La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le tiers monde et ses crises

· Critique communiste, n° 87, juillet 1989 · p. 43-50 · 6 267 mots

L

'EPOQUE est fertile en paradoxes, mais il en est peu d'aussi grimaçants que celui-ci : c'est précisément depuis que les politiques économiques et monétaires menées par les pays développés au début des années quatre-vingt enfoncent des dizaines de pays, voire un continent entier (l'Afrique), dans une dramatique spirale régressive, que les penseurs modernistes, revenus de toutes les idéologies, surtout progressistes, dénoncent les " autoflagellations tiers mondistes " et réhabilitent la mission civilisatrice de l'homme blanc 1 • Peut-être à contre-courant des tristes réalités mais avec un sens très sûr des exigences de la défense idéologique de l'Occident, ces intellectuels ne se contentent pas de réfuter les accusations selon lesquelles colonialisme et impérialisme auraient porté tort aux peuples du tiers monde et provoqué le sous-développement ; ils nient même que le " tiers monde " ait une quelconque existence ailleurs que dans les esprits masochistes judéo-chrétiens des " tiers mondistes ".

Plus significativement encore, ces thèses aussi vieilles que le colonialisme rencontrent un écho chez certains analystes critiques pour lesquels la " dépendance " et l'impérialisme seraient des notions désuètes , et la diversité des pays dits " sous-développés" l'emporterait désormais sur leur unité 2 • Pour d'autres, le tiers monde existe encore comme héritage du passé colonial, mais se différencie des pays développés surtout par sa forte croissance démographique et " il n'est plus possible aujourd'hui de se référer à une liste de caractéristiques communes des pays du tiers monde 3 "·

Ne peut-on pas dire en effet qu'il n'y a rien de commun entre le Brésil et le Burundi? N'y avait-il pas par ailleurs, chez certains théoriciens marxistes ou tiers mondistes des années soixante, une tendance à diagnostiquer un peu vite le blocage inéluctable de l'industrialisation des pays " dépendants " ? L'exemple des" nouveaux pays industrialisés " ne donne-t-il pas en effet raison aux théoriciens du " rattrapage " - selon lesquels les pays " en voie de développement " n'avaient, comme leur nom l'indique, que quelques étapes de retard sur la voie royale du progrès économique tracée par les pays riches -, contre les théoriciens de la " dépendance " qui présentaient le sous-développement de la majeure partie du globe comme la condition nécessaire au développement des pays impérialistes ? Notre réponse à ces questions sera nuancée ... mais globalement négative.

Pour résumer le point de vue qui sera ici défendu, il nous semble que, malgré certaines erreurs d'analyse et de pronostic, les théoriciens 4 qui insistaient sur le caractère irrémédiablement inégal et hiérarchisé du fonctionnement du marché capitaliste mondial avaient cent fois raison contre les tenants de la vision d'une économie mondiale unitaire où chaque pays n'aurait qu'à faire jouer ses " avantages comparatifs ,s pour gagner. Renvoyer dos à dos les deux problématiques comme inadéquates, comme le fait par exemple C. Ominami, semble constituer davantage une facilité de plume qu'un bilan sérieux des controverses passées.

Partant de la question " qu'est-ce qui fait l'unité du tiers monde aujourd'hui ? ", nous allons tenter de montrer comment l'enjeu théorique central est la capacité à rendre compte de la polarisation fondamentale du marché capitaliste mondial. Mais, pour appartenir au pôle dominé, tous les pays du tiers monde n'en sont évidemment pas identiques : on examinera donc ensuite les racines de cette diversité, qui s'est indéniablement accrue dans les dernières décennies. Enfin, on donnera un aperçu rapide de l'impact de la crise sur les différents types de pays et des perspectives qui s'offrent à eux. L'unité du tiers monde

La description classique de l'économie capitaliste mondiale comme une structure hiérarchisée comportant un centre (principalement les USA, l'Europe occidentale, le Japon, soit le " Nord ") et une périphérie (l'Afrique, l'Amérique !matine, l'Asie hormis la Chine et le Japon, soit le " Sud ") a été élaborée dans les années cinquante, mais trouve son origine dans l'analyse de l'impérialisme pro-

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duite par les théoriciens marxistes du début du siècle.

Qu'est-ce qui permet de dire qu'elle a gardé sa pertinence en cette fin de siècle ? Simplement l'évidence des faits : les pays du " tiers monde " - si l'on exclut de cette catégorie les pays non capitalistes tels la Chine- continuent, malgré leurs différences, à présenter une série de traits communs fondamentaux, et il ne semble pas excessivement ambitieux de les énumérer : e La proportion élevée de la population active dans l'agriculture (tous les pays du tiers monde, à l'exception de ceux du Cône sud de l'Amérique latine, ont plus de 30% d'actifs agricoles, contre 7 % en moyenne pour les pays capitalistes du centre) montre une pénétration encore très incomplète des rapports de production capitalistes ; l'agriculture demeure sous-productive et insuffisante pour couvrir les besoins (l'apport calorique journalier moyen est de 2 4 70 calories par habitant dans les pays dits " en développement ", et de 3 417 dans les pays du centre où les agriculteurs sont pourtant en proportion quatre fois moins nombreux) ; sa meilleure part est souvent orientée vers l'exportation (les produits agricoles constituent 21 % des exportations, contre 13 % pour les pays du centre).

Le sous-emploi d'une fraction massive de la population active, le plus souvent lié soit à la persistance de rapports de production archaïques dans l'agriculture, soit à l'exode rural provoqué par l'effondrement de ces rapports de production et au gonflement anarchique des villes , soit à une combinaison des deux ; la reproduction permanente d 'une énorme armée de réserve est sans doute à la racine des contradictions sur lesquelles achoppe le développement capitaliste. En effet, elle permet le maintien des salaires réels à un niveau extrêmement bas, parfois inférieur au simple niveau de subsistance: l'offre de main-d'œuvre, dépassant structurellement les capacités d'absorption de l'économie officielle, se déverse dans un gigantesque " secteur informel " urbain , réservoir inépuisable de force de travail sous-payée pour les capitalistes. La gestion libre de la main-d'œuvre ne rencontre guère d 'obstacles : les garanties sociales sont faibles, voire inexistantes, et le mouvement ouvrier le plus souvent en butte à une répression sévère. L'écrasant déséquilibre des rapports de forces entraîne à long terme deux conséquences dommageables au développement capitaliste : l'étroitesse du marché intérieur, généralement constitué surtout par des couches privilégiées très limitées, et la faiblesse de l'incitation à l'innovation technologique et sociale. e L'ampleur des inégalités sociales qui en découlent est un des stigmates les plus visibles de ces sociétés : alors que les 1 0 % les plus riches de la population active reçoivent environ 25 % du revenu total dans les pays développés, ils en accaparent 44 % en Côte-d'Ivoire, 37 % aux Philippines, 40 % au Mexique, et plus de 50 % au Brésil (record des pays qui fournissent cette statistique!). Les centaines de milliers de miséreux qui s'entassent dans les cimetières du centre du Caire (pour y vivre ! ) , ou sur les collines qui surplombent la très chic "Zona Sul " de Rio de Janeiro, dans les favelas, en témoignent assez.

e La faible capacité d'innovation technologique rend la quasi-totalité des pays du tiers monde dépendants des multinationales, qui n'y localisent jamais leurs centres de recherches. Seuls le Brésil et l'Inde disposent d'un réel potentiel scientifique, mais très loin de concurrencer les pays leaders, qui concentrent sur leur territoire 97 % des dépenses mondiales de recherche-développement 6 • Ceux-ci ne font d 'ailleurs rien pour modifier cet état de fait, comme le montre la véritable guérilla engagée par le gouvernement américain contre le très protectionniste plan informatique brésilien. La Corée, elle-même, est totalement dépendante du Japon sur le plan technologique (les moteurs des voitures Hyundaï sont en fait des Mitsubishi). e Le surdéveloppement de l'Etat dans la sphère économique découle de la faiblesse de l'initiative privée " spontanée ", qui provient elle-même non d'une incapacité congénitale des bourgeoisies locales, mais du caractère difforme du développement capita liste. Plus encore qu'au centre , les capitàlistes privés ont besoin d'un énorme secteur public qui produise énergie, infrastructure et biens intermédiaires à bas prix, quitte à présenter d'énormes déficits. En Inde, 75% de la main-d'œuvre non agricole est employée par l'Etat et les entreprises publiques. Au Brésil, la quasi-totalité des industries de base (énergie, chimie, sidérurgie) est composée d'entreprises publiques. e L'Etat occupe donc une place plus importante qu'au centre pour assurer la reproduction sociale (notamment par la répression) et économique (par des transferts massifs de plus-value, via les prix de vente des produits des entreprises publiques) ; mais son autorité, incontestée à l'intérieur, ne pèse pas très lourd à l'extérieur: absence de souveraineté monétaire qui se traduit par l'inconvertibilité de facto de la monnaie nationale à l'extérieur des frontières , indexation de celle-ci sur une monnaie forte (généra lement le dollar américain) , exclusion des lieux de décision du système monétaire et financier international. Le signe le plus sûr de l'appartenance au pôle des pays dominés est que la monnaie nationale possède ce statut de " monnaie de singe ", par opposition au club fermé des devises internationales négociables sur tous les marchés monétaires du globe.

On remarquera qu'aucun des critères ci-dessus - excepté le dernier - ne fait référence au mode d'insertion des pays dans le marché mondial : si le partage des rôles instauré par le colonialisme , où la métropole importait des matières premières et des produits agricoles de ses colonies et y exportait des produits manufacturés, reste grosso modo en vigueur pour la plupart des pays du tiers monde, il a été largement dépassé par d'autres depuis une vingtaine d 'années, sans pour autant permettre à ces derniers de parvenir à un développement capitaliste équilibré. Est-ce à dire que les relations économiques extérieures de ces pays ne jouent guère de rôle dans leur sous-développement ? On pourrait être tenté de le penser, puisque des pays exportateurs de produits primaires côtoient au sein de la catégorie " tiers monde " des pays exportateurs de produits industriels, parfois même très sophistiqués. C'est la thèse des libéraux , que répète inlassablement la Banque mondiale : " Les pays doivent leur réussite à eux-mêmes 7 "• donc leur échec aussi. Les causes du sous-développe-

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ment doivent-elles donc être cherchées d'abord à l'intérieur des pays concernés, ou proviennent-elles des relations de dépendance et d 'exploitation qui règnent sur le marché mondial? Voilà apparemment un beau sujet de polémique idéologique. Et pourtant, poser ainsi la question c'est ne pas voir que ces relations de dépendance trouvent leur origine dans la présence simultanée, en un même marché capitaliste mondial, de nations ayant développé inégalement les rapports de production capitalistes en leur sein : " le sous-développement " , on va le voir, n'est rien d 'autre que le produit hasardeux du choc entre la loi de la valeur régnant sur le marché mondial et de formations sociales démunies de la cohérence interne fonctionnelle à cette loi. Ses racines ne sont ni internes, ni externes, mais indissolublement ... internes et externes. S'il y a dépendance vis-à-vis de l'extérieur c'est par suite de l'atrophie ou de la difformité du développement des rapports sociaux capitalistes internes ; inversement , cette dépendance empêche de remédier " spontanément " (c'est-à-dire par une évolution progressive similaire à celle des pays du centre entre le xvne et le XIX' siècle) aux tares de ce sous-développement. Pourquoi ce clivage?

L'idée fondamentale peut se formuler ainsi : le capitalisme industriel , né en Europe, a dès l'origine appuyé son développement sur l'existence du marché mondial, préexistant , celui des capitaux commerciaux , mais son originalité essentielle est d 'avoir accouché de rapports sociaux radicalement nouveaux ; les nations intégrées à ce marché mondial et au sein desquelles les rapports de production capitalistes portés par l'industrialisation n 'ont pénétré que partiellement ou tardivement , ont pris un retard décisif sur celles qui avaient déjà utilisé l'extraordinaire dynamisme technique et social de ce mode de production pour y conformer l'ensemble de leurs rapports sociaux dans une cohérence globale et instaurer leur loi sur le marché mondial.

Les racines du grand clivage ne sont ni géographiques- le " Sud " et le " Nord " - , ni naturelles - les pays qui ont des ressources naturelles ( " du pétrole ") et ceux qui doivent s'en passer (" des idées ..... )-, mais socio-historiques. Si le Japon fut sans doute le dernier pays à prendre le train de l'industrialisation à temps , c'est parce que , sous couvert de la restauration de la dynastie impériale Meiji, une révolution bourgeoise s'est opérée en 1868, abolissant la féodalité, interdisant les corporations , instituant la propriété privée des terres , supprimant les entraves à la mobilité des personnes et des capitaux. Les rapports de production capitalistes ont pu pénétrer de l'intérieur toutes les sphères de la société ; avant le tournant du siècle, le Japon passa d'une autarcie séculaire à une expansion impérialiste fort vigoureuse.

La Première Guerre mondiale est le symptôme de la fin de l'expansion " spontanée" des divers impérialismes , dont les zones d'affluence couvrent désormais tout le globe , et qui doivent maintenant se battre pour croître. Depuis 1914 le club des grandes puissances capitalistes n'a admis aucun nouveau membre malgré les nombreuses candidatures . Pourtant tous les autres pays capitalistes ont officiellement aboli le féodalisme, introduit massivement le salariat , adopté les principes du libéralisme économique, cherché à imiter leurs aînés , reçu des milliers de coopérants , conseillers et économistes. Mais les bourgeoisies des pays dominés , quand elles avaient une réelle existence autonome, n'ont pu obtenir une dynamique d'accumulation endogène et intensive qui liquide les rapports sociaux pré-capitalistes et intègre l'ensemble de la population au circuit du capital.

Le niveau d'analyse le plus pertinent pour comprendre la reproduction de ce sous-développement des rapports sociaux capitalistes est bien

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sûr celui de chaque formation sociale 8 . On peut cependant identifier trois entraves fondamentales qui ont inhibé le développement dans la plupart des cas:

La dégradation des termes de l'échange a signifié qu'un volume sans cesse croissant de produits de base (miniers ou agricoles) a dû être exporté pour pouvoir acheter le même volume de produits industriels fabriqués dans les pays du centre. Il n'y a malheureusement guère de doutes sur la réalité du phénomène, même s'il est aujourd'hui de bon ton de le nier ou de le taire. L'indice des prix des produits agricoles non alimentaires (base 100 en 1979-1980) est passé de 240 en 1950 à 60 en 1986 ; pour les métaux et minéraux, de 120 à 65 9 • e La norme de consommation des classes dominantes des pays du tiers monde n'est souvent que la copie de celle des bourgeois américains ou européens : les stratégies de substitution d'impertations se portent fréquemment sur les biens de luxe et de consommation durable plutôt que sur les produits de consommation courante. Il en résulte une perpétuation de la dépendance technologique dans la course au gadget " moderne ".

enfin et surtout, l'intégration au marché mondial oblige à adopter des politiques d'industrialisation qui soient à peu près compétitives (aux barrières protectionnistes près). Les capitalistes " périphériques " doivent donc soit acquérir des équipements très capitalistes , peu utilisateurs de main-d'œuvre, laquelle est par ailleurs très rare au niveau de qualification requis ; et l'industrie crée peu d'emplois ; soit s'équiper avec du matériel déjà obsolète au centre, et compenser une faible productivité du travail par de très faibles salaires ; et les emplois créés n'élargissent guère la demande solvable interne. C'est cette deuxième configuration qui a prévalu, notamment en Amérique latine : les industriels locaux, ou les filiales des multinationales, achetaient des machines d 'occasion en Europe ou aux USA. Mais la sous-productivité amenait les capitalistes à pratiquer une gestion sauvage de la main-d'œuvre, les salaires et les garanties sociales n'ayant strictement rien à voir avec ce que connaissent les ouvriers des pays développés. L'étude 10 du statut des ouvriers de l'industrie automobile de Sao Paulo, de loin le plus grand centre industriel du tiers monde, montre le peu de sérieux de certains auteurs qui parlent de " fordisme périphérique , 11 •

Dans des pays où la stratification sociale au début de l'industrialisation était le plus souvent déjà très profonde, il est résulté de ces phénomènes la mise en place de régimes d'accumulation orientés vers la satisfaction de la demande solvable d'une couche limitée de privilégiés, la " troisième demande , 12 , à l'encontre de la croissance du niveau de vie, d'éducation et de santé de la majorité de la population. La déstructuration des rapports sociaux pré-capitalistes permet, on l'a vu, un gonflement monstrueux du sous-emploi et de l'" armée de réserve ", qui " conduit à en trainer la croissance du seul secteur réellement dynamique en longue période, le secteur produisant des biens de consommation de masse 13 "· C'est donc dans l'articulation entre dynamique interne de l'accumulation et insertion internationale que réside la clé du sous-développement. Les racines sociales de la dégradation des termes de l'échange

La question de l'" échange inégal " a occupé une place disproportionnée dans la réflexion théorique. Même si elle figure dans les manuels comme le fin mot du marxisme sur cette question, cette problématique présente de graves faiblesses.

La thèse a été formalisée il y a vingt ans dans le livre d'A. Emmanuel 14 • Elle repose sur l'idée suivante : l'échange entre pays impérialistes et pays dominés s'effectue entre zones à taux de plus-value différents et sur la base de la péréquation internationale du taux de profit. Cette péréquation conduit donc à un transfert continu de plus-value en provenance des pays dominés dont le taux de plus-value est élevé en raison des bas salaires, " l'inégalité des salaires, en tant que telle et toutes choses égales par ailleurs, provoque à elle seule l'inégalité de l'échange ". Ce transfert continu entraverait irrémédiablement l'acccumulation dans les pays de la périphérie, et par consé-

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quent leur développement. En outre, il bénéficierait aux pays développés dans leur ensemble, prolétariat compris. Les travailleurs du centre auraient donc objectivement intérêt à la surexploitation de ceux de la périphérie.

Cette théorie présente de graves faiblesses 15 • Pour que le modèle théorisé puisse s'appliquer pleinement aux relations entre centre et périphérie, il faudrait que la loi de la valeur opère au niveau mondial comme au niveau d'une nation, c'est-à-dire que la transnationalisation du capital soit un processus achevé, que les rapports capitalistes de production aient pénétré l'ensemble des formations sociales au même degré, que l'espace de valorisation du capital soit immédiatement mondial. .. Bref qu'il n'y ait plus ni centre ni périphérie ! L'erreur majeure d'Emmanuel est d'avoir cru que l'on pouvait dissocier théoriquement la dynamique du capital (parfaitement mobile et mondialisé) et la dynamique de la valeur de la force de travail (figée comme " naturellement " au niveau de subsistance dans les pays du tiers monde) ; alors qu'en théorie comme en pratique les deux dynamiques ne peuvent être comprises que dans leurs relations réciproques au sein d'un espace de valorisation du capital relativement homogène : la nation, la CEE, éventuellement la plupart des pays de l'OCDE, mais certainement pas le marché mondial.

C'est dans ce cadre théorique qu'il faut replacer le processus de dégradation des termes de l'échange. Le phénomène a été décrit, dès les années cinquante, par l'économiste argentin R. Prebisch : celui-ci y voyait pour cause essentielle la plus faible croissance des débouchés pour l'agriculture et les mines (spécialisation des pays de la périphérie) par rapport à l'industrie du centre : l'estomac des riches ayant une capacité limitée, la demande de produits agricoles serait par nature moins dynamique que celle des produits industriels . Les gains de productivité dans le secteur primaire serviraient donc plutôt à faire baisser les prix agricoles et miniers, tandis que les industriels (et les travailleurs) du centre pourraient s'approprier les gains de productivité industrielle en maintenant le niveau des prix de leurs produits, fortement demandés sur le marché mondial.

Mais cette explication n'a de portée que pour les pays de la périphérie confinés dans la division internationale du travail coloniale : par l'industrialisation, le développement des exportations de produits manufacturés suffirait à y échapper.

Or cette théorie oublie un facteur fondamental de la détérioration des termes de l'échange: le développement inégal des rapports capitalistes de production. Dans les pays du centre, surtout depuis la Seconde Guerre mondiale et avec le " fordisme ", les salaires réels évoluent, à long terme, parallèlement aux gains de productivité (bien que ce parallèlisme ait cessé depuis le début des années quatre-vingt). La structure monopolistique du capital et les rapports de forces entre les classes font de la baisse des prix l'exception, et de l'infla -tion (rampante ou galopante) la règle. Un gain de productivité n'est donc que rarement répercuté dans le prix du produit (sauf au début de son cycle de vie), il est généralement, au contraire, incorporé au revenu nominal des salariés de l'entreprise.

Dans les pays dominés, l'accroissement de productivité ne profitera que faiblement à la classe ouvrière : même les pays les plus avancés dans la voie de l'industrialisation, comme la Corée ou le Brésil, ont fondé leur dynamisme (notamment à l'exportation) sur la croissance plus rapide de la productivité que des salaires. La stagnation historique des salaires réels permet aux capitalistes locaux (et aux multinationales) d'accroître le taux de plus-value, d'en distribuer éventuellement une partie aux couches moyennes (bureaucratiques ou privées), mais aussi de baisser leurs prix relatifs à l'exportation afin d'accroître leurs parts de marché. Ils le feront d'autant plus que (et l'on retrouve ici l'idée de Prebisch) leur spécialisation industrielle les confine dans des productions relativement banales où le faible coût de production est l'arme essentielle de compétitvité (sidérurgie, chantiers navals, textile, etc.).

Il existe une autre catégorie de pays qui connaît une détérioration régulière des termes de l'échange : ceux qui sont spécialisés dans les industries où la productivité croît fortement du fait du progrès technique (électronique, robotique, etc.) ; c'est notamment le cas de la RFA et du Japon. Les prix des produits exportés, à parités monétaires constantes, augmentent alors moins vite que les prix des importations. Mais le statut international de la monnaie de ces pays est tout différent : il permet de " compenser " la dégradation des termes de l'échange par l'augmentation de la valeur de la monnaie (le mark ou le yen) par rapport à toutes les autres monnaies. D'où la possibilité de dégager des excédents commerciaux croissants et de les recycler dans le circuit financier en y acquérant des positions de plus en plus fortes. Pour des pays à monnaie de singe la dégradation des termes de l'échange est une pure et simple ponction de l'extérieur.

La détérioration des termes de l'échange n'a donc aucune raison de ne concerner que les produits agricoles ou miniers : on la mesure le plus souvent grâce à l'indice des prix, celui des matières premières parce que c'est plus commode, le tiers monde étant à l'origine de plus de 40% des exportations de produits primaires ; mais l'indice des termes de l'échange de produits manufacturés n'a pas de raison de se comporter différemment à terme.

Cette dégradation n'est que tendancielle ; elle ne se vérifie pas à tout instant et sur tous les biens échangés. Ainsi les producteurs de pétrole ont réussi à l'inverser pendant une décennie, avant que le déclin des parts de marché de l'OPEP et le ralentissement de la consommation dans la crise ne ramènent le pétrole à des cours historiquement bas, que la reprise actuelle fait remonter.

Elle peut également être utilisée positivement par certains pays pour élargir leurs débouchés à l'exportation : sacrifier ses marges (par rapport au taux de produit en vigueur sur le marché intérieur) peut être un moyen d'accélérer l'alignement de la valeur de marché mondiale du produit sur (ou même en dessous de) la valeur du pays exportateur. Il n'en reste pas moins -et c'est là le nœud du problème - que ce processus entérine et reproduit la position subordonnée du pays exportateur et l'extraversion de sa croissance, au lieu d'amener -une intensification de son développement interne.

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Quoiqu'on dise donc, le " tiers monde" recouvre une incontestable réalité ; et les pays qui le composent continuent à subir toutes les conséquences de la maturation tardive et incomplète des rapports de production capitalistes en leur sein ; conséquences parmi lesquelles on trouve leur position dominée sur le marché capitaliste mondial. Si l'on ne peut parler d'" éclatement de l'ancienne périphérie du système 16 ", il est vrai qu'au-delà des contraintes communes, des dynamiques fort différentes ne sont développées dans les divers pays. De nombreuses typologies des pays du tiers monde ont été proposées, utilisant toutes sortes de critères: climatiques, sociaux, démographiques, et surtout économiques (suivant la nature agricole, minérale ou industrielle des exportations, ou suivant le type de stratégie d'industrialisation choisie : substitution d'importations, promotion d'exportations, etc.). Mais si l'on place, comme nous l'avons fait, la nature des rapports sociaux dans chaque pays au centre de l'explication du sous-développement, c'est en travaillant sur ce critère qu'on peut produire la catégorisation la plus pertinente, à la fois pour la description, l'explication ... et le pronostic. Les trois tiers-monde

On reprendra dans ses grandes lignes la typologie proposée par P. Jacquemot et M. Raffinot parce qu'elle utilise comme critère de différenciation " l'articulation entre un mode de production traditionnel et le mode de production capitaliste " et met donc au centre la question de la formation sociale analysée.

Le premier type théorique considéré est celui de " l'économie de traite ", caractérisée par une pénétration très faible des rapports de production capitalistes : le capital est essentiellement commercial et étranger, et sa valorisation s'opère par le pillage du travail paysan traditionnel et des ressources naturelles extraites par une main-d'œuvre plus ou moins volontaire (le salariat restant quasi inexistant). La mise en place d'un Etat capitaliste par la puissance impérialiste 17 , Etat qui survit à la décolonisation formelle, donne naissance à une bourgeoisie bureaucratique généralement corrompue, incapable de développer les rapports de production capitalistes, mais vivant en parasite et accélérant la décomposition des rapports sociaux traditionnels par une ponction croissante via l'impôt en argent. L'exploitation des ressources minières peut permettre un début d'accumulation interne, mais minime en regard des produits rapatriés, et fortement tributaire des variations des prix sur le marché mondial de la matière première concernée. La plupart des pays d'Afrique sub-saharienne (hormis l'Afrique du Sud, la Côte-d'Ivoire, et les pays pétroliers, Nigéria et Congo) appartiennent à cette catégorie, mais aussi sans doute Haïti, la Birmanie, le BanglaDesh ... On peut parler de pays désarticulés, dans la mesure où les rapports de production traditionnels en crise ne laissent pas la place à une croissance capitaliste endogène.

Le deuxième type se distingue du premier par une pénétration qualitativement décisive des rapports .de production capitalistes dans des secteurs importants, notamment exportateurs : c'est

"l'économie primaire extravertie"· Une véritable bourgeoisie nationale existe, dotée souvent d'une certaine base industrielle, mais rarement d'une réelle autonomie politique par rapport à la puissance impérialiste dominante. Les classes sociales pré-capitalistes ne disparaissent pas complètement (artisans, petits paysans, féodaux) mais coexistent avec les catégories plus " modernes " du salaire et du capital, et leur décomposition lente alimente l'exode rural. Un début d'industrialisation, concernant surtout les biens de consommation courante, mais pas seulement, s'opère, souvent par le biais de multinationales. Le bas niveau des salaires peut permettre dans certains cas la mise en place d'une politique d'exportations de biens ma -nufacturés banals (textile, habillement) relativement dynamique, mais fort peu articulée avec un développement interne. La population urbaine s'accroît mais l'emploi industriel beaucoup moins, et un secteur tertiaire hypertrophié prolifère de façon " informelle ". La croissance demeure intensive, tournée vers la satisfaction des besoins d'une faible minorité urbaine, et fortement dépendante des importations de biens d'équipement vu le caractère très partiel de l'industrialisation. Dans le cas des pays pétroliers (Nigéria, Algérie, Congo , Egypte, Indonésie ... ) les années soixante-dix ont vu des taux de croissance parfois élevés suite à l'afflux de ressources causé par la hausse du prix du pétrole, mais le retournement des années qua -tre-vingt a été violent : le taux de croissance de l'industrie indonésienne passe de 11 ,9% par an entre 1965 et 1980 à 1 % depuis ; au Nigéria, de 13,4 % par an à - 5,8 %. Pour les autres pays de ce groupe des pays sous-développés " classiques " (Bolivie, Pérou, Colombie, Amérique Centrale, Tunisie, Maroc, Côte-d'Ivoire, Thaïlande, Syrie, etc.) la croissance économique, moins rapide dans les années soixante-dix, est également très ralentie, voire négative depuis 1980.

Le troisième type comprend bien sûr les pays qui sont l'orgueil des économistes libéraux et la preuve vivante de l'ineptie des théories de la dépendance: les "nouveaux pays industrialisés" (NPI). Leur liste n'est pas très longue mais apparemment impressionnante : Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan, Singapour (les " Quatre Dragons "), Mexique, Brésil comptent ensemble bientôt 300 millions d'habitants. Malheureusement, comme on va le voir, le Mexique et le Brésil n'ont fait qu'une brève incursion (dans le discours des économistes) parmi les pays industrialisés puis -qu'ils tendent à être rétrogadés, dans les catégories de la Banque mondiale, au rang des " pays lourdement endettés " : leur dette extérieure constitue un fardeau qui, jusqu'à nouvel ordre, bloque la poursuite du " miracle ", qui d'ailleurs avait déjà trouvé ses limites internes (d'où l'endettement ... ). Seuls les " Quatre Dragons " (70 millions d'habitants) tiennent encore la route de la croissance. On peut ranger à part les cas vraiment très spécifiques de Hong Kong et de Singapour, villes -entrepôts bénéficiant l'une de sa situation géographique (adossée à la Chine populaire) et de son statut de place commerciale et financière hérité de la coloni -sation anglaise, l'autre des politiques de délocalisation menées par les multinationales à la recherche de bas salaires et de régimes stables (57 des 100 premières firmes de Singapour sont filiales de

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multinationales) ; restent Taïwan et la Corée seuls à réellement pouvoir prétendre avoir franchi le pas. La catégories des " NPI " ne semblant décidément pas assez solide, on lui préférera celle de " pays semi-industrialisés " pour désigner le " peloton de tête " des pays du tiers monde.

Outre les pays cités , on peut inclure dans cette catégorie l'Argentine , la Turquie et surtout l'Inde. Il s'agit donc d 'un ensemble de grande importance, dont les membres ont en commun de posséder une bourgeoisie industrielle à part entière et une classe ouvri ère qui occupent une place centrale dans les luttes sociales et politiques (cela ne signifie évidemment pas que la petite paysannerie traditionnelle ou les propriétaires fonciers ne jouent plus de rôle important ; le cas de l'Inde est suffisamment clair à cet égard, si l'on peut dire) . Les circonstances historiques et les stratégies qui ont permis l'industrialisation varient d 'un pays à l'autre et ne constituent pas ici un critère de notre typologie : substitution d'importations à l'occasion de la crise mondiale des années trente et de la guerre (Brésil, Mexique , Argentine) , volontarisme politique planifié après l'indépendance (Inde), substitution d 'exportations dans les années cinquante et soixante (Asie du Sud-Est) ... Le résultat commun est le développement d'un réel marché intérieur pour les produits manufacturés, reposant non seulement sur les classes dominantes mais aussi sur des couches moyennes significatives et incluant parfois même partiellement les salariés urbains. Les paysans, quand ils ne sont pas chassés par la pénétration du capital à la campagne , dépendent du marché pour se procurer leurs moyens de travail et écouler leur production (l'autosubsistance est relativement restreinte). La force de travail salarié elle aussi se reproduit essentiellement gràce au salaire, sans nécessité de contribution externe au rapport salarial : malgré l'armée de réserve toujours importante, la répression politique est indispensable pour limiter la hausse de la valeur de la force de travail : les salaires ne doivent en effet pas augmenter plus que ne le permet la relativement faible productivité des équipements employés si le pays veut rester compétitif et continuer à se procurer les équipements et les technologies sur le marché mondial. Conclusion

La diversité des pays constituant le tiers monde ne peut être évidemment niée. Mais au-delà de cette diversité, il faut savoir reconnaître ce qui fonde l'unité de ces pays , à savoir leur mode d 'insertion dans l'économie capitaliste. Fondamentalement, et malgré la vitrine publicitaire des " Quatre Dragons ", la situation de ce point de vue n'a pas changé : les processus d'industrialisation à l'œuvre dans certains de ces pays sont une réalité, mais il s'agit , à de très rares exceptions près, d'une industrialisation tronquée, déformée, dépendante et fragile , qui n'est pas centrée sur la satisfaction des besoins populaires.

Après la période ouverte aux lendemains du premier choc pétrolier, celle du recyclage des pétro-dollars, les pays du tiers monde ont fourni des débouchés importants à ceux du centre, empêchant ainsi un ralentissement plus sévère de leur croissance. Mais, au début des années quatre-vingt, ils sont entrés globalement dans une nouvelle période , celle de la régression sociale, où, accablés par le poids de la dette, nombre de pays de la périphérie doivent freiner leur croissance et

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consacrer une partie importante de leurs ressources à en payer les intérêts.

Cette montée de l'endettement a fait par ailleurs la démonstration que ces pays, compte tenu de leurs rapports sociaux, ne peuvent tirer partie d'un brusque afflux de financement, qui se transforme rapidement en son contraire, autrement dit en une dette supplémentaire. Cela illustre l'une des ç.ropositions centrales de ce texte: pour comprend ' la nature du sous-développement, il faut combiner les facteurs externes - l'insertion dans le marché mondial - et les facteurs internes - les rapports sociaux.

De la même manière, pour sortir du sous-développement, un pays doit jouer sur ces deux séries de facteurs, et effectuer une double rupture : par rapport à l'économie mondiale capitaliste dans ses relations avec l'extérieur, par rapport aux rapports sociaux capitalistes à l'intérieur.

1. Un recensement complet des articles et des ouvrages parus sur ce thème serait lassant ; parmi les principaux citons P. Bruckner le Sanglot de l'homme blanc, tiers monde, culpabilité, haine de soi, Le Seuil 1983 ; C. Ran· gel, 1 'Occident et le tiers monde, Laffont 1982 (où J.-F. Revel, dans une préface écrite au vitriol, n'hésite pas : "L'objectif du tiers mondisme est de mettre en accusation et si possible de détruire les sociétés développées ") ; et plus récemment G. Sorman , la Nouvelle Rich esse des nations, Fayard 1987; J.-C. Chesnais, la Revanche du tiers monde, Laffont 1987.

2. Citons C. Ominami : "Les clivages traditionnels entre le Nord et le Sud ( ... ) ne sont plus de mise ( ... ). L'effacement de la frontière classique entre le centre et la périphérie relève d'une dynamique que les approches en termes de dépendance ont le plus grand mal à percer. "· Le Tiers Monde dans la crise, La Découverte 1986 p. 185.

3 . Y. Lacoste, l 'Etat du tiers monde, p. 38. 4. A. Gunder Frank , S. Amin, A . Emmanuel, P. Bairoch, C. Furtado, R. Prebisch. comptent parmi les principaux.

5. La théorie des " avantages comparatifs " formulée par Ricardo au début du XIXe siècle. véritable credo des partisans du libre-échange international, prétend montrer comment, si deux pays qui commercent entre eux ont des structures sectorielles de product ivité différentes (c'est-à-dire si les productivités de tous les secteurs d'un pays ne sont pas chacune dans le rnéme rapport avec les productivités des secteurs homologues dans l'autre pay s), l'échange international profitera aux deux partenaires.

6. B. Madœuf, l'Ordre technologique international, notes et études documentaires n° 4641-4642, 1981 .

7. Banque mondiale, Rapport su r le développement dans le monde, 1987, p. 4.

8. Le concept de formation sociale est absolument central pour une théorie marxiste du sous-développement : il désigne la combinaison, spécifique à chaque pays, de modes de production (féodaux, tributaires, asiatiques, communautaires .. . et capitaliste), et les rapports entre les classes sociales qui en découlent.

9. C. Gabriel, Turbulences des matières premières, lnprecor n° 262, 28 mars 1988.

10. J. Humphrey, Condicao operaria e luta de classes no Brasil; o exempta da industria automobilistica, Sao Paulo 1985.

11. Notamment A. Lipietz, Mirages et Miracles, La Découverte 1985.

12. P. Salama, le Procès de sous-développement, Maspero 1972.

13. P. Jacquenot, M. Raffinot, Accumulation et Développement, L'Harmattan 1985.

14. A. Emmanuel, l'Echange inégal, Maspero 1969. 15. voir E . Mandel, le Troisième Age du capitalisme, 10-18 1976. Chapitres 2 et 11 .

16. Comme l'affirme C. Ominami (op. cit., p. 17 ), qui parle de la " cooptation " d'un groupe de pays (Hong Kong, Corée, etc.) parmi les pays du centre, et affirme " qu'il est devenu de moins en moins pertinent de les considérer comme faisant partie du méme ensemble " (p. 186 ), après avoir cependant noté (p. 82), dans une contradiction rien moins que dialectique, que la " logique de la reproduction des relations de subordination l'emporte sur les ava ncées accomplies dans le sens d 'une plus grande autonomie"·

17. A la différence des auteurs cités, nous ne pensons pas possible de parler d'un " Etat anté-capita liste " dans le cas d'une économie coloniale ; il ne paraît pas non plus justifié d'évoquer " une tendance forte à la préseruation des modes de production traditionnels "·

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