La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Léon Trotsky, ou le prophète du possible

· Critique communiste, n° 79-80, novembre-décembre 1988 · p. 5-8 · 2 888 mots

La valeur morale du personnage survit en raison de la cohérence théorique et politique de sa pensée, et là réside son secret.

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C'est promis, nous n'y sommes pour rien : aucun " baron noir » ne manipule les salles de rédaction, les studios de télévision, ni à fortiori les bureaux du Kremlin ou la rédaction de la Pravda. Pourtant, une nouvelle fois, Trotsky est à l'affiche. C'est le cas, par périodes, au gré des modes ou des anniversaires. Dans la décennie précédente, il avait eu droit à un téléfilm de Jean Ellenstein 1 et à un film mineur de Joseph Losey 2 • Cette fois, c'est la conjonction des élucubrations journalistiques sur les manipulations des " coordinations » par les trotskystes, de la parution du livre de Pierre Broué 3 , et surtout de la tentative d'embaumement aseptique de la part de la bureaucratie gorbatchévienne qui l'ont remis sous les feux de l'actualité, au moment même où la IV • Internationale qu'il fonda fête son cinquantième anniversaire. Les tentatives pour réduire la portée politique de ces retours réguliers n'en sont pas moins nombreuses qu'auparavant, et surtout ne brillent pas par leur nouveauté. Mais voilà: l'œuvre de Trotsky, sa vie elle-même, et le message qu'il nous a laissé en héritage ne sont pas facilement réductibles à des clichés commodes.

DU FRERE·ENNEMI DE STALINE ...

Il y a dix ans déjà, c'est l'image d'un Trotsky ayant trempé avec Staline dans le même complot contre la démocratie qui dominait dans les commentaires de presse, et qui aurait expliqué en définitive sa défaite devant le dictateur bureaucratique. Pour Jean Ellenstein, c'est l'absence de tradition démocratique de la Russie qui avait entraîné les bolcheviks dans une conduite autoritaire de la révolution, laquelle avait généré le stalinisme. Trotsky ne se serait opposé que sur le tard au Moloch à la naissance duquel il aurait contribué. Les commentateurs d'aujourd'hui, loin d'être nécéssairement mal intentionnés, ont repris à nouveau ce thème. Thomas Ferenczi caresse à nouveau cette idée en se demandant • si, en cas de victoire sur Staline, il aurait effectivement rétabli cette démocratie qu'il avait puissamment contribué à éliminer • ... pour conclure que la réponse relève de • l'acte de foi 4 •. A Moscou, c'est la même thèse qui est rebâtie aujourd'hui pour tenter, en entrouvrant les portes d'une histoire qu'il n'est plus possible d'étouffer complètement, de faire oublier la boue sanglante d'où naquit le pouvoir bureaucratique d'aujourd'hui. S'il n' y a plus moyen de ne pas reconnaître le rôle de Trotsky dans la révolution et dans la vietoire de l'Armée rouge, c'est aussitôt pour souligner que son triomphe sur Staline eut fait sombrer le pays dans une dictature tout aussi monstrueuse.

Mais Gorbatchev n'a rien inventé : le thème de la symétrie entre trotskysme et stalinisme, de leur goût commun pour l'autoritarisme, le sectarisme, la violence n'est pas d'aujourd'hui. Il faisait fureur dans les années trente, au moment même où la terreur des procès de Moscou finissait d'exterminer les derniers opposants réels ou potentiels. Dans le cyclone réactionnaire qui f>mj)ortait le monde, dans la double barbarie fasciste et stalinienne, beaucoup de consciences se laissèrent aller à de tels abandons que Trotsky dénonça en son temps 5 • Même si les commentateurs d'aujourd'hui n'agissent heureusement pas dans le même contexte, et, partant, plus avec les mêmes motivations, ils doivent bien s'interroger sur le fait que l'opération d'identification entre les deux frères ennemis n'a précisèment pas suffit à empailler définitivement le souvenir de Léon Trotsky. Gorbatchev, lui, l'a bien compris.

... AU HEROS MORAL

Il faut donc donner au personnage une autre dimension, cette fois positive : celle d'un héros moral, d'une figure rebelle, qui refusa la capitulation devant le stalinisme • alors que tant d'autres renoncèrent •, comme le souligne la Pravda elle-même. On se demande comment Trotsky pouvait être porteur d'une telle rectitude éthique si, par ailleurs, il n'était qu'un double vaincu de Staline, ni pourquoi en définitive il ne s'y rallia pas. Max Gallo, dans un élan que l'on croit volontiers sincère, nous fournit la clef de ce renversement de perspective. • L'attraction qu'exerce Trotsky, sa survie dans cette fin de siècle, n'est sans doute pas de l'ordre du politique • ou du moins ce politique-là est-il • indissociablement lié, (comme il l'était pour Jaurès) à une morale, à une attitude philosophique 6 ». Ce n'est pas faire injure aux propos de M. Gallo, qui ont une indiscutable part de vérité, de dire qu'il a cependant vite fait de réduire la portée du message de Trotsky à la seule morale éternelle, une sorte d'humanisme abstrait ayant traversé les siècles. Alexandre Adler tend bien au même travers lorsqu'il ne voit en lui qu'une victime du • marxisme russe • condamné par l'échec de la révolution sombrant dans le stalinisme. Trotsky ne peut retrouver une • lucidité historique et morale exemplaire" que • dans l'errance absolue • qui le conduit d'exil en exil jusqu'au Mexique où • il contemple la mort qui vient " : grand parce que vaincu, héritant de. la fatalité russe du malheur et de l'échec 7 • De politique, Trotsky devient ainsi figure morale, détachée du caractère transformateur et révolutionnaire de son message, pour le réduire à la seule rébellion contre les dictatures, à une sorte de conscience démocratique malheureuse, condamnée à la défaite parce que défensive, moralement défendable dès lors qu'elle est marginalisée. Mais Trotsky lui-même, avec la même moralité qui émeut nos commentateurs, aurait sans doute eu des mots plus durs que les nôtres pour trouver dans cette approche de son personnage un peu plus qu'une ambiguïté. Mais à ce compte, on peut se demander pourquoi Prométhée, Robin des Bois ou Jésus-Christ ne font pas au moins autant d'adeptes dans les coordinations de travailleurs en grève que les • trotskystes •. Faudrait-il se hasarder alors à la théorie de la manipulation souterraine abondamment distillée par les Renseignements généraux dans les rédactions parisiennes au cours des dernières semaines ? Sinon, il faut bien chercher ailleurs les raisons de cet éternel retour. Trotsky était, à n'en pas douter, porteur des valeurs de fraternité, d'égalité, de liberté, de refus des oppressions et de l'exploitation qui animèrent les révolutionnaires des différents époques de l'humanité. Sa vision du socialisme, c'était celle d'un régime authentiquement démocratique, associant toute la population à la marche de la société au travers du pouvoir soviétique, où chaque ménagère devait devenir capable de gérer les affaires de I'Etat 8 Mais ce que Max Gallo, Alexandre Adler et les autres comprennent mal, c'est que ces

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L'Aurore décorée à l'occasion de la mort de Lénine.

valeurs ne peuvent vivre en dehors de leur temps, en dehors d'un projet politique qui créent les conditions de leur réalisation. Si ces valeurs sont aujourd'hui si galvaudées, si facilement mises à mal par les premiers démagogues fascistes venus, c'est bien à l'inverse qu'elles ont été défendues par de fort mauvais avocats. Ceux de la Ile Internationale qui les brandissaient haut et fort avant de renoncer à les défendre comme un seul homme et de soutenir leurs propres bourgeoisies lorsqu'elles précipitèrent des millions d'êtres humains dans l'abattoir des tranchées de 1914. Ceux du stalinisme, qui ne se privaient pas d'y faire référence jusque dans la Constitution soviétique de 1936, au moment même où le goulag engrangeait ses millions de victimes. Ceux du monde capitaliste, qui continuaient à en défendre les vertus au moment où ce système précipitait l'Europe de l'entre-deux-guerres dans la banqueroute sociale et économique puis dans la barbarie fasciste, et écrasait les peuples coloniaux d'Algérie ou d'Indochine sous la torture et les bombes. Si Trotsky survit aujourd'hui mieux dans les consciences que nombre de démocrates et d'humanistes de ces sortes-là, c'est d'abord que son humanisme était révolutionnaire, politique, théorique, et non pas philosophique au sens d'une abstraction coupée de l'histoire. Ce qui fait. la portée de son message, c'est sa cohérence. Son inflexibilité n'est pas le produit d'une morale abstraite, mais d'une intelligence du processus historique, qui fonde l'optimisme au long terme, au-delà du destin individuel, à l'inverse de la formule fausse de Gramsci pour qui l'intelligence devait conduire au pessimisme, et la volonté (le volontarisme?) rester seule garante de l'optimisme.

UN MARXISME VIVANT

Il faut un certain sens du raccourci à Alexandre Adler pour faire de Trotsky " le fleuron " du " marxisme russe • (sic) déclinant et réduire son ouvrage Défense du marxisme, consacré à l'analyse sociale et politique de l'URSS stalinisée, à un rappel du • credo rationaliste et humaniste • de sa génération. Tout en rappellant qu'au sein de l'intelligentsia révolutionnaire russe du début du siècle Trotsky était parmi les plus • européens "· En fait, c'est bien le marxisme de Trotsky qui explique sa capacité politique à survivre au-delà des générations, en continuité avec la meilleure tradition, celle de Marx, Lénine, Rosa Luxemburg. Un marxisme critique, dialectique, qui s'efforcait de partir des contradictions de la réalité .à leur niveau mondial, et de ne pas s'enliser dans les particularismes nationaux ou régionaux. C'est cette approche qui permit à Trotsky de comprendre le plus profondément que l'avenir de la révolution russe dépendrait entièrement du développement mondial de la révolution, et que tout enfermement de la révolution d'Octobre dans les frontières de l'ancien empire tsariste la condamnerait au recul et à la dégénérescence. C'est sa compréhension du caractère bureaucratique des organisations de la Ille Internationale qui lui permit de saisir plus profondement que d'autres la nature sociale du régime stalinien, bureaucratie dévoyant la révolution à son profit exclusif, non plus à l'échelle d'appareils politiques ou syndicaux, mais à l'échelle d'un Etat entier. La valeur morale du personnage survit en raison de la cohérence théorique et politique d.e sa pensée, et là réside son .secret qui échappe visiblement aux commentateurs d'aujourd'hui, confrontés à l'irréductibilté de l'héritage trotskyste aux canons de la morale humaniste.

L'UNITE D'UN DESTIN

Il serait infiniment plus simple de découper ainsi le personnage de Trotsky .en deux: d'un côté, le révolutionnaire russe autoritaire et sectaire, prépar,ant le terrain du stalinisme, de l'autre, l'exilé cosmopolite féru de culture et défenseur de la démocratie face au stalinisme. Mais une telle schizophrénie n'exist~ que pour ceux qui veulent en définitive convaincre que la tentative révolutionnaire russe ne pouvait déboucher que sur une sanglante impasse. Ce fatalisme du renoncement fournirait la clef du drame de Trotsky : inspirateur d'une révolution impossible, prématurée, impuissante à vaincre les résistances sociales de la vieille Russie millénaire, et qui ne pouvait donc que retomber brutalement dans la dictature autocratique, il aurait ensuite compris son erreur sans pouvoir y renoncer. Là résiderait finalement

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la clef de son hésitation devant les premières manifestations de la bureaucratisation de l'URSS. Son opposition intransigeante au stalinisme, jusque dans l'isolement et dans la mort, rachèterait son erreur. Moralement admirable, son destin serait politiquement un échec. Mais une telle explication se heurte à de trop grands obstacles pour être sérieuse. Le premier, c'est que les révolutionnaires russes, Lénine et Trotsky en tête, avaient parfaitement conscience du fait que le destin de la révolution russe n'avait de sens que comme premier épisode d'une révolution européenne qui s'étendrait aux pays capitalistes les plus développés, où le niveau atteint par le développement des forces productives, et en particulier du prolétariat lui-même, permettrait à la révolution de se développer plus vite, plus loin, et de pouvoir lutter avec une plus grande facilité contre sa propre dégénérescence bureaucratique, toujours possible. Leur combat n'avait de sens qu'à l'échelle internationale. Nos moralisateurs de l'après-coup, qui jugent aujourd'hui la révolution d'Octobre 1917 avec les lunettes de l'humanisme éternel, ne nous disent pas ce i qu'il aurait fallu faire à l'époque pour mettre fin à la boucherie des tranchées, à la misère du peuple russe, à 1 l'exploitation sociale des travailleurs de toute l'Europe. i Faire une révolution démocratique bourgeoise, parlementaire, en Russie, qui ne passe pas prématurément à une étape socialiste hors de la portée des travailleurs russes ? Cette vision n'a pas seulement été théoriquement démontée par Trotsky lui-même dès la révo1 lution de 1905 avec la théorie de la • révolution permanente 9 •, mais invalidée par le cours même de la révolution russe : la voie • bourgeoise • de Kérensky et des menchéviks ne pouvait que s'écrouler sous les coups de l'extrême droite militaire des Kornilov. Une logique !

socialiste était la seule alternative à l'autocratisme tsariste. Et c'est bien parce que loin d'être • utopique •, la révolution d'Octobre représentait la seule voie réaliste qu'elle souleva un tel espoir dans le monde entier. La clé de sa défaite réside fondamentalement dans l'échec de son extension européenne, en particulier en Allemagne.

Mais, depuis, la solution socialiste comme seule alternative au sous-développement et à la dépendance face aux pays capitalistes développés a fait école, depuis la 1

Chine et le Viêt-nam jusqu'à Cuba et au Nicaragua. 1 Le deuxième, c'est que la pensée de Trotsky se situa en continuité dans toute sa vie, que ce soit dans la 1 • phase prérévolutionnaire, déja préparée dans l'exil, dans la conduite de la révolution, puis dans l'opposition révolutionnaire au stalinisme. Son approche globale des problèmes de la révolution, dans leur dimension internationale, culturelle; éthique est restée cohérente. Sa réflexion sur les liens de l'art avec la révolution ne sont pas, comme le sous-entendent les articles récents, un 1 éveil tardif dans l'exil mexicain, au contact d'André

Breton ou de la troublante Frida Kahlo, mais une préoc1 cupation constante de tout son combat, jusque dans les premières années vingt, où il aurait pu sembler que la jeune Union soviétique avait d'autres chats à fouetter 10 • 1 Est~ce à dire qu'on ne peut être critique sur le bilan de la révolution russe, sur les erreurs de Trotsky, sur les limites de son œuvre théorique et militante ? Certes non.

Confrontés à la guerre civile, à l'encerclement et à l'invasion par les armées blanches, aux terribles conditions d'arriération de la vieille Russie, Lénine, Trotsky, et 1 les révolutionnaires bolcheviks n'ont ,pas perçu, et ne pouvaient sans doute percevoir, à quel point certains excès, dont le plus marquant aura été l'assimilation des • menchéviks de gauche • et de certains anarchistes aux autres tendances qui se dressèrent ouvertement contre la révolution dans le choc de la guerre civile, achevèrent le maigre pluralisme politique qui subsistait au sein de la révolution, et créèrent des conditions supplémentaires à la constitution du buraucratisme stalinien. Aucun révolutionnaire ne peut par ailleurs se sentir fier de la répression du soulèvement de Crondstadt, ni même de l'exécution de la famille impériale, même si on peut débattre à l'infini à postériori de leur caractère inévitable. A un autre niveau, on peut aussi penser que la réflexion de Trotsky sur la bureaucratisation de l'URSS manqua de clairvoyance et d'esprit de décision dans les premières années, alors que le courant des • communistes de gauche • , même sur des bases théoriques et politiques erronées, avait été plus lucide. Mais ces critiques, parfaitement discutables en elles-mêmes, partent souvent d'une notion fausse, selon laquelle ce sont les révolutionnaires qui décident des révolutions, généralisation de la théorie policière contemporaine des barons noirs. En réalité, les révolutionnaires ne font que tirer les conséquences de la situation réelle, dans laquelle les contradictions de la société sont devenues tellement explosives qu'il faut savoir les dénouer avant que leur explosion ne conduisent à des souffrances pires encore que celles que génère toute révolution sociale. Au bout du compte, si l'œuvre et la vie de Trotsky possèdent aujourd'hui une telle valeur, si sa réflexion paraît aujourd'hui si actuelle, c'est parce qu'elle était politiquement en prise avec la réalité, et qu'elle pouvait approcher avec une force de compréhension qualitativement supérieure à la fois les problèmes de la révolution, du parti nécessaire à sa réalisation, les problèmes de la révolution coloniale, l'avenir de l'Europe et des Etats-Unis, les questions de l'art et du mode de vie.

Les révolutions n'émergent jamais de l'effort désespéré de réaliser une utopie étrangère aux conditions sociales réellement existantes. Elles surgissent lorsque les forces vives d'une société prennent conscience du décalage absurde qui s'est créé entre les possibilités qu'offriraient les richesses matérielles et humaines accumulées et le maintien des structures sociales et politiques issues du passé. C'est parce que Trotsky fut toute sa vie conscient que sur cette contradiction repose l'actualité du socialisme face au capitalisme et à la bureaucratie que son combat reste vivant. 1 . Jean Ellenstein, Staline-Trotsky, Je powoir et la révolution ?, Julliard, Paris, 1979. 2. Joseph Losey et Richard Burton, J'Assassinat de Trotsky, 1972. 3. Pierre Broué, Trotsky, Editions de Minuit, Paris, 1988. 4. Thomas Ferenczi, • La deuxiéme vie de Trotsky •, le Monde du 14 octobre 1988. 5. Léon Trotsky, Leur Morale et la nôtre, J.-J. Pauvert, Paris, 1973. ,6. Max Gallo, • Trotsky, il est le rebelle permanent •, Politis, n°36, 4 novembre 1988. 7. Alexandre Adler, • Perestrotsky •, Libération du 2 7 octobre 1988. 8. Selon la formule de Lénine dans J'Etat et la Révolution. 9. Dont on trouve déja tous les développements fondamentaux dans • Bilan et perpectives •, in 1905, Editions de Minuit, Paris, 1969, réédité dans la collection de Poche P, Seuil, Paris, 1 9 7 4. 10. Léon Trotsky, les Questions du mode de vie, 10/ 18, Paris, 1976. 11 . Léon Trotsky, Littérature et Révolution, 10/18, Paris, 1971 .

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