Les foulards dits islamiques viennent de
A secouer la société
U -DELA DU DEBAT sur la laïcité qu'elle a française, suscitant un suscité, l'affaire des foulards islamiques débat idéologique pose aujourd'hui un problème plus fondacomme on n'en a mental, celui de l'intégration des immigré(e)s.
connu de longtemps
Sous couvert de défense d'une laïcité qui devient sa propre finalité, un certain nombre de discours dans ce pays.
ont en effet développé une logique assimilation-
Critique communiste, à niste extrêmement inquiétante, parfaitement illusson tour, s'engage trée par la déclaration d'André Deschamps , maire dans cette réflexion communiste de Clichy-sous-Bois, qui explique importante, avec que "1 'intégration, ce n'est pas le voile, la gandoura ou le boubou. f'vlais, que tous ces Arabes, différents articles ;
ces Noirs el ces Asiatiques soient en cos/umedont chacun cravate ou en jeans "• parce que c'est "comme reconnaitra qu'ils cela qu'il a envie de les voir dans la rue" ! On est re/évent de positions passé du " droit à la différence " -qui avait différentes.
évolué à travers les luttes pour l'égalité en un
"droil à la ressemblance quelles que soient nos
Nous avons sollicité différences " - au " devoir de ressemblance " . Le des intervenants droit est devenu devoir. La tolérance s'est transextérieurs. Mohamed form ée en répression . On voudrait bien des Ara-
Harbi a accepté de bes, à condition qu'ils renient leur cu lture, qu'ils nous donner une intègrent nos valeurs et qu'ils ne se fassent pas remarquer.
contribution, qu'il en
Dans cet ordre d 'idées, on va prochainement soit chaleureusement construire à Marmande une mosquée sans minaremercié. Les autres ret, couverte de tuiles du pays, car, comme l'a textes ne nous étant précisé l'attaché parlementa ire du député-maire parvenus dans les de la ville, Gérard Gouze, membre du Parti socia - liste, " les minarets ne font pas partie de notre délais impartis, nous héritage cu /lure/"· Nous n'entendons pas défenles publierons dre un quelconque culte de la différence ou de la ultérieurement.
perpétuation de l'identité cu lturelle par-delà les
Enfin, au sein du générations. Mais nous ne sa urions admettre comité central de la qu'on exige d 'une population qu'elle montre patte blanche, qu'elle s'auto-assimile, pour prouver sa
LCR, trois positions se volonté d'intégration et bénéficier d es mèmes sont confrontées. On droits que les nationaux.
en trouvera l'écho en
Quelles valeurs universelles de la société franfin de cette série ça ise leur demanderait-on de partager? Celles de d'articles.
monseigneur Lefebvre , qui proclame du fond de son séminaire que " les musulmans ne peuvent être catholiques el qu'ils ne peuvent donc être vraiment français "• en concluant que " le mieux pour eux serail q u 'ils rentrent chez eux "? Celles d e monsieur Pasqua qui ne rève que de charters et d 'immigrés en partance, ou celles de Joël
Batteux, maire socialiste de Saint-Nazaire, qu i déclarait le 27 octobre que " les gens qui re(usenl à la (ois la Constitution laïque el la scolarité obligatoire refusent le système français. A ce tilre, je me pose la question de savoir si, ces gens-/à, il faut les conserver sur le territoire national "?
Pourquoi demanderait-on aux immigrés de souscrire à des valeurs qui ne sont nullement celles d 'une société française ho mogène et mythique, mais celles de la classe dominante, de la bourgeoisie nationa le? De quel droit leur proposerait-on de se renier eux-mêmes pour leur imposer les valeurs de ceux qui hier les ont colon isés et qui aujourd'hui les exploitent et leur refusent l'égalité des droits?
On intègre apparemment plus facilement en France les capitaux que les travailleurs. Depuis le premier choc pétrolier, la part des industries étrangères implantées en France s'est, en effet, régulièrement accrue. Nul ne s'étonne alors de la libre circulation de ces capitaux ni du pouvoir que détiennent leurs détenteurs qui votent dans les conseils d 'administration d 'organismes industriels. Nul ne s'indigne du libre exercice du pouvoir économique et hautement politique des décideurs des grandes sociétés multinationales. Comme toujours, les frontières, les discriminations, au-delà des prétextes, sont des frontières de classe.
"La patrie d'un homme libre est ouverte à lous les hommes de la terre "• disait déjà il y a deux cents ans Saint-Just.
Présentant comme contradictoires les intérêts des travailleurs français et des immigrés, le chauvinisme servit pourtant dans les organisations ouvrières. Ces dernières années, avec le développement de la crise capitaliste et la mise au chômage de millions de travailleurs, les directions ouvrières n'ont pas hésité à jouer la carte de la préférence nationale et à cautionner des mesures de mise au chômage ou d'incitation au retour visant des travail leurs immigrés vivant en France, parfois avec leur famille et souvent depuis de nombreuses années. En 1983-1984, les socialistes allèrent même jusqu'à désigner les immigrés comme boucs-émissaires de la c rise, le tout ac -compagné d'anathèmes racistes, lorsque ces travailleurs défendaient leur emplo i co mme aux usines Talbot en 1984. Le racisme a ainsi servi de frein à la j onction entre c lasses ouvrières autoc htone et immigrée, alors que cel les -c i ont fondamentalement les mêmes intérêts à défendre co ntre les patrons.
Evidemment, les capitalistes jouent sur cette mise en concurrence des travailleurs étrangers, qui ne bénéficient ni des mêmes droits politiques ni des rnêrnes acquis sociaux. C'est pourquoi l'intégration ne se pose pas en termes de partage de valeurs consensuelles et interclassistes, mais en termes d 'égalité des droits. Le droit à l'insertio n des générations issues de l'immigration est inséparable de la reconnaissance des droits des commu nautés im migrées elles-mêmes. Car la possibilité réelle de l'exercice des droits acquis par un jeune Français d'origine étrangère est aussi garantie par les droits acquis par les comm unautés d'origine.
Les populations d'origine étrangère qui vivent et travaillent en France doivent par leur présence avoir les mêmes droits que les travailleurs frança is. Cette égalité ne peut être conditionnelle et liée à tel ou tel degré d'assimilation aux valeurs dominantes. L'ATI1TUDE DES SOCIALISTES
Dans le discours du PS, il a souvent été difficile de distinguer intégration et assimilation.
Dans un texte préparatoire à la convention socialiste de janvier 1988, on pouvait lire : " La seule voie pour l 'immigration est l'intégration, non par la négation des cu llures d'origine mais par leur transformation a u con tact d e notre cu lture nationale. " Ce qui revient tout de m ême à dire qu'il y a, dans cette " cu lture nationale ", un certa in nombre de valeurs à caractère universel qui devraient nécessa irement imprégner les populations immigrées, ce qui, ainsi que nous l'avons vu p lus haut, est extrêmement discutable. On se pose d'autant plus de questions en entendant Jean Poperen et Charles Hernu déclarer, en avril 1988, que le droit de vote aux élections locales "pourrait nuire au processus d'intégration "· Cette position d'exclusion , qui subordonne en fait l'égalité des droits à la nationalité, ne fait pas l'unanimité dans le Parti socialiste.
En septembre 1989, Mauroy, qui en 1983 avait pris à partie les travailleurs immigrés de Talbot dénonçant l'attentisme de son parti, se déclarait très explicitement partisan du droit de vote aux élections locales, s'étonnant qu'on ait "repoussé à une date indétermin ée le droit de vote des étrangers "· Quelque temps après, Lionel Jospin réintervenait sur le même thème, expliq uant que les socia listes "devaient promouvoir le droit de vote aux élections loca les "· Georgina Dufoix considérait déjà, en mai 1987, que "le droit de vole était la meilleure façon d'insérer les immigrés " mais, ajoutait-elle, rejoignant en cela les récentes déclarations de Rocard, " il n 'est pas questio n de l 'imposer à la communauté française"· Un pharisianisme qui semble particulièrement répandu à la direction du Parti socialiste, puisqu'avant Michel Rocard, Mitterrand, dans sa " Lettre aux França is " d'avril 1988, nous avait benoîtement expliqué qu'il était pour le droit de vote des immigrés aux élections locales, mais que malheureusement il n'était pas suivi par l'opinion publique. Beau concert de tartufes dans lequel les problèmes de l'imiT'igration servent souvent de prétexte pour marquer des points contre les autres courants dans la perspective du prochain congrès.
M êm e si, au sein du PS, on constate actuellem ent un certa in nombre d'évolutions en ce qui concerne l'égalité des droits, il est clair que pour la majorité des responsables socialistes l'intégration passe en fait uniquement par le choix de la nationalité française.
Ils sont plus enclins en paroles à faciliter l'accès à la nationalité française qu'à concevoir une législation où les droits ne dépendraient nullement de la nationalité. Pourtant, depuis quelques années, à travers les luttes antiracistes et un certain nombre de campagnes telle "89 pour l'égalité "• la notion d 'éga lité des droits a largement pro -gressé dans notre société.
Dans cette affaire, d 'a illeurs, il semble que le Parti communiste ait beaucoup de mal à concilier son chauvinisme type " produisons frança is " et les sentiments plutôt internationalistes de nombre de ses militants. D 'où une alternance d'initiatives totalem ent contradictoires. Difficile de s'y recon -naître entre les opérations coup de poing de la Jeunesse communiste à Roissy contre les expulsions et les déclarations du maire de Clichy qui "comprend" son collègue raciste de Montfermeil, entre la destruction à coups de bulldozer d'un foyer d'immigrés, il y a quelques années à Vitry, et l'actuel positionnement du PC pour l'égalité des droits et des devoirs.
L'accès à la nationalité française doit être un droit. Pourtant, malgré les promesses d'Evin, en janvier 1989, il est toujours aussi difficile de l'obtenir, alors que cela devrait pouvoir se faire sur simple déclaration . Mais la France, " club privé ", se réserve le droit de sélectionner sa clientèle. Pour Michel Hannoun, député RPR " libéral " et auteur d'un rapport sur l'immigration, il faut en effet montrer patte blanche : " Il ne saura it y avoir de droit à la natura lisa tion "• écrit-il en précisant même que " celte procédure doit reposer sur une appréciation liée à la souveraineté de l'Etat français "· Le droit à la naturalisation ne doit évidemment pas être utilisé comme prétexte pour exclure de l'égalité ceux des immigrés qui, par espoir de retour, peur de l'assimilation ou tout simplement attachement à leur nationalité d'origine , ne désirent pas devenir frança is. Il importe de combattre toute attaque contre le Code de la nationalité et toute remise en cause du jus soli qui, en déclarant français l'enfant né en France indépendamment de la nationalité de ses parents, est un élément de l'intégration de la jeunesse immigrée, par l'égalité de droits qui en résulte.
A lors que nombre d'immigrés ont été contraints à la clandestinité par la loi Pasqua sur l'entrée et le séjour- et le sont encore par certaines dispositions discriminatoires de la loi Joxe ou des circulaires Dufoix sur le regroupement familial-, il est injuste d'associer intégration et régularité du séjour. Alors que les préfectures ont été et sont toujours des machines à fabriquer des clandestin s, comment peut-on écrire co mme Mic hel Hannoun que l'intégration est réservée aux " immigrés en situation régulière ", qui sont pré -sents depuis longtemps et désirent demeurer en France. Y aurait-il des " bons " immigrés qu'il
SUR LE FOULARD ... faudrait intégrer, et des " mauvais clandestins " et " fau x d emandeurs d'asile " qu'il faudrait pourchasser et expulser?
Nous refusons l'intégration version Mitterrand qui , en avril 1988, déclarait : "L 'éga lité d es droits est tout simplem ent liée à l 'égalité d es devoirs. " Comment peut-on oser rappeler à leurs " devoirs " ceux qui n'ont aucun droit et subissent les pires discriminations ! Leur seul " devoir " n'est-il pas, avec le soutien des travailleurs français, de lutter contre l'exploitation et les exclusions racistes. L'exigence d'intégration ne peut exiger un effort réciproque. Nous n'avons pas à demander à ceux que nous avons fait venir pour satisfaire aux besoins de notre économie de " faire un effort pour s'intégrer à la société fran ç aise ".
L'intégration nécessite des mesures spécifiques, contrairement à ce qu 'explique Claude Evin , qui considère qu'elle passera par des mesures globales contre les exclusions et que " la priorité n 'est pas d e créer d es droits nouveaux pour les étrangers "· Heureusement qu'il a par ailleurs déclaré que "l e gouvernement {ait tout pour [la] réussir " !
SOS-Racisme , qui depuis plusieurs années avançait le mot d 'ordre d'intégration sans en définir explicitement le contenu, semble avoir évolué dans ce domaine d 'une façon positive. L'intégration, cru SOS 1989, passe par l'égalité des droits et le droit de vote aux élections locales.
En dehors de l'extrême-droite et des secteurs les plus réactionnaires de la bourgeoisie qui ne " digèrent " les immigrés que sous une forme intégralement assimilée, plus personne actuellement n 'ose parler ouvertement d 'assimilation. En revan c he , ainsi que nous l'avons vu plus haut, on assiste à une recrudescen ce de discours cryptoassimilationnistes qui , sous couvert d'intégration , développent des projets d '" intégration sélection " qui fonctionnent selon une mème logique de normalisation de l'immigration.
A cela , nous opposons une " intégration égalité " , c'est-à-dire un outil de lutte contre les discriminations de toutes sortes qui empêchent les travailleurs immigrés et les jeunes issus de l'immigration d 'acquérir de nouveaux droits, voire tout simplement d 'utiliser ceux dont ils disposent formellement et non réellement . Qui peut nier qu 'une jeune Beur née en France et de nationalité fran ç aise et, donc, en principe " égale " vit quotidiennement dans un univers de discriminations. L'" intégration égalité " devient ainsi une arme contre les racismes avoués, répertoriés , mais aussi contre le racisme honteux, clandest in en quelque sorte, qui pèse si lourd. Les tartufes qui parlent d'intégration , tout en encourageant les discriminations, sont ainsi débusqués.
Nous tenons aussi compte de l'évolution du débat dans le mouvement antiraciste et dans l'immigration. Il est indéniable que le mot d'intégration a longtemps provoqué un malaise par son interprétation assimilationniste ou mème parce qu 'il sous-entendait que le problème du racisme en France était finalement résiduel, lié aux spasmes de la " digestion " des immigrés et particulièrement des immigrés arabes. Il y avait donc là une sorte de renvoi ou de partage des responsabilités entre racisme et particularisme immigré. Or, rien n'est plus faux. L'intégration de toute population immigrée a toujours été liée à un affrontement politique profond, ainsi que le démontre entre autres le livre d'Olivier Milza , les Français devant l 'immigration (éditions Complexe).
Des Italiens aux Polonais, et mème des Bretons aux Juifs, on retrouve des problèmes et des batailles similaires. On comprend donc les réticences qui s'exprimaient parfois contrad ictoi rement: " On est déjà intégrés, que nous vou lez -vous? Nous ne voulons pas d'examen d'entrée ... Acceptez-nous comme nous sommes, sinon tant pis ... Nous ne sommes pas un " problème" ou une nourriture extraordinaire qu'il faudrait ingérer, intégrer, digérer. .. " En somme, ceci exprime une résistance juste à l'exigence d'assimilation individuelle ou à l'esprit de tri entre bons et mauvais immigrés, notions totalement incompatibles avec l'exigence d'égalité des droits.
Ce débat a évolué sous l'impact des mobilisations de masse des travailleurs immigrés pour leurs droits et l'irruptio n de la jeunesse issue de l'immigration dans la lutte contre le racisme. Ce tournant est symbolisé par l'appellation " Première marche pour l'égalité " qui a suscité une fantastique mobilisation et bouleversé de fond en comble les perspectives de la lutte antiraciste. La bataille pour l'égalité des droits s'est imposée comme acquis du mouvement antiraciste au prix d'un certain nombre d 'affrontements politiques et malgré diverses tentatives d'affadissement.
Mais ce socle unitaire est un progrès qui permet de donner un autre contenu à l'intégra -tion. Aux pseudo-valeurs civilisatrices de la France, nous opposons les acquis démocratiques conquis en France par les luttes du mouvement ouvrier ; il est évident que ceux qui constituent aujourd'hui la fraction la plus opprimée et la plus durement exploitée de la classe ouvrière doivent en bénéficier. C'est pourquoi la seu le revendica -tion légitime en ce domaine est l'égalité des droits, entre ceux qui sont unis par les mèmes intérêts de classe, les travailleurs français et immigrés.