La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

TRIBUNE DU IXe CONGRES DE LA LCR

La LCR au tournant

· Critique communiste, n° 81, janvier 1989 · p. 33-34 · 1 643 mots

VENEMENTS d'une portée considérable en URSS, développement des luttes, auto-organisation et rôle dirigeant de militants révolutionnaires en France, ces deux seuls éléments, parmi beaucoup d'autres, justifient et confirment, s'il était nécessaire, l'importance du programme marxiste révolutionnaire et la nécessité de construire un parti révolutionnaire à l'échelle internationale. C'est à ce moment que des camarades remettent explicitement en cause à la fois l'efficacité de notre programme dans la lutte des classes quotidienne et la nécessité de s'atteler dès aujourd'hui à la construction du parti révolutionnaire. La remise en cause est d'ampleur; elle est également banale, car ce n'est pas la première fois que nous y sommes confrontés. La nouveauté, c'est son ampleur au sein même de la LCR et l'incapacité totale de la direction à la combattre.

Dès lors, la question du parti sera la question centrale du congrès. Un rapide retour en arrière noùs montrerait d'ailleurs que c'est toujours sur les questions de construction du parti, plus que sur les problèmes de stricte orientation politique, que nous avons connu des scissions ou que nous nous sommes divisés profondément.

Face à cette situation, la direction majoritaire de la LCR s'est scindée en trois, avec trois textes différents sur la construction du parti. Le premier défend explicitement la perspective d'un dépassement de la LCR au travers de la construction d'une organisation non délimitée stratégiquement. Le deuxième réaffirme l'actualité de la construction d'un parti révolutionnaire, la nécessité dans cette perspective de construire la LCR, les possibilités de son dépassement n'existant pas actuellement. Quant au troisième, il se veut • intermédiaire • , cherchant à concilier l'inconciliable sous prétexte que les divergences sur le parti n'auraient pas de conséquences pratiques importantes et qu'il ne faut pas que le congrés tranche cette question. Depuis, les trois regroupements de l'ex-majorité sont devenus deux, le deuxième et le troisième ayant fusionné. Dans la confusion politique puisque, en fin de compte, ce nouveau regroupement ne soumet aucune contribution sur la construction du parti pour l'élection des délégués au congrès. Seuls, individuellement, des camarades de ce regroupement soumettent au vote, • par ailleurs •, • à côté •, des textes différents sur cette question centrale. Une manière encore une fois de faire comme si l'orientation sur la construction du parti n'avait pas de conséquences pratiques majeures sur l'activité de l'organisation.

Les camarades qui ont écrit le texte • La cible, la flèche, l'archer • ont renoncé à dégager une majorité sur cette question au congrés - et c'était possible au vu des positions défendues par d'autres regroupements - au seul profit de la préservation du noyau historique de direction. Cela va ajouter à la confusion et contribuer à alimenter les tendances centrifuges. Les deux textes différents présentés individuellement par des camarades de ce regroupement, au-delà des phrases pompeuses sur le rôle irremplaçable de la LCR, comportent des approches différentes et divergentes.

Dans leur contribution, • La cible, la flèche, l'archer •, les camarades font une critique implicite de la politique dite de l'alternative conçue comme une orientation permanente visant à créer les conditions pour l'émergence d'une force à gauche de la gauche et dont la conséquence, selon eux, est • d'installer l'organisation et ses militants dans un état d'esprit provisoire et intérimaire, dans l 'attente angoissée de son propre dépassement ( ... ), d'émousser la bataille programmatique au profit de la recherche a priori de compromis ( ... ), de démobiliser les énergies au lieu de les mobiliser à contre-courant autour de quelques tâches difficiles de redressement organisationnel •. Ils indiquent aussi que, • au vu du résultat [de la campagne présidentielle], il faut savoir rectifier le tir • et rappellent dans l'annexe de leur texte que, • pour construire un parti révolutionnaire des travailleurs indépendant des appareils réformistes, la tâche de l'heure est la construction et le renforcement de la LCR. C'est la seule manière d'agir efficacement, de maintenir l'unité vivante de la théorie et de la pratique, des expériences nationales et internationales du mouvement ouvrier, et de jeter un pont entre le passé et l'avenir •.

Rien de tel dans la contribution et la motion des camarades Picquet, Robert, Tinville. Pour eux, il faut continuer à discuter et ne rien décider à ce congrès. Ce qui veut dire, traduit en langage clair, qu'il faut continuer à faire ce qu'on a fait, poursuivre la politique de l'alternative commencée il y a maintenant plus de quatre ans et dont on peut être sûr que la prochaine concrétisation se fera à l'occasion des élections municipales et européennes. Le refus déjà exprimé par certains de tout accord avec Lutte ouvrière - alors que c'est dans la situation présente la seule organisation avec qui nous pouvons envisager un accord national (ce qui ne signifie nullement qu'il serait d'ores et déjà acquis, au contraire il nécessitera une vigoureuse bataille politique, ni que cela nous dispense de nous adresser pour constituer sur des bases correctes des listes unitaires à d'autres forces se situant à gauche du PS et du PC)-, parce que cela remettrait en cause toute notre démarche entreprise depuis 1984, est tout à fait significatif.

Il ne s'agit pas de clore le débat sur la question de construction du parti révolutionnaire (ce débat ne sera jamais clos), mais simplement de décider : a) si oui ou non notre perspective est toujours de construire un parti révolutionnaire et de nous y atteler dès aujourd'hui ; b) si oui ou non nous pensons que la Ugue - avec ses limites -est dans la situation actuelle le meilleur des instruments pour avancer dans ce sens, que les conditions de son dépassement ne sont pas réunies (et qu'il est inutile de chercher à les réunir vainement) et que nous consacrons toutes nos forces à sa construction qui passera pour l'essentiel par notre capacité sur la base d'une orientation de front unique à intervenir dans les luttes, les

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Les illustrations de cette tribune sont extraites de Gare/man, Catalogue d'objets introuvables, Ba/land.

TRIBUNE DU !xe CONGRES DE LA LCR mobilisations des travailleurs et de la jeunesse et dans la recomposition du mouvement ouvrier tout en faisant des choix organisationnels conséquents.

Tout le reste, c'est du blabla qui ne vise qu'à esquiver les choix essentiels que nous avons à trancher. Notamment toute la problématique du parti centriste ... • Et s'il apparaissait une organisation centriste de masse, que feriez-vous ? •, nous demandent des camarades cherchant à débusquer le sectarisme. Si apparaissait une organisation de plusieurs milliers de militants, implantée dans la classe ouvrière, partie prenante des luttes et des mobilisations sociales, défenseur acharné des revendications ouvrières, alors, oui, nous devrions discuter de notre attitude à son égard qui pourrait, c'est une des hypothèses, nous amener à en être partie prenante même si subsistaient des divergences programmatiques importantes dont nous ferions l'appréciation qu'elle pourraient se résoudre dans le cadre d'une activité commune. Le problème est que cette perspective n'est pas d'actualité et que les camarades font constamment un tour de passe-passe qui consiste à justifier leur orientation de l'alternative ou celle mise en œuvre lors de la campagne Juquin au nom de cette hypothèse.

Or, c'est de tout autre chose qu'il s'agissait. La politique de l'alternative visait à constituer un axe de résistance face à une longue période de crise du mouvement ouvrier et de passivité de la classe ouvrière. Non seulement elle reposait sur une erreur de pronostic, mais elle s'est avérée comme étant étrangère aux mobilisations, aux mouvements sociaux, aux phénomènes d'auto-organisation et nous a conduits à une politique unitaire privilégiée avec des organisations (PSU, PAC, FGA) qui avaient abandonné toute perspective révolutionnaire et qui se sont d'ailleurs toutes dissoutes ou sont en voie de l'être dans la Nouvelle Gauche, dont les références politiques relèvent du réformisme le plus plat.

Quant à la campagne présidentielle, elle devait nous permettre, outre le fait de mener une

PEIGNE POOR FAIRE LA RAIE DE COTÉ.

campagne de masse autour du thème • battre la droite sans recommencer 1981-1986 • (ce qui impliquait notamment la défense intransigeante des revendications ouvrières, la critique sans concession de la politique menée par le PS et le PC, la nécessité de développer les mobilisations, les luttes, l'autoorganisation), de tisser des liens avec les rénovateurs et d'essayer d'en faire évoluer une partie vers une politique révolutionnaire par notre capacité à diriger les mobilisations, les luttes, les entraîner dans l'action, et par le débat politique. Cet objectif n'a pas été atteint, même embryonnairement. Ce qui s'explique pour partie par notre orientation opportuniste tant à l'égard de Juquin que des rénovateurs eux-mêmes, dont nous avons constamment surestimé tant la réalité numérique que leur degré de rupture avec le réformisme, orientation en fin de compte logique avec la volonté de la direction d'inscrire notre politique à leur égard dans le cadre plus général de l'orientation dite de l'alternative.

En conclusion : remettre au centre de notre activité la construction de la Ugue, arrêter définitivement la politique de l'alternative et nous mettre au travail. Car il ne suffit pas de proclamer la nécessité de construire la Ugue, ni de mettre en avant quelques recettes organisationnelles. II faut en tirer toutes les conséquences en termes de choix d'intervention et de construction, en termes de choix de direction, le centre de gravité de notre intervention devant se situer dans les entreprises et dans la jeunesse. C'est au prix d'un effort important, patient, que nous pourrons redonner une cohérence à la construction de la LCR par notre capacité à être partie prenante et à l'initiative des luttes et du développement de l'auto-organisation, à nous lier aux phénomènes de radicalisation, notamment dans la jeunesse, à être capable d'intervenir dans la recomposition du mouvement ouvrier. C'est ainsi aussi que nous pourrons dépasser nos divisions et éviter l'éclatement politique et organisationnel qui nous menace. Tel est le choix que nous devons faire à ce congrès.

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