La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La cible, la flèche et l'archer...

Critique communiste, n° 78, novembre 1988 · p. 95-106 · 7 577 mots

(texte présenté par 8 camarades du CC et de la CCC)

«Les passants feront le chemin ... », mais tous les chemins ne mènent pas toujours à Rome ...

«L'expression la plus vigoureuse, la plus complète, et la mieux définie de la lutte des classes, c'est la lutte des partis ... La division en classes est certes l'assise la plus profonde du groupement politique; certes c'est toujours elle qui enfin de compte détermine ce groupement ... Mais cettefin de compte, c'est la lutte politique seul qui l'établit». V. I. Lénine PRÉAMBULE Ce texte a été déposé comme contribution au Comité central du 30 septembre et soumis au vote à celui du 21 octobre. Nous avons assisté entretemps au développement des luttes et à l'évolution du débat dans les comités issus de la campagne présidentielle. La fonction du document n'étant pas de régler les problèmes immédiats, mais de fixer une orientation générale et de 1 'illustrer par 1 'expérience pratique, nous n'avons pas éprouvé à la relecture le besoin de lui apporter des modifications.

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1. LES ACQUIS DU DERNIER CONGRÈS Lors du dernier congrès, nous avions tracé le cadre général de notre projet de construction du parti, à partir d'une analyse des fonnes de recomposition du mouvement ouvrier (à 1' échelle nationale et internationale), de leur différence par rapport à celles des années 30, de 1' actualité fonctionnelle d'un programme etd 'une organisation révolutionnaires (cf. annexe):

- une mutation en cours, politique et sociale, du mouvement ouvrier, sous les effets d'une crise historique du capitalisme, dont on ne saurait envisager une issue «douce» (Résolution, p. 32) ;

- une crise de direction du mouvement ouvrier différente de celle des années 30 : «il nes' agit pas seulement de remplacer une direction politique faillie à la tête d'un mouvement ouvrier riche de traditions révolutionnaires et profondément attaché à un projet socialiste» (Résolution, p 36) ;

-après un long cycle d'expérience (1968/1986), des débuts de reclassements à l'oeuvre dans le mouvement ouvrier français, avec en leur centre la crise du parti communiste ;

-un projet de construction du parti révolutionnaire inscrit dans la durée, ce qui implique à la fois clarté et fenneté sur les fondements programmatiques, capacité à intervenir dans les processus concrets de recomposition, à saisir les médiations pennettant de progresser vers ce parti révolutionnaire à audience de masse ;

- pratiquement, une orientation axée sur la construction d'une organisation révolutionnaire indépendante (par opposition à une orientation entriste ou à la théorie dite du «parti organique»).

Notre démarche vis-à-vis des communistes rénovateurs et nos propositions pour les élections présidentielles se situaient dans ce cadre général .

La différence, par rapport à la tentative dite de 1' Alternative, tenait à l'existence d'une première rupture issue des rangs du PC, susceptible, dans un action commune avec nous, de continuer à mordre sur les partis traditionnels et de créer une dynamique de regroupement plus large.

Ainsi la perspective d'une nouvelle organisation était-elle envisagée, assez classiquement, dans la partie sur la crise du PC, en tennes de fusion à partir d'organisations ou courants nationaux:

«S'il surgissait de la crise (du PC), un courant prêt à tirer un trait sur le passé stalinien sans renoncer au communisme, c'est-à-dire à la construction d'un parti d'action luttant pour l'unité et l'indépendance de la classe ouvrière, pour un projet socialiste et démocratique, pour une solidarité active avec les peuples en lutte contre l'impérialisme et la bureaucratie, nous serions les premiers à explorer avec eux la possibilité d'une organisation commune, ouverte à tous ceux qui seraient disposés à s'engager dans cette voie».

Dans la partie finale, nous insistions sur le vecteur de regroupement que doivent constituer des forces politiques nationales :la traduction de cette démarche unitaire en orientation politique suppose l'existence et la volonté de forces motrices présentes à l'échelle nationale, capables de renverser les tendances centrifuges aujourd'hui dominantes. Sans cela, les expériences unitaires locales, quel que soit leur intétêt pour rassembler dans l'action et exprimer la continuité d'un projet unitaire, ne peuvent constituer une ligne politique nationale.

L'apparition d'un courant issu de la crise du PC et en prise sur de nouvelles différenciations à venir était donc clef pour féconder une démarche unitaire prolongée et plus large.

Il fallait rappeler cette approche pour répondre sans détours à la question que 80 % de l'organisation s'était posée, tant dans la résolution de congrès que dans la résolution de CN sur la présidentielle: il s'agirait d'un test quant à la possibilité d'émergence «d'une nouvelle force politique révolutionnaire» (Résolution du congrès sur les municipales). Pas seulement d'une campagne électorale unitaire donc, mais d'un moment de vérification dans la tentative de constituer une force politique supérieure à celles existantes au départ.

L'expression de «force nouvelle» est vague et algébrique. Mais le sens des résolutions ne fait pas de doute : il s'agissait non de tester les «tendances lourdes» de la recomposition, et le fait qu'un rassemblement de forces soit historiquement à l'ordre du jour ... , mais bien de vérifier des convergences pennettant de prendre de initiatives concrètes et de définir des échéances pour cristalliser et matérialiser

96 cette force nouvelle.

C'est à cette question précise qu'il faut répondre, pour savoir dans quel cadre nous travaillons aujourd'hui.

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II. LA QUESTION DU TEST A ÉTÉ POSÉE, IL FAUT Y RÉPONDRE •••

Soyons plus précis. Nous tomberions vite d'accord pour énumérer les aspects et acquis positifs de la campagne en tant que campagne électorale :

- notre espace politiques' est incontestablement élargi, même si cette influence ne s'est pas matérialisée (par exemple dans un progrès significatif de la diffusion de notre presse) ;

-la campagne a permis d'afflnner des thèmes clefs, en rupture avec la politique de l'Union de la gauche au gouvernement, et en contradiction flagrante avec les impératifs de la gestion gouvernementale respectueuse ;

- la réalité des comités a traduit une impulsion militante limitée mais réelle.

Ceci dit, la question plus précise du «test» réclame une réponse aussi précise : il n'existe pas, à nos yeux, au sortir de la campagne, les conditions pour franchir un pas qualitatif dans la construction d'une «nouvelle force» ou dans sa cristallisation. Sauf nouveaux événements majeurs dans la lutte de classe nationale ou internationale (avec de nouvelles différenciations significatives dans les partis traditionnels), le dépassement de la Ligue n'est pas pratiquement à l'ordre du jour.

Cette conclusion découle pour nous des limites et des résultats de la campagne électorale (le score y a son importance), mais tout autant de la trajectoire des Rénovateurs qui, en tant que courant national, ont perdu 1 'initiative dans la crise du PC.

- Cela ne signifie pas que cette crise soit close. Elle rebondira très certainement à court ou moyen terme ;

- cela ne signifie pas non plus que le courant rénovateur se soit évaporé, ni que la dialogue et l'unité d'action avec les Rénovateurs, dans ou hors les comités, soit désormais inutile.

Ils' agit seulement de constater que les Rénovateurs ont manqué 1 'occasion de se doter d'une orientation et d'un fonctionnement minimum leur permettant à la fois de rester attractifs aux yeux de nouvelles oppositions internes au PC et de contribuer à féconder la dynamique unitaire de la campagne J uquin. Ils seront désormais plus sous la pression des reconstructeurs internes que 1 'inverse.

Les raisons en sont multiples : inflexion de la politique du PC autour des législatives, expectatives suscitées par Gorbatchev, non-crédibilité électorale de Juquin. Mais c'est un fait

Plus profondément encore, au-delà des défauts relevant du contenu et de la conduite de la campagne, les limites du résultat, électoral et militant, renvoient à des données de la situation politique: au fait que la remobilisation sociale amorcée en 86 et confirmée depuis ne se traduit pas mécaniquement sur le terrain directement politique, notamment dans la jeunesse scolarisée. III. POURQUOI L'EXPÉRIENCE

A TOURNE COURT ••••

Faut-il pour autant regretter ce que nous avons entrepris ? Absolument pas. Une possibilité s'ouvrait, du fait des développements de la crise du PC. Il fallait la saisir, essayer de peser positivement. C'est ce que nous avons fait. Et, si le problème se présentait à nouveau, il faudrait recommencer. En mieux ou autrement, à la lumière de 1 'expérience. Nous avons certainement commis des erreurs de jugement et nous devons nous défaire d'une mauvaise habitude; celle qui consiste à mélanger les considérants d'une initiative avec d~ pronostics. Mais ceci n'est pas l'essentiel.

Certains camarades tirent aujourd'hui un bilan négatif de notre attitude sous prétexte que nous n'aurions pas pesé sur l'évolution des Rénovateurs ou sur Juquin. Ce verdict est trop péremptoire pour n'être pas hasardeux. D'une part, nous avons certainement pesé sur 1 'origine du processus. Sans la présence de la Ligue comme organisation communiste indépendante et son rôle dans les luttes de 86, il est déjà probable que les problèmes se seraient posés en d'autres termes pour les Rénovateurs. Ensuite, nous avons pesé sur la campagne électorale et sur les décisions à plusieurs moments cruciaux (attitude vis-à-vis du gouvernement, législatives ... ). Enfin, le chapitre des Rénovateurs n'est pas clos.

Il faut cependant apporter des éléments de réponse à la question de savoir pourquoi le test, à cette étape, a tourné court.

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On pourrait énumérer sur ce point des raisons d'inégale importance.

a) En premier lieu bien sûr la campagne elle-même et son verdict électoral, puisque il pèse lourd dans les conclusions que peuvent tirer aujourd'hui Juquin, les

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Rénovateurs, les Verts, ou même l'opposition interne au PC. Avcx; un score légèrement meilleur (il n'y a aucune fatalité dans une marge de 2 à 3 %) et un écart plus réduit vis-à-vis de Lajoinie, nous pourrions nous trouver en position d'initiative vis-à-vis de LO ou des Verts. Il s'est passé le contraire. Le choix du caudidat d'éluder les grandes questions en se situant «ailleurs» et en jouant les candidats du troisième type, au lieu d'exploiter l'idée d'un communisme démocratique et unitaire pour se tourner vers les grands partis, y est pour quelque chose. De même que les rapports de défiance établis envers les forces qui le soutenaient, au détriment d'une dynamique militante, qui aurait supposé confiance réciproque et clarté.

b) Au-delà, et plus globalement, il y a la fragilité même du courant rénovateur. Ce courant était apparu comme le fruit d'une scission improvisée dans le PC, sans projet préalable, et non comme l'aboutissement d'une longue bataille d'opposition. Il en résultait des faiblesses connues :

-d'une part, son apparition obéissait avant tout à une réaction au déclin électoral du PC après les législatives de 86 ;

- le gros de ses militants et cadres appartient grosso modo à la génération du programme commun. En l'absence de référence vécue à d'autres expériences fondatrices du mouvement ouvrier, la problématique de l'Union de gauche constitue donc son cadre naturel de pensée.

Malgré ces limites, le courant Rénovateur a évolué très vite et répondu positivement aux échéances de la lutte de classe. Alors qu'il n'a pris corps qu'en 86, à peine unanplustard,ens'engageantdanslesoutienàlacandidaturedeJuquinilassumait la rupture avcx; la dircx;tion du Parti. En même temps, il répondait dans le bon sens aux luttes de l'hiver 86.

Cette trajectoire positive trouvait son expression dans le Manifeste de l'automne 87, où l'accent est mis sur «une sortie unitaire de la cohabitation», sur les mouvements sociaux et leurs formes d'auto-organisation. Malgré la somme de questions laissées en suspens, le balancier partait dans le bon sens. Il était juste de saisir ce mouvement pour le consolider.

Les faiblesses et la fragilité du processus demeuraient en effet :

- absence d'un projet défini (d'où hésitations permanentes sur la construction des Rénovateurs ou du mouvement des comités), et d'une direction collcx;tive nationale (apparition et disparition de responsables éphémères);

- référence aux luttes sociales, mais sans insertion militante organisée, qu'il s'agisse des cheminots ou des instituteurs, qui aurait permis de consolider et enraciner cette évolution dans la réalité ;

-pas de prolongement pratique de cette rupture politique avcx; la dircx;tion du PC en termes de bataille syndicale dans la CGT ;

- quasi inexistence au niveau de la jeunesse.

Dans .un mouvement ascendant, en progression, ces faiblesses pouvaient être partiellement surmontées. Il y aurait fallu du temps. Devant la première déception électorale, elles ont au contraire pris le dessus chez des camarades pour qui le critère électoral (important dans leur dissidence) reste privilégié.

c) Derrière tout cela, il faut remonter encore plus loin, aux ressorts sociaux de la recomposition. Nous avons salué à juste titre les luttes de 1986 comme 1 'amorce d'une remobilisation. Nous constatons que ce mouvement est confirmé par les données sur les luttes du premier semestre 1988. C'est important, voire décisif pour notre intervention.

Ce n'est pas encore suffisant pour accélérer des reclassements politiques de grande ampleur :

-dans les luttes majeures, on voit germer de nouveaux cadres organisateurs de la classe, notamment parmi de jeunes travailleurs qui n'ont pas connu les expériences et les déceptions passées. Mais la reprise des luttes n'en est encore qu'à son début, éparse. Les conditions de leur politisation sont marquées par le passif de la gauche au gouvernement et les coordonnées internationales. Il suffit de comparer les chiffres avcx; ceux de la première moitié des années 70 pour percevoir les limites. Si une telle génération existait d'ores et déjà comme un tout, les conditions de construction en seraient substantiellement modifiées.

Les municipales et les échéances élcx;torales ne pèseraient pas de la même manière dans les préoccupations de nos partenaires. Les effets s'en ressentiraient très vite dans la jeunesse ;

- or, c'est 1' autre aspect notoire de la campagne Juquin. L'écho dans la jeunesse

98 a été réel en termes d'assistance aux meetings. Mais l'effet escompté de la

radicalisation de 86 nes' est pas produit, ni élcx;toralement, ni du point de vue d'un engagement militant significatif dans les comités.

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IV. LES COORDONNÉES DU PROJET DE CONSTRUCTION DEMEURENT •••

Du point de vue de la possibilité de franchir un pas qualitatif dans la construction d'une «force nouvelle, «le «test» est donc négatif. Il faut le dire clairement, pour ne pas courir après notre ombre et nous poser des problèmes que nous ne sommes pas aujourd'hui en mesure de résoudre.

Le chapitre de la recomposition du mouvement ouvrier est-il clos pour autant? Doit-on réviser radicalement les perspectives du dernier congrès ?

Non.

Les problèmes demeurent. La façon dont nous avons exprimé les différences entre les manifestations de la crise de direction révolutionnaire dans les années 30 et aujourd'hui reste valide. Nous en concluions que la reconstruction d'une direction révolutionnaire ne se réduirait pas au remplacement d'une direction faillie par une direction de rechange. Qu'il faudrait pour cela une réorganisation des forces du mouvement ouvrier aussi bien au plan social et syndical qu'au plan politique, ainsi qu'une nouvelle accumulation d'expériences fondatrices. Il fallait donc inscrire notre projet dans la durée et envisager par conséquent les médiations permettant de progresser vers notre but: la construction d'un parti révolutionnaire.

Mais la politique a du rythme. Elle n'égrène pas indifféremment les mois et les années, comme les perles égales d'un chapelet. Elle alterne temps forts et temps faibles. Des initiatives et des pauses. Nous ne devons pas diluer les moments forts et les séquences, dans le déroulement indifférent d'une démarche ou d'une routine hors du temps. Dans ce travers, fuite en avantetrepli sectaire peuvent au demeurant se rejoindre, comme deux formes d'indifférence aux événements qui constituent la matière même de l'action politique.

Nous nous sommes fixés un cadre général d'orientation. Dans ce cadre nous sommes et serons amenés à prendre des initiatives politiques précises. Ce que nous avons fait avec la campagne présidentielle. Au vu du résultat, il faut savoir rectifier le tir.

C'est pourquoi les conclusions de l'expérience et les tâches du moment présent doivent être précisées. Deux dangers opposés nous guettent en effet:

- celui de la fuite en avant vers la nouvelle force à tout prix, quitte à rectifier légèrement le rythme de la marche ;

- celui du repli sur soi, au nom d'une accumulation de force à engranger pour les jours meilleurs, quand viendront les reclassements véritables.

Concernant la première tentation, un désaccord court depuis le bilan de 1' alternative. Notre but est la construction d'un parti révolutionnaire et nous sommes prêts à envisager les médiations politiques et organisationnelles sur cette voie. Ainsi, si surgissait un courant significatif sur la gauche des partis traditionnels mettant à l'ordre du jour la cristallisation d'un parti centriste, nous pourrions non seulement envisager d'y participer, mais prendre des initiatives pratiques pour qu'il voie le jour. Non en définissant a priori les programme commun minimum à partir de généralités («changement de société, indépendance de classe, démocratie ... »), inconsistantes si elles ne trouvent pas leur traduction pratique dans les épreuves quotidiennes de la lutte de classe, mais en aboutissant éventuellement à un compromis explicite au terme d'une discussion et d'une confrontation pratique.

Il n'y a là aucune innovation en matière de tactique de construction. C'est au contraire la tradition des années de fondation de la IVè Internationale (voir le cahier de l'IIRF Sur les années de formation de la Quatrième Internationale).

Un désaccord de méthode revient sans cesse à ce propos. Nous n'avons pas à nous exercer en solo à définir ce que serait a priori un compromis programmatique acceptable. Rien de ce que nous défendons ne nous semble accessoire ou superflu. Si tel était le cas, nous serions effectivement une secte. A l'entrée d'un processus de rapprochement, nous défendons donc, en illustrant dans la politique quotidienne leur actualité et leur fonctionnalité, l'intégralité de nos grandes définitions programmatiques. Un compromis clair et explicite, s'il devait intervenir entre des forces réelles et militantes, ne serait que l'aboutissement d'un processus et non le fruit d'une négociation diplomatique à froid.

A titre d'exemple: certains camarades nous reprochent de poser à nos partenaires la question de 1 'Etat, dont les conséquences ne seraient pas vérifiables, en dehors de grandes turbulences révolutionnaires. Nous leur répondons :

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-d'une part, il ne s'agit pas d'une simple question «théorique», qui deviendrait pratique seulement dans les situations d'imminence de la Révolution. Elle sert de fil à plomb à 1' indépendance de classe dans les questions d'alliances, dans le rapport

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aux institutions, à l'année, etc. L'Etat, même au quotidien, n'oublie pas ceux qui font mine de l'oublier ;

- d'autre part, que nous pourrions envisager de construire une même organisation avec des courants théoriquement confus sur la question de l'Etat, si leur réalité sociale, leur insertion militante, leur trajectoire permettait de vérifier des convergences pratiques substantielles. Ainsi, pourrions-nous poser en termes de fusion nos rapports avec un courant de type rénovateur communiste de quelques milliers de militants effectifs, confus sur l'Etat, mais clairs sur les axes de lutte contre la crise dans les entreprises et les syndicats, intransigeants sur la question du désarmement ou de l'égalité des droits, clairs dans leurs rapports vis-à-vis de la majorité présidentielle ou gouvernementale. Il est en revanche totalement stérile de répertorier des accords sur des formules aussi générales que «le changement de société», «l'indépendance de classe», ou «la démocratie de masse», si elles ne trouvent pas une application concrète dans les grandes tâches courantes de la lutte de classe.

Il n'y a là aucune recette, aucun mode d'emploi. Les rapports avec de tels courants sont toujours concrets. Il arrive comme dit l'auguste ancêtre qu'un pas en avant vaille mieux que dix programmes, à condition qu'il s'agisse d'un bon gros pas en avant. Il ne s'agit pas là de nombre: seulement le fait d'avoir affaire à des forces réelles et réellement engagées dans la pratique renforce les chances de clarifier et de convaincre à la chaleur de l'expérience sur les questions programmatiques en suspens. Ce qui n'est pas le cas quand nous sommes confrontés à des petits fragments éclatés, hétérogènes, peu militants, ne permettant pas de tirer des leçons claires d'une pratique commune. V. UNE RUPTURE PAR RAPPORT À L'ORIENTATION DU VIIIÈ CONGRÈS •••

Une chose donc est d'envisager des médiations sur la voie d'un parti révolutionnaire. Mais une autre, une toute autre, est de déterminer a priori que la constitution d'un parti centriste sera non seulement une étape inévitable sur la voie du parti révolutionnaire, mais encore l'optimum possible dans la situation présente, et de chercher en conséquence obsessionnellement les médiations vers ... le parti centriste. Il y a là, par rapport aux thèses du dernier congrès, une inversion de perspective.

La discussion était à l'époque latente à partir de contributions individuelles. Elle est devenue explicite au printemps dernier à l'initiative de camarades qui la pensaient urgente et directement fonctionnelle, pour préparer l'organisation à s'engager à fond dans la perspective d'une nouvelle organisation, si le test bien sûr était positif.

Personne aujourd'hui n'affirme que le test soit positif au point de permettre dans cette voie une avancée significative. S'il ne 1 'est pas il faut le dire. Tourner la page (sans clore ni le chapitre ni le livre) et repartir du cadre commun du dernier congrès. Cela irait de soi si un nouveau débat n'avait été ouvert.

Nous sommes quant à nous en désaccord avec une démarche déductive abstraite qui part de caractéristiques générales sur la période pour déduire un «espace politique» abstrait et un optimum organisationnel («une organisation non délimitée stratégiquement») indépendamment des interlocuteurs précis qui sont les nôtres. C'est un raisonnement infernal. Car si l'apparition d'un parti centriste est bien le mieux qui puisse arriver dans les circonstances, et si ce projet (comme c'est le cas aujourd'hui) ne peut pas se concrétiser, alors le risque est grand de voir certains camarades en conclure qu'on ne peut a fortiori construire ni un parti révolutionnaire, ni même la Ligue ... ; et d'autres encore conclure paradoxalement que les prémisses étaient fausses, que la recomposition emprunte d'autres voies, et qu'il faut serrer les rangs d'une cohorte de fer tournée exclusivement vers la radicalité sociale ...

Les conséquences d'une telle approche sont évidentes:

- elle installe l'organisation et ses militants dans un état d'esprit provisoire et intérimaire, dans l'attente angoissée de son propre dépassement, au risque d'accroître la démoralisation quand ce dépassement s'avère impossible. Au lieu de penser à ce que nous pouvons faire et de nous attacher à le bien faire, nous nous lamentons alors sur ce que nous devrions et ne pouvons faire ;

-elle émousse la bataille programmatique au profit de la recherche a priori de

100 compromis;

-elle démobilise les énergies au lieu de les mobiliser à contre-courant autour de quelques tâches difficiles de redressement organisationnel (pour écarter tout mal-

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entendu, précisons qu'il rie s'agit pas là de comportements individuels : des camarades défendant ces positions peuvent très bien être les plus disponibles pour les tâches quotidiennes comme pour les tâches du rassemblement. Il s'agit d'un comportement de direction qui fixe un cadre de travail et une perspective collective à l'ensemble des militants).

Inversement, il serait aussi erroné de déduire des limites d'une expérience particulière (la campagne Juquin et l'apparition des Rénovateurs) une ligne générale sur la recomposition du mouvement ouvrier.

Pour nous, les données générales ou «tendances lourdes» acquises au dernier congrès demeurent. Elles sont à prendre en compte dans leur ensemble. La construction du parti révolutionnaire ne peut être suspendue exclusivement ni aux différenciations internes dans le PC et le PS, ni à une capitalisation directe de la radicalité ouvrières' exprimant dans les luttes et les phénomènes d'auto-organisation, quelle que soit leur importance.

Nous devons donc continuer à percevoir 1' ensemble des éléments qui n'ont pas trouvé de catalyseur ou levier assez puissant dans la situation, et rester prêts à reprendre l'initiative lorsqu'un tel levier apparaît. VI. DE LA LIGNE GÉNÉRALE À LA TACTIQUE

Dans cette perspective, nous refusons l'alternative entre construction du mouvement des comités comme étape vers le parti centriste, et le retrait total.

Quand le cadre général est tracé, les problèmes tactiques ne sont pas du même coup réglés. Mais nous savons du moins dans quelles bornes les traiter, qu'il s'agisse des assises, des municipales, de la coordination ou de l'exécutif des comités.

Le test ne permet pas un pas en avant dans la constitution d'une force nouvelle. C'est un fait Mais il n'annule pas les acquis militants de la campagne. Nous n'avons pas subi de désaveu ni défaite majeure sur des questions cruciales. Au contraire. Nous n'avons pas à déserter les comités. Ce serait sectaire et incompréhensible. Nous devons en revanche y faire les propositions constructives et convaincre qu'elles permettent de préserver ou faire fructifier les acquis de la campagne.

Tout mouvement précipité de formalisation d'une organisation ou mouvement sans qu'en existent les base politiques solides ne ferait que précipiter une explosion. C'est pourquoi la seule possibilité est de nourrir le cadre unitaire de nouvelles propositions d'action. Si 1' action commune est possible, parallèlement à la discussion, les comités se maintiendront et échangeront leurs expériences. S'ils se vident d'action, ils péricliteront.

Dans tous les cas, dès lors que l'obsession ou 1' angoisse du parti centriste n'est pas à 1' ordre du jour, la question des comités redevient une question tactique, qui peut être traitée sereinement comme telle. Il est clair du même coup que nous proposons des initiatives aux comités comme à d'autres partenaires éventuels, mais que nous proposons et agissons comme organisation indépendante et non comme simple fraction d'un mouvement en devenir, qui ne prendrait d'initiatives propres qu'après être passée par les canaux des comités. C'est d'ailleurs ce qu'explicite la résolution municipale majoritaire du Comité central d'août.

Mais pour pouvoir prendre des initiatives tactiques, corriger au vu des résultats, dissocier les questions immédiates de 1' orientation générale, deux conditions sont requises :

a) un accord et une clarté partagées sur le socle programmatique et stratégique à partir duquel nous intervenons. C'est à dégager et rappeler cet accord que visaient les thèses du dernier congrès, comme préalable à notre mobilité tactique. Le but n'a été que partiellement atteint, en grande partie du fait des camarades qui ont voulu faire 1 'impasse sur ce débat pour ne trancher que des questions tactiques ou de politique immédiate. Ce sont parfois les mêmes qui réclament aujourd'hui que la question du parti soit tranchée nettement au prochain congrès par le petit bout de la lorgnette ( «Etes-vous pour un parti révolutionnaire ? Répondez par oui ou par non .. »), au lieu de réaffirmer une démarche programmatique et stratégique face aux processus concrets de recomposition, et aux interrogations parfois confuses ou maladroites, mais néanmoins fondées qu'expriment nos partenaires;

b) une maîtrise collective des choix organisationnels, des investissements militants.

Or, si la campagne et les luttes élargissent notre espace d'intervention, les clignotants organisationnels sont au rouge (diffusion de la presse, effectifs,

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situation de division interne). Le congrès devra définir dans une résolution d'organisation quelques mesures urgentes de redressement. Sans quoi «la complémentarité» toute théorique entre la construction autonome de la Ligue et son

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intervention dans les phénomènes de recomposition risque de devenir une contradiction pratique. VII. LA voLONTÉ c'EsT Aussi DE LA POLITIQUE

Il est faux de prétendre que nous pourrions être dix mille et que nous ne le sommes pas à cause de la ligne ou de la direction. C'est un argument d'agitation qui se retourne comme un gant et porte en lui la démoralisation. Il est tout aussi faux de commencer à dire que dans les circonstances actuelles on ne peut rien faire de mieux qu'une petite organisation d'acier de quelques centaines de membres.

La contradiction est évidente entre le rôle des courants révolutionnaires dans les luttes et leur marginalité électorale. Elle renvoie à la nature et aux rythmes de la politisation. Elle indique néanmoins la possibilité de maintenir une organisation révolutionnaire et de la faire progresser de quelques centaines de militants. Ce qui, pour aborder les échéances prévisibles, constitue déjà un capital important.

Dans cette perspective, nous avons plusieurs cibles, car il n'y a pas d'élément majeur qui unifie immédiatement les phénomènes encore épars de recomposition :

-l'émergence de militants combatifs (souvent jeunes) issus des luttes en cours, mais dont la politisation reste lente, inégale et limitée, par rapport à leur combativité sur des questions concrètes ;

-les différenciations qui vont se poursuivre dans les partis traditionnels. La crise du PC continue à y occuper la première place, aussi bien pour des raisons internationales que par le rôle historique du PC dans l'organisation de la classe ouvrière en France (CGT ... ). La place acquise désormais par le PS fait que des différenciations en son sein pourront jouer un rôle majeur, et se réfracter notamment dans la jeunesse. Les contradictions devraient s'aiguiser entre les bases traditionnelles de la bureaucratie social-démocrate (gestion de «l'Etat providence») et les impératifs de la modernisation-libéralisation, des alliances à droite, etc ... Néanmoins, ce parti, s'il reste «ouvrier-bourgeois», est très bourgeois. Ses liens avec 1' appareil d'Etat et le rôle des élus y ont acquis une place déterminante. Les embryons d'opposition sont pour 1 'heure instables ou vélléitaire. Celan' exclut pas 1' apparition de courants combatifs, mais le plus important pour peser alors sur leur réflexion et leur trajectoire sera la capacité d'une organisation révolutionnaire indépendante à démontrer pratiquement, même si partiellement, l'efficacité et l'utilité de ses idées;

-les luttes et la radicalisation de la jeunesse. Ici encore, 1' écart reste énorme entre la disponibilité à se mobiliser et l'engagement militant organisé. Certains facteurs internationaux, mais surtout la faible attraction pour 1 'heure du mouvement ouvrier en tant que tel, favorisent à 1 'échelle de masse une polarisation en termes électoraux autour du PS, sans qu'il en résulte un contrôle de la social-démocratie sur la jeunesse;

-enfin les courants syndicalistes militants qui peuvent surgir autour de la défense des acquis sociaux et de 1 'indépendance des syndicats, contre la fonction assignée au mouvement syndical dans le cadre des projets de modernisation capitaliste.

Il n'y a pas d'opposition entre une politique unitaire visant à rassembler dans l'action les secteurs en rupture, même partielle, avec les appareils réformistes, et une politique de Front unique.

Le Front unique est une méthode de mobilisation, il n'est pas en lui-même une ligne de construction du parti. Inversement, les regroupements ponctuels ou plus durables à la gauche des partis traditionnels ne constituent pas une politique de Front unique. Ils peuvent contribuer à créer sur des revendications précises, pour des campagnes, ou des initiatives, un rapport de forces plus favorable vis-à-vis des partis majoritaires traditionnels et des organisations de masse. Mais ils ne peuvent se perpétuer indéfiniment. Leur apparition même pose le problème de leur dépassement, d'un côté par la construction et le renforcement d'un parti révolutionnaire, de 1 'autre par la mise en oeuvre d'une politique de front unique tournée vers les larges masses.

Tout cela requiert d'accorder une attention particulière aux questions de centralisation (politique et organisationnelle), d'apparition (presse, propagande, initiatives publiques), et de vie politique autonome de la LCR. Il ne s'agit pas de se

102 substituer ici à la résolution d'organisation que doit discuter le congrès, mais de

souligner son importance particulière dans ce congrès-ci, comme partie prenante, à part entière, d' une orientation.

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VIII. QuELQUES CONCLUSIONS SYNTHÉTIQUES POUR ESSAYER D'Y VOIR CLAIR

1) Quels que soient les acquis et aspects positifs de la campagne présidentielle, le test qu'elle constitue ne permet pas de franchir un pas significatif dans la constitution d'une nouvelle force politique.

2) La LCR intervient dans la lutte de classe et cherche à s'y renforcer pour mieux contribuer à construire un Parti révolutionnaire des travailleurs capable de répondre aux grandes tâches des années à venir. Sur cette voie, elle est prête à envisager des médiations politiques et organisationnelles en fonction des différenciations significatives à l'oeuvre dans le mouvement ouvrier.

3) Les comités issus de la campagne constituent un cadre d'unité d'action et de débat dans lequel nous faisons des propositions d'action. Ils n'ont par eux même ni les bases politiques d'accord ni les forces militantes propulsives leur permettant de se transformer en nouvelle organisation ou mouvement politique supérieur aux organisations existantes.

4) Notre présence dans les comités constitue un aspect de notre intervention, mais non 1' aspect prioritaire par rapport à notre propre intervention dans les luttes ou en direction d'autres courants du mouvement ouvrier.

5) Notre orientation générale se situe dans la continuité de la résolution du dernier congrès. Face à la détérioration de 1' état général de 1' organisation, en contradiction avec les possibilités d'intervention élargies, le prochain congrès devra doter 1' organisation de mandats précis pour un redressement organisationnel. Annexe:

Voici le résumé de la résolution sur la construction du parti qui avait été publié dans le courrier de CC 63 de janvier87. Il permet, à titre indicatif, puisqu'il n'avait pas été voté, de rappeler les idées forces et de les confronter à ce qui s'est passé pendant cette année et demi.

1) Nous vivons une mutation historique du mouvement ouvrier qui s'opère dans et par la crise de longue durée, dans laquelle le système impérialiste s'enfonce depuis le début des années 70.

2) Alors que l'illusion libérale est frappée de plein fouet, il n'existe aucune loi du système qui déterminerait la sortie de la crise, au seul prix de sacrifices sociaux limités etd 'une modernisation technologique. L'issue de la crise dépend de conflits politiques et sociaux de grande envergure, seuls susceptibles de façonner une nouvelle configuration du rapport de forces entre classes à l'échelle nationale et internationale.

3) Des appareils d'Etat d'une puissance sans précédent, des institutions internationales de concertation, des intérêts économiques colossaux pèsent de tout leur poids pour différer l'explosion de conflits pourtant inévitables. L'étirement de la crise dans le temps ne résoud rien par lui même. Il entasse les contradictions explosives.

4) L'en jeu des batailles en cours n'est pas la recherche d'un «nouveau compromis social» négociable entre partenaires responsables, mais une attaque systématique contre les acquis sociaux et démocratiques de la classe ouvrière et une intensification des formes d'exploitation. C'est à ces épreuves que le mouvement ouvrier doit se préparer sur une ligne de résistance intransigeante, pour préparer les conditions de sa contre offensive.

Remarque : La plupart des questions qui se trouvent derrière ces points, sur la continuation et les hypothèses de sortie de la crise ont été en pratique clarifiées notamment à l'occasion du krach d'octobre 87. De sorte que les arguments en faveur de nouveaux compromis sociaux, présents jusque dans les franges de la campagne J uquin, n'ont même plus comme justification de contribuer à une issue 103 indolore de la crise. C'est aussi pourquoi le discours sur la rigueur du PS lui même passe avec de plus en plus de difficulté.

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5) La classe ouvrière affronte cette situation handicapée dans un premier temps par les trahisons passées et présentes de ses directions majoritaires, par le poids du chômage, par les transformations de 1' organisation du travail à 1' oeuvre dans la crise. L'extension du prolétariat, résultat de la longue expansion de 1' après-guerre, va de pair avec de profondes différenciations sociales que la crise révèle et accentue.

6) Par sa place dans les rapports de production capitaliste et par ses traditions, la classe ouvrière industrielle, directement productive, constitue la colonne vertébrale du prolétariat dans son ensemble, seule classe capable de prendre la tête d'une transformation révolutionnaire de la société.

7) L'unification sociale du prolétariat constitue au même titre que la conquête et la défense de son indépendance politique une tâche stratégique qui commande les problèmes tactiques d'alliances.

8) L'entrée en action collective et les formes de politisation d'une nouvelle génération constituent l'une des clefs de l'avenir: jamais n'a existé une scolarisation aussi longue et massive, face à un avenir professionnel aussi incertain que précaire. L'insertion de nouvelles générations combatives dans les secteurs clefs de la production renouvellera les forces et réveillera celle des générations antérieures.

9) La contre-offensive impérialiste et patronale a rejeté, depuis la fin des années 70, la classe ouvrière sur la défensive. Elle a subi des défaites significatives, mais aucune défaite sociale ou politique comparable à celles des années 30 ne s'est produite. Par delà le désarroi politique, les forces sociales accumulées tout au long des années d'expansion restent considérable.

Remarque : Ces appréciations sont pour une bonne part vérifiées, tant par une reprise les luttes à l'échelle européenne et nationale depuis le milieu des années 80, que par l'instabilité politique et la fragilité des partis bourgeois. En revanche, l'entrée en action d'une nouvelle génération de la jeunesse scolarisée et travailleuse, si elle se vérifie, demeure plus lente et moléculaire que nous l'envisagions, freinée par le poids du chômage, le passif des partis traditionnels, mais aussi l'impact de facteurs internationaux.

1 0) Pour affronter les conséquences de la crise, 1' obstacle majeur demeure la crise de direction révolutionnaire. Elle a pris cependant une toute autre dimension que dans les années 30. Il ne s'agit pas du simple remplacement d'une direction faillie par une direction de rechange, à la tête d'un mouvement ouvrier dont les traditions militantes seraient intactes, mais d'une réorganisation à tous les niveaux, social, syndical, et politique.

11) L'expérience accumulée depuis 1968, de la grève générale au retour de la droite, en passant par les unions et désunions de la gauche, de 1972 à 1986, laisse un horizon politique bouleversé. Elle débouche sur la recherche confuse et éclatée de nouvelles formes d'expression et d'organisation.

13) La méfiance de la jeunesse et de larges secteurs de la classe ouvrière envers les appareils traditionnels se traduit par un affaiblissement général de leur contrôle sur le mouvement ouvrier, un décalage croissant entre combativité et conscience, entre influence électorale des partis et des syndicats, et leur capacité de mobilisation. Il en résulte une aspiration d'une ampleur nouvelle à 1' organisation démocratique des luttes et un poids des courants révolutionnaires dans la mobilisation, sans commune mesure avec leur faible poids électoral.

13) Le Parti communiste, qui subit de plein fouet l'accélération de la crise du stalinisme connaît un déclin historique. Si surgissait de cette crise un courant prêt à tirer un trait sur le passé stalinien, sans renoncer pour autant au communisme, c'est à dire à la construction d'un parti d'action luttant pour l'unité et l'indépendance de la classe ouvrière, pour un projet socialiste et démocratique, pour une solidarité active avec les peuples en lutte contre l'impérialisme et les travailleurs en lutte contre la bureaucratie, nous serions les premiers à explorer avec eux la possibilité d'une organisation commune, ouverte à tous ceux qui seraient disposés à s'engager dans cette voie.

14) Pour l'heure, le Parti socialiste reste un colosse électoral aux pieds d'argile.

Il sera confronté dans un proche avenir à des choix entre son ancrage dans le mouvement ouvrier et ses projets d'alliances avec des secteurs significatifs de la bourgeoisie. Des différenciations en son sein sont inéluctables à terme. La meilleure façon de peser sur leur développement et leur trajectoire dépendra avant tout de la force acquise par une organisation révolutionnaire indépendante.

15) Un alignement du mouvement syndical sur les nouveaux rapports de forces

104 entre les partis de gauche approfondirait la division. La seule perspective conforme

aux intérêts des travailleurs est celle d'une véritable réunification du mouvement syndical dans une centrale unique et démocratique. La première tâche sur cette voie

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consiste à battre la division dans les luttes et à forger un front syndical unitaire, des entreprises à la confédération.

Remarque : Les développements de 1 'effet Gorbatchev à 1 'échelle internationale, loin de décanter et clarifier les reclasSements dans le mouvement ouvrier, ouvrent l'éventail des positions et amplifient 1 'instabilité des processus de recomposition. De même les résultats électoraux de 88, la trajectoire des Rénovateurs et des Reconstructeurs, la lenteur des différenciations dans le PS, confirment les freins qui pèsent sur cette recomposition à l'échelle nationale.

16) Face aux défis de la crise, au bilan de l'Union de la gauche, et à l'état du mouvement ouvrier, il n'est pas de tâche plus urgente que la construction d'un authentique Parti révolutionnaire, délimité de la classe et démocratiquement centralisé. C'est la condition même de possibilité d'une stratégie révolutionnaire anticapitaliste.

17) La démocratie qui doit régir aussi bien la vie interne d'une organisation d'avant garde que ses rapports avec les mouvements de masse, syndicaux et associatifs, constitue un principe programmatique à part entière.

18) La question soulevée par la crise est de savoirs' il n'y a plus de choix qu'entre un libéralisme sauvage et un libéralisme tempéré par la social-démocratie, entre un effroi nucléaire sans fin et une fm atomique effroyable, entre la fatalité du pire et la résignation au moindre mal, ou si une autre société est non seulement nécessaire mais possible. La résistance de la jeunesse et des travailleurs montre la voie : l'exigence démocratique radicale, à commencer par le droit à l'emploi et à la formation pour toutes et tous, revêt un contenu social incompatible avec la logique du capital.

19) L'exacerbation des contradictions entre 1' essor incontrôlé des forces productives et le maintien des rapports de production archaïques, met à 1' ordre du jour la nécessité d'une socialisation des grands moyens de production et de communication, d'une planification articulée et autogérée de l'économie, d'une démocratie pluraliste où le citoyen ne soit plus séparé du travailleur.

20) La conquête du pouvoir politique est pour le prolétariat la clef de son émancipation sociale et culturelle. Toutes les prétentions réformistes à édifier le socialisme en faisant 1' économie de la révolution on tété durement sanctionnées par l'histoire. Il n'y aura pas d'édification d'un socialisme autogestionnaire sans rupture révolutionnaire. Seul un gouvernement des travailleurs, appuyé sur leurs mobilisations unitaires et leurs organes souverains, fidèle à leurs mandats, sera en mesure de prendre les mesures énergiques de rupture avec la logique du capital et de riposter au sabotage de la bourgeoisie.

21) Une orientation de rupture avec le capitalisme implique la mise en oeuvre d'une politique unilatérale de désarmement et de réduction des budgets militaires; une offensive internationale pour la paix et le socialisme, pour une Europe dénucléarisée, un soutien aux luttes de libération nationales, à commencer par celles des peuples qui sont encore sous le joug colonial de 1 'impérialisme français.

22) Le prolétariat est la seule classe capable de conduire une construction effective de l'Europe, d'édifier un nouvel espace économique et de nouveaux droits sociaux à 1 'échelle continentale, de promouvoir une décentralisation réelle et de résoudre les questions nationales dans le cadre d'une planification démocratique au sein des Etats Unis socialistes d'Europe.

23) La démarche de Front unique est le fil à plomb d'une bataille systématique pour l'unité de la classe à travers l'unité de ses organisations et pour son indépendance envers toute coalition dominée par la bourgeoisie comme envers les institutions de l'appareil d'Etat bourgeois.

24) Les racines de la crise du mouvement ouvrier sont internationales. Elle ne sera surmontée que sur la base de réponses internationales, qui commencent par la solidarité avec la lutte des travailleurs du monde entier, ceux du Nicaragua face à l'agression impérialiste, comme ceux de Pologne face à la bureaucratie. Plus profondément, il s'agit d'oeuvrer à la construction d'une Internationale révolutionnaire de masse. C'est aujourd'hui le sens du combat de la IV Internationale.

25) Pour construire un Parti révolutionnaire des travailleurs, indépendant des appareils réformistes, la tâche de 1 'heure est la construction et le renforcement de laLCR. C'est la seule manière d'agir efficacement, de maintenir 1 'unité vivante de la théorie et de la pratique, des expériences nationales et internationales du mouvement ouvrier, et de jeter un pont entre le passé et le présent.

26) Il est illusoire de prétendre surmonter la crise actuelle du mouvement ouvrier 105

en fermant la parenthèse ouverte par la Révolution russe et en effaçant la clarification du Congrès de Tours,pourreconstituer au sein du PS l'unité d'avant 1914, et la coexistence entre réformistes et révolutionnaires. Ce serait en réalité une

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régression historique considérable.

27) Le dépassement de cette crise appelle des réponses de fond, historiques et programmatiques: toute entreprise sérieuse de construction d'un parti révolutionnaires' inscrit dans un champ politique qui n'est pas celui de la première expérience d'organisation de la classe. Il est d'emblée déterminé par la présence de nombreux courants nationaux et internationaux, dont les racines historiques et matérielles sont profondes. C'est pourquoi un «Parti des travailleurs» qui ne serait ni un réel parti de masse, ni un parti révolutionnaire sur un programme clair, serait impuissant à répondre aux besoins de mobilisation et d'orientation.

28) La radicalisation en cours prend la forme durable non de grandes fractures verticales dans les organisations réformistes majoritaires, mais de courants instables et disparates, tant dans les partis que dans les syndicats. Nous sommes prêts à chercher le maximum d'action et d'expérience commune, en même temps que la libre confrontation d'idées avec tous ces éléments sans exclusives ni a priori. Cette convergence, loin de tourner le dos au front unique, n'a de sens que si elle constitue un levier efficace pour une unité d'action plus large, mettant en mouvement la masse des travailleurs à travers l'unité d'action de leurs organisations syndicales et politiques. Et si, loin de cristalliser des regroupements sur des bases trop confuses pour une intervention cohérente de parti, et trop restrictives pour une unité d'action sans exclusives, elle clarifie à l'épreuve de la pratique la nécessité d'un parti d'action.

29) La traduction de cette démarche unitaire en orientation politique suppose l'existence et la volonté de forces motrices présentes à l'échelle nationale, capables de renverser les tendances centrifuges aujourd'hui dominantes. Sans cela, les expériences unitaires locales, quel que soit leur intérêt pour rassembler dans l'action et exprimer la continuité d'un projet unitaire, ne peuvent constituer une ligne politique nationale.

Note Ce texte a été voté par 9 camarades du CC et 1 camarade de la CCC .

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