démontre une chose, c'est que nous ne déterminerons de ruptures significatives dans les vieux partis ouvriers, nous n'entraînerons des couches militantes larges sur une politique de front unique, et au-delà, pour certaines d'entre elles, jusqu'aux positions programmatiques du marxisme révolutionnaire, qu'en étant à la fois très fermes dans la bataille idéologique et en démontrant que notre politique de front unique est une force d'entraînement et d'organisation de la jeunesse et des travailleurs. Et il ne s'agit pas d'un voeu pieu : les nouvelles caractéristiques de la situation politique, énumérées plus haut, le permettront de plus en plus.
Il faut cesser de considérer que la recomposition du mouvement ouvrier est un processus harmonieux, à travers lequel il suffirait d'apprendre à cohabiter et nous entendre avec un certain nombre de forces pour créer une «nouvelle force politique» attrape-tout. La recomposition est une bataille; une lutte d'influence sans concession dont 1' enjeu avant tout est l'organisation de la génération de 86 et de la nouvelle génération de travailleurs qui arrivent et arriveront de plus en plus nombreux à la lutte politique. Nos éventuels partenaires sont aussi des adversaires politiques qui ont leurs propres objectifs, qui veulent marquer la recomposition en cours de leur empreinte, qui cherchent à en sortir une organisation très différente du parti révolutionnaire que nous voulons. Nous devons avoir constamment à l'esprit ces évidences. Et en déduire notre attitude: toujours prêts à collaborer avec d'autres forces dans la lutte des classes et dans la lutte politique, loyaux et très souples sur toutes les questions tactiques pour définir et développer le travail commun, intransigeants sur les orientations de fond, sur leur contenu de classe, sur l'indépendance de classe et dans le débat idéologique. En même temps, il est indispensable d' affirmer notre organisation, même (surtout!) dans les mobilisations unitaires et le front unique ; de la construire ; de démontrer que c'est une force dynamique, incontournable, attractive pour les jeunes et les travailleurs, parce que révolutionnaire. C'est un ensemble de conditions pour que les couches militantes lutte de classe qui émergent ou émergeront de la crise du PCF, sans doute plus tard du P.S., nous respectent, nous apprécient, considèrent comme incontournable la collaboration militante avec nous, le débat de fond sur le parti, et que certaines d'entre elles arrivent à la conclusion qu'il faut en former un, révolutionnaire, avec nous. Car celles-là- à la différence de forces déliquescentes qui n'ont plus aucune fierté de parti -l\pprécient l'efficacité, la loyauté et la rigueur idéologique et d'organisation.
En un mot comme en cent, il est temps de reconnaître que le rôle de la L.C.R. dans la recomposition en cours est fondamental, si l'on veut que de cette re composition sorte un parti révolutionnaire. Elle est le moteur essentiel de cette perspective, quelle que soit la multitude des apports extérieurs nécessaires pour y aboutir. Rien ne serait plus catastrophique que d'adopter le profil d'organisations comme le PSU, laFGA ou leP AC, qui aspirent avant tout à disparaître, ou à renaître de leurs cendres dans un large conglomérat centriste, semi-réformiste ou «vert-rouge». 1 · UN POTENTIEL PRÉCIEUX.
La thèse selon laquelle le bilan des trotskystes serait aussi catastrophique que celui des autres tendances du mouvement ouvrier, que leur programme et leurs principes seraient tout autant inadaptés pour construire un parti révolutionnaire à influence de masse pour cette fin de siècle, est inconsistante.
Quand elle vient d'anciens staliniens repentis, c'est un façon de nous associer à
82 leur propre échec, d'éviter de tirer un bilan sérieux du stalinisme, et dans ce cadre
des vraies raisons politiques de l'effondrement du PCF. Quand elle est reprise par des camarades de notre organisation, c'est l'expression d'une attitude ahistorique
et d'une fuite en avant qui les amène, comme tant d'autres, à chercher un raccourci dans la construction du parti et à effacer ce qui est un obstacle pour former un parti centriste avec d'autres : l'histoire réelle, les acquis politiques et la tradition révolutionnaire du trotskysme.
Les trotskystes n'ont pas échoué. Il n'est en tout cas pas temps de porter un tel jugement Que valaient 1' opinion de ceux qui considéraient, dès 1906, que le Parti bolchévique, exsangue après l'échec de 1905 et le reflux qui s'ensuivit jusqu'en 1912, avait échoué? Nous n'avons nous-même franchi qu'une première étape; attendons de voir les autres.
De cette première étape on peut dire que nous avons dégagé un capital précieux qui a prouvé sa valeur et son efficacité dans toutes les grandes luttes qui marquent, depuis fin 86, la remontée de la combativité des travailleurs et des jeunes.
Les trotskystes étaient deux ou trois centaines avant l'explosion de 1968. A la faveur de la crise pré-révolutionnaire de cette année-là et des années d'offensive qui 1' ont suivi, ils sont devenus quelques milliers. Ils sont restés quelques milliers malgré plusieurs années de reflux des luttes, à travers lesquelles toutes les autres organisations ouvrières qui tiraient leurs ressources et leurs forces militantes de la lutte des classes, ont disparu ou commencé à s'effondrer sensiblement. S'ils se sont maintenus, c'est indéniablement grâce à leur programme, à la richesse de la tradition révolutionnaire dans laquelle ils s'in seri vent, grâce à des efforts constants pour renouer avec elle, malgré toutes sortes d'erreurs, d'oscillations et de faiblesses.
Ce qu'ont prouvé les vingt dernières années, c'est qu'on n'improvise pas un parti avec une influence significative même à travers dix ans d'offensive des masses. Surtout quand on aborde une telle période avec de très faibles forces, une implantation ouvrière quasi inexistante, peu de cadres, une faible assimilation de 1' expérience historique et du programme, c'est-à-dire dans une situation de confusion et de crise sérieuses. Les années d'offensive ont permis de faire un bond en avant important en captant une partie de la nouvelle génération, de commencer à homogénéiser nos rangs, de former des cadres. Les années qui ont suivi ont imposé de poursuivre cette homogénéisation et modifié la composition sociale et 1' implantation. Il reste encore beaucoup à faire sur les plans politique et organisationnel. Mais imaginons ce que pourrait produire notre acquis actuel dans une nouvelle offensive semblable à celle des années 68-78 !
Non, le bilan des trotskystes en France n'a rien à voir avec celui des autres organisations. Ce n'est pas un hasard, au regard de leurs fondements programmatiques, si les organisations centristes et maoïstes des années 70 ont disparu ou sont déliquescentes. Que reste-t-il du P.S.U., qui était pourtant, avant 68, un parti semblable à celui que certains camarades voudraient nous entraîner à constituer ? Que reste-t-ilde laG.P., de l'O.C.T., quiavaientcaptéau lendemain de68 de forts courants de radicalisation de la jeunesse ?
Notre bilan ne peut surtout pas être mis sur le même plan que celui du PCF. Sa direction, elle, a mis tout le poids de son appareil en 68 pour éviter que la crise prérévolutionnaire ne se dénoue en crise révolutionnaire, et que 1 'offensive des années 70 ne débouche sur une nouvelle grève générale. Ce furent des années de luttes très âpres, qui ont concerné des centaines de milliers de jeunes, de travailleurs et de militants, et au cours desquelles les trotskystes et les staliniens se sont affrontés très durement. Il y avait là matière à former un grand parti, mais nous n'étions prêts ni sur le plan politique, ni sur le plan organisationnel. Aujourd'hui, le PCF paie le prix de ses trahisons. Et les trotskystes s'appuient sur les cadres formés durant la période précédente pour animer et diriger les luttes qui recommencent. Où es tl' échec ? Qui a échoué? Ne disposons-nous pas d'un capital précieux grâce justement à une lutte constante, interne et externe, pour un parti au programme «délimité», marxiste révolutionnaire ? 2 - ELOIGNEMENT DES PERSPECTIVES RÉVOLUTIONNAIRES ?
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Certains nous parlent de la fin ou de 1' éloignement des perspectives révolutionnaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Sans remonter à l'insurrection hongroise des conseils ouvriers de 1956, on se demande si l'on a bien vécu dans la même Europe depuis 1968! Car qu'est-ce qu'une crise révolutionnaire? Une situation où ceux «d'en bas»,les travailleurs,la jeunesse, ne veulent plus se satisfaire de leur condition, et l'expriment par de puissants mouvements de révolte, et où ceux «d'en-haut», les gouvernants, les capitalistes, ne peuvent plus gouverner comme avant, ne trouvent plus les ressources de la stabilité de leur régime. De telles crises n'ont-elles pas marqué l'Europe des années 70 (pour ne parler que de l'Europe) ? Une grève générale de dix millions de travailleurs en France pendant plus d'un mois, une crise révolutionnaire en Tchécoslovaquie, suivie deux ans après d'une grève générale et de mouvements insurrectionnels en Pologne, d'une crise révolutionnaire au Portugal, d'une situation pré-révolutionnaire au moment de la mort de Franco en Espagne, d'une nouvelle vague révolutionnaire en Pologne en 1980 ... Et tout cela en restant seulement dans le cadre de l'Europe!
La thèse de l'éloignement des perspectives révolutionnaires relève d'un impressionnisme à courte vue. Il est vrai qu'au prix d'efforts gigantesques, les bourgeoisies et les bureaucraties ouvrières européennes ont réussi à contenir la poussée révolutionnaire des années 70. Leurs contre-attaques n'ont pas été sans ampleur ni sans résultats: développement du chômage, chute de l'activité gréviste pendant de nombreuses années, affaiblissement de l'organisation et de la conscience de classe des travailleurs, montée d'un parti fascisant. Mais il n'est qu'à voir comment une grève étudiante en France débouche en moins de deux mois (octobre- novembre 86) sur un risque d'affrontement central entre la classe ouvrière et le gouvernement, pour mesurer à quel point l'équilibre actuel reste fragile, et avec quelle rapidité les travailleurs pourraient reprendre l'initiative politique à grande échelle ... Labourgeoisie (pas seulement en France d'ailleurs) l'a bien compris, qui tente de préserver prudemment ce fragile équilibre en mettant à contribution au maximum la social-démocratie ...
La situation ne dégage plus de «courants de type révolutionnaire» nous disent les mêmes camarades. Nous avons essayé d'analyser en préambule les véritables paramètres de la situation, ses potentialités et les difficultés politiques de la remobilisation actuelle. Les premières escarmouches ont déjà projeté quelques centaines de jeunes vers les organisations révolutionnaires (en particulier les J CR), avec un potentiel bien plus grand qui reste dans l'expectative. Elles ont commencé à modifier l'état d'esprit général envers nos organisations et l'état d'esprit de nos militants eux -mêmes. Les prochaines, surtout si elles se généralisent et deviennent plus permanentes, pousseront des milliers de travailleurs et de jeunes vers les révolutionnaires, comme le démontrent toutes les périodes historiques semblables. Avec cette différence fondamentale par rapport aux années 70: l'existence de la LCR peut permettre que ce mouvement n'aille pas dans tous les sens (produisant toutes sortes de «courants de type révolutionnaire» comme disent les camarades) et fournisse les premières forces d'un parti révolutionnaire capable de peser de plus en plus sur la situation.
Il n'est vraiment pas temps de baisser les bras et de changer de cap ! 3 · CE QUI FONDE LA NÉCESSITÉ D'UN PARTI RÉVOLUTIONNAIRE.
L'existence d'un parti révolutionnaire séparé ne se justifie pas seulement en périodes révolutionnaires. Car les appareils réformistes ne sont pas contre-révolutionnaires seulement durant ces périodes comme l'affirment certains. A l'époque de l'impérialisme, époque du capitalisme décadent, «des guerres et des révolutions» selon la définition de Lénine (et l'Histoire l'a amplement confirmée),les réformistes n'obtiennent aucune réforme substantielle et stable; et leur étiquette, même en période de paix civile, n'est que la couverture d'une activité contre-révolutionnaire permanente dans le mouvement ouvrier lui-même. Les camarades qui soutiennent la thèse inverse seraient bien à mal de nous citer la moindre réforme sérieuse qui serait le produit de la volonté réformiste des appareils. Toutes les réformes, tous les acquis arrachés depuis la Première Guerre mondiale sont des résultats accessoires ou importants de la lutte de classe et souvent de mouvements à caractère révolutionnaire du prolétariat. La collaboration de classes n'est pas réformiste en période de paix civile et contre-révolutionnaire en temps de révolu-
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tion. Elle assume sa fonction, qui est de désarmer les travailleurs, de les endormir, de les lier à la classe ennemie, de les tromper, d'assurer la stabilité du pouvoir et la défense de l'Etat bourgeois, dans les deux cas. Simplement cette fonction est
assurée avec moins de violence dans le premier que dans le second (ce qui n'est déjà plus vrai quand ils' agit des colonies et de la défense par les réformistes des intérêts de leur propre impérialisme).
De même le fameux «clivage entre réforme et révolution» reste à tout moment un clivage entre révolution et contre-révolution, entre aspirations révolutionnaires des travailleurs et conservatisme contre-révolutionnaire des appareils. C'est vrai dans une grève (les vraies, quand les travailleurs cherchent à imposer leurs propres revendications, pas les journées d'action bidon à travers lesquelles les bureaucraties syndicales cherchent à justifier leur existence) autant, même sic' est à plus petite échelle, que lors de poussées révolutionnaires. N'importe quel travailleur d'avant-garde en a fait l'expérience.
Cette réalité fonde la nécessité d'un parti révolutionnaire indépendant des partis réformistes. Son rôle historique est de faire triompher la révolution, mais sa nécessité pratique est quotidienne. Elle est de défendre conséquemment les intérêts des travailleurs, de chercher à les séparer de la bourgeoisie, de leur faire prendre conscience de la nécessité de leur indépendance de classe, de forger ainsi, à travers les petites comme les grandes batailles, une conscience de classe révolutionnaire. Etc' est justement en s'enracinant dans la classe ouvrière et la jeunesse, à travers ces efforts constamment renouvelés, en partageant leurs victoires partielles et leurs défaites, en trempant ainsi une avant-garde centralisée, qu'il peut, le moment venu, se hisser à la hauteur de sa tâche historique.
En réalité, les camarades qui découvrent aujourd'hui que le clivage entre réforme et révolution n'a d'importance stratégique qu'en période de révolution tentent une justification théorique a posteriori de leur projet de construction. Pour justifier la nécessité de construire un parti semi-réformiste, ou «non délimité stratégiquement» sur les questions de la réforme et de la révolution, il leur faut combler au moins partiellement (pour les temps de paix) le fossé entre réformistes et révolutionnaires. Mais quelles que soient leurs illusions, ceci n'est pas neutre. On ne se prépare pas, et l'on ne prépare pas les militants à la révolution en construisant un parti semi-réformiste. Le parti et son programme modèlent les militants, donnent le cadre de leur éducation, de leurs perspectives, de leur compréhension des situations et des tâches. Un parti centriste ne peut être une avant-garde conséquente préparant consciemment la révolution. Il se contente en général d'être une mouche du coche des partis réformistes. Surtout s'il se fonde sur l'hypothèse préalable de l'éloignement des perspectives révolutionnaires. 4 ·Du PROGRAMME À SA CARICATURE
Le programme marxiste-révolutionnaire est particulièrement riche. Car il a été élaboré à travers des dizaines d'années de luttes de classe et d'expériences révolutionnaires. De l'élaboration marxiste initiale aux premières expériences de grands partis ouvriers, en passant par la rupture du communisme révolutionnaire avec la social-démocratie, puis la lutte contre la dégénérescence stalinienne, et finalement pour la IVème Internationale.
Dans la bataille pour le parti révolutionnaire, on ne peut réduire ce programme à une ou deux questions comme celle de la destruction de l'Etat bourgeois (ce qui est encore manifestement trop pour un certain nombre de camarades). Cela revient à remplacer un corps vivant par sa caricature. Un parti dont la seule base programmatique serait celle-là, même fonctionnant selon un mode centraliste démocratique, risque d'être particulièrement inefficace et inapte à affronter les problèmes de la lutte politique et révolutionnaire de notre temps. Chacun sait qu'il y a loin de la coupe aux lèvres, et que de l'acceptation de l'idée générale de la destruction de l'Etat bourgeois à l'élaboration d'une démarche transitoire pour y arriver, de cette idée générale à une compréhension du rôle et de la fonction de chaque bureaucratie nationale et internationale, qui mènent à des positions très pratiques et très fondamentales dans la lutte des classes, il y a le fossé entre les trotskystes et toutes sortes de regroupements intermédiaires ou centristes.
Il peut n'y avoir pratiquement aucun terrain de travail co mm un avec des forces qui
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revendiquent la perspective de la destruction de l'Etat bourgeois (par exemple les maoïstes des années 70). On peut par contre envisager très sérieusement la perspective d'un parti révolutionnaire commun avec des forces issues du PCF ou
du PS, évoluant vers la gauche, qui accepteraient d'engager avec nous les batailles politiques de front unique à l'ordre du jour et rejetteraient toute formule de collaboration de classes. Car sur cette base peuvent s'engager les débats programmatiques nécessaires. Mais il faut être conscients que nous n'avons pas même encore réussi à obtenir ce minimum des rénovateurs et des autres partenaires de la campagne Juquin! Et à moins d'être prêts à s'adapter à eux, de réduire le programme à une liste de revendications, le problème d'un parti politique avec eux ne se pose pas. Une telle fuite en avant ne peut d'ailleurs produire qu'une organisation aussi inconsistante qu'éphémère comme le prouvent tant d'exemples historiques.
La question du nouveau parti ouvrier ne peut être abordée sérieusement à partir de la recherche d'une base minimum d'accord avec d'autres forces. Soit il surgira, comme l'aboutissement de tout un processus de batailles, d'expériences, de démonstrations, de débats, de collaboration militante, à travers lequel la LCR, se construisant elle-même largement en captant la radicalisation croissante de nombreux travailleurs et jeunes, deviendra un pôle d'attraction pour des courants entiers issus du PCF, du PS, des syndicalistes lutte de classe. Et dans ce cas, rien ne serait pire que de réduire à priori les domaines de la bataille programmatique; ne serait-ce que parce que dans cette voie, nous avons besoin de toutes les ressources de notre programme pour gagner (et même d'élaborer davantage encore à partir d'elles).
Soit, avant que nous n'ayons nous-mêmes abouti, nous serons confrontés à l'apparition d'un grand parti centriste, produit d'un éclatement du PCF, ou de la convergence de différentes fractions issues du PCF, du PS et des syndicats, ou de tout autre cas de figure analogue, et nous devrons nous poser le problème de la possibilité et de la nécessité de nous y intégrer en tant que fraction révolutionnaire.
Mais même dans ce dernier cas, c'est seulement dans la mesure ou nous aurons travaillé à fond pour réaliser la première hypothèse, c'est-à-dire que nous aurons sensiblement renforcé la LCR, éduqué quelques milliers de militants sur la base de notre programme, de toute notre tradition révolutionnaire, que nous pourrons espérer peser sérieusement dans le nouveau parti et en dégager ou en faire le parti de la révolution prolétarienne. En tout état de cause, nous ne devons pas perdre de vue que de tels partis centristes ne sont jamais apparus dans l'Histoire à froid, qu'ils surgissent toujours (quand ils surgissent) au début ou au milieu d'affrontements révolutionnaires, et qu'étant donné ce que nous sommes aujourd'hui, nous avons le temps d'essayer de réaliser l'hypothèse la plus favorable. 5 · L'OPTIMUM QUE NOUS VOULONS
Notre optimum ne peut être un parti «non délimité stratégiquement», c'est-à-dire en pratique un conglomérat semi-réformiste, hétérogène, inefficace, dans lequel la démocratie sera un mot à l'usage des militants, alors que quelques chefs détermineront la politique. L'expérience avec Juquin et les comités, le fonctionnement du courant d,es rénovateurs, sont tout à fait significatifs de ce point de vue.
Notre objectif optimum est un parti ouvrier révolutionnaire, trotskyste par sa filiation programmatique, section d'une Internationale révolutionnaire. Mais nous ne posons pas le problème en termes aussi abruptes. A tous ceux qui sont ou seront intéressés par la question d'un nouveau parti ouvrier- L.O., MPPT, Rénovateurs, fractions ou courants du PCF et du PS, militant( e )s di vers, etc. -, nous proposons de travailler en commun, dans le cadre d'une politique de front unique, et en même temps d'ouvrir un débat public sur toutes les questions de la lutte des classes nationale et internationale, sur le programme, les méthodes d'organisation et de direction, l'importance stratégique de la construction d'une Internationale révolutionnaire et l'affiliation internationale éventuelle, de ce nouveau parti.
Nous proposons aussi, évidemment, de discuter de la façon dont on pourrait avancer vers cet objectif. Nous mêmes devrions prendre l'offensive sur cette question : en engageant une campagne politique sur le thème de la nécessité d'un parti ouvrier révolutionnaire, en proposant les éléments d'un programme adapté à notre temps, en ouvrant la discussion dans notre presse avec les autres tendances sur les questions de fond qui posent problème pour chacune d'entre elles. Nous cherchons à convaincre de nos positions. Nous sommes prêts à reconnaître tous les
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apports extérieurs réels. Nous voulons que ce parti soit affilié à la IVème Internationale. Nous ne déterminons pas a priori l'accord programmatique suffisant pour constituer ce nouveau parti. Il devra nécessairement englober les questions fonda-
mentales de la marche à la révolution prolétarienne dans les métropoles impérialistes, du soutien aux combats des travailleurs des pays dominés par la bureaucratie stalinienne, et de ceux des peuples opprimés par l'impérialisme. Mais nous attendons que le problème se pose concrètement pour en discuter sérieusement sur cette base.
Tout autre attitude nous mènerait soit à figer le débat nécessaire, soit à nous adapter préalablement à des partenaires supposés, alors qu'aujourd'hui cela relève de la spéculation intellectuelle. 6 - LA CRISE DU PCF' «RÉNOVATEURS» ET «RECONSTRUCTEURS»
La crise du PCF - dans la mesure où la nouvelle situation de la lutte des classes favorise davantage la résistance de nombreux cadres et militants face à la direction que la résignation ou la démoralisation - est une véritable chance pour la construction du parti révolutionnaire. Mais 1' expérience récente avec les rénovateurs prouve qu'il ne s'agira pas d'un processus linéaire, et qu'il n'entrera certainement pas dans les schémas préétablis de nos concepteurs du «parti centriste large».
Les courants oppositionnels internes ou externes oscillent du point de vue organisationnel entre la perspective du redressement du PCF et la formation d'une organisation indépendante (PC-bis ou regroupement plus large), et du point de vue politique entre l'intégration dans la politique «d'ouverture» du PS et une perspective de front populaire. L'évolution de cette situation est évidemment conditionnée par des facteurs objectifs: l'attitude de la direction du PCF qui peut tourner pour tenter d'absorber tout ou partie de l'opposition et aborder dans de meilleures conditions les prochaines échéances électorales, l'accélération ou une relative accalmie de la lutte des classes. Aujourd'hui nos possibilités d'agir sur cette opposition dépendent avant tout de notre politique de front unique, de nos capacités à la faire pénétrer dans ses rangs, à travers les liens politiques établis avec les rénovateurs ou d'autres militants du PCF dans les comités, les syndicats, sur le terrain et par des initiatives politiques centrales vers eux. Nous devons en particulier avoir une attitude systématique d'intervention et de clarification dans leurs propres débats.
Notre démarche doit être celle-là : il est temps d'élaborer une politique en direction de la crise du PCF, articulée autour d'un travail de base et d'initiatives centrales, intégrant des propositions de débat public (dans les pages de Rouge, de Critique Communiste, à travers des journées d'étude, etc ... ), au lieu de rester suspendus aux oscillations tactiques du groupe dirigeant des rénovateurs. C'est la meilleure façon de devenir un facteur objectif de cette crise et des reclassements qu'elle entraînera. Cela exige également de prendre 1' offensive sur les questions politiques de fond et d'opposer à la campagne de Juquin et consorts pour un mouvement «vert-rouge», ou à l'orientation de redressement du PCF ou de la formation d'un PC-bis, notre propre campagne pour un parti ouvrier révolutionnaire.
End'autrestermes,l'imagequenousavonsdonnéed'uneorganisations'adaptant, bon gré mal gré, à Juquin et à la nébuleuse «alternative», devient un réel obstacle pour agir dans la crise du PCF. Il faut rompre d'urgence avec elle. 7 • LES CONTRADICTIONS AU SEIN DU P.S ; LEURS POTENTIALITÉS.
Le P.S. occupe aujourd'hui une place importante parmi les travailleurs et la jeunesse: audience électorale, surface militante, réseaux syndicaux et associatifs ... Les contradictions latentes au sein de la social-démocratie vont être avivées par l'opposition entre sa politique d'ouverture à droite et d'austérité maintenue d'une part, les aspirations et revendications de sa base sociale de 1' autre.
Les tentatives d'élargissement des alliances à des forces bourgeoises significatives ne sont pas récentes, mais la constitution d'une alliance PS-CDS ébranle les fondements sur lesquels le PS s'est réunifié et reconstruit depuis le congrès
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d'Epinay (1971).
Alors que 1 'expérience 81-86 (et sa conclusion) reste présente dans la mémoire de nombreux militants, cette politique d'ouverture à droite suscite une grogne et une
opposition souterraine ou parfois organisée. C' estee qu'ont, par exemple, manifesté les 30% pour la dissolution de l'Assemblée nationale, lors de la Convention nationale de janvier 88.
Les initiatives autour de Poperen lors du Congrès de Lille (avril 87) et de la Convention nationale, la crise et les tournants successifs de Socialisme et République ( ex-CERES), les remous provoqués par les parachutages de candidats d' ouverture, la campagne pour l'autonomie du MJS, le regroupement constitué dans la Nouvelle école socialiste ... sont autant de manifestations de la crise du P.S, des possibilités mais aussi des difficultés pour qu'émerge un courant de gauche en son sein.
En dernier ressort c'est l'évolution de la lutte des classes qui déterminera les possibilités et les rythmes pour que des regroupements de gauche naissent, s'orientent (en totalité ou en partie) vers une rupture avec la social-démocratie et participent éventuellement de la construction du parti révolutionnaire.
Une politique globale de la L.C.R en faveur de l'unité ouvrière, de la rupture des alliances à droite, et au-delà de la rupture avec la bourgeoisie, est essentielle pour peser sur ces contradictions, autant pour recruter directement à 1' organisation que pour hâter les processus de crise au sein du PS. L'élaboration d'une politique spécifique par rapport à cette crise devrait favoriser sa maturation vers la rupture de militants ou de regroupements avec leurs directions. Dans tous les cas, elle ne peut partir du soutien à tel ou tel courant interne actuel, mais d'une indépendance totale des révolutionnaires et de la définition d'une politique défendant les aspirations des militants ouvriers et jeunes, sans la subordonner aux jeux internes, à la placeinstitutionelle, ou aux limites des divers regroupements existant au sein du PS. 8 · NE PAS CHERCHER DE RACCOURCI.
Cependant, il est vain de chercher un raccourci pour capter les courants de gauche en gestation dans la crise du P.C.F, duP.S ou des syndicats. La bataille idéologique, la démonstration de nos capacités d'initiative, de direction, d'organisation dans la lutte des classes, peuvent les impressionner favorablement, faire évoluer plus rapidement vers nous un certain nombre de militants. Elles forment la base d'un travail préparatoire indispensable. Mais les grandes fractures, celles qui libèrent des pans entiers des vieux partis ouvriers - des pans organisés évoluant vers la gauche- ont toujours lieu dans les périodes d'offensive de la classe ouvrière et de la jeunesse. Notre activité actuelle doit préparer ces moments où les révolutionnaires, s'ils ont su accumuler les conditions politiques et d'implantation nécessaires, peuvent fusionner avec de larges apports extérieurs pour former un parti révolutionnaire conséquent. Chercher à brûler les étapes dans cette voie nous amènerait à adapter notre programme et notre organisation à ce qui existe, les débris de 1 'offensive précédente, celle des années 70, sans pour autant attirer ou accélérer la configuration ou l'évolution d'éventuels courants de gauche dans les vieux partis ouvriers.
L'expérience récente le prouve. Les rénovateurs communistes ont commencé à se structurer, à prendre l'initiative face à la direction du PCF, y compris à nouer des liens avec nous sous 1 'impact des grandes mobilisations del 'hiver 86-87. Parce que ces mobilisations ont semblé marquer le pas, que le contexte électoral a été dominant durant toute 1' année passée, la direction du PCF a pu tasser provisoirement la crise, et les opposants «rénovateurs» ou «reconstructeurs» restent dans 1' expectative, méfiants par rapports aux ex-»comités Juquin» et à notre rôle dans ce cadre.
Les camarades qui considèrent malgré tout que, même si les conditions n'en sont pas encore réunies, nous devrions jouer un rôle dynamique dans la configuration d'un parti, sinon révolutionnaire, du moins centriste- tout en gardant, affirment-ils, notre identité marxiste-révolutionnaire-, font une grave erreur de méthode. On ne peut à la fois consacrer notre énergie et nos moyens militants à impulser la construction d'un parti centriste, à convaincre les rénovateurs, d'autres forces, les inorganisés des comités, de la nécessité et de la possibilité de le former ensemble sur une base minimum, et en même temps mener bataille pour nos positions programmatiques de fond. En pratique, cela se traduit toujours par : «on garde nos idées, mais on fait une autre politique». Le résultat est catastrophique :les idées révolutionnaires tendent à se dissoudre dans la nouvelle politique, les positions de nos partenaires sont confortées, 1 'éducation politique des inorganisés est le résultat
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de ce melting-potet les rend peu réceptifs aux positions marxistes-révolutionnaires.
Dans ces conditions, la tendance qui porte celles-ci se rétrécit au lieu de grandir.
L'expérience récente du PCI dans son MPPT - quels que soient les aspects
manipulatoires de 1' opération - le démontrerait à ceux qui veulent prendre la peine de 1' anal yser de façon non superficielle.
D'autre part, ceux qui pensent que la formation d'un tel parti centriste est la meilleure façon d'éviter la marginalisation des révolutionnaires, font peu de cas de l'expérience historique. Le PSU des années 60 fut un parti de ce type. Il se construisit dans un premier temps en captant une véritable fronde de militants ouvriers du PS et même du PCF contre la soumission plus ou moins profonde de leurs partis au colonialisme français, et en se dressant contre la sale guerre faite au peuple algérien. Pourtant, il n'a cessé ensuite de se marginaliser du mouvement des ma5ses durant la période d'offensive des années 70, et il s'est davantage encore marginalisé durant les années de stagnation qui suivirent (au point d'être réduit à une peau de chagrin).
La seule façon d'éviter la marginalisation est de nous ancrer fermement, en apportant nos réponses politiques de façon offensive, dans la remontée des luttes, dans les processus de radicalisation à 1' oeuvre dans la classe ouvrière et la jeunesse, et dans ceux de recomposition du mouvement ouvrier. Il n'y a pas de raccourci.
Des vingt dernières années de construction de la LCR de 68 à aujourd'hui, il faut tirer la leçon de notre relative stagnation: on ne construit pas une organisation indépendante en restant à la limite de l'extériorité par rapport aux organisations traditionnelles et au mouvement ouvrier organisé, en cherchant à le contourner par les «nouvelles avant-gardes» et les «alternatives».
Pour mener une politique révolutionnaire dans la France de 1988, il faut une organisation indépendante comme laLCR. Nous ne sommes pas dans la France des années 30, où quelques centaines de trotskystes, quand il était minuit dans le siècle, pouvaient envisager d'entrer en bloc dans le PS pour se construire. Nous ne sommes pas en Grande Bretagne, où le poids du parti travailliste, son hégémonie et ses liens avec le mouvement syndical, peuvent conduire à engager un travail entriste.
Dans la France des années 80, il y a deux gros partis ouvriers, dont la capacité de contrôle quotidien des luttes de la classe ouvrière se sont affaiblis. Il y a une classe ouvrière qui a vécu Mai 68, le programme commun, 81-86; un mouvement de la jeunesse qui a montré sa force en Décembre 86; une extrême-gauche, certes affaiblie, mais qui regroupe des milliers de militants dans les organisations qui se réclament du trotskysme. Donc il y a une place, un espace, pour qu'une organisation comme la nôtre, même réduite à deux milliers de cadres, puisse mettre en pratique, fasse la démonstration, même partielle, d'une ligne d'unité et d'indépendance de classe, rende accessible les éléments clés de notre programme. 9- UNE MÉTHODE LE FRONT UNIQUE OUVRIER.
L'aspiration profonde des travailleurs et des jeunes à l'unité pour se défendre, imposer leurs revendications, s'opposer à Le Pen et à la droite, à 1 'exclusion et à 1' injustice sociales, est une donnée fondamentale de la situation. La réponse à cette aspiration et, partant de là, l'agitation politique pour amener les travailleurs à se saisir du combat - indispensable pour avancer - de l'unité ouvrière contre la bourgeoisie, ses hommes, ses partis, ses intérêts, est aujourd'hui une dimension permanente de la construction du parti révolutionnaire et de la préparation des affrontements de classes.
Unité ouvrière dans les luttes, pour de grandes mobilisations sociales, antiracistes ou anticoloniales, pour aborder la question du pouvoir à partir de ces luttes ou des élections, pour exiger la rupture avec la bourgeoisie et la satisfaction des revendications, etc. Ce n'est pas un hasard si les alternatifs de toutes sortes réduisent cette question à 1 'unité syndicale (pour laquelle ils ne luttent même pas conséquemment). Leurs «solutions» alternatives, contre-plans et autres contre-sociétés, sont des propositions pour aménager le système capitaliste, dans ses marges. De ce point de vue, elles constituent un complément petit-bourgeois plus ou moins radical du réformisme ouvrier. Une politique révolutionnaire, elle, doit partir de la nécessité d'avancer pas à pas avec la grande masse des travailleurs et des jeunes, influencés ou organisés par les vieux partis ouvriers, PS et PCF, de les affranchir de cette influence à travers la lutte de classe et la lutte idéologique, de recomposer ainsi une conscience de classe et une perspective politique de rupture avec le capitalisme.
Si 1' on veut construire un lobby, une force de pression alternative, une «maison
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vert-rouge», on n'a pas besoin d'une politique de front unique. Si l'on veut gagner sur les revendications, briser la loi du profit, conquérir le pouvoir et le voir exercé par les représentants de la population laborieuse et sous son contrôle, il faut avancer
avec des millions de travailleurs et de jeunes, quelle que soit leur filiation politique ou syndicale, et les aider à submerger toutes les difficultés sur cette voie. Un véritable parti ouvrier révolutionnaire- qui est lui même un corps de doctrine et d'organisation sélectionné à travers des dizaines d'années de lutte de classe et qui ne se réduit pas à 1' unité ouvrière anticapitaliste- se forge dans tous ces efforts pour s'unifier et avancer contre les patrons, les capitalistes et leurs gouvernements. De ce point de vue une politique de front unique conséquente est la principale médiation -c'est-à-dire celle à partir de laquelle toutes les autres, plus tactiques, peuvent être jugées et prennent leur valeur- dans la construction d'un tel parti.
Il est significatif que les camarades qui nous proposent explicitement de construire un parti centriste comme médiation (longue) vers le parti révolutionnaire sont en général hostiles ou pour le moins indifférents ou extérieurs à la préoccupation d'élaborer et de mettre en oeuvre une politique de front unique. Le parti centriste qu'ils nous proposent est en réalité la version «ouvrière» et «révolutionnaire» de «l'alternative»(c'est-à-dire un regroupement marginal de petites forces, lobby de pression sur la social-démocratie). Les camarades qui sont leurs alliés dans l'organisation, et qui restent attachés à la mise en oeuvre d'une politique de front unique, prétendent concilier sans y parvenir deux lignes contradictoires, celle de «1' alternative» et celle du front unique, celle de la construction d'un parti centriste et celle de la construction du parti révolutionnaire. Le résultat est hybride : même les batailles de front unique correctement menées par 1' organisation ne sont pas (ou peu) portées à son crédit, car ils n'osent pas faire apparaître laL.C.R. comme la force dynamique dans ces batailles. Or cette indétermination n'aide pas à la faire apprécier et reconnaître par les travailleurs, les jeunes, les militants mobilisés, à étendre ainsi son influence, c'est-à-dire à avancer concrètement dans la construction du parti révolutionnaire.
D'unautrecôté,lescamaradesquiréduisentlefrontuniqueàl'unitédanslesluttes font de 1' économisme. Car non seulement ils n'établissent pas le lien entre ces luttes et la question du pouvoir (qui 1' exerce, qui doit 1 'exercer et pour le compte de quelle classe sociale), question centrale à l'époque impérialiste, mais ils s'interdisent ainsi de répondre à toutes les préoccupations et aux interrogations politiques des travailleurs et de leur avant-garde, c'est-à-dire en dernière analyse de peser sur la recomposition en cours. D'autant plus que, dans le prolongement de cette conception, ils réduisent 1 'image du parti révolutionnaire à construire à celle d'un «parti des luttes». Ce qui est plus qu'insuffisant: il est non seulement le parti le plus fidèle et conséquent dans les luttes, mais le parti de la transformation radicale de tous les rapports sociaux, politiques, économiques, culturels, le parti du renversement du capitalisme, celui qui prétend construire une société communiste. Et pour donner cette image là, il faut une intervention autrement plus articulée, dans tous les domaines de la crise sociale et politique, en particulier dans celle du mouvement ouvrier organisé, que le seul activisme militant dans les luttes.
Aujourd'hui, face à un gouvernement «socialiste» ouvert à droite, une politique de front unique doit développer les questions suivantes :
*exigence d'une politique qui démantèle toutes les lois scélérates héritées de la droite, qui s'attaque résolument au chômage, à l'exclusion et aux inégalités sociales, qui satisfasse les besoins et les revendications de la population laborieuse en faisant payer les capitalistes et les financiers ;
*rupture de 1 'alliance à droite, rupture avec la bourgeoisie, ses hommes, ses partis, ses intérêts, pour former un gouvernement au service des travailleurs et des jeunes, reposant sur la majorité parlementaire du P.S et du P.C.F;
* mobilisations dans l'unité pour imposer les revendications sociales les plus urgentes: augmentation générale des salaires : SMIC et revenu minimum à 6000 fr.; interdiction des licenciements; 35h sans perte de salaire et grands travaux dans le domaine social pour résorber le chômage; pas d'argent pour les bombes mais pour 1' école et la formation ; des mesures concrètes pour 1' égalité effective entre les femmes et les hommes, pour protéger l'environnement ; etc ...
* unité contre le racisme et 1' extrême-droite : pour imposer 1' égalité des droits, une loi donnant le droit de vote aux immigrés ; pacte de défense entre organisations ouvrières, associations de jeunes et de travailleurs immigrés, associations démocra-
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tiques, pour assurer 1' auto-défense dans les villes et les quartiers.
*unité contre le colonialisme français : indépendance pour la Kanaky; soutien au
FLNKS; amnistie pour tous les Kanaks emprisonnés.
Cette politique doit être tournée vers la grande masse des travailleurs, vers les militants et les électeurs socialistes pour qu'ils exigent avec nous la rupture de 1' alliance à droite et une véritable politique de gauche, s'attaquant aux capitalistes et aux intérêts impérialistes. Elle doits' adresser aux électeurs et militants communistes pour qu'ils rompent l'isolement suicidaire dans lequel les enferme la politique de division de leur direction, pour qu'ils s'engagent avec leur parti dans la bataille de l'unité ouvrière.
Nous ne nous laissons en aucun cas identifier à l'un ou l'autre de ces deux partis, nous n'appuyons pas l'un contre l'autre: notre organisation indépendante ne prendra ni un profil «construisons avec les militants issus de la "souche èommuniste" un courant révolutionnaire contre la social-démocratie», ni un profil «avec un grand parti socialiste poussé sur la gauche ,fermons la parenthèse du stalinisme». Il faut concrétement s'appuyer sur les militants PC et PS unitaires et lutte de classe, il faut que s'exprime un tel courant dans les syndicats CGT, CFDT, FEN, FO. Il y a des milliers de militants expérimentés, de cadres organisateurs, disponibles pour un courant unitaire et lutte de classe. Notre politique de Front Unique nous permet de nous frayer un chemin vers cette recomposition en profondeur, au coeur de la classe ouvrière.
Cela dit, dans cette bataille, nous ne perdons pas de vue deux écueils. Le premier, c'est que le front unique n'est pas «l'unité de la gauche». Front unique implique unité, indépendance de classe, rupture avec la bourgeoisie alors que l'unité de la gauche se réduit en général à un front populaire qui gère les affaires de la bourgeoisie. Le second, c'est que nous ne sommes pas des conseillers de la gauche, de Mitterrand, des tendances de gauche du PS ou du PCF. Le front unique ne se réduit ni à la recherche d'accords avec ces dernières, ni à une activité pétitionnaire ou incantatoire vers les appareils. Il ne peut être imposé à un niveau même local que par l'entrée en lutte des travailleurs, avec parmi eux des révolutionnaires qui impulsent le contrôle et la vigilance; et à un niveau plus général - en particulier au niveau politique et gouvernemental - par une lame de fond à travers laquelle les travailleurs et les jeunes prennent en main, sous notre impulsion et avec notre aide, la réalisation de l'unité. Les grèves de Chausson et de la SNECMA après celles de 1 'hiver 86-87, la mobilisation pour le 1er Mai unitaire, et plus récemment encore la puissante grève des infirmières 1' ont démontré une fois de plus. Nous devons nous préparer à mener de nombreuses autres batailles du même type, qui seront des contributions décisives à la reconstitution du potentiel d'offensive de la classe ouvrière. 10 • LA PLACE DE LA JEUNESSE.
L'enjeu le plus immédiat pour avancer dans la construction du parti révolutionnaire est l'organisation de la nouvelle génération qui arrive à la lutte sociale, revendicative et politique à travers les grandes mobilisation contre le racisme, la révolte estudiantine et lycéenne de l'hiver 1986, les batailles contre la précarité et l'exclusion sociale.
La jeunesse a déjà fait la preuve d'une exceptionnelle capacité d'initiatives et d'une autonomie remarquable lors de la grève générale de novembre-décembre 1986 et des mobilisations contre le racisme. Celles-ci ont exprimé sa combativité, sa disponibilité pour de grandes mobilisations sur les thèmes de l'égalité, de la solidarité et de la justice sociales. Dans leur développement, la jeunesse a cherché à organiser ses aspirations à l'unité pour la lutte, au contrôle démocratique et à l'auto-organisation. Elles traduisent sa méfiance instinctive des politiciens et de leurs appareils, y compris ceux, bureaucratisés, du mouvement ouvrier.
Mais en même temps, dans la mesure où la mobilisation indépendante de la classe ouvrière marque encore le pas, où elle reste dominée par les appareils réformistes, où les révolutionnaires sont très minoritaires, cette mobilisation de la jeunesse, y compris ses couches radicalisées, est encore peu marquée idéologiquement par des perspectives de classe anticapitalistes. Ceci laisse évidemment un large terrain de maneuvre à la social-démocratie pour s'attirer la sympathie électorale de la jeunesse. Par contre, toutes les dernières mobilisations, et singulièrement la principale, celle de novembre-décembre 1986, ont montré que la jeunesse fait confiance aux militants révolutionnaires qui savent exprimer ses aspirations et 91 défendre avec intransigeance ses revendications. Elle les place à la tête de ses luttes. Ils sont indéniablement les mieux placés pourorganiserpolitiquementses éléments les plus avancés. Pour cela, il leur faut la mobiliser, à travers des campagnes
unitaires pour ses revendications, en cherchant la jonction avec le mouvement ouvrier. En même temps, il est nécessaire de traduire en son sein les campagnes politiques de la L.C.R pour l'unité ouvrière et la rupture avec la bourgeoisie, en développant tout particulièrement les thèmes d'agitation anticapitaliste, anti-impérialiste et antibureaucratique.
Tout ceci implique évidemment de participer activement à la construction, à l'animation, à la direction de SOS-Racisme, de l'UNEF-ID, des mobilisations et des regroupements autonomes de jeunes travailleurs et de jeunes chômeurs contre la précarité et l'exclusion sociale. Ce sont les viviers naturels de la construction des JCR. Mais cette construction exige aussi une attention permanente, spécifique, de la LCR, de toutes ses directions, du B.P. aux cellules, un effort particulier de propagande et d'agitation politiques dans la jeunesse, de formation et de recrutement des jeunes. Cet investissement militant est bien plus important que toutes sortes de spéculations sur la recomposition du mouvement ouvrier et autres recherches d'alliances. L'organisation nombreuse des éléments avancés de la jeunesse est une condition fondamentale du rapport de force politique et organisationnel nécessaire pour rendre crédible le projet de construction d'un parti révolutionnaire et lui gagner des fractions larges de militants issus des vieux partis et des· syndicats ouvriers. 11 . L'IMPLANTATION OUVRIÈRE
Le développement de notre implantation dans les entreprises et les syndicats est le pilier indispensable pour prétendre faire un bond qualitatif vers 1' objectif du parti ouvrier révolutionnaire.
Durant les dix années écoulées, nos batailles de résistance aux capitulations successives des bureaucraties syndicales, couplées à leur propre affaiblissement, nous ont permis de conquérir des positions de direction dans les syndicats et de nous situer au coeur d'oppositions syndicales larges traversant essentiellement et de façon inégale la CFDT, la CGT et la FEN.
La remontée des luttes ouvrières et des mobilisations sociales, la forte aspiration à l'unité et au contrôle démocratique qui s'y manifestent, ouvrent la voie à de nouveaux développements. A partir des réseaux d'opposition intersyndicaux créés à 1' occasion de précédentes mobilisations (cf. le 1er Mai 1988), il s'agit de prendre l'initiative de mobilisations unitaires successives sur les grandes revendications sociales. Initiatives menées selon la méthode qui a fait ses preuves lors de la bataille du 1er Mai 88 : en cherchant à réaliser l'unité intersyndicale la plus large et au plus haut niveau, mais sans jamais faire dépendre 1' organisation, le développement et 1 'aboutissement de la mobilisation du bon vouloir des appareils, en cherchant à la faire assumer de bout en bout par les militants unitaires et lutte de classe regroupés pour l'occasion. En même temps, dans les entreprises et à travers les structures syndicales, nous cherchons à organiser la lutte, la grève pour les revendications (salaires, emploi, défense des acquis), en répondant aux aspirations à l'unité et au contrôle démocratique, par la proposition de comités de grève et de coordinations controlés par les assemblées générales. Nous nous battons centralement pour le «tous ensemble» comme le moyen le plus efficace pour faire sauter le verrou patronal et gouvernemental sur les salaires et les autres revendications.
C'est en nous appuyant sur les nouvelles équipes militantes et les jeunes activistes qui surgissentdéjàdans les premières batailles ( cf.la SNECMA, le 1er Mai, la grève des infirmières, etc.) et quis' affirmeront dans les prochaines, qu'il sera possible de donner une impulsion qualitative à la bataille interne pour des syndicats lutte de classe, défendant de façon intransigeante les revendications, unitaires et démocratiques, pour renforcer ou constituer des courants oppositionnels ou des tendances larges sur cette base.
Parallèlement, une tâche centrale de la LCR est de donner à cette recomposition du potentiel d'offensive sociale, sa traduction politique : la construction d'un nouveau parti ouvrier, d'un parti révolutionnaire. C'est pourquoi l'apparition indépendante de la LCR, à travers ses tracts, ses affiches, ses cortèges, sa presse, ses initiatives centrales, couplée à une politique organisée de recrutement et de formation des éléments les plus avancés, constituent un complément indispensable de ces batailles. 12 ·NOTRE POLITIQUE VIS·À·VIS
92 DEL. o. ET DU P.C.I-M.P.P.T.
Lutte ouvrière devrait fournir une composante du parti révolutionnaire en
construction. Cependant aujourd'hui, la difficulté fondamentale pour mener cette activité de concert avec elle réside dans son incompréhension profonde de la méthode transitoire, en particulier de la nécessité d'une politique de front unique pour aborder et impulser la mobilisation des masses depuis les luttes quotidiennes jusqu'à la question du pouvoir. Ceci l'amène à osciller entre un propagandisme anticapitaliste abstrait, un enfermement dans les luttes (avec des tendances à la manipulation et au découpage artificiel et suicidaire d'une frange radicale), et un opportunisme marqué vis-à-vis du PCF. La conséquence la plus grave est qu'elle reste ainsi extérieure aux batailles pour l'unité ouvrière et la rupture avec la bo-irrgeoisie, à celle de recomposition du potentiel d'offensive sociale et du mouvement ouvrier politique et donc en général aux interrogations politiques de 1 'avant garde.
Cela dit, nous ne pouvons nous contenter de ce constat et en conclure qu'il n'est possible de rien faire avec L.O. pour l'instant. Un des enseignements des grèves récentes, de Chausson aux infirmières, en passant par la SNECMA, est que nous rencontrons L.O. dès qu'il s'agit d'impulser et d'organiser les grèves, leur coordination, 1' extension. Nous devons donc chercher à chaque fois - s'il est possible ! -un accord sur ce terrain.
A partir de là, nous proposons que soit réactivé le débat entre nous sur la question de la construction du parti révolutionnaire, sur le front unique, sur la crise et les processus de recomposition du mouvement ouvrier. En tout état de cause, nous accordons une attention particulière et permanente à l'activité et aux positions de L.O. dans notre presse, et nous polémiquons avec elle, qu'elle accepte ou non un échange régulier dans nos presses respectives.
Il est absurde de passer constamment d'idylle flattant la perspective d'une fusion à la quasi rupture des relations. Il y a eu ces dernières années un réel repli sectaire de sa part. Nous devons être conscients que, dans la mesure où nous considérons qu'une politique de front unique est indispensable pour construire le parti révolutionnaire, il y aura toujours une difficulté objective avec L.O., tant qu'ellen' en sera pas persuadée. Nous devons chercher à 1 'en convaincre et ne pas considérer, même si elle donne cette impression, que ses positions sur ce plan sont figées une fois pour toutes. La collaboration dans les luttes et le maximum d'expériences et de débats co mm uns nous y aideront. Dans ce domaine aussi il n'y a pas de raccourci. Refusons de nous adapter aux réticences de sa direction à renouer des relations suivies avec nous. Les sautes d'humeurs sont contre-productives en la matière; il faut de la constance.
Les possibilités de relations politiques suivies avec le PCI-MPPT sont sans doute bien plus aléatoires. D'abord du fait de la déloyauté de sa direction, de sa propension aux maneuvres, de son mépris pratique pour les principes de la démocratie ouvrière. Ensuite parce que sa ligne de construction du MPPT jette aux orties une politique de front unique un tant soit peu conséquente et lui oppose une prétentieuse et prétendue reconstruction du mouvement ouvrier à travers le MPPT. Ceci renforce tous ses aspects sectaires et fermés au débat politique loyal et à la collaboration militante avec d'autres tendances.
Il serait pourtant aveugle de ne pas voir corn bien les oscillations de son orientation gauchiste-opportuniste actuelle, dans la mesure où elle heurte 1' éducation traditionnelle de nombreux cadres et militants, accélère la crise de cette organisation, et ouvre un champ important à notre activité et à nos propositions. Ceci implique d'abord que nous fassions la démonstration d'une politique de front unique conséquente. Ensuite que nous mettions en évidence à quel point une telle politique s'oppose à la ligne de construction du MPPT. Plus généralement que nous polémiquions de façon plus soutenue et consistante avec les considérants et les implications du choix du PCI de construire un parti semi-réformiste (le MPPT), et que nous lui opposions celui du parti ouvrier révolutionnaire. Ainsi se créeront les possibilités de travail commun et de débats avec des tendances ou regroupements issus de cette organisation. Et se noueront les liens militants nécessaires pour avancer avec eux vers la formation du parti révolutionnaire. 13. NOUS CONSTRUISONS LA IV INTERNATIONALE.
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L'essentiel des militants mouvementistes, «alternatifs», et même une partie des concepteurs du parti centriste large se caractérisent par un enfermement national du point de vue de leurs explications, de leurs analyses et de leurs perspectives.
La L.C.R. s'est construite comme section de la IV Internationale. C'est dans une large mesure ce qui lui a permis des' ancrer au plus profond des meilleures traditions du mouvement ouvrierrévolutionnaire international. C'est aussi ce qui la différencie de nombreux courants centristes éphémères.
La construction de la IV Internationale, les débats et la confrontation des expériences de révolutionnaires du monde entier, sont une source incomparable d'enseignements, le creuset où se fondent de multiples expériences, où elles deviennent l'acquis collectif des militants. Ce combat pour l'Internationale révolutionnaire depuis 50 ans a fait la richesse politique et théorique de notre courant. La construction du parti révolutionnaire ne peut non seulement pas se passer de cet acquis, mais elle doit continuer à l'enrichir. L'éducation internationaliste de la nouvelle génération militante serait bien pauvre si nous ne l'envisagions que comme une somme de solidarités avec les travailleurs et les peuples en lutte . Seule la construction de 1 'internationale lui donne tout son contenu, toute sa dimension. D'autant plus que de nombreuses questions de la stratégie et de la tactique révolutionnaires font et feront de plus en plus irruption dans 1' activité militante et sur la scène politique en France à travers les bouleversements en cours en URSS et dans les pays de 1 'Est, la politique de Gorbatchev et son projet de réorganisation de l'appareil stalinien international, la poussée des peuples opprimés par l'impérialisme et la bureaucratie.
Pour les marxistes-révolutionnaires, la construction de l'Internationale est une question au moins aussi stratégique que celle de la destruction de 1 'Etat bourgeois. Il n'y aura pas de parti révolutionnaire- au sens plein du terme- qui ne l'aborde et ne cherche à la résoudre.
Car l'indépendance de la classe ouvrière ne peut être acquise, ni conquise, ni défendue, dans le cadre national. Elle est dépendante d'une analyse internationale des forces de classes en présence, de 1' élaboration d'une stratégie internationale, de la construction d'un parti mondial ; aussi sûrement que la classe ouvrière est une classe internationale.
Une des sources principales du poids politique de la LCR dans la bataille pour le parti révolutionnaire en France, est sa participation à la construction de la IV Internationale. Au lieu de tarir cette source, comme nous y entraîneraient certaines positions, la LCR doit prendre une position dynamique dans le développement de la IV Internationale comme centre international impulsant la construction des partis révolutionnaires dans le monde.
Renforcer, construire la L.C.R (S.F.Q.I.) comme organisation indépendante, tel est notre objectif. Nous avons constaté dans les luttes, dans les débats, avec les forces vives de la classe ouvrière, combien notre organisation s'est avérée utile et capable de jouer un rôle dirigeant. Nous n'envisageons pas de disparaître pour entrer dans une organisation traditionnelle car nous pensons que même du point de vue de la nécessité d'influencer des militants de ces partis, nous pourrons le faire d'autant plus et mieux que nous serons à même de mettre en oeuvre une politique indépendante crédible.
Nous ne voulons pas non plus disparaître dans une organisation «centriste», intermédiaire, au programme confus, aux contours flous, à l'action hésitante.
C'est en défendant notre politique auprès des jeunes et des travailleurs que nous serons plus efficaces.
Pas question dechangerd'orientation : construired'abordlaL.C.R. pour peser sur les regroupements nécessaires pour former un parti ouvrier révolutionnaire.
Note Ce texte a été voté par 13 camarades du CC et 1 camarade de la CCC.
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