A PROFONDEUR de la crise du mouvement syndical interroge sur les possibilités d'un retournement de situation. S'agit-il d'un affaiblissement durable, mais réversible? Ou le mouvement syndical a-t-il amorcé un déclin historique de sa fonction traditionnelle ?
Jacques Capdevielle formule ainsi les questions : " La crise est évidente. Le diagnostic sur sa portée et sur les remèdes adaptés l 'est moins. Crise provisoire liée à la conjoncture économique et à la menace du chômage ? Crise passagère résultant du trouble des militants confrontés pour la première fois depuis longtemps à un pouvoir de gauche ? Crise structurelle liée à la restructuration du capital et aux modifications du travail ? Crise mortelle face à un embourgeoisement et à un individualisme irréversibles des travailleurs ? Rc:jet d'organisations trop politisées, inadaptées à une société de plus en plus consensuelle, comme l'affirme François de Closets ? il 1
QUELQUES POINTS DE VUE Les réponses sont diverses. René Mouriaux plaide pour la prudence : "Le syndicalisme français a connu des hauts, 1920, 1936, 1944, et des bas considérables, comme aujourd'hui. Mais on ne peut tirer à chaque creux de la vague l'idée selon laquelle il s'agit de l'amorce d'un dépérissement. il 2 Pour Mouriaux, le mouvement syndical est confronté à un triple défi : démontrer son efficacité en dépit de la crise, surmonter sa division, offrir des réponses au niveau international.
A l'opposé, Pierre Rosanvallon diagnostique une mutation définitive du syndicalisme, dont la fonction de représentant et d'organisateur collectif s'effacerait derrière celle d'agence sociale (c'est-à-dire de " fonctionnaire du social "). Et d'envisager l'hypothèse d'un syndicalisme sans adhérents : " L'adhérent a en effet déjà cessé d e jouer un rôle déterminant dans le phénomème syndical. Un d egré zéro de l'adhésion ne ferait que radicaliser cet état de fait. Il clarifierait même les choses en obligeant à repenser l 'essence du syndicalisme, alors que la tentation reste grande d'esquiver la question. Dans la perspective d 'une disparition des adhérents, la forme syndicale tendrait à se confondre avec La forme politique, seul le domaine d'intervention de chacune d'entre elles les distinguant. La légitimité syndicale deviendrait, comme celle des partis, d'essence purement électorale. " 3
La plupart des études relatives à la crise du syndicalisme mettent en relief les mêmes causes .
François Weiss en retient cinq : la crise économique, l'institutionnalisation des syndicats, les changements intervenus dans le monde "ouvrier "• l'expérience de la gauche au pouvoir, et la crise du militantisme. 4
Henri Lasserre énumère les " principales hypothèses explicatives ", en ces termes : l'impact de la crise économique, l'hypothèse de la fin du mouvement ouvrier, la montée de l'individualisme, la thèse de l'institutionnalisation du syndicalisme, les nouvelles stratégies sociales du patronat. 5
Une commission du Commissariat général au plan " sans faire une analyse détaillée des facteurs de la désyndicalisation "énonce ceux-ci: les licenciements massifs dans les industries de base, la régression des catégories ouvrières d'implantation traditionnelle, la baisse relative du poids des grandes entreprises, la diversification des statuts (CDD , intérim, temps partiel ... ), le ralentissement de la croissance et la réorganisation du travail. 6
Hubert Landier commence par énumérer les causes internationales de la désyndicalisation. " Parm i celles-ci, le déplacement de certains centres de décision à un niveau inaccessible aux syndicats, les transformations en cours dans la composition de la population active, l 'évolution des mentalités comme celle, dans certains pays, des méthodes de gestion sociale. Parmi les causes spécifiques à la France, l 'émiettement de l'échiquier syndical, une excessive politisation de certaines centrales, un manque de moyens matériels qui interdit aux organisations syndicales de proposer à leurs adhérents les services qui pourraient justifier leur adhésion. il 7
Pour Michèle Millet et Jean-Pol Roulleau, le syndicalisme français est confronté à cinq obstacles : la crise économique, l'évolution des mentalités, l'éclatement de la classe ouvrière, l'institutionnalisation et l'initiative patronale dans le champ du social. 8
Serge Volkoff remonte le temps pour chercher les raisons de la crise, qu'il ne réduit pas à ses causes objectives. "Ne doit-on pas plutôt, en France, interroger les failles, les impasses, dans les orientations et les pratiques syndicales, dès les années d e croissance, même si les effets ne sont apparus que plus tard ? Quel bilan tire-t-on des négociations de Grenelle en 1968, et des pressions politiques qui les ont entourées? Comment juge-t-on après coup l 'engagement
des deux principales confédérations dans l 'appui au programme commun ? Les syndicats ont-ils su, à cette époque, reprendre à leur compte les aspirations d es femmes, celles des immigrés, ou celles de tout un chacun à vivre et travailler autrement ? Ont-ils su établir une stratégie pour faire face aux premiers signes d'un accroissement du chômage? On pourrait encore évoquer les grèves parachutées, les prises de position douteuses sur les questions internationales, la floraison des permanents ou des experts, le jargonnage de la propagande. .. Et bien sûr, liées à ces défaillances stratégiques, et amplifiant souvent leur portée, les conséquences désastreuses de la désunion, dont on ne dira jamais assez le tort qu'elle a fait, qu'elle fait encore, à la crédibilité des syndicats, à leur capacité de conviction et d'initiative. " 9
DES ÉLÉMENTS DE MÉTHODE La lecture de ces contributions d'origines idéologiques diverses aide à définir des éléments de méthode.
Be Plusieurs facteurs de crise sont repris par tous les auteurs. Mais, il ne suffit pas d'aligner ces facteurs pour établir un diagnostic. La juxtaposition des causes possibles ou probables dessine un repère à plusieurs dimensions : elle ne fournit pas encore une analyse concrète . Hiérarchiser l'importance des facteurs , reconstituer leur combinaison propre à chaque pays, l'analyse commence là .
Parmi les facteurs de crise souvent invoqués, la plupart sont à l'œuvre dans d'autres Etats comparables à la France, mais n'y ont pas de conséquences aussi dévastatrices. Les mêmes causes ne produisent pas ipso facto les mêmes effets. C'est qu'elles ne peuvent pas être isolées de leur contexte. La référence à d'autres situations historiques et à d'autres situations nationales comparables est donc indispensable pour se prémunir contre les généralisations hâtives.
Be Il est vain de dissocier les racines de la crise, selon qu'elles seraient objectives ou subjectives. Elles sont les deux indissociablement. Invoquer l'orientation des confédérations ne peut suffire à rendre compte de leur crise : pourquoi des orientations différentes produisent-elles des résultats également négatifs ? Pourquoi des orientations identiques ou comparables n'ont-elles pas entraîné les mêmes effets en d 'autres lieux, en d'autres temps ? En revanche, les syndicats sont des organismes vivants, qui réagissent, s'orientent et sont jugés sur des pratiques et des discours. Sauf à admettre que les syndicats sont les jouets des conjonctures, leur politique générale doit être interrogée.
Be La crise du syndicalisme ne peut être décrite uniquement à travers ses manifestations quantitatives : effectifs, audience, résultats. Elle s'inscrit dans une évolution des rapports sociaux : niveau et nature des conflits, rôle de la négociation collective, fonctionnement interne des organisations, relations de celles-ci à leur base potentielle, courants idéologiques porteurs, rapport à l'Etat, etc.
Certaines des causes de la crise ne datent pas nécessairement de l'émergence de ses premiers symptômes. Des faiblesses latentes peuvent être révélées dans une conjoncture particulière. La crise du syndicalisme s'analyse alors comme une conjonction de " tendances longues " et de situations conjoncturelles. " La crise active tous les ferments de désagrégation présents antérieurement", écrit René Mouriaux 10 •
Ces précautions étant prises, on se propose dans la suite, non d'ajouter une énième analyse, mais plus modestement de passer en revue les facteurs de crise les plus souvent cités. Ils ont la force de l'évidence , mais à un tel niveau de généralité qu'ils perdent leur force explicative.
L'invocation de quelques mots clés tient lieu trop souvent d'analyse.
LE FACTEUR
DE LA CRISE ÉCONOMIQUE La crise a deux types d'effets sur la situation du mouvement syndical. D 'abord, des effets directs, presque mécaniques : elle affaiblit les secteurs d 'implanta -tion traditionnelle, jusqu'à rayer de la carte certains d'entre eux (bassins sidérurgiques, chantiers navals, Billancourt). La restructuration des bastions entraîne une double perte : perte immédiate d 'adhérents licenciés, perte différée de dynamisme et de capacité d 'en -traînement, car les concentrations ouvrières représentent à la fois les forces motrices des luttes sociales, et le vivier de formation des responsables d'unions locales ou de fédérations. Et ceux-ci sont nécessaires à l'animation des structures syndicales des " petites boîtes "·
La crise exerce aussi un effet indirect sur la syndicalisation, en tempérant la combativité des salariés. La pression du chômage, la stagnation ou la baisse du pouvoir d'achat, la libération par la crise de forces régressives ne facilitent pas l'action collective et don -nent au patronat et à l'Etat un puissant moyen de chantage économique. Moins de luttes, donc moins de syndiqués : la logique est respectée.
Pourtant, la portée de ces deux arguments (effets directs, effet indirect), qui viennent en tête de toutes les analyses, est plus limitée qu'il n'y paraît.
A propos du premier d'entre eux, on peut observer que la crise économique n'est pas marquée seulement par la disparition d'activités traditionnelles : des emplois disparaissent, d'autres sont créés. Pierre Rosanvallon écrit 11 : "Si le nombre des chômeurs est passé de 400 000 en 1974 à 2,5 millions en 1988, le nombre d'emplois est resté à peu près inchangé pendant la même période. Le chômage, pris comme un fait statistique d'ensemble, ne peut donc rendre compte du phénomène de désyndicalisation puisque c'est le volume global d'emplois existants qui devrait théoriquement compter pour apprécier la population syndicalisable. Indépendamment même de ce raisonnem ent, la croissance du chômage ne pourrait expliquer qu'une faible part de la désyndicalisation : un taux de chômage de JO % ne peut induire mécaniquement une baisse de 50% du nombre d 'adhérents, même si l'on tient compte du facteur "peur de la perte d'emploi". " Rosanvallon force le trait, car il serait paradoxal que la crise n'ait aucun impact sur les effectifs syndiqués. La perte de positions traditionnelles ne peut pas être compensée du jour au lendemain par de nouvelles implantations : on n'improvise pas les bastions ... Mais Rosanvallon a raison de souligner le grand écart entre
le niveau de l'emploi et le niveau de la syndicalisation. Stagnation dans un cas, écroulement dans l'autre.
Les effets de la crise sur la désyndicalisation ne relèvent pas d'un déterminisme simple: plus de licenciés, moins de syndiqués. Pourquoi des secteurs protégés du chômage subissent-ils également une forte désyndicalisation ? Pourquoi la relève n'est-elle pas venue des secteurs en expansion ? Pourquoi le mouvement syndical ne trouve-t-il pas dans les nouvelles générations et dans les activités créatrices d'emplois l'influence qu'il a perdue dans les secteurs victimes de la crise?
Si on formule ainsi les questions, l'argument des effets mécaniques de la crise change de sens : il ne s'agit plus d'une donnée quantitative (le champ de syndicalisation se rétrécit), mais d'un jugement qualitatif (le syndicalisme n'a pas su convaincre les " nouveaux" travailleurs). Et on retrouve l'idée que les mutations sociologiques du salariat ont révélé une inadaptation ou un dépassement du rôle du syndicalisme. C'est un autre argument , à discuter comme tel (voir plus bas).
Reste l'effet de la crise économique sur la combativité ... Une certaine logique voudrait que toute situation économique déprimée exerce un effet démobilisateur ;
la logique inverse, égalemen t formelle, tiendrait que la crise conduit à la révolte. Aucun de ces deux déterminismes n'est validé par l'histoire. Comment expliquer, par exemple, que la courbe des luttes sociales s'inverse dans des situations économiques inchangées ? On peut rétrospectivement expliquer pourquoi l'émergence d'une conjoncture économique particulière a favorisé ou freiné la combativité des salariés dans un contexte donné , mais il n'y a pas de loi liant le niveau des luttes et le niveau de la croissance économique. Car le niveau de combativité et d 'organisation collective ne dépend pas seulement de la variable économique, mais d'une combinaison de facteurs. Un de ces facteurs est la façon dont les organisations syndicales réagissent à la crise ...
L'impact de la crise sur la combativité n'est pas proportionnel à la pression des difficultés matérielles, il a aussi une forte dimension politique. Car, en réduisant les marges de concessions (le "grain à moudre"), la crise politise les revendications partielles : à celles-ci, le patronat et les gouvernemen ts opposent la survie pure et simple de l'entreprise ou le maintien des grands équili bres. La globalisation des enjeux pose donc au mouvement syndical le problème du débouché politique, elle l'oblige à penser le prolongement de ses
revendications, bref elle politise sa démarche. Dès lors, l'alternative se resserre : s'accrocher à la défense des revendications quitte à les inscrire dans un changement de logique économique, ou circonscrire le mandat syndical dans l'espace tracé par les politiques économiques dominantes.
Cette alternative s'est traduite en France par une radicalisation à droite de la CFDT et de la FEN. Elle a enfermé la CGT qui est apparue davantage crispée que porteuse d'une autre voie. Elle a laissé désarmées des forces vives du mouvement ouvrier qui avaient investi dans l'Union de la gauche l'espoir de " changer la vie ".
Ainsi, l'effet démobilisateur de la crise économique s'exerce dans la mesure où il révèle une crise d 'efficacité du mouvement syndical : mis en difficulté pour imposer des acquis partiels, il n'est pas davantage capable de promouvoir une logique alternative à la crise. Or, en France peut-être plus qu'ailleurs, en raison d'une histoire particulière, les organisations traditionnelles (du moins la CGT et la CFDT) étaient " attendues " sur leur projet politique au sens large.
Dans la courbe des luttes et de la syndicalisation en France depuis 1968, les facteurs dits objectifs (la crise) et les facteurs dits subjectifs (la réaction des acteurs, à commencer par ceux du mouvement ouvrier) sont inextricablement liés. C'est une autre raison aussi de prendre avec prudence les analyses trop exclusivement économistes de la crise du syndicalisme.
LE FACTEUR DES
MUTATIONS SOCIOLOGIQUES Derrière le thème général des " mutations du sala -riat ", se rangent des idées assez différentes. Au moins trois: - la précarisation des emplois et les nouvelles formes de division entre travailleurs (société duale ... ) ; - les évolutions de la formation sociale (poids respectif de la classe ouvrière et des autres couches) ; - les politiques modernes de management et les ten -tatives patronales de dépassement des blocages du taylorisme.
Chacune de ces idées doit être discutée pour elle-même.
1. La première d 'entre elles est forte : chômeurs, intérimaires, CDD, stagiaires divers, tous sont " extérieurs ", en situation d'exclusion ou d e transition . Leur organisation se heurte à bien des difficultés pratiques. Mais le rapport de ces couches instables au syndicalisme dépend aussi de l'image donnée par celui-ci sur la question du chômage et de l'emploi. Au-delà des batailles de défense de l'emploi dans les secteurs menacés, ceux pour qui ces batailles ont été perdues sont sensibles aux revendications globales des confédérations. Il suffit de poser la question " la lutte pour la semaine de trente-cinq heures a-t-elle été menée par le mouvement syndical?" pour admettre du même coup que les divisions objectives produites par la crise sont d'autant plus profondes qu'elles ont été mal combattues.
2. Les changements de la structure économique et sociale du pays se font à d es rythmes variables. Ils n'en sont pas moins continus. La crise accélère certaines transformations, elle n'en est pas le point de départ. Mouriaux et Capdevielle insistent, par exemple, sur le déclin des bassins houillers, des transports et du textile au cours des années soixante 12 • Parlait-on alors de crise du syndicalisme ?
Les mêmes transformations sociologiques invoquées aujourd'hui pour expliquer l'inadaptation du syndicalisme étaient déjà à l'œuvre en une période de montée de la syndicalisation et de la combativité. La CFDT, en particulier, a su capter de nouvelles couches de salariés. Les mouvements de la jeunesse scolarisée des années soixante-dix témoignaient d'une certaine disponibilité des futurs techniciens et cadres moyens pour l'action collective.
On invoque aussi l'inadaptation du syndicalisme à la montée de l'immigration d'une part, du travail féminin d'autre part. A l'évidence, le décalage est grand entre le poids acquis par la population active immigrée et par les femmes salariées d'une part, et la composition des organisations syndicales d 'autre part. Mais, les difficultés du syndicalisme n'ont pas commencé avec la montée de l'immigration, au contraire elles coïncident dans le temps avec la fermeture des frontières.
La " question féminine " occupe une place particulière : le patriarcat n'a pas réussi à fermer les frontières du travail aux femmes 13 • Au plus fort de la crise, en plein chômage, le taux d'activité des femmes a augmenté à un rythme supérieur aux années de " décollage " post-1968. L'impulsion de la fin des années soixante n'est pas interrompue par la crise : c'est assez rare pour refléter une tendance sociale très forte. De toutes les transformations sociales évoquées à propos de la crise du syndicalisme, l'une des plus profondes (mais pas la plus discutée ... ) tient à la féminisation du salariat. S'il est une mutation sociale " coûteuse " pour le mouvement syndical, c'est peut-être celle qui renverse les proportions dans la population féminine : les femmes " travailleuses " seront bientôt plus nombreuses que les femmes " au foyer ".
3. Le patronat n'est pas resté inerte pendant les années de crise. Il a, au contraire, repris l'initiative et défendu ses intérêts avec une force et une efficacité redoutables jusqu'à amener l'adversaire, ou ses représentants, sur son terrain . De son côté, la lutte de classe a été fort intensive ! Le patronat a combiné la pression sur la politique générale des gouvernements et la pression dans l'entreprise sur les collectifs de travail. Il a pensé en même temps les restructurations économiques et la conduite des rapports sociaux. Il a articulé répression et intégration .
Ainsi , les transformations du travail dans l'entreprise, et les différentes formes de management participatif ont certes affaibli le syndicalisme. Mais ce constat ne vaut pas analyse. En déduit-on que le syndicalisme paie son archaïsme, l'initiative patronale se confondant avec la modernité? Ou en conclut-on que le syndicalisme souffre de n'avoir pas su doter les salariés d'une stratégie offensive ?
Serge Volkoff s'interroge sur l'usage empressé que font certains du thème du retard ou de l'inadaptation du syndicalisme à des conditions qui auraient été bouleversées. "Avant de préconiser à présent une "adaptation" du syndicalisme, fondée sur des remaniem ents institutionnels ou de nouveaux partages des lâches, un peu de prudence et de modestie s 'imposent. L'idée m ême de "s'adapter à" suppose que la situation économique et sociale est une donnée exo-
gène, sorte de contrainte imposée, comme si les syndicats n'avaient pas eux-mêmes un rôle dans le façonnage de ce contexte, une vocation à le modifier. Au passage, la hâte avec laquelle cette "adaptation" est préconisée laisse croire aussi à un bouleversement socio-économique, une galopade technologiqu e qu'il faudrait rattraper d'urgence. Chiffres en main, on constate que cette évolution est contrastée. Les ouvriers sont moins nombreux, mais leur nombre ne baisse que lentement. Les services s'informatisent, mais pas partout. La robotique ne s'implante que très partiellement dans l'industrie. Les contraintes, les nuisances du travail industriel traditionnel, y inclus la chaine à cycle court, ne sont pas en voie d'extinction etc. 14 " '
Comme pour confirmer les " soupçons " de Volkoff, le récent exemple de la grève à Peugeot montre qu'une des entreprises remarquée pour l'évolution de ses méthodes de production et de son organisation du travail continue d'obéir à certaines lois sociales ...
Suite et fin dans le prochain numéro.
PAUL
1. " Crise du syndicalisme, crise de la classe ouvrière, ou crise du salariat?", Revue XX' Siecle, avri l-juin 1987
2. Le Quotidien de Paris, 1er mars 1988.
3. La Question syndicale, 1988 , Calmann-Lèvy.
4. Les Relations du travail en France, 1 988 , Cujas.
5 . La Crise du syndicalisme aujourd'hui, mars 1986 , les
Temps Moderne'>.
6. Negociation collective, quels enjeux?, mai 1988, La documentation française.
7. Demain, quels syndicats ?, 1 981 , Livre de Poche.
8. L'Entreprise et les strategies syndicales, 1988, Editions d'Organisation.
9. " Demain, on s'adapte "• revue M, novembre-dècembre 1988.
1 O. Le Syndicalisme face à la crise, 1986, èditions La
Dècouverte.
11. Ouvrage citè, p. 16.
1 2. Mai 68: l'entre-deux de la modernite, 1988,
FNSP.
1 3. Taux d'activitè des femmes:
1962
1968
1975
1982
1986
36,5
36,2
38,7
43,0
46 ,0
14. Article citè.