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Foulards et laïcité

· Critique communiste, n° 91, décembre 1989 · p. 21-24 · 3 646 mots

L'affaire des foulards dits coraniques pourrait n'être qu'un nouvel épisode de la querelle des «Anciens» et des «Modernes». La passion qu'on y a mise laissant vite place à la dénonciation du dérisoire de l'enjeu. Dernier en date des intervenants, l'inévitable

Alain Touraine, croisé de la modernité incessamment mobilisé, dans le Monde du 23 novembre, a décoché ses quolibets contre les désuètes crispations laïques : ((Mais toute la société française résiste à l'ouverture et au changement et rejette ce qu'elle ressent comme une menace. » Vivent donc les foulards, et pied-de-nez à la laïcité ! Contre ces irresponsables, affirmons que le débat idéologique qui s'est déchaîné à partir de Creil est important. S'il a été d'un haut niveau, c'est qu'il touche à quelque chose d'essentiel : les devenirs mutuels de la jeunesse issue de l'immigration maghrébine et de la société française. Les autres questions- le statut des femmes, la place de l'islam en France, l'école ... -sont à éclairer à partir de ce point de vue. Y compris celle de la laïcité, dont on a tenté de faire croire qu'elle était cause de tout.

L

A LAICITE, coiffée d'un foulard, vient apparemment de connaître un moment de gloire : ne l'a -t-on pas vue être revendiquée de tous bords ? " Laïques ", bien sûr, les clameurs venues de la droite et de l'extrême-droite pour hurler: " Sus aux arabes ! " Héraults de l'offensive du privé contre l'école publique durant les premières années du précédent septennat, voire friands de messes en pompes latines, ceux-là ne rechignent pas aux conversions rapides . " Laïcs ", encore, les protecteurs des petites femmes voilées qui , pour leurs assauts intégristes, en appellent à la " tolérance " de l'école publique. Pauvre laïcité ! Ayant déjà encaissé bien des horions et sortie mal en point de l'empoignade avec le privé, la voici tirée à hue et à dia , déchirée et en lambeaux. Mais, plus gravement, humiliée. Car il y a humiliation lorsque, sur le terrain idéologique, un adversaire cynique triomphe pour avoir retourné contre vous vos propres armes . Pour le lobby du privé , le trait de génie fut de brandir le drapeau de l'école " libre " face à la publique. C'était user au profit d'une école fondamentalement catholique, et subsidiairement patronale, de l'argument de la liberté . Les intégristes musulmans ont parfaitement reçu la leçon qui, aujourd'hui, apostrophent l'école laïque sur son " intolérance ".

Ainsi, coup sur coup , la laïcité s'est trouvée piégée par ses adversaires au nom de ses valeurs. En butte aux attaques du privé, elle s'est vue taxée de refuser la " liberté de choix " aux jeunes et à leurs familles. Confrontée à l'intégrisme religieux, elle se trouve accusée d'ostracisme à l'égard de jeunes filles attachées à leurs pratiques religieuses . D'honnêtes antiracistes dénoncent la crispation sectaire qui l'empêcherait de faire " droit à la différence ". Et, conformément à l'adage " Qui aime bien chàtie bien ! ", la virulence avec laquelle ils fustigent l'école laïque excluante n'a d'égale que la chaleur des louanges qu 'ils adressent à celle-ci pour ses vertus émancipatrices.

Ce sont là des coups de boutoir qui viennent heurter une laïcité vermoulue et minée , qui doute d'elle-même. Le comble étant que, doutant de tout, elle en vient à s'interroger sur la possible légitimité des attaques qu'elle essuie ! D'oû le caractère déstabilisateur de chaque offensive et les capitulations en chaîne qui en résultent ... En fait, on ne saurait sous-estimer les dégàts de la reculade de 1984 et la dégradation profonde qu'elle a entraînée. C'est un désarroi qui appelle la déroute . Les forces censées être laïques ne savent plus oû elles en sont et ce que mot même signifie.

LAICITE ET RELIGION

L'affrontement avec le privé pouvait apparaître biaisé, l'Eglise catholique n'ayant pas trop de peine à se dissimuler derrière l'école dite libre. Cette fois, avec l'affaire des foulards, il s'agit d'un

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SUR LE FOULARD ... choc frontal avec la religion. Car qui pouvait craindre que les intégristes se trouvent isolés et discriminés, parce que musulmans, devrait être rassuré par la cohorte des curés et rabbin s venus prêter main-forte à leurs collègues et clamer en arabe, hébreux et latin la commune exigence que l'école publique s'ouvre aux religions, se fasse davantage tolérante aux différences.. . D'un même élan , ils ont cloué iiU pilori le fanatisme laïque qui prétend bannir des salles de classes les emblèmes cultuels et proscrire le prosélytisme religieux.

Il serait paradoxal que, née du combat contre la religion, la laïcité subisse de la part de celle-ci, animée d'un brutal retour de flamme, l'estocade mortelle. Ne se trouve-t-elle pas déjà accusée d'être elle-même une croyance, sinon une religion, une parmi d'autres, seulement plus sectaire parce qu'hégémonique? Ce n'est plus la laïcité comme principe de séparation des Eglises et de l'Etat, mais la laïcité dénoncée comme " religion d'Etat" !

Se referme alors le piège : face à une droite toujours prompte à pièger la gauche, cette dernière s'avère totalement déboussolée. De ses rangs mêmes on entend expliquer que la laïcité n 'est rien d'autre qu'un système de croyances et de valeurs établies par l'Etat, Etat bourgeois, impérialiste, qui a négocié avec la religion dominante, catholique, un compromis aujourd'hui désuet. On devine qu'il y a toute raison dans ces condition s de soupçonner cette laïcité-là d'un racisme antimusulman latent. Et on comprend pourquoi l'affaire du foulard a pu être perçue comme la foudroyante cristallisation de l'into lérance à l'égard des religions autres que la catholique, et du racisme à l'encontre des immigrés. S'il s'agit là de penchants intrinsèques de la laïc ité fran çaise et bourgeoise, l'amalgame était en effet facile avec des affaires racistes telle celle de Montfermeil. Si la réalité se réduit à cette vision des choses, disons clairement que les apôtres de la " nouvelle laïcité " et autre " laïcité ouverte " sont de ces tièdes dont on sait que Dieu les vomit. Une telle laïcité ne serait pas à rénover, mais à détruire : si elle incline au racisme, mieux va ut tourner la page !

Qu'on puisse, sans grotesque, prétendre que la laïcité est une espèce de religion, avec ses tolérances et son fanatisme, témoigne que les fondements mêmes ont c haviré. Et qu'il convient de rappeler que la laïcité repose sur le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat, celui-ci arrachant l'école des mains de celle-là et renvoyant la religion à la vie privée.

La définition donnée par Renan - " la laïcité, c'est-à-dire l'Etal neutre entre les religions, tolérant pour tous les cultes et forçant l'Eglise à lui obéir sur ce point capital" - indique bien ce qu'il y a de nécessaire contrainte dans la laïcité, puisqu'il convient de forcer à la tolérance des religions par nature intolérantes. Et, surto ut, de les obliger à se cantonner à la sphère privée, elles dont la raison première est de régir chaque minute de la vie des hommes. La laïcité est donc bien le produit d'un combat au cours duquel l'Eg lise catholique fut défaite. Coupable d'avoir lié son sort à l'Ancien rég ime, puis à la monarchie et, plus généralement, à la réaction, elle fut vaincue par une République enfin assurée.

Ce rapport de forces fondateur du compromis laïque est à l'évidence bien effacé dans la conscience collective. Si bien que les maig res concessions faites au catholicisme (la j ournée laissée libre pour le catéch isme, le respect des fêtes religieuses , le poisson le vendredi, et même les aumôneries dans les lycées ... ) sont parfois présentées aujourd'hui comme des preuves d'une présence du catholicisme dans l'école publique qui, pour être discrète, n'en serait pas moins hégémonique. En oubliant que bien des réalités d'origine catholiq ue (les fêtes par exemple) sont de fait banalisées, sinon laïcisées, da ns un ensemble plus cult urel que proprement religieux. Et que, sans heurts, les aumôneries ont pu disparaître, des congés officialisés pour d'autres fêtes que catholiques, l'impureté du porc aux yeux des musulmans reconnue... Sans nier la présence insidieuse du catholicisme dans l'école et le caractère irritant de sa fausse humilité, il conviendrait de garder le sens de la m esure et constater que la " laïcité à la frança ise " est la seule en Europe à avoir opéré une si tran ch ante séparation avec l'Eglise. C'est là le résultat de puissantes luttes politiques dont on aurait tort de perdre la mémoire. De même qu'il faut se souvenir que les véritables concessions vinrent plus tard, de la part des gouvernements de droite, lorsque fut instauré un véritable dualisme scolaire : les fonds publics subventionnant des écoles confessionnelles éri -gées en concurrentes directes du système public. Un dualisme conforté par la défaite laïque de 1984 et utilisé co mme facteur de désagrégation de l'école publique.

En réalité, le vrai problème concerne plutôt l'autre face du compromis, qui est d'avoir été dicté par l'Etat répu blicain. Les laïcs inconditionnels, dont nous ne saurio ns être, ont en ce sens raison de dire que, lorsque la laïcité se trouve attaquée, c'est la République qui est menacée. Reste que cet Etat, en effet, pour républica in qu'il soit , est bourgeois et impérialiste. La violence (fort modérée) dont il fit montre à l'égard de l'Eglise s'est déchaînée avec une autre brutalité contre les minorités nationales qu'il a fallu contra indre (en particulier par l'école) à s'assimiler au modèle établi depuis Paris par la bourgeoisie, et contre les peuples dominés pliés (aussi par l'école) sous le j oug de la culture française, occidentale, blanc he et colonialiste.

Ses origines expliquent que la laïcité peut être mise en question et sur sa droite (au nom de la

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réaffirmation nécessaire des religions et des va -leurs d'ordre do nt elles sont porteuses) et de sa gauche (sur la base de la dénonciation de l'ordre impérialiste qui l:.a fondée) .

LA PREUVE PAR L'ISLAM L'affaire du foulard révèle le défi lancé par l'intégrisme musulman qui est d'invalider le compromi s laïque sur lequel est fondée l'école publi -que. En exploitant la double faiblesse de celui-ci : d'une part, négocié entre l'Eglise catholique et l'Etat fran ça is, il ne saurait concerner l'islam ; d'autre part, il apparaît entaché d'un nationalisme dominateur à l'égard d'une immigration issue des pays anciennement colonisés et toujours dominés par l'Occident impérialiste.

Le sociologue Bruno Etienne, dans son livre la France et l 'Islam, systématise cette approche: "Autrement dit, l'islam français en France pose le problème des limites réelles du concept de laïcité, la fragilité d e son universa lité parce qu'il pose la question de la remise en ca use de ses fondements "occid entaux "' . " "La limite de l 'interculturel, voire son échec, tient à l 'imp licite de l 'éco le républicaine: seul le catéchisme républicain est légitim e; or il est français dans le texte 2 . "

L'universalisation possible du concept de laïcité se trouverait donc doublement récusée . D'a bord par les musulmans : "Les musulmans, exception (ai te d e ceux qui ont été form és dans la mouvan ce de l 'éco le frança ise, ne considèrent pas la laïcité comme un concept universel. Encore moins considèrent-ils comme pertinente l 'oppos ition des sph ères privée et publique, religieuse et laïqu e 3 "D'autre part, par les antiracistes fran ça is non victimes des préjugés chrétiens : "Les règles du droit privé français, derrière une apparence générale et impersonnelle, structurent une société privée en {ait essentiellement chrétienne pour ce qui concern e les rapports hommes-femmes-enfants et l 'appropriation des biens 4 • "

Considérer que la libération des femmes et le respect de l'autonomie des enfants, loin d'être des conquêtes fragiles et inachevées , gagnées de haute lutte contre une religion protectrice du pouvoir mâle, ne sont que l'héritage de la tradition chrétienne ne va évidemment pas sans grandes conséquences. Et Bruno Etienne de conclure : "Il m'apparaît donc qu e la laïcité à la fran ça ise est un accident de l 'histoire 5 . " Celle-ci , en effet, s'avérerait inapte à répondre au seul problème qui vaille : l'acceptation de l'islam en tant que tel , par l'intég ration de sa spécificité sous le signe du droit à la différence .

Si le mouvement ouvrier, et plus généralement démocratique, se laisse convaincre par une telle analyse, il est clair que la laïcité a vécu. Puisque, sous peine de sombrer dans l'ethnocentrisme , voire le racisme, il convient de prendre la " réalité islamique " comme un tout indissociable et dont toutes les dimensions sont à ce titre respectables . La laïcité se trouverait alors discréditée et désagrégée de l'intérieur. Ce sont les prémices d'une telle situation qu'on a pu observer sur la question du tchador lorsque les forces censées porter les valeurs laïques , minées de mauvaise conscience et frappées de désarroi, se sont fragmentées.

ACTUALITE DE LA LAICITE

Le foulard dit coranique réactual ise la vieille question de savoir s'il faut dissocier l'éducation de la religion. Bruno Etienne use d'un argument qu'il pense définitif : puisque , pour un musulman, "il n'y a pas d 'Eglise ( ... ) ni d'Etat"· "l'universalité" de la définition donnée par Renan qu'à sa suite nous citions plus haut serait " ici prise en dé(aut 6 "·

L'absence d'une " Eglise " et d'un " clergé " n'a pas empêché tel ou tel courant fondamentaliste d'imposer ses vues - voire de constituer un " Etat islilmique " -et ne saurait nous interdire de porter un jugement sur ce que sont ses visées politiques et sociales. Le fait que, à l'inverse, la laïcité n'est en rien la garantie du respect des libertés et d'un progressisme absolu ne saurait non plus justifier un renvoi dos-à-dos et la confusion des genres. La séparation des Eglises et de l'Etat et la laïcité de l'enseignement constituent des exigences minimales que les démocrates et, a fortiori, le mouvement ouvrier se doivent de défendre bec et ongles .

Rappelons le célèbre exorde de Marx : " Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux aussi bien que corporels, sans que la police y fourre son nez. Mais le Parti ouvrier devait à cette occasion exprimer sa conviction que la liberté de conscience bourgeoise n'est rien d e plus que la tolérance d e toutes les sortes possibles de liberté d e conscience religieuse et que, pour sa part, il s'efforce plutôt de libérer les consciences de la hantise religieuse 7 • "

Comment ne pas voir que, fondamentalement, la signification politique de l'a ffaire de Creil n'est pas la prétendue exclusion de trois fillettes de l'école, mais la volonté d'un groupe intégriste de faire reconnaître son droit à transgresser les lois républicaines au profit de règles communautaires. Or, ces lois, malgré leurs limites et leurs hypocrisies liées à leur nature bourgeoise, sont porteuses d'acquis progressistes en ce qui concerne le statut des femmes, les droits des enfants par rapport à leurs familles, le contenu de l'enseignement dispensé .. . Elles ne peuvent être impunément réduites et dénoncées comme insidieusement catholiques. Ce qui reviendrait tout simplement à escamoter le conflit qui a divisé la bourgeoisie , et dans

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SUR LE FOULARD ... 1. Bruno Etienne, /a France et l'Islam, Hachette, 1989, p. 202203. 2. Id., ibid. , p. 197. 3. Id., ibid., p. 205. 4. Id., ibid., p. 222. 5. Id., ibid., p. 21 O. 6. Id. , ibid. , p. 206. 7. Karl Marx, "Critique du programme du Parti ouvrier allemand", Œuvres, La Pléiade, t. 1, p. 1432. 8. cf. : " L'intégration fonctionnelle des ''Arabo-Maghrébins" et des jeunes mal scolarisés implique la resocialisation des enseignants( ... ), mais aussi la modulation - à inventer - de l'incroyable rigidité du code scolaire français qui produit un exceptionnel renversement des responsabilités conduisant à la forclusion du social. " (Bruno Etienne, ibid., p. 194.) 9. René Gallissot, Misére de l'antiracisme, Arcantére, 1985.

lequel le mouvement ouvrier fut partie prenante de façon décisive, dont est né le compromis laïque. D e même, il n'est guère responsable de réduire les soucis des enseignants à un prétendu corporatisme teinté de laïcisme borné qui les rendrait incapables d'appréhender ce fait massif que constitue la présen ce de l'islam dans la société fran ça ise 8 .

Le débat autour du foulard souligne avec force la contradiction qu'il y aurait pour les antiracistes à soutenir à la fois le rôle émancipateur de l'école publique, en particulier pour les jeunes musulmanes (qui justifie la réaction indignée aux " exclusions " ), et la caution donnée à ceux qui prônent l'acceptation par cette même école des " spécificités islamiques " , dont le port du voile aujourd'hui et, demain, la mise en cause de la mixité et de l'enseignement de diverses disciplines ...

LAI CITE

ET« DROIT A LA DIFFERENCE » Le problème n 'est certes pas, au nom de la laïcité, de défendre l'école telle qu'elle est, mais de décider si ce qu'elle est appelée à devenir se fera sur la base de la négation de la laïcité ou de son dépassement. En d'autres termes, la laïcité ne m érite d 'être défendue que dans la mesure o ù , au regard des droits de l'homme - et des femm es ! -, du respect de la liberté des enfants et, plus généralement, de l'égalité, elle apparaît porteuse d'une " force impulsive " positive, capable de favoriser l'universalisation des acquis progressistes, legs des révolutions bourgeoises et du combat ouvrier, et de dessiner la perspective du dépassement de ses limites bourgeoises.

Le modèle préconisé par Bruno Etienne, visant à combiner intégration et droit à la différence, se présente comme statique : il s'agit de modeler la réalité de la société et de l'école pour que le fa it islamique, jugé comme un tout irréductible, puisse s'y inscrire. C'est nier les dynamiques à l'œuvre. D'abord, celles, complices, des intégristes et des ra cistes qui se rejoignent dans le même jugem ent de l'irrédu ctibilité de la réalité musulmane dans la société frança ise. Cette valorisation du fait religieux, si elle conduit les antiracistes à prôner l'intégration dans le respect des " différences ", autorise les racistes à préconiser le rejet. Craignons le pire de cet inquiétant jeu de miroirs : que les racistes en sortent vainqueurs !

Or, fondamentalement, ces dynamiques -là répondent à cette autre des jeunes issus de l'immig ration, qui est de fusion de la j eunesse de ce pays. René Gallissot écrit : "Linguistiquement, cultu rellement et juridiquement par la possession de la citoyenneté française, les immigrés sont p lus indiscernables [que l'immigration de l'entre deux-guerres] ; c'est ce qui explique peut-être que l 'exclusion devienne raciale. Si l'on se situe dans les jeunes générations, la distance culturelle n 'existe pas entre j eunes Maghrébins et autres j eunes que l'on voudrait distinguer; tout au contraire, c ·est la prox imité et la sim ilitude qui portent cettejeunesse. ( ... )Seul demeurerait l'argument de l 'islam mais, outre que la p ratique religieuse est loin d 'être ce qu e l 'on imagine, cette assignation appa rtien t à la fois à l 'héritage colonial et au racism e actuel qui fonctionne en racisme culturel, a u préjugé de la distance culturelle 9 • "

C'est parce que cette tendance est t ran sformatrice de la société qu 'elle est com battue par des forces issues d 'horizons divers, au x soucis contraires, qui objectivement jo ignent leurs efforts pour créer une séparation nouvelle en soulignant la différence religieuse. Pour agir à l'inverse , il convient de ne prôner ni l'assimilatio n, qui peut être comprise comme la volonté d'imposer l'alignement sur le modèle dominant sous peine d'exclu sion , ni l'" intégration " en termes de ju xtapositio n de " différences " qui , dans les faits, quelles que soient les bonnes intentions, pourrait figer les inégalités, voire les accentuer. C'est l'exigence de l'égalité des droits q ui constitue la véritable répon se, s'adressant à celles et ceux qui, tout en voulant co nserver leur nationalité, do ivent avoir droit à la citoyen neté fran çaise ( le droit de vote à toutes les élection s étant de ce point de vue autrem ent sig nificatif que le " d roit " au port du voile en classe! ), aussi bien qu'aux nationaux frança is pour qui le droit (et, pour nous, le devoir) est de combattre contre toutes les discriminations, toutes les in égalités dont ils sont victimes, dans et ho rs de l'éco le.

La laïc ité est si mal en point qu 'il y a quelque excès à estimer que c'est d'elle que proviendrait l'ouverture des hostilités. Elle se trouve soumise à la concurrence de systèmes parallèles, confessionnels et patronau x, en butte aux exigences des Eglises, dissociée de l'intérieur par l'écart béant entre les principes affichés et les réalités vécues : d 'un côté l'école pour t outes et to us et, de l'a utre, les inégalités reproduites, la loi de la concurrence et le règne de l'argent ; la neutralité revendiquée, m ais la perméabilité aux influences religieuses et le patronat installé en m aître omnipuissant ...

La relance de la laïcité ne saurait se limiter à la nécessaire réaffirmation de la m ise à dista nce des Eglises, parce que celle-ci, on ne le voit que trop bien dans les conditions concrètes présentes, ne relève pas d'abord de l'a nticléricalisme m ais de la lutte pour l'éga lité ... Ce qui suppose de l'étayer à une d y namique ém ancipatrice débordant et des questions religieuses et du cadre strict de l'école. Si la laïcité ne saurait ètre excluante pa r rapport aux " autres ", c'est qu'elle appelle une école elle m ême autre, pa rce que dans et pour une société nouvelle.

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