La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

CHINE

Dix ans de réforme : bouleversements et incertitudes

· Critique communiste, n° 87, juillet 1989 · p. 68-77 · 6 611 mots

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976, Mao meurt et la Chine sort d' une période tourmentée. Mais elle sort aussi d'une phase de rigidification, sinon de pétrification du champ social et politique. Deux ans plus tard , en décembre 1978, une grande réforme économique est lancée qui ouvre l'ère Deng Xiaoping et qui prépare surtout un vaste processus de démaoïsation. 1988: qui peut reconnaître la Chine aujourd'hui? C'est un pays méconnaissable qui se présente aux regards des étrangers. " A world turned upside down ", titre la magazine anglais The Economist (1 er août 1987). Oui, il s'agit bien d'un monde bouleversé qui semble obéir à des valeurs nouvelles. Qui pourrait reconnaître ces villes chinoises oû se manifeste un affairisme, courant dans les diasporas chinoises , mais étranger à la rigueur maoïste? Qui pourrait reconnaître ces villages chinois, à l'évidence plus prospère qu'il y a une décennie, mais oû la vie co llective ordonnée et relativement lente est remplacée par l'activité et l'activisme des familles redevenues l'unité de base économique et sociale du monde rural ? Et qui pourrait encore reconnaître le discours maoïste, voire une tonalité " marxiste-léniniste ", dans ces appels incessa nts prônant l'inégalitarisme, la recherche du profit ; ou dans ce nouveau langage sur les " problèmes psycho-sociologiques , et les " groupes d'intérèt " qui sont censés peser sur la réforme ; thématiques importées de la sociologie anglo-saxonne et destinées à remplacer l'ancien " jargon " exaltant la " lutte de classes ". Si l'idéologie maoïste invoquait ce qui , pour une bonne part, n'était qu 'une fausse lutte de classes et une réelle domination sur les masses, le nouveau discours cache lui, probablement, des éléments d 'une lutte des classes effective que l'on veut contenir dans le cadre plus contrôlé d'intérêts certes opposés mais convergeant, proclame-t -on , vers un process us général de réforme favorable à terme à

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toutes les catégories de la population. En attendant, il faut qu'une nouvelle élite, techno-bureaucratique , d 'administrateurs, de chefs d'entreprises socialisées mais aussi privées (à la ville et à la campagne), prenne le relais de la vieille et incompétente bureaucratie formée à l'époque maoïste. Et le parti-Etat doit s'adapter à cette nouvelle donnée en formant des cadres jeunes et qualifiés capables de diriger un pays animé par une nouvelle dynamique sociale. Pas besoin d'insister ni de se cacher longtemps derrière son petit doigt pour poser la question essentielle : la Chine bouleversée de 1988, la Chine qui a renversé terme à terme les " verdicts " de l'époque maoïste réintègre-t-elle le concert des nations ? Rentre-t-elle dans un cadre capitaliste , dont les normes lui seraient fixées et imposées par le monde extérieur? Le " socialisme " chinois version Deng Xiaoping nie farouchement cette évolution vers le lot commun capitaliste, mais il s'en donne toutes les apparences. Entre la négation et l'apparence, qu'en est-il de cette Chine transformée ? Les étapes de la réforme

Pour donner la mesure d 'un processus très complexe et toujours en cours, restituons les étapes principales de la réforme. De 1976 à 1978, les deux années qui suivent la mort de Mao se caractérisent par une lutte de succession qui voit l'élimination rapide de la " bande des Quatre ", donc du courant du " maoïsme officiel " le plus identifié à Mao, et l'affaiblissement du successeur (auto)désigné Hua Kuofeng, ce maoïste de circonstance et d 'intérêt bien compris , au profit de l'irrésistible ascension de Deng Xiaoping. Un Deng qui fut probablement du début des années trente jusqu'au Grand Bond en avant un maoïste de conviction avant de s'éloigner et de s'opposer de plus en plus au Grand Timonier. Très vite l'après-maoïsme marque l'entrée de la Chine dans une phase de démaoïsation, de rejet de plus en plus net du maoïsme, même si les apparences maoïstes du régime sont maintenues jusqu'aujourd'hui. Dans la logique de ce rejet de plus en plus systématique, tout ce qui est identifié au maoïsme est remis en question, et avant tout les principes d'égalitarisme (en fait très relatif) et d'autarcie (des unités , des localités , de la Chine). La société traumatisée par la Révolution culturelle est sous tension ; le régime sait qu'il est délégitimisé. Fin 1978, un consensus réformateur s'établit dans les hautes sphères du parti, autour de Deng Xiaoping en vue d'abandonner les thématiques et pratiques maoïstes, sans retourner pour autant pleinement au modèle soviétique. Mais aussi sans qu'un nouveau modèle soit clairement établi, en dehors de la volonté d'accéder à une " modernisation socialiste " qui laisse percer l'objectif d 'une réinsertion de la Chine dans une " normalité " et une norme mondiales.

A cause du faible crédit du régime dans la population , et pour ne pas répéter les épuisantes grandes offensives maoïstes, la réforme est menée dans l'industrie par tàtonnements et essais prudents. La période 1979-1980 est marquée dans les villes par une floraison de réformes expérimentales tentées dans certaines entreprises, dans des lieux pilotes. Ces réformes vont toutes dans le sens d'une réduction du rigide contrôle central sur l'industrie. Les résultats sont loin d'être concluants. Fin 1980, le pouvoir doit constater de nombreux dérapages économiques qui prennent la forme d'une multiplication anarchique des investissements, d'une dangereuse inflation et d'un déséquilibre budgétaire. La crainte des tensions sinon d'explosions sociales est grande (l'exemple polonais est dans bien des têtes). Aussi , durant la période 1981-1982, on assiste à un quasi-blocage de la réforme industrielle, et même à un retour

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d'autorité du système de planification de l'économie. Mais une dynamique est en cours, qui ne peut être complètement arrêtée. De fait, à partir du 12• Congrès du Parti communiste chinois (PCC), en septembre 1982, et surtout à partir de 1983, la réforme est relancée mais avec un effort pour mieux contrôler les investissements.

En octobre 1984, après environ six ans de tergiversations, d'avancées et de reculs, la réforme générale de l'industrie et du système de planification est promulguée à l'échelle nationale. Le problème principal est alors d'établir une vaste réforme des prix : une échelle de prix réels doit remplacer un maquis de prix totalement artificiels (situation caractéristique de tous les pays du " socialisme réel "), qui permettaient aux uns de faire des profits sans effort et à d'autres d'être toujours en déficit, quels que soient les efforts déployés. Tâche difficile, tâche redoutable qui plonge au cœur de la logique même du " socialisme réel ". Pas étonnant alors que cette réforme des prix ne soit toujours pas achevée en 1988. Loin s'en faut. Heureusement pour le principe de la réforme comme changement global, l'essentiel n'est pas là : pas dans les villes.

L'essentiel, au moins les six ou sept premières années de la réforme, c'est la décollectivisation des terres. La substance même de la réforme, ce qui l'empêche de dépérir ou de mourir de 1978 à 1984, c'est avant tout un " détour rural ", bien différent du détour rural maoïste d'avant 1949. Il s'agit d'un retour de fait à la privatisation des terres (même si celles-ci restent nationalisées) et à la reconstitution de la famille comme unité de base sociale et économique au village. En deux ou trois années, la roue de l'histoire a tourné en sens inverse : tout le travail de la collectivisation des années cinquante est défait. Moins par une action délibérée des réformateurs que comme la conséquence non voulue mais acceptée d'un projet de remotivation de paysans qui réclament plus d'initiatives, moins d'enrégimentement. Les résultats économiques à la campagne sont spectaculaires : élévation de la production, du niveau de commercialisation et, surtout, du niveau de vie. Les succès résultent pour une part notable de l'augmentation constante des prix des produits agricoles, augmentation qui compte tout autant que la décollectivisation dans la remotivation des campagnards. Autant dire qu'un maoïsme plus lucide, plus attentif aux besoins des populations, aurait pu, peut-être, entreprendre cette redynamisation du monde rural, sans passer par la décollectivisation ...

Quoi qu'il en soit, la démaoïsation a pris dès cette époque une tonalité de privatisation, voire de capitalisme rampant, et pour le moins d'anti-égalitarisme acharné.

D'autant plus que ce sont les succès de la réforme dans les campagnes qui redonnent la crédibilité, vers 1982, à un projet de réforme alors bien incertain dans les villes, et surtout qui permettent au régime de réacquérir une certaine légitimité, un certain tonus. C'est cette dynamique nouvelle qui pousse un pouvoir pourtant divisé sur la marche précise à suivre, à relancer la réforme urbaine (de l'industrie et de la planification) , et même à tenter de la généraliser à partir de l'automne 1984. Mais, là, la situation se gâte. Le mouvement rapide de transformation se fait résistible réforme. Il s'agit en effet de s'attaquer aux bases du " socialisme réel " : à la gestion des entreprises, au statut des travailleurs, à la structure irrationnelle des prix, au despotisme de la planification centrale, à l'inertie bureaucratique. En un mot : à la substance même du " socialisme réel ".

De 1984 à 1988, la réforme suit alors un cours incertain. Non point qu'il y ait arrêt de la réforme. Mais c'est plus la logique irréversible des transformations acquises (notamment à la campagne) qui s'impose que la cohérence de la réforme en tant que telle. Dès 1985, on se rend compte que la réforme des prix est inapplicable en bloc, de même que les autres aspects du programme réformiste. Les dirigeants multiplient alors les détours, les solutions intermédiaires et les expérimentations locales. On applique ainsi une politique de double prix : prix planifiés, prix de marché. On introduit des éléments de contractualisation et de mobilité du travail ouvrier visant peu à peu à casser le droit au travail garanti à vie ; avantage qui complique aussi l'obligation de rester dans la même entreprise, etc.

En 1986, face à une situation confuse et mal maîtrisée, le courant le plus réformateur met l'accent sur la " réforme politique ". Il s'agit de s'attaquer à ce verrou essentiel que représente l'appareil bureaucratique peu adapté, sinon opposé à la réforme, appareil souvent corrompu. Cette offensive relayée voire débordée par l'agitation étudiante (fin 1986), qui se présente comme l'avantgarde d'une élite réformiste, s'attire une riposte des opposants à une réforme trop vaste, lesdits " conservateurs " (un groupe puissant mais probablement peu homogène) , qui réussissent à défenestrer au début 1987 le secrétaire général du PCC, Hu Yaobang, figure de proue du réformisme officiel. La réforme semble alors bloquée. En fait, aucune alternative ne lui est proposée. Et, dès le printemps 1987, et surtout à partir du 13• Congrès à l'automne de la même année, la réforme semble de nouveau sur ses rails. Hu Yaobang conserve son siège au bureau politique, mais plus à titre symbolique que réel. Mais cette continuité de la réforme se fait dans un contexte tout aussi persistant d'incertitude qui tient à la promotion, lors du congrès, d'une nouvelle direction au profil un peu flou et qui dépend toujours du pouvoir des " grands ancêtres ", comme Deng Xiaoping, en principe en retrait sinon à la retraite. Li Peng devenu premier ministre en 1988 marque bien la montée d'une technocratie certes moderniste mais plus centralisatrice et prudente que le groupe réformateur.

Dix ans de réforme, dix ans de changements, rapides ou lents, irrésistibles ou contenus ; mais aussi dix ans d'incertitude : où va la Chine ? Autoréforme et modification du système

La réforme se veut une autoréforme du socialisme réel qui préserve la logique du système mais l'adapte à une nouvelle étape, qui devrait se caractériser par l'introduction du principe du marché dans l'économie chinoise, à la ville et à la campagne, par une ouverture sur le marché mondial, dans les deux sens, et par la mise en place d'un

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rapport nouveau, plus allégé, entre le parti-Etat et la société. D'un côté, il s'agit de favoriser une nouvelle alliance de pouvoir qui réserve une place croissante à une élite techno-bureaucratique destinée à être de plus en plus influente dans le parti ; élite sociale considérée comme le vecteur d'une rationalisation et d'un assouplissement des règles de fonctionnement économique et social d'un " socialisme " revu et corrigé. De l'autre, il s'agit de prendre acte et de tirer avantage de l'existence d'une société plus active, qui devient aussi un partenaire moins passif, plus exigeant face au pouvoir.

Mais la réforme, même comme autoréforme, c'est un processus qui possède sa logique propre qui va au-delà ou ailleurs que les objectifs choisis. La décollectivisation des terres est ainsi le résultat non voulu mais entériné de la politique de " responsabilisation des paysans"· Avec comme conséquence de mettre presque d'un seul coup hors du processus de " socialisation " la quasi-totalité de la population paysanne, donc de la grande majorité du peuple chinois, et de contribuer à un processus de différentiation sociale rapide qui s'approfondit de jour en jour. Le rejet de l'égalitarisme est un mot d'ordre central, avons-nous vu, presque un porte-étendard de l'antimaoïsme. Ce qui implique, par contrecoup, par un effet presque mécanique de renversement symétrique, une valorisation des différenciations sociales, à la ville comme à la campagne. Cela signifie même qu'on l'accepte, qu'on l'avoue ou non, le développement d'un capitalisme agraire. D'abord contenu, hésitant, celui-ci s'étend. D'un côté, les succès agricoles et la rapide progression de la productivité du travail ont conduit nombre de paysans en surnombre à quitter la terre pour aller vers les villes et à y devenir travailleur, ou à tenter de lancer des entreprises industrielles privées à la campagne (ou dans les villes nouvelles mises en place pour éviter que l'émigration paysanne n'étouffe les grandes villes). De l'autre, dans les campagnes, on voit un début de concentration de terres qui souligne et accentue une polarisation sociale. Il s'agit donc d'une double émergence d'un capitalisme à la fois agraire en tant que tel et industriel à partir de l'agriculture. Le processus est seulement en cours, incertain comme tout ce qui entoure la réforme, mais il est rapide. Selon les endroits, et surtout selon les rapports de forces réels entre parti et paysannerie, on assiste à la montée accélérée d'un capitalisme rural purement privé qui s'étend vers les villes (et pas seulement vers les nouvelles villes " paysannes ") et même qui s'oriente avec un certain succès vers le marché mondial.

Ailleurs, c'est l'Etat qui contrôle et canalise l'industrie rurale privée. Ailleurs encore, cela peut être la stagnation ou la constitution de formes hybrides. Quoi qu'il en soit de l'orientation future de la réforme, les bases d'accumulation d'un capitalisme agraire et agraro-industriel sont présentes dans les campagnes chinoises, dans un climat qui mélange assurance dans la nouvelle force des groupes sociaux paysans et crainte d'un éventuel retour de bâton collectiviste de la part d'un régime qui pourrait se sentir menacé.

Les paysans ont cependant de plus en plus le sentiment de l'irréversibilité du processus, et que, à tout le moins, il n'est plus possible de revenir au collectivisme antérieur. En attendant que les forces

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sociales les plus dynamiques du monde paysan s'estiment assez fortes pour imposer leurs propres solutions au pouvoir. .. Ce qui est loin d 'être le cas de la part d'une paysannerie encore fort parcellaire, sans cohérence sociale organisée ; une paysannerie qui est , en outre, par tradition et par expérience, plutôt craintive et soumise à l'égard du pouvoir central. Pour une bonne part toutefois , l'impulsion capitaliste et les ressources et bases sociales du capitalisme - sous une varia..te ou sous une autre - proviennent pour l'instant de la campagne .

La situation à la ville est plus fluide . C'est là que le régime joue son avenir; c'est là qu'il s'efforce de bâtir une société qui ne soit pas la complète négation du passé " socialiste réel " . En jeu considérable et passablement vague . Pas étonnant alors que la réforme vienne se heurter à toutes les difficultés qui surgissent à tout instant dans le processus industriel et urbain moderne, ou semi-moderne . L' inflation à elle seule est un lourd handicap pour la réforme. Elle mine en effet les résultats de l'élévation du niveau de vie, réduisant les acquis et la crédibilité du processus réformateur. L'inflation provoque aussi une grande instabilité économique qui oblige à de constants zigzags , budgétaires notamment ; elle nourrit aussi un lourd mécontentement sociale manipulable , et d'ailleurs manipulé par d 'importants courants hostiles à la réforme. De son côté, la transformation de la gestion des entreprises est difficile du fait de la résistance des cadres menacés , du fait aussi de l'opposition sourde mais vive des ouvriers condamnés à une " contractualisation " de leur statut, qui leur ferait perdre le travail garanti à vie, le seul avantage essentiel obtenu par une partie des ouvriers avant 1976. Sans oublier, dans ce panorama très incomplet, le manque de cadres jeunes et compétents , et les interférences nombreuses d 'un pouvoir central (et local ) qui incite à une plus grande autonomie des entreprises et des d irecteurs , mais qui intervient sans cesse pour rectifier ceci , modifier cela.

L'autoréforme devient alors une logique de changement mal contrôlée , sans orientation ferme. Et dans ce contexte flou, sinon brumeux, nombre de membres du parti-Etat , et surtout les petits cadres , sont moins en voie d'être préparés , adaptés à de nouvelles tâches , qu'ils n 'adaptent à leurs besoins et intérêts immédiats les règles de la réforme , les détournant , corrodant ainsi la réforme , quand ils n 'acceptent « tout simplement " d'être corrompus. Bref, ils bloquent souvent les initiatives réformistes ou les récupèrent à leur avantage.

Cette situation , qui éloigne la réforme d' une autoréforme bien ordonnée , donne aux villes chinoises une allure étrange d 'affairisme débridé peu compatible avec une volonté de cohérence d 'ensemble de la réforme. Affai risme qui fait fond sur un petit capitalisme urbain légal encore tenu car trop dépendant de la bonne volonté des cadres (ou de leur degré de corruption) ; affairisme qui fait plus des " affaires " et des profits immédiats plus ou moins légaux qu'il ne contribue à constituer, pour l'heure, un capitalisme articulé ; pas plus d'ailleurs qu 'on ne peut parler d'une véritable initiation par le secteur privé des villes aux règles d'un " so cialisme de marché " jusqu'à présent encore à trouver (s'il peut être trouvé ! ) . Le changement peut alors apparaître à la fois comme irréversible et pourtant sans direction bien établie. On décèle mieux ce qui est rejeté et espéré que ce qui s'établit de neuf. C'est l'égalitarisme qui est honni, plus d'ailleurs par le régim e, les nouveaux privilégiés à la ville, de larges secteurs de la paysannerie , que par nombre de citadins attachés au relatif égalitarisme et à la faible pression productiviste de la période maoïste .

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C'est un socialisme de marché contrôlé par les " hauteurs étatiques " qui est l'objectif désiré. Dans les faits, il faut multiplier les détours pour introduire des éléments de ce socialisme de marché. Et ce qu'on obtient par ce processus, ce sont certes des changements, mais aussi une société un peu bâtarde qui combine des figures sociales et économiques diverses qui ne constituent pas une cohésion d'ensemble. La seule cohérence qui n'ose pas dire son nom- certains commencent à le dire tout haut -, faute de protagonistes suffisamment puissants dans la société, c'est un capita -lisme qui se cherche (combinant capitalisme privé et capitalisme d'Etat, ouverture vers et protection contre le marché mondial, etc.); et qui fait face, tout en tenant à ne pas faire perdre face à un régime de parti-Etat, à un étatisme peu compatible sous sa forme actuelle avec une pleine expansion d'un capitalisme chinois. Au mieux, si l'on peut dire, l'on assiste à des phénomènes d'hybridation, de préparation et d'adaptation très progressive et malaisée à une nouvelle société à dominante capitaliste ; au pire à un processus bâtard qui corrode la réforme, la parasite et ne conduit à rien de stable. Dix ans de réforme ; irreversibilité et persistance des incertitudes

L'incertitude aujourd'hui est présente partout sur l'évolution de la réforme, comme sur les rapports de forces au sommet du parti, ou sur les sentiments des divers secteurs de la population. En même temps, tout continue à bouger, comme si la réforme était avant tout un automouvement faisant du changement la seule donnée constante de la Chine actuelle. Ne tentons donc pas de figer ce qui refuse à se fixer et de donner figure claire à ce qui est pour le moins brumeux.

Constatons plutôt que le maoïsme, comme volonté de mobiliser et de secouer inlassablement toutes les sphères de la société, a fini par être identifié à un projet d'immobilisation et de pétrification de la nation ; alors que, en revanche , une décennie de postmaoïsme n'a pas encore épuisé une fringale de changements. Dans ce mouvement incessant, peu sûr de sa destinée et de sa destination, des figures plus stables se font jour qui sont les vrais protagonistes du devenir, autant par leurs éléments de force que de fragilité. La plus paradoxale de ces figures, du moins au regard du discours officiel, concerne l'émergence d'une véritable société moderne, et donc aussi d'une mo -deme lutte de classes. Le paradoxe est lourd de sens et d'ironie. Le maoïsme, c'était l'exaltation de la nécessaire et continuelle lutte des classes sous le socialisme. La réalité était en fait bien différente. Pour une part, le maoïsme d'avant 1949 et, pour l'essentiel, le maoïsme d'après 1949 manipulent plus les éléments existants de conflits sociaux qu'ils ne s'appuient sur une lutte des classes au sens moderne, encore largement absente. Avant 1949, il existe des tensions sociales susceptibles de nourrir une explosion révolutionnaire, mais il manque les classes fortement charpentées de la modernité et, surtout, il manque une structure quelconque qui puisse incarner l'autonomie et l'affirmation ouverte d'opposition d'intérêts des classes modernes. A la place, le parti-Etat anime et tient à bout de bras une société difforme et fait d'une paysannerie traditionaliste le levier d'une modernisation étrangère à cette paysannerie. A bien des égards, le PCC n'a pas le choix. Mais, au bout du compte, après 1949, se crée, se consolide et se durcit une structure étatique nationale de domination et de manipulation partielle des groupes sociaux. Vaille que vaille, la modernisation exerce ses effets. Les groupes sociaux apprennent à défendre leurs intérêts. Situation que le " réformisme " postmaoïste accepte, se réservant le rôle de garant de l'intérêt collectif. Ce qu'il admet beaucoup moins, c'est que les " groupes d 'intérêts " qu'il repère avec plus ou moins d'exactitude dans le champ social puissent devenir des intérêts de classe articulés, opposés entre eux et opposés au régime. De fait, la pression sociale qui se faisait déjà sentir dans la période maoïste, mais qui s'est manifestée de façon plus affirmée après 1976, prend peu à peu la forme plus différenciée de défense d'intérêts de classe, ou pour le moins de groupes et sous-groupes sociaux.

C'est évident pour le nouveau groupe privilégié de la techno-bureaucratie , et son avant-garde étudiante. Peu à peu, la classe ouvrière, groupe soumis, avantagé ou désavantagé selon les cas, devient l'ouvrier " contractualisé ", " libéré " (presque au sens où le capitalisme libère le travailleur de la dépendance féodale) de sa soumission à l'entreprise et à l'Etat. Se constituent alors les conditions d'une émergence d 'une auto-activité ouvrière, qui avait certes existé très fragmentairement dans les années vingt ou vers 194 7 - 1948, fragile embryon d'autonomie que le communisme chinois au pouvoir a cassé. Comme il a brisé, au début des années cinquante les ferments d'un capitalisme privé qui fait aujourd'hui plus que se réveiller, même si une cohésion sociale capitaliste lui fait défaut. Les intellectuels chinois aujourd'hui ont pour leur part moins des problèmes d'intellectuels (de libre expression, de créativité) -qui existent pourtant- qu'ils n'ont des problèmes de places sociales, d'espérance de valorisation sociale ou , à l'opposé, des craintes de déqualification.

De l'aveu même du régime , la situation très mouvante de la Chine laisse percevoir la poussée d'une société moderne, plus consciente et plus mobilisée pour la défense de ses intérêts contradictoires. Les bases d'une lutte de classes modernes commencent ainsi à être effectivement présentes sur la scène chinoise . Reste à savoir, dans le cas de la Chine, comme partout ailleurs, comment les classes s'organisent ou ne s'organisent pas, quel degré d'autonomie elles parviennent à conquérir, qui domine qui et comment ?

Le seul groupe qui, pour le moment, garde un semblant de cohérence, c'est le parti-Etat. A l'évidence, pourtant, lui aussi est travaillé par des forces diverses, par des projets variés, voire soumis à un lent processus de désagrégation. Les enfants de hauts cadres qui, en nombre non négligeable semble-t -il, versent dans un affairisme souvent illégal forment une sorte de proto-bourgeoisie issue du parti et destinée peut-être à s'unir aux forces vives d'une bourgeoisie chinoise, ou ils consti

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tuent, plus " modestement ", un groupe qui parasite un processus capitaliste qui les dépasse.

Si le doute existe pour certaines fractions du parti, on peut estimer, en revanche, que la majorité des cadres du parti est encore liée à la logique étatiste, voire centralisatrice du régime : leur pouvoir reste celui d'une bureaucratie d'Etat, même si c'est de plus en plus dans le sens péjoratif du terme.

Pour l'heure, le parti-Etat a ,nontré une capacité assez remarquable de survivre à la crise de la fin du maoïsme. Mieux, le rigide Parti communiste chinois des années soixante-dix s'est modifié. Il a appris à mettre en œuvre une gestion plus souple et même plus sophistiquée de la société de manière à gérer le tout sans tout gérer, à reconnaître la légitimité d'intérêts sociaux différents et à trouver les manières de manipuler plus subtilement le social que dans le passé, bref à s'assurer une certaine pérennité et un certain contrôle, sinon sur la réforme, du moins sur le mouvement d'évolution de la société. Mais, soumis aux aléas de ce mouvement, sa trajectoire elle-même est aléatoire.

La force essentielle du parti-Etat réside , une fois de plus, dans l'absence d'alternative sociale cohérente qui pourrait venir d'une société qui apprend encore -qui commence à apprendreles modalités de fonctionnement d'une société moderne. Il y a, en quelque sorte, un concours de vitesse pour savoir qui apprendra le mieux et le plus vite. La société s'éduque rapidement mais le parti-Etat a encore une bonne longueur d'avance ... Les tendances actuelles

Rien de certain ne peut être affinné sur une situation chinoise encore bien indécise, sauf à constater l'impossible retour au maoïsme. On peut au moins, en ce printemps 1989, évaluer les tendances, revoir les hypothèses. La réforme chinoise se fait dans le contexte, en continuité ou en parallélisme avec un large processus de réformes du " socialisme réel ". Peut-on exclure que ce vaste mouvement, qui part d'un constat commun de l'épuisement du modèle soviétique, aboutisse tout simplement -si l'on peut dire- à une nouvelle étape du " socialisme réel ", à l'intérieur même de la logique étatiste, bien entendu allégée, et d'une domination plus fine de la société par le parti-Etat? Peut-on, autrement dit, prendre au sérieux le projet d'autoréforme du socialisme réel?

Dans le cas chinois, le parti-Etat, l'étatisme et les fondations soviétiques (la centralisation économique ... ) se sont révélés plus solides que prévu ; mais ils ont plus manifesté leur force pour freiner, voire enrayer, la réfonne que pour préparer la nation à entrer dans une nouvelle étape. Le " socialisme réel " chinois - comme les autres régimes des pays de l'Est - a montré une capacité évolutive, une aptitude à changer vite, ne fût-ce que pour survivre. Mais le projet d'une autoréforme, comme recherche d 'une nouvelle cohérence du " socialisme réel ", comme modernisation originale, crédible , viable, cherche toujours sa voie.

La réforme chinoise se fait largement par des coups de force visant à affaiblir les défenses d'un appareil souvent peu enthousiaste et très conservateur dans ses réactions. Pour affronter et plus souvent contourner ces résistances, mais aussi pour répondre aux pressions de la société, la réforme a eu tendance à aller au-delà ou à côté de la réforme, ou à tourner autour d'elle (dualité des prix ... ). Ce qui tend à faire penser qu'une autoréforme articulée était pour le moins improbable ; et que, de toute façon, d 'avancée en recul, de bifurcation en bifurcation, on s'éloigne, dans le cas chinois, d'une mise en pratique d'une nouvelle étape du " socialisme réel ".

Les succès de la réfonne chinoise comme ses déboires ou ses difficultés rendent moins crédible que jamais l'existence d'une issue propre au " socialisme réel " . Le discours officiel laisse d'ailleurs peu d'illusion à cet égard. Depuis le XlW Congrès de 1987, le discours officiel parle en effet de l'étape du socialisme primaire pour caractériser la phase actuelle et celle des décennies à venir. Si l'on écarte les justifications apparemment orthodoxes, de légitimation du parcours accompli, la nouvelle théorisation est simplement la reconnaissance de l'immense retard de la Chine. On y exprime à peu près explicitement le regret que la Chine ne soit pas passée par une étape capitaliste articulée. Il s'agit alors, dit-on , en quelque sorte de créer les bases manquantes, qui ne sont rien d'autre que les fondements de la civilisation, de l'unique chemin de la modernité et les préconditions d'une civilisation socialiste supérieure. Cette vision n'est pas sans rappeler, d'ailleurs peut-être consciemment, les derniers textes de Lénine sur la NEP avec leur accent sur la nécessité du " commerce civilisé " . A cette différence près, caractéristique d'une tout autre période, que pour les dirigeants chinois au -jourd'hui il s'agit pour l'essentiel de réintégrer une nonne mondiale de logique du marché, et d 'ailleurs de reprendre place pleinement dans le marché mondial. Les proclamations socialistes ont dans ce contexte une valeur limitée ; tout au plus

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marquent-t-elles l'importance de l'Etat et de son rôle d'animateur de la société et de l'économie (le " socialisme réel " comme étatisme fortement centralisateur). Pour le reste, l'aspiration des réformateurs et d'une grande partie de la population, c'est d'être moderne comme les grands pays développés du monde, sans rechercher une vaine spécificité socialiste, ce qui est perçu comme la spécialité d'un maoïsme présenté de nos jours, non sans quelque raison, comme antimodeme. Le débat porte alors sur l'ampleur de l'imitation, sur la présence ou non de la démocratie et du multipartisme , sur le degré de la présence de l'Etat, sur la valeur de la continuité chinoise à préserver. Un débat qui n'est pas, on l'imagine aisément, seulement une confrontation d'idées, mais où se joue l'expression des intérêts sociaux rigides ou en évolution. Les cadres locaux qui espèrent obtenir nombre d'avantages de la décentralisation réagissent différemment des bureaucraties centrales, qui elles-mêmes ont des comportements très différents de ces groupes ou individus qui agissent déjà comme des capitalistes ou plus exactement des affairistes de haut vol (et souvent de fieffés voleurs), etc. Ce que l'on apprend maintenant, ce sont les normes mondiales, les règles incontournables de la modernité, de la vraie modernité : celle où il y a des lois économiques universelles et contraignantes qui ne peuvent jamais être remplacées par un volontarisme de type maoïste, ou autre.

Il suffit de prendre le terme de modernisation pour ce qu'il signifie réellement , à savoir le capitalisme (au moins comme précondition inévitable) , pour avoir une idée plus exacte de ce qui travaille les esprits et la vie sociale en Chine. A lire nombre de projets - qui sont loin d'être tous mis en pratique - concoctés par de jeunes experts souvent formés dans les universités occidentales et qui ont sinon le pouvoir du moins l'oreille des réformateurs au pouvoir, la Chine se prépare à importer et à intérioriser des pans entiers du modèle occidental (ou occidentalo-japonais ... ), selon un rythme propre et en tenant compte de l' " adaptibilité " du pays.

Dans ce contexte, la Chine serait en transition non plus vers le communisme - phantasme considéré comme dangereux et abandonné de tous- mais vers une variante chinoise de capita-

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lisme occidental. Le monde industriel chinois vi -vrait selon le mouvement et les règles de toute vie industrielle.

L'ouvrier serait " contractualisé " et cesserait d'être un ouvrier d'Etat soumis et protégé par son entreprise. La domination du marché serait contrebalancée par une présence étatique peut-être plus présente qu'en Occident, mais peut-être du même ordre que l'Etat fort qui se manifeste dans nombre de pays du tiers-monde, où l'Etat pilote parfois rudement un développement économique difficile. Bien sûr, entre ces aspirations de technocrates audacieux dégagés de tout passé idéologique " socialiste " et leur mise en pratique à l'échelle d'un pays pauvre de plus d 'un milliard d 'habitants et d'un parti de plus de quarante millions de membres, il y a une sacrée distance qui ne peut être franchie par le volontarisme (cela rappelle trop le maoïsme ... ) ou l'habilité d'une direction d 'ailleurs peu homogène. La complexité chinoise, son immensité de territoire , de population , le poids d'un lourd passé historique chargé de grav es menaces, les acquis et inerties de près de quatre décennies de " socialisme réel " , tout cela ne permet pas aisément, et rend peut-être impossible pour la période à venir, le rêve d'être moderne, fort et prospère comme l'Occident. Les jeunes technocrates, qui se voient peut-être dans un rôle équivalent à celui de la jeune élite japonaise qui a fait entrer de force, vers 1870, le Japon du Meiji dans la modernité, ne peuvent apprendre à leurs dépens ou à ceux de la Chine (s'ils sont pleinement éco utés) tout ce qui distingue le contexte particulier de la modernisation au x1x• siècle (réussie en dehors de l'Occident seulement par le Japon) de la situation très différente que subissent les sociétés au xx• siècle : un développement non autarcique mais protégé est à peu près inconcevable.

Mais, en même temps, l'Occident lointain est relayé par de nouveaux modèles de modernisation , plus proches de la Chine, à la fois géographiquement et du point de vue des valeurs: la modernisa -tion asiatique, qui n'est plus seulement celle trop spécifique du Japon. L'Asie présente maintenant une voie de modernité relativement réussie (les " quatre dragons " : Corée du Sud , Hong Kong , Singapour, Taïwan) sur la base du même héritage culturel que la Chine. Il s'agit, sans conteste , d 'une modernisation capitaliste , et plutôt rude , où l'Etat joue un rôle important et où les traditions de la sinité, du confucianisme se sont adaptées et ont, à leur façon , adapté la nation à un capitalisme terriblement compétitif au niveau mondial.

Le discours le plus officiel au début 1988 allait dans cette direction. Le nouveau secrétaire général Zhao Ziy ang , une des figures de proue du réformisme, incitait alors les zones côtières de la Chine à devenir le fer de lance d'une entrée en force du pays sur le marché mondial dans le domaine des produits industriels peu sophistiqués, reprenant ainsi la place laissée vacante par les " q uatre dragons " asiatiques, qui eux s'efforc ent de concurrencer les autres nations av ec des produ its industriels de plus en plus élaborés. Les zones côtières deviendraient en somme le cinquièm e dragon. Qu'en serait-il alors, en cas de succès, de l'unité chinoise , dans un contexte où les parties avancées accentueraient encore leur avantage ? C'est la question qui revient sans cesse et q ui explique pourquoi l'ouverture plus large sur le monde- qui signifie aussi, et peut-être avant tout, pénétration croissante du monde extérieur en Chine - se heurte à de fortes résistances dans le parti. Des parties importantes de la haute direction , entraînées, semble-t-il, par le premier ministre Li Peng, ont imposé en 1988-1989, un freinag e du processus de réforme et même une cure d'austérité économique. Cette politique d'austérité et d e repli trouve sa justification dans les nombreux dérapa -ges économiques, et avant tout dans la grave inflation (on parle de 40 à 50 % d'augmentation des prix à la consommation en 1988), qui a amené des poussées de panique et d 'achat effréné dans les villes. L'heure est alors à une certaine recent ralisation, au retour de l'étatisme, à une volonté de reprendre une certaine maîtrise du processus par un appareil central en perte d'autorité.

La logique de la réforme conduit à une Chine à plusieurs vitesses : différences entre régions développées et pauvres ; entre pauvres et riches à la ville et à la campagne. Cette Chine ne risque-t-elle pas, paradoxalement, de répondre au vœu le plus cher de Mao : que le déséquilibre soit un état permanent, l'équilibre un état exceptionnel. L'ampleur des problèmes pousse d an s ce sens. Il serait pour le moins ironique que les héritiers antimaoïstes de Mao accentuent le déséquilibre chinois par une volonté de changement débridé. Pourtant le risque est réel. Entre un étatisme encore puissant, relayé par un parti-Etat difficilement déracinable, et l'automouvem ent d 'une sociét é poussée v ers un capitalisme aux normes mondiales évolutives, ca -pitalisme international malaisé à rattraper, une situation d 'équilibre précaire ou de déséquilibre pourrait s'installer dans une situation de bàtardise

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qui combinerait travers de l'ancien " socialisme réel " et du nouveau capitalisme " socialiste " ou d'Etat (qu'importe le nom de baptême!).

N 'allons pas plus loin dans la spéculation. Constatons seulement, sans hargne mais sans complaisance, que dans toute cette histoire le socialisme authentique, émancipateur, n'a pas grand place, ni dans le " socialisme réel " chinois version soviétique mal corrigée par Mao, et moins encore dans le processus de réforme vers le " socialisme de marché ". En ajoutant une nuance, un constat. Le maoïsme a en effet porté, surtout avant 1949, certaines des valeurs socialistes, notamment d 'égalitarisme, mais dans un processus de despotisme, " féodal " à bien des égards (surtout après 1949), étranger à une quelconque conception d'émancipation sociale; alors que le nouveau cours mis en œuvre par une réforme qui n 'a rien de socialiste, et à peine la prétention de l'être, crée lui, peut-être, les préconditions matérielles et sociales d 'une modernité qui a fait si cruellement défaut à la Chine d'hier, et dont l'absence rendait en tout état de cause illusoire l'espoir en l'avènement d'un socialisme chinois authentique. Ce constat final est, on l'a reconnu aisément, une simple réaffirmatian, la vérification par la négation, de la conviction de base du marxisme - de Marx lui-même - que le socialisme ne peut exister que sur les fondements d'une société développée. Les succès du développement de diverses sociétés du tiers monde, qui conduisent plutôt à renforcer la puissance capitaliste mondiale et qui contribuent aussi à approfondir la capacité d'aliénation de ce système, comme les succès que l'on peut souhaiter pour le développement économique chinois - il élève tendanciellement le niveau de vie et culturel des populations-, tout cela favoriserait alors, mais pour plus tard, bien plus tard, une possible réactivation des grands projets d'émancipation sociale que le maoïsme a portés à une certaine époque, mais dans une direction non socialiste. • Le présent article de Roland Lew a été écrit au printemps 1989, avant les événements que viennent de connaître Pékin et la Chine. Analysant dix années de réforme , il permet de mieux en comprendre les ressorts. Pour l'actualisation de l'analyse, voir Roland Lew: " Société contre pouvoir, la Chine en transes " in le Monde diplomatique, n° 423, juin 1989.

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